Maxwell Farrington & Le SuperHomard : Window Tax, l’album qui brise le piège du troisième disque

jeudi 21 mai 2026, par Franco Onweb

Deux ans après « Please Wait », Maxwell Farrington & Le Superhomard reviennent avec « Window Tax », un album né d’une volonté de se réinventer. Après les concerts en duo, les tournées avec les Liminanas ou Franz Ferdinand, avec une production signée Mike Lindsay à Margate, le groupe a choisi de bousculer ses habitudes. Fini le côté grandiloquent des précédents disques : place à une pop plus intimiste, des synthés analogiques et des influences européennes assumées. Rencontre avec un Christophe Vaillant, le SuperHomard qui, malgré le succès critique, reste déterminé à toucher un public toujours plus large, sans renier l’esprit Mod qui l’anime. Une conversation sur la création, les doutes, et l’art de rester fidèle à soi-même tout en osant évoluer.

La dernière fois que l’on s’était parlé, c’était pour « Please Wait » en 2024. Que s’est-il passé depuis ?

Maxwell et moi avons fait pas mal de concerts en 2024 avec notre groupe. On a continué en 2025, mais principalement en duo. On a fait quelques premières parties aussi, on a tourné avec Les Liminanas, mais aussi avec Franz Ferdinand. Voilà, on a fait beaucoup de concerts. Et ensuite, on a concrétisé ça avec de nouvelles compositions. On a essayé de faire des choses plus rapidement, en changeant un peu, en prenant un producteur ce coup-ci.

Maxwell Farrington & Le SuperHomard
Crédit : Philippe Mazzoni

On sait que le premier album, tu mets plein de trucs dedans. Le deuxième album, c’est la suite du premier. Mais le troisième, la plupart des gens, c’est l’album piège. C’est l’album où il faut se « relancer ». Tu as eu cette angoisse-là ?

Alors, non, pas d’angoisse du troisième album, parce que personnellement j’ai un peu enchaîné depuis 10 ans : j’en ai fait deux sous le nom du SuperHomard (avant de travailler avec Maxwell) dans un temps plutôt court. J’en ai fait un en 2016, puis un autre en 2019. On a surtout essayé de ne pas faire pareil que les deux premiers albums.

C’était le piège !

On a essayé de ne pas se faire avoir là-dessus. On a demandé à notre maison de disques Talitres et à notre éditeur, Strictly Confidential, de travailler un peu différemment. D’habitude, on crée tous les morceaux, on les enregistre, on les produit nous-mêmes etc.., et on envoie ça au label. Ça a bien fonctionné comme ça jusqu’à présent. Mais là on a voulu changer. Ils nous ont poussés en faire beaucoup plus. On a fait une trentaine de démos, et, à notre demande, ils nous disaient ce qu’ils en pensaient. On a un peu mis nos égos de côté et ça fait du bien parfois.On leur envoyait des grappes de chansons de temps en temps et il y avait des sessions d’écoute où il y avait des gens du label Talitres, mais aussi des gens de la maison d’édition. On faisait écouter nos démos, et ensemble, on a choisi les 12 morceaux qui parlaient le plus à tout le monde.

C’est bizarre : je te voyais plutôt comme quelqu’un de sûr de lui sur sa musique ?

Oui, ça n’empêche pas ! Mais là, on leur a demandé de faire ça pour avoir un regard extérieur, parce que d’habitude, on fait tout ce travail de sélection nous-mêmes ! Et tu peux facilement tomber dans l’autosatisfaction. Il y a des morceaux que j’aimais beaucoup ou bien que Maxwell aimait beaucoup mais qu’on n’a pas gardé finalement. C’était important, parce que dans l’écoute, il y avait des gens de sensibilités et d’âges différents. J’avais demandé à Sean Bouchard, le patron de Talitres, de travailler aussi avec un producteur extérieur pour ne pas tomber dans le fameux piège du troisième disque et de la redite des deux premiers albums.

C’est là que vous avez choisi de travailler avec Mike Lindsay ?

Oui, je connaissais son travail, et il avait produit des trucs que j’aimais beaucoup. Je savais surtout que ce serait différent de ce que je ferais si je produisais moi-même. On est donc partis à Margate, dans son studio. On a fait deux sessions de 10 jours, et voilà. Tout s’est vite enchainé. On est partis en octobre 2025 chez lui, puis est revenus en décembre. On a mixé en janvier, et le disque vient de sortir.

