Prisoner : Le garage rock cinématique qui fait danser les années 60

mercredi 26 août 2026, par Franco Onweb

Bienvenue dans l’univers unique de Prisoner, un groupe qui marie l’énergie brute du garage rock des années 60 aux mélodies envoûtantes des musiques de films et de séries. Avec l’arrivée de la chanteuse Susanne go-go danseuse et de formation lyrique, le groupe a trouvé une nouvelle dimension. Entre influences cinématographiques, engagements politiques et une touche de classicisme, Prisoner réinvente le son vintage.

Rencontre avec Philippe Girard et Susanne Pemmerl, deux passionnés qui transforment chaque concert en une expérience dansante et mélodique pour la sortie de leur nouvel album sur le label international « Wicked Cool » de Little Steven.

Pouvez-vous vous présenter ?

Philippe Girard (guitariste) : Nous sommes le groupe Prisoner, mais au départ, nous avons commencé sous le nom The Prisoners. Comme tu le sais, il existe déjà un groupe mod anglais célèbre qui porte ce nom. À l’origine, nous réarrangions à la sauce garage des musiques de séries britanniques ou américaines des 60’s/70’s, comme « Amicalement vôtre », « Chapeau melon et bottes de cuir » ou « Le Prisonnier ». Notre nom vient d’ailleurs de cette série. Nous avons sorti deux albums avec ce concept. Sur le deuxième, nous avons commencé à inclure quelques-uns de nos propres titres. C’est à ce moment-là que nous avons rencontré Susie (Susanne Pemmerl, NDLR), qui est désormais notre chanteuse. Cela a totalement transformé la dynamique du groupe avec cette nouvelle voix. A l’annonce d’un concret à Paris, nous avons commencé à avoir des problèmes avec l’autre groupe The Prisoners, qui n’appréciaient pas que nous utilisions leur nom, surtout qu’ils venaient de se reformer. En réalité, c’étaient surtout leurs fans qui n’étaient pas contents !

Susanne Pemmerl : Je connais bien leur guitariste. J’étais sur scène avec lui, car je suis aussi danseuse go-go, lors d’une croisière rock organisée par Little Steven (guitariste de Bruce Springsteen et fondateur du label Wicked Cool, sur lequel sort l’album de Prisoner, NDLR). Je me suis très bien entendue avec lui, Graham Day, qui avait l’air de s’en moquer un peu.

P. : Nous avons donc raccourci notre nom en Prisoner et signé chez Wicked Cool. C’est notre premier album qui bénéficiera d’une vraie visibilité et d’une promotion. Nous avons déjà donné pas mal de petits concerts, principalement en Allemagne.

Prisoner, au centre Philippe Girard et Susanne Pemmerl
Droits réservés

Parlons de votre musique, qui s’inscrit dans la pure tradition des garage bands des années 60, avec deux éléments marquants : le trombone et la voix de Susanne, utilisée sur plusieurs morceaux comme un instrument.

P. : Absolument. Pour le trombone, il s’agit de Marcus, avec qui je joue depuis que nous avons 20 ans. Il était donc hors de question que je forme un groupe sans lui. Il s’est intégré naturellement. Comme nous nous inspirons beaucoup de musiques de séries, nous travaillons beaucoup avec des thèmes musicaux (une mélodie généralement très atmosphérique). Nous avons besoin d’instruments pour interpréter ces thèmes, et le trombone en fait partie. C’est valable aussi pour la voix de Suzanne, que nous utilisons souvent comme un instrument. L’idée d’utiliser une voix lyrique vient de la musique de « Star Trek », avec cette voix qui porte des thèmes magnifiques. Mais nous l’utilisons aussi pour des choses un peu plus rythmées, dans un style années 60’s, car elle a une voix superbe et très polyvalente.

Justement, Suzanne, parle-nous de ta voix, qui est incroyable.

