Les Belleville Cats : le secret le mieux gardé de Paris !

Par Franco Onweb

C’est peut être le secret le mieux gardé du rock parisien : les Belleville Cats ! Un combo parisien qui mêle reprise et compositions originales avec un groove furieusement emballant. Un groupe dont le seul but est de jouer, seulement de jouer à chaque fois devant un public qui s’enflamme.

J’ai pu discuter avec Kamel, le chanteur de ces chats de Belleville, juste avant un concert au Blackstar, la nouvelle salle qui monte à Paris.

Les Belleville Cats : le secret le mieux gardé de Paris !
DR

Je suis Kamel, chanteur et harmoniciste des Belleville Cats.

Le groupe existe depuis quand ?

Houla, 23 ans ! (rires) A la base, ça s’est passé à Belleville. J’avais revu un mec que j’avais pas vu depuis longtemps : Daniel Jeanrenaud le chanteur et guitariste des Kingsnakes. On passait pas mal de temps ensemble. Je n’avais plus de groupe depuis longtemps. Il savait que je jouais de l’harmonica et comme de temps en temps, il faisait des petits concerts en solo, il m’a proposé de venir jouer de l’harmonica avec lui. Peu à peu, l’idée de remonter un groupe s’est faite sentir et pour mes 40 ans, j’ai décidé d'en remonter un. On était en 1995.

Tu décrirais comment les Belleville Cats en une phrase ?

Ce que l’on mettait sur notre affiche à l’époque : « Maximum Rhythm Blues », c’était la devise des Who à leurs débuts.

Il vient d’où votre nom ?

Ça vient justement d’un morceau que Daniel avait écrit qui s’appelle Belleville Cat. Un titre qui vient d’un album, où j’ai joué un peu d’harmonica, et qui s’appelle aussi Belleville Cat. J’ai donc demandé à Daniel s’il était d’accord et tout de suite, on a commencé à deux avec un guitariste Jean-Claude Nurbel dit Colo, ancien membre de Doc Lebrun et des Kingsnakes. On a écumé tous les bars de Belleville et puis au bout de six mois, on a trouvé une rythmique et c’était parti !

Sous quelles influences vous faites ça ?

Le rock, le rhythm’n blues … Quand on était deux, au tout début, on faisait du Buddy Holly, du Hank Williams, du Stones, que des reprises … L’optique des reprises ce n’était pas de faire les Blues Brothers ou ce genre de trucs à la con. On voulait faire des reprises que personne d’autre ne faisait. Notre truc c’était de reprendre des trucs un peu obscurs, mais qu’on aimait beaucoup.

Je pensais que vous aviez tous de suite commencé dans une ambiance plus « groove », plus « black », comme vous le faites à l’heure actuelle ?

Quand on s’est renforcé avec la rythmique, notre optique a été tout de suite d’aller vers le rhythm’n blues mais de la manière la plus traditionnelle qui soit : le rock et la soul, un peu à la J. Geils Band.

(Les Belleville Cats en concert - Photo Anthony Soimié) 

Il y a une légende comme quoi ce sont les Kabyles qui vous ont aidé ?

Bien sûr, au début ce sont les Kabyles qui ont fait exister le rock dans leurs bars, dans les années 80 c’était quasiment les seuls qui faisaient jouer des groupes.

D’ailleurs vous avez un gros répertoire ?

Depuis le début, on a repris autour de 400 titres, aujourd’hui on en fait 70 à peu près.

Vous répétez souvent ?

Assez peu, quand l’exigence s’en fait sentir… En ce moment, comme on prépare un album, on répète un peu, mais sinon c’est de temps en temps. Depuis le temps, on connait les morceaux.

Ça fait 23 ans que vous existez : il y a eu beaucoup de monde qui est passé dans le groupe ?

Moi, j’ai toujours été là (rires). En fait, il y a eu des moments où la formation était assez stable et d’autres où les musiciens restaient quelques mois... Mais il y a eu du monde. Pour notre 20 ème anniversaire il y a trois ans, j’ai compté et en gros, il y a eu entre 25 et 30 personnes qui sont passées dans le groupe. Attention, il y a des gens, des remplaçants ou des intérimaires, qui ne sont restés que deux ou trois mois.

Il y a eu des gens connus ?