J’ai l’impression que tu enregistres beaucoup durant les mois d’hiver et le mois de décembre.

Je ne sais pas. En réalité, je fais tout le temps des démos de chansons, et depuis la fin de l’enregistrement, j’ai déjà écrit de nouveaux morceaux.

Quand on parle de vous, on évoque toujours Scott Walker ou Divine Comedy, mais là, par la production, vous vous êtes un peu éloignés de ça, avec un côté beaucoup plus pop, moins grandiloquent.

Oui, ça se rapproche sans doute plus de l’album « Meadow Lane Park » que j’avais fait en 2019. Je voulais revenir un peu à ça, avec un côté un peu moins grandiloquent en effet. Je ne voulais pas refaire l’album précédent même si je l’aime beaucoup !

christophe Vaillant en concert
Crédit : Guillaume Gesret

Il y a pas mal de sons avec des synthés que vous n’aviez pas avant.

C’est un peu ça ! Mike a beaucoup travaillé dans l’expérimental. Il nous a poussé à essayer des trucs auxquels on n’avait pas pensé. On est arrivés avec des chansons très abouties et on a gardé beaucoup de choses, comme des claviers, des basses… que j’avais enregistré chez moi, mais Mike m’a poussé à refaire beaucoup de choses chez lui aussi. Je n’ai pas de vrai piano chez moi, et lui m’a fait refaire les parties sur un vrai piano par exemple. J’ai refait beaucoup de guitares, on a refait toutes les batteries avec notre batteur de scène Loïc Maurin, parce que c’est le meilleur que l’on connaisse !

Tu étais à l’aise avec un producteur, sachant que tu sais très bien ce que tu veux ?

Ça a beaucoup étonné Maxwell, mais oui, j’ai beaucoup écouté Mike. Surtout qu’à la fin, on pouvait enlever/modifier des choses, ce qu’on a fait. C’est pour ça que c’est différent, mais que ça reste bien notre disque à nous nous deux. Il y a vraiment la « patte » sonore de Mike. Mais oui, je sais ce que je veux en général. Ce qui m’a fait changer, c’est peut être d’avoir eu la chance de côtoyer de vrais grands musiciens en studio qui écoutent les avis de tout le monde pour garder des trucs interessants. C’est comme ça qu’on avance en fait ! J’ai essayé d’écouter les avis extérieurs, et pas simplement celui de Maxwell.

Tu avais besoin de travailler avec un producteur extérieur, qui est anglais ?

D’un Anglais, pas forcément. Ça aurait pu être quelqu’un de n’importe quel pays. Il nous fallait quelqu’un d’ouvert à notre musique. Le fait qu’il soit anglais est, peut-être, un plus. Disons que l’ambiance locale et celle de l’enregistrement a influencé l’ambiance du disque. L’hiver à Margate, c’est pluvieux, et ça s’entend dans cet album je pense. Cette ambiance nous plaisait.

Et Maxwell était dans son élément naturel d’anglo-saxon.

On était dans une maison pas loin du studio qui était super : on était vraiment bien, et le disque s’en ressent ! Margate, c’est l’Angleterre comme on l’imagine, mais il y a beaucoup de musiciens qui sont venus s’y installer récemment en quittant Londres. Ça devient par endroits peu « bobo », mais ça reste typique : tu manges toujours ton Fish & chips devant la mer !

Est-ce que tes influences ont évolué depuis deux ans ? On dirait un album de Modernisme Européen. La production t’a emmené sur un terrain où on ne t’attendait pas.

Ah bon ? Tu es le premier à me le dire. On a pas mal de presse depuis la sortie, qui voit ça comme une évolution du groupe. On ne pense pas avoir tout changé mais juste évolué.

Oui, c’est une évolution, mais on pouvait s’attendre à plus de cordes, par exemple. C’est un disque plus intimiste.

Je suis d’accord sur le côté intimiste. Ça rejoint le côté du troisième disque et le piège de se répéter. Sur les deux premiers disques, tout était très orchestré, et là, on voulait sortir un peu du côté Scott Walker ou Burt Bacharach, même si tout le monde nous en parle toujours. Maxwell chanterait sur de la techno, on nous parlerait encore de Scott Walker et Divine Comedy de toutes façons. La seule chose que je sais, c’est qu’on écoute tout le temps de la musique, notamment avec beaucoup de nouveautés, et ça nous nourrit. Pour le côté européen, le but est de faire une musique très internationale, sans se fixer de barrières, sans vouloir du Smiths, du Jam, du Cure, ou de la pop 60’s millésimée. Il ne faut pas se donner de limites.

loïc Maurin
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L’album a été fait à Margate et produit par Mike Lindsay. Qui joue dessus en dehors de vous deux ?

