Peux-tu te présenter toi et le groupe ?
Je suis Vincent Ferraris, le fondateur du groupe Telemac, né en 2018 avec Sébastien Gattineau au chant, Mélina à la batterie et Karim à la guitare. Avant, nous avions Fanny au synthé basse avec le célèbre MS10, utilisé par des groupes comme Pink Floyd. Malheureusement, Fanny n’a pas encore été remplacée sur scène. Pour l’instant, un séquencer envoie la basse. Nous ne cherchons pas un bassiste « classique », car nous explorons le psychédélisme. Cela nous permet d’avoir des sons modulés, et les basses créent un vrai son psyché.
Il vient d’où, ce nom Telemac ?
C’est une référence à l’Odyssée. J’ai trouvé intéressant de mettre en parallèle cette histoire avec la création d’un groupe de rock : les rencontres, les trajets, les difficultés, les réussites. Et puis, c’est un nom cool, non anglo-saxon et universel : il se prononce de la même façon dans toutes les langues.
Vous avez fait quoi avant ce 5 titres ?
Nous avons d’abord été freinés par le Covid, dès le début du groupe, comme tout le monde. Ensuite, j’ai subi une intervention chirurgicale. Pourtant, nous avions bien démarré : Sébastien et moi avions écrit plusieurs titres et réalisé une maquette qui nous a permis de jouer un peu partout, pas seulement près de chez nous, comme en Normandie ou au Supersonic à Paris. Nous étions souvent sur la route. Il a fallu attendre la fin du Covid pour reprendre les concerts.
Vous écrivez comment ?
Je travaille d’abord seul. Comme je joue un peu de tous les instruments, je crée une maquette musicale. Ensuite, Sébastien pose une mélodie vocale avec du « yahourt » (des paroles improvisées). Enfin, Aurélie Menard, autrice, écrit les textes en fonction des thèmes que nous voulons aborder. Cela concerne surtout les morceaux en anglais, car nous avons aussi des titres en français, même s’ils ne figurent pas sur l’EP.
Vous avez attendu longtemps avant de sortir un disque.
Oui, surtout que le public nous en demandait souvent après les concerts. Nous avons sorti trois singles depuis début 2025.
Vous jouez une musique « réjouissante », du rock un peu psyché, pas très original mais c’est super bien fait.
Nous ne faisons pas une musique révolutionnaire, et ce n’est pas notre objectif. Nous sommes des passionnés qui avons absorbé beaucoup d’influences. Nous essayons de retranscrire à notre manière ce que nous avons entendu, tant en studio que sur scène.
Quelles sont vos influences ?
Mélina est très « classic rock », même si elle écoute aussi des groupes comme Fontaines D.C. Moi, j’écoute des classiques comme les Beatles, mais aussi des groupes comme The Warlocks ou The Brian Jonestown Massacre. J’adore aussi les Limiñanas. Ils n’ont rien inventé, mais ils font des choses super bien. Le cinéma et la peinture m’influencent beaucoup : quand je compose, j’essaie de visualiser des images.
Il y a un vrai retour du « psyché » en France ?
Oui, un peu. Nous avons joué à Lorient et nous avons senti qu’il y avait un public pour ça, notamment en Bretagne ! Dans le Sud, c’est moins marqué, même si les Limiñanas ont créé une scène à Perpignan. À Montpellier, c’est plus limité, mais ça revient doucement.
La plupart des groupes de « psyché » en France se réclament aussi du « stoner ». Vous, ce n’est pas votre cas, vous êtes plus dans le côté « garage, psyché » ?
Exactement, c’est notre univers.
Vous avez sur scène des éclairages spéciaux ?
Nous allons en résidence à Victoire 2, la SMAC de Montpellier, pour travailler les lumières et les visuels. Notre musique s’y prête bien.
Mais souvent les groupes comme vous sonnent mieux sur scène que sur disque ?
Ça sonne différemment, je dirais… J’aime qu’il y ait une énergie supplémentaire, un côté humain. C’est du live, c’est normal.
Le disque risque d’être moins puissant que sur scène ?
Peut-être, mais beaucoup de groupes que j’ai découverts sur disque m’ont surpris en concert, avec plus d’énergie. Ensuite, j’ai redécouvert leurs disques sous un nouvel angle. Donc non, ça ne m’inquiète pas.
Vous l’avez fait où et avec qui votre disque ?
