Whodunit : Rencontre pour « Memories from a Sh*t Hole” !

Par Franco Onweb

Au milieu des années 60, des dizaines et puis des centaines de jeunes américains se mirent à la musique en formant des groupes. Chansons rapides, courtes et pleines de mélodies : le rock garage venait de naitre ! Depuis cette période à travers le monde entier des groupes reprennent la tradition en continuant de jouer cette musique aussi énergique que excitante.

Les Whodunits font partis de cette catégorie de groupes qui ont décidé de poursuivre l’aventure des Garage’s Band. Au moment où sort leur nouvel album « Memories from a sh*t Hole » j’ai discuté avec Luc le bassiste d’un groupe qui ne sera jamais démodé.

Whodunit : Rencontre pour « Memories from a Sh*t Hole” !
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Je suis Luc bassiste des Whodunit. Avec Didier le chanteur nous sommes les seuls membres de la formation originale. On nous définit comme un groupe « Garage blues punk ».

Ca a commencé comment le groupe ?

En fait le groupe a été formé de manière un peu particulière. Avec le chanteur et un batteur on répétait pour s’amuser dans un local. On jouait une reprise de Joy Division « Transmission » et quand on est sorti du local, un type nous a arrêté et nous a proposé de nous enregistrer en nous disant qu’il était ingénieur du son. Bien sûr on avait tous joué dans des groupes avant mais là c’était tellement spontané de sa part que l’on s’est dit « allons y ».

 

(Whodunit en 2018 - Photo Pascal Lejeune) 

C’était quand ?

Le 8 décembre 2002, c’est l’acte fondateur du groupe !

Très vite vous prenez ce nom ?

Oui, on se remet à jouer en cherchant des textes et des titres et on choisit ce nom « Whodunit ». En Français cela pourrait se traduire par un roman policier mais c’est surtout des histoires à clés où l’on te laisse pleins d’indice … un peu comme nous !

Vous vous formez sous quelles influences ?

Un bon mix entre le garage , le punk , le post punk on a pas encore l’étiquette Le Gun Club/Cramps, qu’on nous collera sur le dos plus tard.

Pas d’anglais ?

C’est vrai ça, plutôt Us et australien effectivement, mais on peut ajouter les Kinks qu’on a repris sur notre premier album ou encore les premiers Who

Et la suite alors ?

On enregistre notre premier 6 titres en décembre 2003, on obtient quelques bonnes critiques dans la presse et dans la foulée on embauche un second guitariste (filou) qui nous permet d’évoluer et se rapprocher de l’univers de groupes tels que les von bondies. Nous entrons en contact avec Lucas Trouble (membre des Vietnam Vétérans et grand producteur artistique français Ndlr) qui nous fait venir dans son studio en décembre 2004. Celui-ci aura une vraie influence sur nous, il nous conseille de mettre en avant notre côté « blues » et nous compare au Gun Club, ce qui est hyper flatteur pour nous et effectivement le second ep 5 titres sorti en 2005 sur son label récolte une floppée de chroniques élogieuses.

Vous jouez du rock garage, tu définirais ça comment ?

Houlà, vaste question, disons que c’est des chansons courtes jouées assez vite qui a sa racine chez les jeunes américains qui répétaient dans des garages, d’où le nom de Garage’s Band. Le groupe emblématique de cette scène se sont les Sonics qui continuent à jouer d’ailleurs.

Et la suite pour vous c’est quoi ?

Notre premier batteur n’a pas survécu à l’expérience « Lucas Trouble », faut dire c’était un sacré tyran..(Lucas pas le batteur, hein !) on change donc de batteur en 2005 et on retourne chez Lucas Trouble au printemps 2006 pour un premier album. Le nouveau batteur apporte un jeu beaucoup plus sec et carré, de plus nous étions mieux préparés, par conséquent l’attitude de Lucas vis à vis de nous a radicalement changé : on savait où nous allions et lui a vraiment joué un rôle de producteur -réalisateur.

C’est l’époque où vous commencez vraiment à beaucoup jouer ?