Maxwell chante, j’ai enregistré quasiment tous les instruments, Mike et Maxwell ont fait quelques claviers aussi. Pour les batteries et percussions, c’est donc notre batteur de scène, Loïc Maurin. C’est un batteur génial et un super copain. On voulait vraiment qu’il soit sur le disque. Après, il y a Lily Buchanan, qui est une artiste peintre et chanteuse écossaise vivant à Margate. C’est la femme de Mike aussi (sourire). On avait quatre morceaux avec des voix féminines, et on ne savait pas ce qu’on allait faire avec. On cherchait une voix bien précise, et quand Lily est passée au studio, on a essayé, et ça a marché directement. Elle chante vraiment super bien. On a adoré bosser avec elle.

Tu ne penses pas que, depuis les Strawberry Smell, tu as beaucoup évolué ? La ligne de base de ton travail, c’est la ligne mélodique, mais tu t’es ouvert sur la production.

C’est une évolution normale, liée aux années qui passent - je ne pense pas spécialement avoir beaucoup changé. On est vraiment super contents de ce disque. Quand on a commencé, on savait où on voulait aller, et Mike nous a vraiment aidés à y aller. Je voulais revenir un peu aux synthés analogiques aussi. Le modernisme, pour moi, c’est ça ! Essayer des trucs.

Explique !

L’esprit Mods, c’est d’être aventureux. Je ne peux pas renier mon passé. Déjà, si tu fais écouter ma musique à un fan hardcore de pop des années 60, il te dira que ce n’est pas de la pop des années 60 parce que ça ne sonne pas vraiment comme en 1967. On essaie d’évoluer. Pas dans ma manière de composer des chansons mais j’essaie juste de faire des arrangements différents. On veut juste faire les disques qu’on a envie d’écouter en fait.

Il te parle de ses textes, Maxwell ?

Oui, j’adore ses textes, et il est vraiment bon dans cet exercice tu sais ? Tous les Anglais avec qui on a bossé le disent : ses textes sont vraiment géniaux. Si tu prends « Window Tax », c’est la taxe sur les fenêtres (qui faisait que tu payais plus d’impôts si tu avais plus de fenêtres chez toi). Lui, il a transposé ça dans les restaurants, où tu payes un supplément quand tu prends une table avec une belle vue. C’est une digression comme il sait si bien faire.

Tu es à l’aise avec ses textes ?

Oh oui, quand tu les lis, tu vois que c’est très profond ce qu’il raconte derrière le coté décalé et parfois loufoque.

Comment allez-vous faire sur scène ?

Houlà, tout d’abord, on ne sait pas quand ni où on va jouer ! On a juste quelques dates prévues. La grande différence, c’est que le modèle économique de la musique, au niveau des concerts, est beaucoup plus compliqué en 2026. On doit réduire la voilure. On a fait beaucoup de concerts à deux, par exemple, des premières parties etc.., parce que c’est beaucoup moins cher. On va essayer un set entre-deux.

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C’est-à-dire ?

On sera à deux avec un pianiste clavier. Je ferai les guitares, et Maxwell chantera. Parfois, on aura aussi un batteur quand on le pourra. On va faire des choses différentes. Maxwell occupe suffisamment l’espace dans cet exercice. Si ça marche, on reprendra le groupe au complet. Si on part à six, comme avant, on n’aura aucune date de concert dans l’immédiat ! Le critère des salles c’est remplir remplir et remplir maintenant

Vous avez atteint un certain succès. Tu es celui qui a permis à une scène de se développer, comme Daniel Sani ou les Falkens Mazes.

Daniel ou les Falkens Maze ne m’ont pas attendus pour faire de la musique (rires).Disons qu’on est tous issus en gros de la même bande du sud de la France. Notre « succès » comme tu le dis avec Maxwell est très relatif, mais il nous permet de faire seulement de la musique. Moi, je ne fais que ça : je n’ai plus de boulot alimentaire à côté mais en revanche j’ai un label, un éditeur, un tourneur qui me suivent… Avec Maxwell, on a des comptes à rendre à tout cet entourage et donc on essaie de rendre ça économiquement viable autant que possible quand même !

