Luce & Dani : Quand la photographie rencontre la musique

lundi 31 août 2026, par Franco Onweb

Daniel Sani, habitué de ce site, revient cette fois avec un projet inattendu : un duo musical avec Luce, dont une de ses passions est la photographie, au talent aussi visuel que vocal. Leur rencontre, née d’une passion commune pour la musique et l’art, a donné naissance à un album éclectique, mêlant reprises de Gainsbourg, Ronnie Bird ou encore les 5 Gentlemen, et des compositions originales. Entre intimité acoustique et énergie électrique, leur collaboration promettrait bien de surprendre les amateurs de musique. Leur album sortira le 11 septembre, accompagné d’un showcase chez Lollipop. Une aventure à suivre de près.

Peux-tu te présenter, Luce ?

Je m’appelle Lucile, mais tout le monde me surnomme Luce. J’ai grandi avec des parents qui étaient fans de rock. Mon père aimait bien le rock progressif comme Genesis, et ma mère préférait des groupes comme Led Zeppelin ou le Steve Miller Band. J’ai donc grandi au milieu de belles pochettes, souvent psychédéliques, et je pense qu’elles m’ont beaucoup inspirées. Quand j’ai démarré la photographie sérieusement, cet univers vivait en moi : des doubles expositions, de la couleur, des associations improbables, je cherche à créer des ambiances qui me rappellent ce contexte tellement libre et fantasque.

Luc et Dani en concert
Crédit : Philippe Maquelle

Elle s’est faite quand et comment, la rencontre ?

Daniel Sani : On s’était croisés à des concerts des Falken Mazes ; elle aime beaucoup le groupe. Je suivais son travail de photographe sur Facebook. Je trouvais son univers vraiment intéressant, et ça me touchait. Un jour, je l’avais félicitée pour une de ses photos, et elle m’a demandé si je connaissais un lieu pour faire sa première exposition. On avait la sortie de l’album BD de Marius Paoli. On devait faire un showcase de sortie chez Lollipop, et je lui ai proposé de coupler cette soirée avec son expo photo. On s’est vraiment rencontrés à cette occasion. Et là, je lui ai demandé si elle chantait.

L : Cela n’avait aucun rapport !

D : Comme j’aime beaucoup les chanteuses, je lui ai proposé de faire un essai. Elle m’a dit « oui », mais du bout des lèvres. On a essayé au studio Tchoc. J’avais pris le matériel d’enregistrement, et on a essayé Les Sucettes de Gainsbourg, et ça l’a tout de suite fait, parce que sa voix était juste, douce et belle ! On a continué sur cette lancée !

Sur le disque, il y a cinq compositions et des reprises des 5 Gentlemen, de Gainsbourg et deux reprises de Ronnie Bird. C’était un parti pris de faire un mélange de compositions et d’originaux ?

D : Non, c’est une vraie évolution de notre travail. Quand on a commencé, on ne savait pas vraiment où on allait. Quand on fait des reprises, le but est de se les approprier. Par exemple, Les Sucettes : on n’est pas dans le même ton que Gainsbourg. Luce s’est complètement adaptée au morceau, et j’ai mis ma voix pour que cela contrebalance. J’ai essayé de faire une version beat pour se différencier de l’original. Ensuite, je suis parti sur Où va-t-elle ? de Ronnie Bird, qui est devenu Où va-t-il ?, et là, j’ai préféré ce qu’on a fait. On a complètement transformé le morceau en le mettant presque en acoustique. C’est ce qu’on voulait faire au début : des reprises de morceaux des sixties avec des versions différentes. Luce voulait reprendre du Birkin et du Bardot, et donc, à chaque fois, on a réadapté le morceau à notre sauce. Au bout de six ou sept morceaux, je lui ai demandé si elle avait un texte.

L : C’était Si seulement !

D : À partir de là, on n’a fait que des compositions. On a d’abord fait des reprises, puis des compositions. Je pense qu’à l’avenir, il y aura beaucoup plus de compositions originales.

Il y a des morceaux dont je voudrais qu’on parle ! Le premier, c’est Maintenant, qui clôture l’album, où on est dans l’ambiance Gainsbourg, Bardot et Birkin. C’était un parti pris de faire comme ça ?

L : J’ai écrit les textes de toutes les compositions. Pour écrire, j’ai besoin d’avoir un sujet, et pour moi, mon inspiration vient de mes échanges avec Daniel. Parce qu’il est un peu farfelu ou fantasque… La racine du texte vient toujours de nos discussions en répétition. Je relevais des jeux de mots, on riait sur des images, donc le point de départ, ce sont nos répétitions, sauf pour le premier, Si seulement, que j’ai écrit seule, d’une situation que je vivais à l’instant T.

