Comment s’est faite votre rencontre ?
Denis Bortek : Tout a commencé sur les réseaux sociaux. J’ai remarqué Olivier pour sa passion des années 60, que je partage totalement. Je l’ai invité à me rejoindre en live à l’International, mais il partait en Suède pour son travail. Nous nous sommes finalement croisés au Bar à Bulles, lors d’un numéro de Persona où je répondais à une interview de Frédéric Lemaître. Plus tard, Olivier m’a invité à chanter SOS Mesdemoiselles de Ronnie Bird en duo lors d’un de ses showcases à Montmartre. Nous avons échangé nos vinyles, et c’est là que j’ai rencontré Sébastien Souchois (aka Bastien Devilles), qui venait de jouer du saxophone baryton sur le titre que nous interprétions.
Pourquoi avoir choisi ces titres ?
Denis Bortek : Je n’avais jamais chanté de bossa nova et j’avais envie d’essayer. J’ai demandé à Olivier s’il accepterait d’en composer une pour moi. Il l’a fait avec une spontanéité touchante. J’ai écrit un texte léger, rempli de morceaux de soleil, pour en faire une chanson fraîche et accessible, comme un cocktail de fruits savouré lors d’un moment ordinaire. C’était une première pour moi.
Le lendemain de son showcase à Montmartre, je lui ai envoyé un message pour lui dire à quel point j’aimais The Worst of Lullabies, un titre de la face B de son album We Were Bound to Meet, que nous avions échangé la veille. Nous avons finalement réinterprété ce morceau de manière très différente, en conservant l’arrangement de cordes de Sébastien Souchois. Nicolas Noël, au piano, a su mener cette "berceuse du pire" à son apogée dramatique. L’un d’entre nous avait dit : « Entre Satie et Oscar Wilde », une formule que je trouvais élégante et juste. Je ne sais plus qui l’a prononcée, mais je crois l’avoir lue chez Olivier.
Les deux titres ont un côté très « jazzy », proche de l’univers Mods. Est-ce un hasard ?
Denis Bortek : Ah, les Mods ! Je n’ai rien fait pour, mais nous partageons tous les deux ce côté Sharp du cool qui nous rapproche. « Kool Sharp Olivier » : cela pourrait être le nom de notre réunion !
Olivier, sur ces titres, vous ne chantez pas ou peu. Pourquoi ?
Olivier Popincourt : C’était le parti pris de cette collaboration : j’apporte la musique, Denis les textes et la voix. Denis a toujours chanté et écrit en français, et je suis ravi que ces titres soient interprétés dans la langue de Molière. The Worst of Lullabies devient ainsi La Pire des Berceuses, ce qui ajoute une touche particulière au projet.
Comment s’est déroulée cette collaboration ?
Denis Bortek : Nous avons surtout travaillé à distance, Olivier étant souvent en déplacement. Nous nous sommes vus deux fois avec Sébastien, mais la plupart du temps, nous travaillions depuis nos postes respectifs. C’est très pratique quand on a envie de multiplier les prises sans déranger personne. Le confort de la maison favorise la concentration nécessaire à ce genre de travail.
Y aura-t-il une suite : concerts, autres titres, un album… ?
Denis Bortek : Attendons de voir les réactions que ce projet inspire. Un concert à Paris serait légitime, mais je crains que nous ne puissions aller plus loin, sauf si une radio s’intéresse à nous. Cela aiderait à faire connaître ce joli projet.
Comment peut-on se procurer le disque ?
Olivier Popincourt : Le 45t sort le 18 avril dans le cadre du Disquaire Day. Il sera disponible dans les magasins de vinyles en France et sur le label www.trulyyoursrecords.com.
Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?
Denis Bortek : Le meilleur, merci François !
Olivier Popincourt : Continuer ce genre de collaborations, avec des univers différents mais complémentaires.
Playlist : 5 morceaux qui ont influencé ce single
Denis Bortek
Autant les chansons que les interprètes m’ont inspiré dans cette quête d’une bossa nova « rêvée ». J’ai pensé à Pierre Barouh, dont j’avais découvert la BO d’un film indépendant, un western camarguais où il pose des mots d’une douceur inégalée sur des airs brésiliens. Son phrasé délicat et sobre me touche profondément.
Quand Georges Moustaki adapte The Waters of March de Carlos Jobim en Les Eaux de Mars, c’est d’une élégance bouleversante, « une promesse de vie » qui semble infinie. Nino Ferrer, avec La Rua Madureira, y met sa touche drôle et poétique, typique de son style. Un Homme et une Femme, de Francis Lai, popularisé par le film de Claude Lelouch, reste pour beaucoup la bossa nova la plus emblématique. Enfin, Jardin d’Hiver, de Keren Ann et Benjamin Biolay pour Henri Salvador, est la plus récente et la plus populaire.
• Pierre Barouh – Ce n’est que de l’eau
• Georges Moustaki – Les Eaux de Mars
• Nino Ferrer – La Rua Madureira
• Nicole Croisille & Pierre Barouh – Un Homme et une Femme
• Keren Ann & Benjamin Biolay – Jardin d’Hiver (lien)
Olivier Popincourt
Je suis fan de bossa nova depuis mes 14 ans, quand j’ai commencé les cours de guitare jazz et découvert l’album Getz/Gilberto (1964), avec The Girl from Ipanema. À l’époque, j’écoutais aussi The Style Council, qui intégrait ces influences dans leurs albums. Dans chacun de mes disques, on retrouve ces racines. J’étais ravi que Denis propose de travailler sur un style si différent de son univers habituel. Ces deux titres, avec une économie de moyens et très peu d’instruments, mettent en valeur le grain de voix et la sensibilité de Denis.
• The Style Council – The Whole Point of No Return (pour l’influence et la découverte de ces musiques)
• Louis Philippe & The Night Mail – La Maison Sans Toi (mon album préféré de 2025)
• Caetano Veloso – Dindi / Eu Sei Que Vou Te Amar (beauté à l’état pur)
youtube.com/watch ?v=75AILFTE8MI&list=PLrt7VbxNS8rePxxvEM5ozpVQN1B78OBCz&index=5
• Bill Evans – The Summer Knows (pour le piano de La Pire des Berceuses)
• Colin Blunstone – Say You Don’t Mind (pour le lien avec les cordes de La Pire des Berceuses)



