Je m’appelle Robin, je suis le chanteur et guitariste du groupe Nasty Joe, qui existe depuis six ou sept ans. On a connu plusieurs changements de line-up, notamment au niveau des bassistes, et on est basé à Bordeaux. On vient tous du Béarn et du Pays basque, mais c’est à Bordeaux, pendant nos études, qu’on s’est rencontrés.
Pourquoi ce nom, Nasty Joe ?
C’était une période post-adolescente. Trouver un nom de groupe a toujours été compliqué. À l’époque, on répétait dans une dépendance du jardin de notre batteur, qui avait un chat particulièrement turbulent. Ce chat est devenu une sorte de mascotte pour nous. Comme il s’appelait Joe et qu’il ne faisait que des bêtises, on a fini par adopter ce nom. Malheureusement, il est mort écrasé par une voiture juste au moment où on cherchait un nom pour le groupe. C’est comme ça que Nasty Joe est né !
Qui compose le groupe ?
On est quatre : Bastien Blanc à la guitare, François à la batterie, Nicolas à la basse, et moi-même.
On vous présente comme un groupe post-punk. Quelles sont vos influences ?
C’est une question large et complexe à définir. Notre batteur a été bercé par AC/DC, notre bassiste par le punk, Bastien et moi par des groupes anglais. On a grandi en écoutant des artistes comme The Cure ou Interpol. Aujourd’hui, il y a un vrai revival de ces sonorités, et beaucoup de groupes se les réapproprient. Nous, ça nous a parlé tout de suite. On se sent proches de groupes comme Fontaines D.C. ou Shame, qui sont nos principales influences, avec The Cure.
C’est une musique plutôt associée à une génération plus âgée. Est-ce que c’est la musique de vos parents que vous avez su adapter à votre époque ?
Effectivement, c’est la musique de nos parents, mais c’est quelque chose qu’on s’est approprié. On l’a découvert à l’adolescence, mais on a aussi voulu explorer des artistes de notre époque. Ce qui est sûr, c’est qu’en quittant la maison familiale pour nos études, on savait déjà quelle musique nous voulions jouer.
C’était un choix délibéré ?
Oui, c’est un choix assumé, mais on n’a pas intellectualisé le processus au point de nous dire : « Il faut absolument inclure telle ou telle référence. » Tout s’est fait naturellement. Quand on composait, c’était simplement ce qu’on écoutait. C’est en lisant les premières critiques, notamment sur notre approche new wave, que nous en avons vraiment pris conscience.
Votre musique repose beaucoup sur la mélodie, que vous maîtrisez parfaitement, avec des arrangements post-punk. On pourrait même jouer vos morceaux à la guitare sèche !
Absolument (rires) ! La mélodie est au cœur de notre processus créatif. C’est ce qui détermine si un morceau est gardé ou non.
Vous n’utilisez pas de machines ?
On en a utilisé un peu sur scène, mais on est en train de faire marche arrière. Les machines peuvent imposer des contraintes et briser la spontanéité. On préfère jouer sans click ni bandes. Quelques claviers peuvent être sympas, mais globalement, cela nous limite trop.
Vous avez commencé à Bordeaux, une ville réputée pour sa scène rock, mais peu pour la new wave !
L’esthétique de la ville a changé, mais on a débuté dans les petites caves, qui disparaissent peu à peu à cause de la gentrification. On a profité de certains lieux avant qu’ils ne ferment. Pendant deux ans, nous n’avons joué qu’à Bordeaux. On était un peu intimidés par cette scène rock très ancrée, mais on a réussi à se faire une place.
Où avez-vous joué depuis ?
Un peu partout en France, surtout sur la côte ouest, un peu à l’est, et à Paris. Cette année, on part au Pays de Galles, en Espagne et en Allemagne. Nous avons déjà joué à Vienne, ce qui a attiré l’attention d’un booker allemand. On y retourne à l’automne. On a aussi trouvé un booker en Espagne, donc on va beaucoup tourner !
Vous faites partie d’une scène jeune venue de province, qui propose des albums aboutis et des performances scéniques de qualité.
C’est une bonne chose, même si à Paris, il y a des groupes comme Chest que nous apprécions beaucoup. Mais c’est vrai que nous nous connaissons tous, avec des artistes comme TV Sundaze. Cette dynamique vient surtout de province, car nous, en province, on tourne beaucoup. Les Parisiens, eux, jouent surtout à Paris, ce qui rend plus difficile pour eux de se faire connaître ailleurs.
Avez-vous un public jeune ?
Oui, notre public est plutôt jeune, et c’est encourageant de voir que les jeunes s’intéressent de plus en plus au rock.
Est-ce différent de jouer à Paris ?
Il y a toujours cette idée que Paris est le centre des médias, mais pour nous, jouer à Paris n’est pas plus important que jouer à Bordeaux, Nantes ou Rennes. On donne la même énergie partout.
On a l’impression qu’il y a une nouvelle génération de provinciaux sans complexe !
Absolument ! Mais le plus important, c’est la démocratisation des outils. Aujourd’hui, avec une carte son, un ordinateur et un micro, on peut travailler et peaufiner son projet avant de le présenter. Nous sommes une génération à qui on a dit que le monde allait mal, donc on n’a pas de temps à perdre. Nous fonçons !
Vous maîtrisez parfaitement les nouveaux médias et internet !
Oui, on est né avec un ordinateur entre les mains et nous maîtrisons les réseaux sociaux. Même si, en tant que plus vieux du groupe, je commence à être dépassé par les nouveaux réseaux comme TikTok (rires).
Vous avez commencé avec un premier EP ?