J’ai tout enregistré chez moi, et le mix a été réalisé au Mirador Sound Studio, près de Montpellier, où nous avons mixé 4 morceaux sur 6. Le reste, c’est moi qui l’ai mixé. Tout a été enregistré pendant le Covid, car j’ai un studio à la maison.
Ce sont des morceaux assez âgés ?
Oui, mais ils ont été finalisés en mars 2025. Les dernières retouches sont donc très récentes, surtout après les avoir testés sur scène, où nous avons modifié et amélioré des choses.
Quels ont été vos concerts les plus importants ?
Le Supersonic à Paris, qui était complet. Nous avons aussi joué dans des salles de Montpellier, comme le Rockstore, et fait une mini-tournée avec Minuit, sur trois dates dans des SMAC. Mais nos meilleurs concerts ont eu lieu dans des lieux improbables, montés par des associations. À Montpellier, il y a La Secret Place, que je soutiens personnellement en tant que bénévole. C’est difficile de maintenir ces lieux, mais les gens sont motivés et font vivre la musique.
Vous avez donc beaucoup tourné ?
Je fais de la musique pour monter sur scène. Quand je compose, j’imagine toujours ce que ça peut donner en live. C’est un moyen de partager la musique, et il faut que ce soit au point. Nous devons communiquer avec le public. C’est un tout : la composition, les instruments, le son, le visuel – j’adore le graphisme et crée moi-même les visuels. Ensuite, il y a la fabrication et les répétitions pour amener ça sur scène. C’est une construction stimulante, qui permet de rencontrer des gens à chaque étape. Je vis la musique avec une dimension sociale, collective.
Vous êtes de Montpellier, vous êtes reconnus dans votre ville ?
Oui, même si le Covid nous a freinés. Ce n’est qu’en 2023 que nous avons repris les concerts. Maintenant, nous avons nos habitudes à Montpellier, même si notre musique n’est pas la plus représentée dans la région. Ici, c’est surtout l’électro ou le reggae, avec les plages et le soleil. Même des groupes comme OTH, les Sheriffs ou les Vierges sont passés par là, mais c’était les années 80. Aujourd’hui, la scène rock est plus limitée, contrairement à des villes comme Rennes ou Nantes.
Il va y avoir un album ?
Oui, en 2026. Nous avons déjà les titres ! Nous allons d’abord les faire vivre sur scène, puis enregistrer 12 morceaux. Nous voulions commencer par un EP pour ne pas nous lancer directement sur un long format. Comme nous sommes autoproduits, tout a un coût. Je pense aussi que la musique évolue avec le temps, et à notre niveau, il vaut mieux avancer par étapes.
Avec votre musique, vous allez pouvoir aller à l’étranger ?
Oui, notamment en Espagne, qui est proche de chez nous. Nous n’avons encore jamais joué à l’étranger. Nous partons cet automne en Angleterre pour une tournée de quelques dates !
L’EP est en anglais, vous allez chanter en français ?
Oui, l’album comportera des morceaux en français. Nous en jouons déjà sur scène. J’ai toujours eu du mal avec le français, car c’est difficile à faire sonner dans le rock. La phonétique de la langue ne s’y prête pas toujours. Heureusement, nous avons des gens qui savent écrire en français. Moi, je sais créer des riffs, composer, mais écrire un texte en français, c’est compliqué. Tout le monde ne peut pas y arriver.
Ils parlent de quoi, vos textes ?
De ruptures amoureuses, de relations humaines, de voyages, de transitions, mais ce sont surtout des états d’âme amoureux.
Vous n’avez pas de textes politiques ou engagés ?
Non, même si je suis engagé à titre personnel. Pour Telemac, le côté psyché ne se prête pas à un discours trop réaliste.
Quels sont vos projets ?
Tourner, fédérer autour du développement du groupe, nous structurer pour progresser. J’ai des envies de sons et de création, mais je veux avancer sans précipitation.
Le mot de la fin ?
La pochette du disque représente un œil derrière des taches rouges et bleues. Je l’ai dessinée : c’est mon œil qui s’ouvre après mon réveil post-greffe cardiaque en 2020. On m’avait donné beaucoup de sédatifs, et j’ai fait des crises de délire. Je me souviens de me survoler, entouré d’hémoglobine. C’est une anecdote qui méritait d’être racontée.
Quel disque donnerais-tu à un enfant pour l’emmener vers la musique ?
Je choisirais Sébastien Tellier, pour son côté naïf et enfantin, qui peut parler aux plus jeunes.
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