Jean Claude Nurbel, il y a eu aussi Daniel Jeanrenaud. Olivier, notre bassiste actuel a joué avec nous avant de rejoindre Parabellum, Schultz (le chanteur de Parabellum Ndlr) a remplacé Colo pendant quelques mois… En fait, on n’a jamais eu de gens très connus, mais des musiciens qui avaient joué dans des tas de formation comme les Kingsnakes ou les Hot Pants (premier groupe de Manu Chao Ndlr).

Votre musique est largement figée dans le temps et dans un style ?

Oui et non, notre truc c’est le groove ! Donc, on se situe dans tout ce qui groove entre les années quarante et quatre-vingt, mais on est quand même une formation réduite et il faut que l’on se débrouille avec ça. Par exemple, j’adore la soul mais on ne prendra pas des cuivres avec nous, sauf à l’occasion…. Notre crédo, c’est à la fois black et blanc, le rock’n roll, quoi !

Vous avez toujours été quatre ?

Pratiquement, tout le temps sauf quand Mickey Blow, l’ancien harmoniciste des Stunners, (groupe incroyable de rytm’n blues français Ndlr) qui joue maintenant avec Little Bob, nous accompagnait de temps en temps. Quand tu as un mec comme ça derrière toi, tu ne joues pas de l’harmonica (rires).

Vous n’êtes pas qu’un groupe de reprises ?

On a quelques compositions, mais pas beaucoup (rires) ! Notre optique, c’était vraiment de faire des reprises à notre sauce, à tel point que parfois, ça ne ressemble plus beaucoup à l’original. Ça part de Bo Diddley, Otis Redding, en passant par les Stones jusqu’aux Plimsouls !

(Belleville Cats en concert - Photo Anthony Soimié) 

Ce sont surtout des reprises de groupe américains ?

C’est vrai, mais on a quand même repris les Kinks avec « You’re Looking Fine ».

Mais tu as le groove. Est-ce que c’est parce que tu es d’origine Nord-africaine et que tu as une sorte de « groove » naturel ?

C’est vrai qu’en France depuis Vigon (Chanteur de soul Français des années 60 Ndlr) , c’est un peu les Nords Africains qui font le groove, on a le truc (rires). Moi j’ai fréquenté les boites discos dans les années 80 et j’adorais ça. Ouais, j’aime vraiment quand ça bouge !

Vous avez fait des titres en français ?

Bien sûr, on en a composé et puis, on a beaucoup joué « La fille du père Noël » ou un titre de Ronnie Bird, « L’amour nous rend tous fou », une adaptation de Buddy Holly.

N’êtes-vous pas le groupe qui fait le « Never ending tour » de l’est parisien ?

(rires) Absolument ! On est beaucoup resté entre Bastille, Belleville, Pigalle et Montreuil. Bon, maintenant on va ailleurs, hein ? On avait une sorte d’adage qui disait que c’était la musique qui devait venir aux gens et pas les gens à la musique. On peut être vrais, pros, pas comme un groupe de baloche moyen et aller chercher les gens dans leurs bars, dans leur quotidien. Quelques temps après, Schultz a repris la formule en l’affinant : il appelait çà « le rock’n roll de proximité » avec la Clinique du docteur Schultz.

Vous vous sentez proche de la scène d’où il était issu : le mouvement alternatif ?

J’en n’ai jamais été trop proche, le « stage diving », c’est pas mon truc. Moi, j’aime le fun rock’n roll et la bonne humeur, j’ai pas envie de passer pour un rebelle à tout prix, ou un « anti-système » quelconque, les trois quarts du temps, c’est juste une posture…

Vous avez tourné où ?

Le nord est parisien, Montreuil … Il n’y a pas grand-chose ailleurs dans Paris. Il n’y a pas de lieu vraiment ailleurs.

Surtout, vous acceptez de jouer dans les bars ?

Bien sûr, mais on a été parmi ceux qui ont créé ça, le fait de jouer dans les bars, un peu partout …

Mais vous faites combien de concerts ?

J’en sais rien ! A une époque on jouait 50 fois par an, voire plus…

C’est énorme ?

En gros, c’était entre 40 et 80 concerts par an. Aujourd’hui on en fait environ 40. Mais on ne joue pas qu’à Paris. Par exemple, on joue tous les ans au nouvel an en Allemagne, on y était encore cet été. Sinon a joué en Bretagne, dans le nord, le sud-ouest …

Quelle est la formation actuelle du groupe ?