Tu as une super voix ! Tu le savais ?

L : Non (rires), je ne le savais pas !
D : Si une voix n’est pas intéressante au départ, on ne peut pas arriver à grand-chose…

Est-ce que ce disque ne serait pas la continuité des Tchoquers, un duo avec lequel tu avais vraiment sorti un très bel album ?

D : Oui et non ! Musicalement, on est dans la continuité des Tchoquers avec des reprises des sixties que j’adore. Cependant, quand on s’est rencontrés avec Luce, je n’ai pas du tout pensé aux Tchoquers. À l’époque, avec les Tchoquers, on avait eu tout de suite l’envie de monter sur scène. On a commencé l’enregistrement et tout de suite la scène. Claire, la chanteuse de ce groupe, était une comédienne qui adorait ça. Ça fonctionnait parfaitement sur scène. Je ne suis pas sûr que Luce veuille faire de la scène. Sur disque, oui, c’est la continuité, mais sur scène, non ! On s’oriente vers un truc plus intimiste avec ces guitares acoustiques. Tu as en partie raison, mais je ne pense pas que ce soit un acte manqué.

Luce sur scène
Crédit : Hector Ship

Et donc, Luce, qu’est-ce que tu en penses ? Vous allez faire des concerts ?

L : On va faire quelques scènes, bien sûr. J’ai juste chanté trois chansons une fois. Je ne me suis jamais projetée sur une scène, malgré le fait que j’ai une forte personnalité, c’est ce qu’on me dit (sourire). J’ai un côté très timide qui ne s’est jamais exprimé devant un public. Je ne sais pas comment je vais vivre ces premiers instants. Je suis à la fois amusée de monter sur scène, mais je le redoute aussi un peu.

C’est un projet qui est très ambitieux !

D : Ce qui nous anime, c’est de faire partager notre musique au plus grand nombre de personnes et de se faire plaisir. Pour l’instant, on ne sait pas où on va. On en saura plus après le showcase pour la sortie de l’album, le 11 septembre chez Lollipop. Luce est montée sur scène à la Maison Hantée pour un concert où il n’y avait que des filles. On a fait trois titres, dont un en acoustique et deux en électrique. Ça l’a fait sur tous les titres, donc on réfléchit à comment aborder au mieux la scène.

J’ai remarqué que c’est la première fois que tu as fait chanter et enregistré ton morceau fétiche, Les Papillons noirs.

D : C’est vrai ! C’est un morceau que Luce adore aussi.

L : J’adore vraiment ce morceau, et c’est moi qui l’ai poussé à l’enregistrer.

D : Avec le trio Daniel Sani, on le jouait sur scène, et c’est Fabien, le bassiste, qui avait trouvé les arrangements. On a enregistré cette version. J’étais ravi de faire ça avec Luce en gardant le côté grave (ma voix) et aigu (sa voix) . Elle le chante très bien.

On est plus dans la version de Bijou que celle de Michèle Arnaud ?

D : On est entre les deux, avec cet arrangement de cordes que Fabien avait adapté et gardé. On les faisait avec les guitares. On a rajouté des cloches comme dans Messe pour le temps présent de Pierre Henry. Il y a aussi une montée que Bijou n’avait pas : leur version a un côté plus linéaire.

Pourquoi tu voulais reprendre ce morceau, Luce ?

L : J’adore ce morceau, il est dans toutes mes playlists. J’aime les arrangements que Daniel a fait à la guitare. C’est un morceau qui me bouleverse.

Il a été fait où et avec qui, le disque ?

D : J’ai fait tous les instruments dans le studio des disques Tchoc.

L : On a commencé le 15 janvier, et on a terminé fin mai.

D : On a enregistré une fois par semaine, et comme Luce est efficace et comprend vite, ça a été assez rapide, en fait. En plus, elle a l’oreille musicale, donc elle comprend vite ce qu’on pouvait faire ensemble. Elle a vite mesuré ce qu’on peut faire avec sa voix par rapport à une ligne mélodique. Elle arrive à s’auto-harmoniser. Ça allait très vite. D’autre part, on ne s’est pas arrêté à 12 morceaux comme d’habitude. Il y a 13 morceaux, et c’est une première pour moi. C’est dire le respect que j’ai pour le travail avec Luce.

Daniel Sani en concert avec Luce
Crédit : Hector Ship

Tu es à l’aise avec ton nouveau rôle de chanteuse ?

L : Je le fais de manière sérieuse, sans me prendre au sérieux. Je suis engagée dans ce projet à 500 %, et Daniel peut compter sur moi. Ce que j’aime, c’est travailler, prendre des morceaux, réfléchir sur une proposition et avancer. J’aime écrire et penser les textes. Quant à mon rôle de chanteuse, je dois l’apprivoiser.