S. : Après mon baccalauréat, en Allemagne, car je suis allemande, j’ai déménagé à Munich et j’ai suivi une formation de chanteuse. C’était une formation complète, avec le chant, la danse et le jeu d’acteur. Ensuite, je suis partie à Kaiserslautern pour suivre une formation en opérette, théâtre et comédies musicales.

Tu as joué dans des groupes avant pour avoir une telle maîtrise ?

S. : Pas dans un groupe de rock. J’ai joué dans des orchestres avec mon violoncelle, dans des chorales… J’ai toujours adoré le rock. Quand j’étais petite, mon frère écoutait du rock des années 60. J’avais monté un groupe pendant quelques semaines à 14 ans, mais je ne me suis jamais dit : « J’aimerais faire ça. » Avec ma voix lyrique, je ne pensais pas pouvoir chanter du rock.

P. : Ce n’est pas courant d’être chanteuse lyrique et de rejoindre un groupe comme le nôtre. En ce qui concerne les autres membres du groupe, nous avons tous joué dans plusieurs groupes, surtout les plus âgés d’entre nous. Marcus et moi avons notamment joué avec un groupe appelé « Action Packed », avec lequel nous avons pas mal tourné. On a joué aussi dans beaucoup de groupes de punk rock, de garage… Nous avons toujours évolué dans ce milieu, alors que Suzanne vient d’un univers différent.

Quelles sont vos influences ?

P. : Notre première influence, c’est le rock garage, le punk rock anglais ou américain, des groupes comme The Clash, The ruts, mais aussi The Sonics et beaucoup d’autres. Mais nous avions aussi cette passion pour les musiques de séries américaines, anglaises, et les bandes originales de films français. Lalo Schiffrin, John Barry, François de Roubaix…C’est ce mélange des deux qui a forgé notre son. Nous sommes un groupe de rock garage, mais avec des influences tirées des musiques de films et de séries.

En concert, cela doit être très dansant ?

P. : Oui, car Suzanne est go-go danseuse et la voir danser donne envie de s’agiter.

C’est donc votre troisième album qui sort sur le label de Little Steven. Comment l’avez-vous rencontré, d’autant plus que c’est la première fois qu’un groupe français signe chez lui ?

S. : En 2017, j’ai rencontré les Woggles avec Graham Day à Munich. En janvier 2025, ils m’ont proposé, d’embarquer avec eux sur la croisière de Little Steven aux Caraïbes, en tant que go-go danseuse. Je voulais absolument y aller, même si ce n’était pas payé. Il y avait plein de groupes géniaux, comme Steve Conti ou L7. J’ai discuté avec les bookers de cette tournée, qui s’occupent aussi du label. Comme je suis une grande fan de mon groupe, j’en parlais à tout le monde. Ils m’ont demandé de leur envoyer de la musique, et deux jours après l’envoi, j’ai reçu un message disant que Little Steven était intéressé. J’ai aussitôt appelé Philippe, qui était ravi (rires).

Droits réservés

Cette signature vous apporte quoi ?

P. : Une belle distribution physique et numérique à l’international. Grâce à cela, nous avons un beau vinyle et un beau CD. Et une visibilité plus internationale que franco-française.

Votre musique est très appréciée en France, et pourtant, vous êtes très peu connus. Est-ce parce que vous êtes basés à Mulhouse ?

P. : Non, je ne pense pas. C’est plutôt parce qu’au début, nous n’avons pas fait grand-chose pour nous faire connaître. C’est avec l’arrivée de Suzanne et cette signature que les choses ont pris de l’ampleur. Si tu as enfin entendu parler de nous, c’est parce qu’un attaché de presse t’a contacté, celui ne serait pas arrivé avant puisque nous n’en avions pas. Je tiens aussi à dire que notre musique n’est pas qu’une copie des 60’s : nous jouons du « cinematic garage rock » (rires).

On pouvait penser qu’avec une chanteuse allemande, vous alliez chanter en anglais, mais il y en a peu.

