Marius Paoli, le loser corse qui a conquis Marseille : Xavier Mathès, fondateur du collectif Aïoli Temple raconte son album-concept entre bd, musique sixties et nostalgie marseillaise.

lundi 9 mars 2026, par Franco Onweb

Plongez dans l’univers décalé et poétique de Xavier Mathès, du collectif « Aïoli Temple », musicien marseillais, qui revisite avec humour et tendresse les années 60 à travers « L’histoire navrante de Marius Paoli ». Entre concept album inspiré de Gainsbourg et des frères Coen, BD artisanale et concerts innovants, ce projet hybride mêle rock, pop, reggae et clichés marseillais pour raconter l’épopée d’un tueur à gages aussi maladroit qu’attachant. Rencontre avec un artiste qui réinvente la musique et son support, entre crowdfunding (https://fr.ulule.com/Aïolitemple/) médiathèques et déclaration d’amour à une ville grise mais inoubliable.

Peux-tu te présenter ?

Je suis Xavier Mathès, musicien marseillais et aixois. Je joue dans différentes formations depuis 2004. Au début, j’ai beaucoup travaillé sur des musiques créées sur ordinateur avec des musiciens virtuels que je trouvais sur le net. J’ai collaboré avec beaucoup de musiciens rouennais ou d’ailleurs… C’était assez novateur pour l’époque. Ça s’appelait « My Sidekicks ». On a eu quelques retours pour l’époque. Ensuite, j’ai fondé « Picnic Republic », et depuis, j’ai développé plusieurs projets, dont celui sur Marius Paoli, qui a commencé un peu comme une blague mais s’est transformé en un album complet.

Xavier Mathès
Droits réservés

Cela s’est fait comment ?

Le projet s’est développé grâce aux Disques Tchoc et à toutes les personnes qui gravitent autour, dont Daniel Sani.

Peux-tu expliquer ce projet « L’histoire navrante de Marius Paoli » ?

Il s’agit à la fois d’un disque très inspiré par la musique des années 60, comme celle de John Barry ou de Serge Gainsbourg. C’est aussi une BD qui accompagne le disque et tente de retranscrire le Marseille des années 60.

Qui a fait la BD ?

Marc Niggel, un ami qui n’est pas dessinateur professionnel mais qui est passionné par le dessin : il dessine tout le temps, fait de la peinture, de la modélisation 3D… C’est un vrai passionné. Au début, je voulais faire un roman photo, car j’aimais bien l’idée, avec cette histoire de « Pieds Nickelés » qui se passe à Marseille. Cela aurait bien illustré le côté ridicule de l’histoire, puis Marc m’a contacté. Il m’a proposé de faire une BD. Moi, j’avais six ou sept titres prêts. Il était très inspiré par cet univers des années 60 à Marseille. Il a commencé à faire des recherches avec des cartes postales de la ville de l’époque, et cela l’a beaucoup inspiré : les vieilles Renault 12, le look des années 60, tout cet univers (rires)…

Est-ce que l’on peut dire que c’est un concept album autour d’un gentil loser qui est un tueur à gages : Marius Paoli ?

C’est totalement un concept album, car il raconte une histoire du début à la fin. Cela commence par son arrivée à la gare Saint-Charles, puis il se promène dans certains quartiers de Marseille. On découvre des quartiers comme La Plaine, la Canebière, le Vieux-Port, la Corniche Kennedy… Il va chercher ses contrats, et les choses se compliquent : il découvre qu’il a deux contrats à exécuter, et que c’est deux fois la même personne, deux jumeaux ! L’un est un politique, l’autre un mafieux. Ils sont jaloux l’un de l’autre et ont chacun mis un contrat sur la tête de l’autre. Malchance pour eux, ils sont tombés sur le même tueur : Marius Paoli !

Et donc ?

Marius Paoli n’est pas très futé. Il est un peu perplexe quand il découvre sa mission. En plus, il doit tuer des Corses, alors qu’il est lui-même Corse, et il doit éliminer les deux frères Rossi.

Crédit : Marc Niggel

Musicalement, ça m’a fait penser à Gainsbourg, à certaines musiques de Bertrand Burgalat, mais aussi au rock, avec beaucoup d’influences des années 60. Il y a des morceaux assez « rock » comme « Ulysse et Elias », mais aussi un dub et un reggae à la fin.

Il y a des morceaux très orchestrés avec une voix plutôt parlée, c’est vraiment l’influence de Gainsbourg. On s’est dit qu’il ne fallait pas se limiter au parlé-chanté. Il fallait aussi des chansons plus « classiques », avec des refrains, comme « Paoli repose sur la plage » ou « Ulysse et Elias ». Certaines chansons sont très parlées, d’autres ont un côté plus « pop ». Il y a une alternance entre les titres.

Tu termines avec « Aïoli Temple », qui est un reggae raga.

Pour bien comprendre, on avait une idée précise pour chaque chanson au niveau des textes. Frédéric Guidon, qui a écrit les textes, a vraiment beaucoup travaillé pour trouver des rimes.

C’est toi qui as tout composé ?

Presque tout, je n’ai pas fait le reggae, par exemple, mais j’ai composé le reste. Les textes sont tous de Frédéric Guidon, un ancien prof de philo à la retraite. Il a été très inspiré : au début, je ne voulais que quelques textes, et il est revenu avec 16 pages ! Je les ai pris un à un, et on a utilisé la totalité de son travail. J’ai reçu les textes assez vite, puis j’ai composé les musiques les unes après les autres. J’ai été grandement aidé par les deux musiciens : Daniel Sani, qui a joué toutes les guitares, et Vincent Camescope à la basse, qui a joué dans les Tchoquers, Mure et Hey Ginger. J’ai monté un groupe avec lui, Mokassin, un groupe hyper pop (rires).