Oui, c’était en 2022. On a aussi été sélectionnés pour les Inouïs du Printemps de Bourges en 2024 et Chorus. En réalité, on n’a pas attendu ces opportunités pour tourner. À l’époque, on n’avait pas d’entourage comme aujourd’hui. Notre batteur nous trouvait des dates. On a réussi à faire une tournée de trente dates en trois mois en 20222, ce qui était déjà pas mal ! Quand nous avons été sélectionnés pour les Inouïs, on avait assez de dates pour demander l’intermittence et arrêter les petits boulots.
Avez-vous maintenant une bonne équipe autour de vous ?
On a beaucoup de chance d’avoir une équipe solide ! Tout a commencé avec l’EP, quand Loïc, un ami d’enfance, est devenu notre manager. Il n’avait jamais fait ça avant, mais il s’est proposé pour nous aider. Il a commencé à nous booker des dates, ce qui a été un énorme atout pour notre développement.
Vous venez de sortir votre premier album. Était-ce important pour vous de le sortir en physique ?
Absolument ! Nous sommes très attachés à l’objet disque (Cd et vinyle), car chacun d’entre nous possède une collection. C’était une suite logique pour nous de regrouper nos chansons sur un support physique.
Où et avec qui l’avez-vous enregistré ?
On a enregistré à Bordeaux et mixé à Paris par Baptiste Leroy.
L’album s’intitule « The House ». Pourquoi ce titre ?
Cela vient du fait que nous vieillissons et que nous avançons dans le temps. Certains morceaux évoquent des souvenirs, et la métaphore de la maison nous semblait parfaite pour catalyser ces souvenirs. Le fait d’avoir enregistré dans une maison a renforcé cette idée. On avait l’impression de regarder notre passé avec des yeux d’adultes et de le figer dans cet album.
Votre son est analogique, avec quelques touches d’électro, et met en avant la rythmique, sur laquelle tu poses un chant très influencé par la scène du nord de l’Angleterre de la fin des années 70 et du début des années 80.
On avait envie de ça, de travailler de manière organique dans le son et avec peu d’électro. C’était une direction qui était choisie. L’esthétique du disque nous poussait à aller dans cette direction. On verra pour le prochain (sourire).
C’est toi qui écris les textes ?
Oui, pour les paroles, mais la musique est un travail collectif. Les idées peuvent venir d’un membre pendant les répétitions, ou chacun peut travailler de son côté grâce aux cartes sons. Aujourd’hui, on revient à l’idée de quatre amis dans une pièce qui jouent ensemble. Cela nous permet de nous rapprocher.
Pourquoi chanter en anglais ?
Nos références musicales sont principalement anglophones. Certains artistes arrivent à écrire et chanter en français, mais ce n’est pas notre cas. Cela dit, je ne ferme pas la porte à l’idée de chanter en français un jour.
La scène française des années 80, avec des artistes comme Marc Seberg ou Marquis de Sade, ne t’a pas influencé pour chanter en français ?
Beaucoup moins, même si j’apprécie beaucoup Étienne Daho. Nos références restent anglophones, mais qui sait pour l’avenir ?
Les Français n’ont-ils pas un problème avec la pop ? On a l’impression qu’on est incapables de faire des textes « pop » et faciles.
Il y a effectivement une certaine réticence envers les textes pop en France. Pour nous, la musique a autant d’importance que les paroles, ce qui n’est pas toujours le cas dans la chanson française. Au début, on avait peu envie d’écrire en français.
De quoi parlent tes textes ?
Ils abordent des remises en question, des thématiques plutôt sombres depuis notre premier EP. Sur l’album, c’est la dualité qui est au cœur des textes : faire cohabiter ce que nous sommes, ce que nous avons été, et ce que nous voulons devenir. On n’est pas dans des textes sociaux ou politiques, même si, en tant que groupe, on a des positions politiques. Cela peut influencer nos choix, comme refuser de jouer dans certains endroits, mais cela ne transparaît pas dans nos chansons.
Avez-vous envisagé d’ajouter un cinquième membre ?
J’avoue que l’idée de me concentrer uniquement sur le chant me plaît, mais ajouter un membre compliquerait les choses, tant sur le plan humain que logistique. Cela augmenterait aussi les coûts et la place dans le camion (rires). Ce n’est pas exclu, mais pour l’instant, ce n’est pas viable.
Vous êtes autoproduits ?
L’album a été produit par M2L, qui est aussi notre tourneur. Notre éditeur co-produit aussi le disque. C’était génial de ne pas avoir à puiser dans nos économies pour le financer (rires).
Quels sont les retours sur l’album ?
Les critiques sont globalement positives, elles ont souvent souligné notre côté pop, qu’on voulait justement mettre en avant.
On sent vraiment que vous formez un groupe soudé !
Oui, c’est avant tout un disque d’amis. On n’avait pas la pression du studio : c’étaient juste des journées comme les autres.
Allez-vous faire des remixes ?
Ce n’est pas prévu, mais pourquoi pas y réfléchir.
Quels sont vos autres projets ?
On aimerait retourner rapidement en studio. L’album a été enregistré il y a un an, et on a envie d’avancer avec un nouveau répertoire. Ce sera moins pop et moins solaire.
Faites-vous des reprises ?
Parfois, mais ce n’est pas ce qui nous passionne le plus. On préfère écrire nos propres morceaux. Ensuite, nous allons tourner un peu partout. On a déjà fait des « release parties » à Paris et à Bordeaux, et nous jouerons à Pau, Chamonix, et dans la région.
Le mot de la fin ?
Venez nous voir !
Quel disque donnerais-tu à un enfant pour l’initier à la musique ?
Le premier album de Gorillaz, et je glisserais derrière un album de Blur !
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