P. : Nous nous y mettons. Sur le prochain album, il y en aura plus, d’autant que Suzanne est parfaitement bilingue. Nous allons le faire.

S. : Moi, j’aime bien chanter en français.

P. : Je trouve que le côté français lui va bien à Suzanne. Elle a un petit accent qui sonne très bien.

Qui écrit et qui compose ?

P. : Moi, j’écris les paroles et la musique.

Suzanne, es-tu d’accord avec ses textes, surtout qu’il y a parfois un côté un peu politique ?

S. : Oui, je veux que tout le monde ait le droit de manger, de boire et d’avoir un toit sur la tête.

Dans cette musique très dansante, vous avez introduit de la politique.

P. : Disons que nous vivons dans un monde plutôt oppressant, et que les textes, mais le garage rock en lui-même aussi d’une certaine façon, sont une réaction à cette oppression.

Pourtant, dans votre style musical, les gens ont un côté plus… ludique !

P. : C’est vrai, mais cela vient de mon côté fan des Dead Kennedys, du Clash, qui ont toujours eu un côté très engagé politiquement. Cela m’a toujours parlé…
Il y a aussi des notions de musique classique dans votre musique, notamment avec la voix de Suzanne, mais aussi dans la structure de vos morceaux. Vous êtes presque des musicologues.

P. : J’ai une maîtrise en musicologie, et Suzanne aussi. Mais les procédés d’écriture sont tout de même plus proches de ceux des compositeurs de musique de films et des groupes de rock.

S. : J’ai grandi dans une famille de musiciens : mon père jouait du tuba. J’ai baigné dans le classique, l’opéra, les oratorios. Il y a quelques morceaux sur le disque qui peuvent rappeler l’opéra italien. Philippe m’a parfois demandé d’improviser en essayant de garder ce style.

N’est-ce pas l’arrivée de Suzanne qui a donné une autre dimension au groupe ?

P. : C’est sûr, mais cela n’a pas modifié le son originel du groupe. Sa voix a vraiment donné de l’ampleur et de la variété, avec ce côté parfois très pop, très scandé ou très lyrique.

Mais sa voix est un instrument de plus dans le groupe ?

P. : Oui, même si cela évolue au fil des morceaux.

Prisoner en concert
Droits réservés

Quelles ont été vos plus grosses dates ?

S. : Un festival à Fribourg : le Zelt-Muzik-Festival

P. : Nous avons fait plein de petits festivals en Allemagne.

Vous avez joué à Paris ?

P. : Nous devions faire la première partie des Fleshtones, mais l’un d’entre eux est tombé malade, et la date a été annulée hélas.

Votre musique est très dansante. Votre but est de faire des concerts ou carrément des soirées dansantes ?

P. : Nous voulons plutôt faire des concerts !

S. : Pour moi, je veux divertir le public. Le cadre n’a pas une grande importance.

Vous avez surtout joué en Allemagne ?

P. : Oui, mais comme les gens pensent que nous venons tous de Mulhouse, cela semble normal, alors que moi j’habite Bordeaux et Suzanne à Munich (rires).

Ce n’est pas pratique pour répéter !

P. : Non, nous nous compliquons un peu la vie (rires).

S. : Quand on m’a demandé si je voulais intégrer un groupe mulhousien, je ne voulais pas. Mais quand j’ai écouté la musique, j’ai compris que c’était très professionnel et que chacun travaillait sérieusement. Tout se mettait en place, alors j’ai accepté, car cela fonctionnait vraiment bien ensemble.

Vous n’êtes pas professionnels ?

S. : Si, nous sommes professionnels dans notre façon d’aborder la musique.

P. : Nous avons des intermittents parmi nous, mais ce n’est pas notre but.

Vous avez un tourneur, un éditeur en plus de votre producteur ?

P. : Le producteur, c’est nous ! Nous avons une licence exclusive avec Wicked Cool Records. Nous n’avons plus de tourneur et nous en cherchons un. Pour nous, cet album est un vrai nouveau départ.