Était-ce une volonté de votre part de mettre tous les clichés de Marseille des années 60 ? Il manque juste l’OM !

Ah, c’est une erreur de notre part (rires). Pour le reste, c’est un message de tendresse envers Marseille, avec un côté bon enfant et très sympathique de la ville. C’est une ville qui a une bonne ambiance : les gens sont décontractés, cool, et puis cette histoire de la mafia Corse à Marseille dans les années 60, c’est quelque chose qui a existé.

C’est une époque où la ville n’était pas connue pour les bonnes raisons !

Oui, mais c’est aussi l’époque des films avec Lino Ventura, des dialogues d’Audiard, de la gouaille… C’est une ambiance qui nous plaisait beaucoup, et aujourd’hui, ça plaît encore à plein de monde. Il y a un côté caricatural : les gens ne parlaient pas comme ça dans les années 60, mais il y a un côté réjouissant à entendre ces « marlous » parler avec un côté « hyper fleuri ».

C’était une volonté de votre part de faire de Marius Paoli un deuxième couteau, limite un loser ?

C’est un parfait loser ! Je pensais à des films comme ceux des frères Coen ou « Fargo ». Ils sont tellement mauvais que ça finit mal. Marius Paoli, c’est ça : le gars est tellement minable. Les frères Rossi ont choisi un second couteau, un parfait loser, qui en plus n’est pas très vif. Il ne comprend rien à ce qui lui arrive. Il est ballotté dans une aventure qu’il ne maîtrise pas, et c’est ça qui rend l’histoire un peu drôle.

Crédit : Marc Niggel

Et en plus, il y a une rivalité amoureuse entre les deux frères ?

C’est ça qui déclenche leur rivalité ! C’est le seul moment où il y a une différence entre la BD et le disque. Dans la BD, la rivalité entre les deux frères est plus liée à leurs activités, politicien et mafieux, alors que sur le disque, on a inventé une rivalité amoureuse : les deux ont pour maîtresse la femme de l’autre.

Vous faites un crowdfunding (https://fr.ulule.com/Aïolitemple/). Il sert à quoi ?

À financer les frais pour l’album : le mixage et le pressage. On a aussi les impressions des BD. On est sûr de petits volumes, pour l’instant. On voulait surtout changer le type d’objet pour distribuer la musique. Jusqu’à présent, on a surtout distribué des CD et des vinyles. Là, on propose autre chose, et on va pouvoir jouer dans d’autres types de lieux, comme les médiathèques, des salons du livre…

Vous allez monter sur scène. Ce seront des « concerts BD » ?

Absolument ! À la fin du concert BD, on a un vrai contact avec le public, qui peut acheter les objets. Dans un concert normal, on a peu de contact avec le public : les gens repartent, et toi, tu as vendu deux ou trois disques. Dans un concert BD, les gens sont contents de repartir avec un bel objet pour garder un souvenir. Comme la BD contient le CD, ils pourront écouter la musique chez eux. On cherchait un autre type d’objet pour diffuser la musique et d’autres lieux pour jouer.

C’est une volonté de vraiment changer de lieux et de support ?

Oui, mais aussi de rencontrer le public et de créer un lien avec lui, comme un débat, par exemple (rires).

Il sort quand ?

Le 27 mars, pour un showcase chez Lollipop, le disquaire marseillais. On est très contents, car c’est le lieu le plus top de Marseille, avec des gens admirables.

Y aura-t-il un volume 2 ?

Eh bien non, puisque Marius meurt bêtement dans un accident de scooter !

J’ai trouvé ça bizarre que vous le tuiez.

(Rires) Ce n’est pas prévu, en tout cas, ce sera un autre projet. Le nom du collectif, « Aïoli Temple », a été choisi en fonction de cette histoire. Si on repart sur autre chose, on changera de nom.

Crédit : Marc Niggel

C’est un collectif « Aïoli Temple » ? Ce n’est pas un groupe.

Oui, c’est moi, les musiciens, celui qui a écrit les textes, le dessinateur… En plus, pour le showcase chez Lollipop, on s’est associés avec une photographe marseillaise Luce Pieri qui va faire une expo sur la ville, en gardant le côté romantique qu’on aime.

Ce projet, c’est une déclaration d’amour à Marseille ?

Bien sûr, de la tendresse ! C’est une ville qu’on connaît bien, avec tous ses côtés positifs et ses défauts, mais c’est ça qui la rend attachante.

Enfin, les années 60 à Marseille, ce n’était pas toujours drôle ?

Moi, le souvenir que j’ai de ces années-là à Marseille, c’est que tout était gris, avec de la pollution, mais c’était notre jeunesse, et on y repense toujours avec nostalgie.

Que dirais-tu aux gens pour participer à ton crowdfunding ?

Que c’est un super bel objet : une BD magnifique, un univers sonore qui plaira aux fans de Gainsbourg, et en plus, trois ans de travail. Ça s’adresse à tous ceux qui aiment Marseille, qu’ils soient de la ville ou non !

https://fr.ulule.com/aiolitemple/
https://aiolitemple.bandcamp.com/album/histoire-navrante-de-marius-paoli