Tu as été contacté pour écrire pour les autres ?

Oui, je le fais ! J’ai un éditeur dont c’est le travail. Je suis en train d’essayer de le faire.

Vous ne partez pas tout de suite sur la route ?

Non, non… Les concerts se « bookent » un an à l’avance quasiment. On n’a presque jamais arrêté de tourner, et là, il nous fallait un peu de temps de pause pour ne pas saturer les salles … Pour l’instant, le tourneur travaille dessus, et comme on a eu beaucoup de presse (Rock&Folk, Le Figaro, Libération, Les Inrocks, Le Monde, Arte…), on attend les retours et on espère que ça aidera.

Quand on met un de tes disques sur la platine, on a l’impression de retrouver un vieux pote avec plein de musiques qu’on a aimées.

C’est cool de t’entendre dire ça, mais avec Maxwell, on a un certain public, on a de la presse, mais on n’a pas encore passé la barre du public de connaisseurs et de fans de musique pop pointue. On aimerait vraiment aller vers un plus large public.

J’avais l’impression que vous aviez passé ce cap ?

Un petit peu, mais pas encore assez ! Notre maison de disques nous le dit bien : pour passer un cap et devenir plus… disons … tranquilles, il faudrait qu’on ait juste un peu plus de public. Le plus important, c’est qu’à nos concerts, on voit des gens qui ne connaissent pas les Mods ou Scott Walker et qui nous ont juste entendus sur France Inter. Pour nous, c’est important. Il en faudrait juste un peu plus.

Maxwell Farrington & Le SuperHomard en concert
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Mais vous avez aussi un côté passeur : beaucoup de gens découvrent vos références avec votre musique ?

Merci beaucoup !

Qui a fait la pochette, qui est très belle ?

C’est le même peintre que sur le premier album et sur le six titres qui a suivi : Guillaume Pinard, un peintre de Rennes. J’ai vu ce tableau, je l’ai proposé à Maxwell et à la maison de disques, qui ont tous été d’accord. Pour moi, il me rappelle un peu l’album, avec ce côté un peu automne, et surtout ce dessin qui fait un peu reflet dans un lac… Mais chacun y voit un truc différent, et c’est génial !

Et le clip ?

On a fait le clip de « Supermarket » avec Cyril Cucumber avec deux bouts de ficelle (rires). On a fait trois clips pour l’album, dont un pour « Lorène », un titre que j’aime beaucoup.

Tu es resté fidèle, avec tes disques, au véritable esprit Mod comme Paul Weller : on avance dans la modernité en restant fidèles à ses bases ?

Je ne sais pas, peut être oui ! L’esprit mod c’est aussi un truc personnel je crois : chaque personne qui a été liée a ce mouvement doit avoir sa propre vision de la chose je pense. J’ai écrit un article sur le 45 tours qui a marqué ma vie une fois. J’avais choisi « Our House » de Madness. Quand j’allais au collège, je voyais les grands avec leurs parkas marquées The Jam ou The Who. Je voulais savoir qui étaient ces groupes. Quand j’ai entendu Madness, je savais que je voulais faire ça. Quant aux Mods, je me suis intéressé à ce mouvement plus tard, à l’adolescence, et là, j’ai plongé.

J’ai trouvé des petits bouts de soul dans ta musique.

Bien sûr, j’adore ça. On avait même un morceau de pure Northern soul avec Maxwell qu’on n’a pas gardé. Ça m’intéresse de faire ça, mais je ne veux pas faire du copier-coller de soul 60’s non plus.

Tu en attends quoi de ce disque ?

De toucher plus de gens, de passer ce fameux cap pour être plus à l’aise pour trouver des concerts, continuer à jouer et surtout exporter notre musique de plus en plus. Quand j’ai fait mon disque en 2019, j’avais eu beaucoup d’écho à l’étranger, notamment en Angleterre, et là, avec Maxwell, c’est beaucoup tourné vers la France.

Pourtant, la tournée avec Paul Weller a dû vous ouvrir des portes ?

On n’a pas pu vraiment approfondir ça, au grand étonnement de beaucoup de monde d’ailleurs. Mais on attend que ça maintenant !

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Tu vas retravailler avec Paul Weller ?

C’est possible, et je le souhaite !

Le mot de la fin !

Achetez notre disque maintenant, parce que bientôt on ne pourra plus en fabriquer à cause du fait qu’il n’y aura plus de pétrole !

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