Moi au chant et à l’harmonica, Laurent Ciron (ex Dogs et Jones) à la guitare, Olivier Meyrand (ex Parabellum et Kingsnakes) à la basse et Hafid Saïdi (ex Visiteurs et Cheb Khaled) à la batterie. La formation actuelle date de quatre ans et c’est la plus stable. J’ai arrêté pendant un an en 2007, ça ne marchait plus et puis j’ai remonté le groupe avec Hafid.

(Les Belleville Cats en concert de gauche à droite Olivier Meyrand, Kamel et Laurent Ciron - Photo Anthony Soimié) 

Il y a eu des disques ? Parce que chez vous ce qui compte c’est de jouer ?

On a fait un EP enfin un cd 4 titres, un album 9 titres et un six titres il y a un an et demi, mais tu as raison pour nous, ce n’est pas vraiment une obligation. On n’a jamais fait de vinyles je ne suis pas vraiment un puriste ou un fétichiste à ce niveau-là ! Disons que l’occasion fait le larron et quand on peut, on enregistre. Mais alors après, rentrer dans les histoires de maisons de disques, les contrats, les entourloupes … On s’épargne ça ! On est tous des vieux briscards et on ne court pas après les maisons de disques. On ne se l’interdit pas non plus : la preuve, c’est que là on prépare un album avec des compositions originales, mais ce n’est pas la plus grande priorité. Le projet de base, encore une fois, c’est de jouer.

Vous n’êtes pas dans les plans promos et tout ça ?

Quand il y a une occasion, comme l’anniversaire de nos 20 ans d’existence, on en a fait un peu plus avec un plan média et tout ça, mais pour nous ce n’est pas l’essentiel.

Vous avez joué souvent à Belleville ?

(rires) Oh oui, ! Un jour, je descendais la rue de Belleville et la rue des Pyrénées avec un copain. On portait du matos et le lui disais : « Tiens, là on a joué, tiens là on a joué, là on a joué, etc… ». A la fin du parcours il m’a demandé : « il y a un endroit où vous n’avez pas joué ? » (Rires).

Mais il y a eu une réponse du quartier de Belleville pour votre musique ?

Oui, mais ça a changé le quartier en 20 ans. Ça s’est gentrifié, comme on dit maintenant. Il y a peu de temps, un copain (Jan Feigen) m’a envoyé sur le net cette phrase qui m’a fait très plaisir : « Tu vas à un concert des Belleville Cats, c’est un miracle. Il y a des Sénégalaises en Boubous, des vieux punks, des mods qui traînent, des cailleras Nord-Africaines, des Yougoslaves et beaucoup de femmes », quelque chose comme ça. Franchement ça m’a fait plaisir, parce qu’avant dans les concerts de rock, tu n’avais que des mecs en cuir noir qui discutaient des mérites du guitariste sur scène, alors qu’avec nous il y a des femmes qui nous apprécient et qui, franchement, savent faire la fête et bouger. C’est super important pour moi cette mixité, de genres et de communautés.

Mais vous ne seriez pas un peu une sorte de secret gardé à Paris ? Vu le nombre et la qualité des gens qui ont joué et qui jouent encore dans le groupe, vous devriez être énormes ?

(Rire) Serdar, le guitariste des Daltons m’a dit : « Vous êtes le plus beau secret le mieux gardé de Paris ». C’est gentil, mais ça veut dire aussi qu’on se débrouille plutôt mal. (Rires) Mais ça suggère aussi un côté un peu villageois avec lequel je ne suis pas forcément d’accord, même si ce n’est pas ce que Serdar voulait dire. Disons que cette histoire de Belleville a bien fonctionné pendant 10 ans, après on a voulu étendre notre rayon d’action : je n’habite plus Belleville et aucun membre du groupe n’y habite. Notre territoire, c’est globalement le nord est Parisien et Montreuil. On vient de fonder un truc avec notamment les Daltons et les Soucoupes Violentes, un mouvement avec des groupes qui jouent dans les bars.

Vous voulez vous regroupez ?

Oui, tous ensemble sous une seule bannière, il y a aussi les Bowling Team de Troy Henriksen. Ce sera le « Nordeste Rock’n Roll ! ». On veut continuer à écumer ces territoires entre République, Bastille, Pigalle, Porte de Pantin, Montreuil… franchement il y a à faire ! Même si ces quartiers se sont gentrifiés, il y a encore des tas de choses à faire.

Mais vous n’avez pas peur du succès ?

