Les Needs : 37 ans de rock garage, de passion et d’élégance

mardi 27 janvier 2026, par Franco Onweb

Véritable institution du rock phocéen, les Needs sont présents sur la scène rock depuis 1989. Depuis 37 ans, ils jouent une musique qui mêle avec brio rock psychédélique et garage. Leur parcours aura connu une interruption de huit ans, avant que le groupe ne se relance sur les scènes, animé par la même passion et la même énergie. Au fil des années, ils auront croisé des figures marquantes : Henry Gauby, producteur mythique de la scène garage-rock du Sud, Steve Wynn du Dream Syndicate, et surtout Lucas Trouble, le magicien du Kayser Studio.

Au cours de leur histoire, le groupe aura vu défiler de nombreux musiciens avant de se stabiliser autour du chanteur Thierry Dey et du guitariste Vincent Cantrin.

Aujourd’hui, les Needs continuent de donner des concerts. Alors qu’un projet de livre sur le groupe et son histoire est en préparation, j’ai échangé avec Vincent Cantrin pour retracer l’histoire d’un groupe qui a su traverser les décennies sans jamais renier son identité.

Photo de couverture MXWL Photographie

Comment ont commencé les Needs ?

Tout a commencé en 1989. À Aix-en-Provence, je connaissais Henry Gauby, qui produisait des groupes locaux. Certains ont bien marché, comme Hôtel du Nord (dans le genre new wave) ou les Bootleggers de Marseille, plutôt orientés sixties. C’était un ami. On travaillait ensemble dans un entrepôt, comme manutentionnaires. Il me faisait découvrir énormément de musiques.

Les Needs en concert
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Moi, j’aimais le rock basique : les Rolling Stones, les Sex Pistols, les Damned, mais aussi des groupes américains comme les Standells. Henry m’a fait découvrir ce qu’on pourrait appeler le « rock garage », avec des groupes comme les Fuzztones ou les Morlocks. Ça me plaisait beaucoup. J’ai voulu monter un groupe, mais je n’avais pas de partenaires.

Henry connaissait un groupe qui s’appelait les Phantoms. Ils faisaient des trucs dans ce style-là, chantés en français, un peu comme Ronnie Bird. Il m’a dit que leur chanteur, Thierry Dey, était très bon. Il a organisé une rencontre dans un bar d’Aix, et on a décidé de monter un groupe dans ce style. On a commencé par faire des reprises. On a eu l’opportunité de jouer, mais il nous fallait un nom. Thierry, qui était fan des Seeds, a proposé « les Needs ». C’était un clin d’œil.

En 1991, vous enregistrez votre premier album. Comment s’est passée cette période ?

On a commencé à jouer, et en 1991, on a enregistré notre premier album avec des musiciens d’Aix et de Salon-de-Provence.

Combien de musiciens sont passés dans le groupe ?

Du groupe d’origine, il ne reste que le chanteur et moi. On a eu 4 batteurs, 4 bassistes, 4 guitaristes. Le chanteur et moi, on est toujours là.

Vous avez beaucoup joué ?

Dans la première période, oui. Jusqu’en 1994, on a dû faire 150 ou 200 concerts. Ensuite, on s’est arrêté parce que le chanteur est parti à Tahiti. On s’est reformé huit ans plus tard pour deux concerts hommage à Henry Gauby : un au Poste à Galène à Marseille, et un autre à Salon-de-Provence. Pour ces deux concerts, tout le monde est revenu. On a eu l’idée, comme on avait deux nouveaux morceaux, de composer de nouveaux titres et de refaire un album au Kayser Studio de Lucas Trouble à Chalon-sur-Saône.

On s’est remis à jouer, mais de façon plus épisodique. C’était le moment où le rock commençait à décliner. Aujourd’hui, on joue très peu : en 2025, on a joué deux fois, quatre fois en 2024.

Pourquoi ?

On y met nos conditions ! Je ne vais pas aller jouer à Paris pour 200 euros. On ne joue que chez des gens qui nous reçoivent bien.

Est-ce que c’est l’amour du 13th Floor Elevators qui vous pousse à continuer ?

Pas vraiment ! Quand on a commencé, le seul qui connaissait le 13th Floor Elevators, c’était le chanteur. Henry Gauby lui avait fait découvrir. Au début du groupe, on reprenait « You’re Gonna Miss Me ». Quand on a enregistré, j’ai proposé de l’enregistrer, mais les autres ont trouvé que c’était trop un standard. On a repris « Monkey Island » à la place. On a refait une reprise pour le deuxième album. J’ai proposé d’en faire une sur chaque album du groupe, donc on en a fait sept. En réalité, il n’y a que Thierry et moi qui connaissons vraiment le groupe.

Vincent Cantrin
Crédit : MXWL Photographie

Rocky Erickson (Chanteur du 13th Floor Elevators, NDLR) savait que vous existiez ?

Non, je ne crois pas. Il avait une existence compliquée, avec beaucoup de séjours en hôpital psychiatrique. Son fils sait qu’on existe, mais ça n’a rien donné de plus.