Vous avez deux voix très complémentaires ?

L : On s’est aperçu avec Daniel que nos voix marchent très bien. Quand on chante ensemble, c’est très joli.

D : C’est une histoire de fréquence, parce que nos deux voix fonctionnent très bien quand elles sont ensembles. Ce qu’on adore faire, et qui fonctionne vraiment très bien, ce sont les questions-réponses.

L : Oh oui !

D : Ça fait penser à Gainsbourg-Bardot ou Birkin-Gainsbourg ! Mais ça fonctionne vraiment bien. C’est vraiment l’axe artistique qu’on va creuser, je pense.

Est-ce que reprendre les 5 Gentlemen, c’est faire un hommage à Marseille ?

D : Non, même s’ils sont de Marseille et de Cassis, c’est juste que c’est l’un des meilleurs groupes des sixties français. Ça jouait vraiment bien, et il y a des morceaux incroyables. Ce n’est pas parce qu’ils sont de Marseille que je les aime, mais parce qu’ils sont superbes.

Il sort quand, le disque ?

D : Le 11 septembre, avec le showcase chez Lollipop.

Luce en concert avec Daniel et des chanteuses dans le cadre d’une soirée speciale chanteuse
Crédit : Hector Ship

Vous allez écrire plus de compositions pour le deuxième album ?

L : Bien sûr ! Quasiment tous les morceaux seront nos compositions !

D : J’y compte. Pour le prochain, que j’ai commencé à enregistrer, il y aura juste une reprise de Michèle Mercier (signé Gainsbourg) sur la proposition de Luce. Je souhaite qu’il y ait un maximum de compositions.

Luce, tu fais de la photo en dehors de ton boulot, tu vas t’intéresser à tous les visuels de votre duo ?

L : J’ai déjà fait les visuels de l’album. Je suis fière de dire que cet album est 100 % maison. Il n’y a pas d’IA, tout est fait par nous. J’ai passé du temps pour réaliser la pochette. Tout est authentique.

D : Il y a des jambes sur la pochette : ce sont les vraies jambes de Luce !

L : Je voulais une image qui me représente, et comme je suis toujours, mais alors toujours en talons, c’est exactement moi. Je ne voulais pas montrer mon visage, et ainsi le mystère autour de cette pochette est bien gardé.

Tu vas t’intéresser au clip ?

L : Il faudrait qu’on en fasse un !

D : C’était bien qu’on fasse tout à deux, sans rien demander à quelqu’un d’extérieur. C’est vraiment du Do It Yourself. C’est vraiment Luce et Dani !

Crédit : Hector Ship

Daniel, tu joues dans neuf groupes !

D : Je dors peu !

Mais quand tu composes un morceau, tu sais à qui tu vas le donner ?

D : Oui, comme je pars toujours des textes, je sais à qui je le donne. Il y a certains groupes qui me demandent peu d’efforts, comme les Crakers ou les Batmen, qui sont des groupes de reprises. Pour les autres, on reste dans le même style, et donc je m’en sors.

L : Je trouve que notre projet est différent, et c’est pour ça qu’il est intéressant. Il est dans un format plus doux.

D : Je ne sais pas fonctionner autrement : il faut que je sois débordé pour avancer. Quand je ne suis pas débordé, je m’ennuie. Pour tout te dire, et quand je suis débordé, je réfléchis à quel nouveau projet je pourrais créer. Le seul problème est physique : mon corps va moins vite que le cerveau (rires).

Quels sont vos projets, à part le 11 septembre et ce showcase ?

D : On regarde pour des dates pour jouer. on joue à Toulon le 12 septembre.

Crédit : Gérald Chabaud

Est-ce que les 5 Gentlemen savent que vous avez réalisé ce disque ?

D : Je ne sais pas. Ils ne sont plus dans la musique. Je n’ai pas les contacts.

Le mot de la fin !

L : Je suis très contente de cette aventure inattendue. Explorer ma voix est vraiment une découverte pour moi !

Quel disque donneriez-vous à un enfant pour l’emmener vers la musique ?

L : We will rock you de Queen, les chansons de Michel Legrand et Henri Salvador, pour un enfant, c’est très bien.

D : Je t’ai déjà répondu plein de fois, mais dans le cadre du duo Luce et Dani, je dirais le premier album de Polnareff.

https://lucedani13.bandcamp.com/album/si-seulement
https://soundcloud.com/disques-tchoc/02-je-ne-peux-pas-luce-pieri
https://disquestchoc.com/