Où avez-vous enregistré ce disque ?

P. : Dans la maison du batteur ! Nous l’avons transformée en studio, nous avons apporté du matériel et nous avons enregistré la plus grosse partie en juillet 2025. Nous l’avons produit nous-mêmes, même si nous avons été conseillés par des amis ingénieurs du son. Personnellement, j’adore ce côté production : les micros, la recherche du son… Je suis un vrai geek pour ça. C’est une vraie passion.

Quel va être l’évolution du groupe, maintenant que Suzanne est dans le groupe avec sa voix lyrique ?

P. : Il va y avoir quelques chansons « garage 60 » en plus. Mais Nous allons toujours garder ce côté voix lyrique, et parfois le coté scandé également. Le nouvel album est presque totalement écrit, et nous allons essayer de commencer à l’enregistrer en octobre.

Philippe Girard et Susanne Pemmerl, en concert
Droits réservés

Suzanne, vas-tu commencer à écrire des paroles ?

S. : Non, je ne crois pas ! Pour l’instant, cela « matche » tellement bien avec Philippe que cela va continuer ainsi. Il m’a laissé l’occasion de faire des choses sur certaines voix, et cela a très bien fonctionné avec ce qu’il cherchait, et cela me plaît beaucoup.

P. : C’est très facile de travailler avec Suzanne : elle est à l’écoute, au service du résultat final, et elle comprend bien ce que nous voulons faire. Nous formons un bon duo !

Pour l’international, comptez-vous aller vers plus d’allemand ou d’anglais pour les paroles ?

P. : Plus d’anglais, oui !

S. : Pas plus d’allemand, je trouve que cela ne fonctionne pas bien avec notre musique. J’aime bien l’anglais, je suis souvent allée en Angleterre quand j’étais plus jeune. J’adore l’anglais et le français.

P. : En tout cas, moi, je n’écrirai pas en allemand (rires). Je tiens à préciser que pour la sortie digitale, ils nous ont demandé de traduire trois titres en anglais, qui seront ajoutés sur les plateformes.

Quels sont vos projets ?

P. : Nous rêvons de participer à la croisière de Little Steven en avril. C’est là que Suzanne a rencontré les gens du label. Cela pourrait être possible. Nous allons essayer d’aller en Espagne, où nous sommes en contact avec un tourneur. Nous jouons en Allemagne le 12 septembre.

S. : C’est près de chez moi, et ma famille et mes amis vont venir me voir pour la première fois : j’ai hâte !

P. : Le 11 septembre, pour la sortie de l’album, nous ferons une « Release party » mais sauvage ! Nous l’avons déjà fait une fois à Bordeaux : nous avions un jour de repos, nous sommes allés sur les quais, nous avons sorti la sono et nous avons joué comme ça. C’était génial ! Les passants se sont arrêtés, nous avons eu plein de contacts, et nous nous demandons si nous n’allons pas refaire un truc comme ça plutôt que de nous enfermer dans un club. Nous allons essayer de faire ça le 11 septembre, à Strasbourg. Nous ne demanderons rien à personne, nous nous installons et nous jouons.

Le mot de la fin !

P. : Merci beaucoup.

S. : Je voudrais dire que je ne suis pas une IA. Je fais les voix au parc des Expos de Munich, et beaucoup de gens pensent que je suis une IA, mais pas du tout !

Droits réservés

Quel disque donneriez-vous à un enfant pour l’emmener vers la musique ?

S. : Pour moi, ce seraient les Beatles avec « Help », parce que c’est mon premier album. Je suis une immense fan de ce groupe, je suis allée à Liverpool pour voir où ils avaient commencé.

P. : Pour moi, le disque qui a changé ma vie ado, c’est le premier album du Clash ! Cela m’a vraiment marqué.

https://prisoner.taplink.bio/
https://www.facebook.com/prisonerfrance/
https://www.instagram.com/prisoner_france/