On ne crache pas sur la thune et le succès (rires). Je sais que nous avons cette réputation de groupe de bars qui nous colle aux basques, mais on est tellement heureux de jouer que si tu nous mets dans n’importe quelle situation, sur une grande scène, dans un bar, dans un festival ou autre chose, on s’en sortira toujours. Je me répète, mais le but c’est quand même de jouer le plus possible et de répandre la bonne parole !  

C’es quoi, vos grosses dates ?

En Allemagne devant 1500 personnes, à Paris le FGO Barbara et pleins de lieux mais pratiquement jamais rive gauche, à Paris…

Mais comment est-ce possible que ça n’ait pas mieux fonctionné pour vous : un manque de management ?

Peut-être… On n’a jamais eu de manager au vrai sens du terme. On a Amélie maintenant qui s’occupe de nous sans être vraiment manageuse, mais qui nous aide beaucoup pour plein de choses. En ce qui me concerne, je suis assez bon pour trouver des concerts à un petit niveau et c’est déjà pas mal. (rires).

Mais vous n’avez pas souffert de trop de changements de musiciens ?

Non, je ne pense pas. Les gens venaient, partaient mais toujours sans embrouilles. On a plutôt souffert d’un manque de marketing peut être mais bon, tu ne peux pas être partout. La politique a toujours été de jouer en public et le reste était secondaire.

Mais ce côté « Auberge Espagnole » n’a pas joué en votre défaveur ?

Non, parce que les mecs qui intégraient le groupe connaissaient le projet et se mettaient toujours au service de ce projet en apportant leurs idées et leur talent.

Vous n’avez pas envie sortir un live ?

On s’est enregistré plusieurs fois, mais le son n’était pas terrible. On va s’enregistrer certainement au Centre Barbara où nous devons jouer bientôt. On va essayer de filmer et d’enregistrer.

Quelle est ton ambition par rapport au groupe ?

Jouer dans de plus grandes salles, dans des bonnes conditions et de gagner un peu plus d’argent parce que c’est quand même important. Les épinards, c’est meilleur avec un peu de beurre !

Vous ne vivez pas du groupe ?

Non, disons que ça fait un à-côté intéressant : ça ne fait pas une paie, mais ça aide bien. 

Mais tu n’as pas des regrets ?

Un peu, j’aurais aimé que l’on soit plus connu que nous le sommes à l’heure actuelle, mais bon c’est la vie … Tout ce que on veut, c’est jouer et être à peu près payé pour ça, pour nous c’est la base. On est toujours payé, c’est un principe, mais à des échelles variables !

Vous allez beaucoup jouer ?

On n’arrête pas, on joue les weekend prochains, après en Allemagne et puis après, on a des dates jusqu’à mi-mars.

Mais vous ne souffrez du fait que vous n’êtes pas assez snob, une sorte d’anti Inrockuptibles ?

J’espère et je le veux (rires) ! Ils ne parlaient jamais de ce que j’aimais : la soul, le rap, le funk … Nous on est là pour que les gens s’amusent, on est pas seulement là pour les mélomanes. On n’est pas snob, on veut juste ce que ce soit la fête. Mais attention, on est pointus dans notre répertoire. C’est pas parce qu’on fait du rock qu’on va faire du « populaire », du Johnny ou que sais-je encore ! On est snob dans notre musique (rires).  Et on soigne notre apparence sur scène (rires), enfin on essaye (rires). J’ai un super costard sur scène, par exemple, de temps à autres (rires). Je ne suis pas fan du style débraillé systématique, mal rasés tout ça…  Les autres Cats sont comme moi, pas besoin de leur dire, ils sont au diapason !(rires)

C’est qui ton modèle ?

Lee Brillaux de Dr Feelgood, Peter Wolf du J Geils Band mais aussi Sam Cooke, Ray Charles,  Bo Diddley … J’ai 5 000  disques quand même, j’ai le choix des héros et des modèles ! (rires)

Les projets ?

Pas de gros projets : un live, un EP et un album de compositions.

On parle un peu du 14 décembre ?

On joue au Black Star avec les Daltons qui sont un groupe « frère » et que j’aime beaucoup. Comme eux, je suis un grand fan du Velvet Underground et de Télévision. On a déjà joué plusieurs fois ensemble, et à chaque fois c’est la fête.

Tu donnerais quoi à un enfant pour qu’il découvre la musique ?

J’avais fait une compilation de Joe Dassin pour mon fils et il a adoré. Il a aussi adoré Marvin Gaye,  « What’s Goin’ On ».

 https://soundcloud.com/les-belleville-cats-1

 

 

 

 

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