Vous avez déclenché beaucoup de vocations à Marseille ?

Ce serait prétentieux de le dire ! On a voulu être l’antithèse de « Quartier Nord », un groupe très respectable, mais qui avait un côté très « marseillais », avec des scènes de vie et des expressions locales. Nous, on ne voulait pas ça. On a tout écrit en anglais et on a pris des pseudos pour ne pas montrer nos origines.

Il y a sept ou huit ans, on a joué à Marseille, et un jeune est venu nous parler en anglais. Quand on lui a expliqué qu’on venait de son coin, il a été très surpris : il croyait qu’on était américains. C’était compliqué de démarcher dans les années 90 pour un groupe de rock de Marseille. Pourtant, il y a toujours eu de supers groupes ici, comme les « Cowboys From Otherspace ». Aujourd’hui, il y a vraiment de bonnes choses, comme Kino Frontera ou « No Jazz Quartet ».

C’est une ville où il se passe plein de choses, avec beaucoup de groupes !

Oui, mais il y a peu de public par rapport à la taille de la ville. Quand tu joues à Marseille, tu joues surtout devant d’autres musiciens.

Parlons de quelqu’un qui a été très important : Lucas Trouble.

On a fait cinq albums avec lui. Il jouait, avec Mark Embatta, dans les Vietnam Veterans. C’était un vrai passionné de musique et un personnage hors norme. On faisait des séances qui pouvaient commencer à 10h et finir à 2h du matin, mais parfois il arrêtait très vite s’il ne sentait pas l’inspiration.

Il avait le son ?

Oh oui ! Il connaissait ses appareils de façon magistrale. C’était compliqué de travailler avec, mais il arrivait à faire un boulot incroyable.

Thierry Dey, chanteur des Needs
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Vous avez évolué musicalement : du garage, vous êtes passés à un côté plus psychédélique !

Dès le départ, on aimait plusieurs styles : le garage, la psyché, mais aussi le punk américain (les Ramones), le punk anglais ou la soul. On est resté comme ça pendant trois albums. On s’est vite rendu compte qu’on ne connaîtrait jamais le succès, alors on s’est mis à la soul et même au street punk. En fait, on s’en fout ! Ça nous fait rigoler, même si parfois ça donne des albums un peu patchwork.

Vous avez notamment collaboré avec Steve Wynn du Dream Syndicate.

C’est Henry Gauby qui était fan. Il lui avait écrit une lettre. Une amitié s’est nouée, et Henry est parti un jour aux États-Unis pour rencontrer Steve Wynn, qui était en tournée avec Gutterball. Ils se sont parlé, et Steve a proposé qu’on reprenne un de ses titres. On a repris « Smooth ».

Il y a un mot qui vient naturellement quand je pense à vous : élégance !

Ah oui, dès le départ, j’ai tanné les mecs pour qu’on ait un look ! On ne monte pas sur scène en baskets avec un t-shirt. Ce n’est pas un dress code, mais il y a des interdits : on met des chaussures, de vrais pantalons et des chemises. C’est une question de respect pour le public.

Vous écoutez de la soul, vous êtes élégants ! On dirait des Mods !

(Rires) Effectivement ! Dans le groupe, il y a des fans des Who et des Small Faces, et ce côté élégance compte.

Vous avez beaucoup joué à l’étranger ?

Assez peu. On a toujours été distribués par des labels français comme New Rose ou Dancetaria, qui faisaient beaucoup d’imports mais n’exportaient pas leurs groupes.

Qu’est-ce qui vous a manqué ?

D’abord, le fait que tout le monde travaillait à côté, donc on n’était pas totalement disponibles. Ensuite, on est de mauvais commerciaux : on n’arrive pas à se vendre.

Vous n’avez pas eu de manager ?

Non, on a essayé, mais aucun n’a voulu.

Les Needs en concert
Crédit : MXWL Photographie

À Marseille, des gens se réclament de vous. Les Needs, n’était-ce pas une sorte de récréation après le boulot ?

Si, un peu. Mais le fond du problème, c’est qu’on est des feignasses. Pour notre dernier album, je n’ai même pas envoyé un seul disque en promo !

Comment trouver vos disques ?

On peut nous les commander en direct.

Vous travaillez sur un livre !

Oh oui ! Joan Foax (aka Jean Palomba) est un fan de la première heure. Il a écrit un livre de 580 pages sur Henry Gauby et les Needs. Mon fils, qui joue dans le groupe maintenant, y est même interviewé !

Quand sortira le livre ?

Il cherche un éditeur indépendant en ce moment.

Couverture du livre sur les Needs
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Quels sont vos projets ?

(Rires) On n’a aucun projet ! On est montés sur scène sans répéter, et c’est ça, notre vrai projet.

Le mot de la fin ?

Quand on a monté ce groupe, on pensait faire 10 concerts et peut-être un album. 36 ans après, on est toujours là.

Quel disque donnerais-tu à un enfant pour l’emmener vers la musique ?

« Exile on Main St. » des Rolling Stones !

https://www.facebook.com/TheNeeds/