Oui, nous avons commencé par quelques dates et puis peu à peu on s’est construit un vrai réseau. Rapidement nous n’avons plus eu besoins de grand monde, on s’est débrouillé tout seul. On a surtout beaucoup joué à Paris, au moins une à deux fois par mois pendant des années. On a joué 12 fois à la Féline, 19 fois au Squat de la Miroiterie, on a écumé à peu près tous les lieux Parisiens. A l’époque j’organisais des concerts à Paris et en échange les groupes nous invitaient à jouer chez eux. C’est comme ça que nous avons monté notre réseau et réussis à tourner un peu partout.

En 2009 vous enregistrer votre deuxième album ?

Oui, toujours chez Lucas. C’est un disque plus « rock n roll high energy », on l’a sorti en autoproduit grâce à notre réseau, on continue à beaucoup jouer, on ouvre même pour des groupes comme Stiff little fingers à l’Elysée Montmartre ou les Fleshtones ou les Bell-Rays (à 2 reprises) . On va donner environ 35 concerts par an ce qui est énorme pour un groupe comme nous où tous les membres travaillent et par rapport à nos vies de familles. Mais comme on a ce réseau on joue partout où on peut !

Ce n’est pas trop lourd que partout on rajoute à propos de vous les Cramps et le Gun Club ?

Non, ça fait partie de nos influences et c’est bien comme ça ! ça nous a fait pas mal de pub au début et il y a des références plus dégueu.. Pour tout te dire on a même participé à une soirée hommage à Lux Interior (chanteur des Cramps décédé en 2009 Ndlr) avec d’autres groupes comme Lofofora… et puis sur notre 3eme album « Welcome to… » sorti chez Closer en 2014, on a même poussé le bouchon plus loin et assumé le truc en reprenant un titre des Cramps et une reprise de Jody Reynolds immortalisée par le Gun club.

Tu as dois être un fan de Kid Congo Power (guitariste du Gun Club, des Cramps et des Bad Seeds de Nick cave Ndlr) ?

Effectivement car en plus je suis un inconditionnel de Nick cave, d’ailleurs  on a partagé la scène avec lui en 2016. J’adore tout ce qu’il a fait.

Vous avez toujours enregistré au Kaiser Studio ?

Oui, ou presque mis à part le premier ep et notre dernier album. Le studio était parfait pour nous avec du matériel analogique et des amplis à lampe. C’est le son que nous voulions. En plus on connaissait parfaitement Lucas (Trouble Ndlr), un personnage haut en couleur et fort en gueule mais hautement sympathique, on savait comment le gérer et le résultat était quasi parfait !

Autre caractéristiques du groupe : la valse des guitaristes ?

Oui, on en a épuisé pas mal (rires) ! Pascal des « Norvins » nous rejoindra de 2011 à 2013, ensuite on aura Matt jusqu’à 2015 et depuis c’est Tom qui assure le boulot. Lui c’est un fan du rock australien comme Radio Birdman et les New Christs mais aussi Spencer p Jones (Beast of bourbon) qui vient de nous quitter. Avec lui notre son va évoluer, sans pour autant renier nos influences de base.

On arrive à votre nouvel album « Memories from a sh*t hole », un disque qui marque un tournant non ?

Oui, tout d’abord Lucas Trouble va nous faire une mauvaise blague en nous quittant le 1er avril 2016. En dehors de la peine que cela nous a causé il fallait retrouver un producteur qui nous comprennent et qui nous soit adapté.

C’est là que vous allez chercher Jim Diamond ?

Je correspondais depuis longtemps  avec lui, il avait proposé de  mixer quelques titres il y a quelques années  mais cela ne s’était pas fait. Il a enregistré pleins de gens que l’on aime beaucoup comme les White Strypes, les Von Bondies ou les Bell Rays. Notre chance est qu’il est venu s’installer à côté de Montpellier. Il passe la moitié de l’année à Détroit et l’autre moitié en France. Bref j’ai repris contact avec lui et je lui ai proposé de travailler avec nous. Il m’a proposé un deal plutôt bien : il s’occupait de chercher un studio analogique pour nous et il en a trouvé un à côté de Toulouse (Studio de La Trappe) et endossait la casquette de producteur pour coacher l’enregistrement.

Tu n’avais pas peur de travailler avec un producteur de son niveau ?

Si un peu, surtout que je suis loin d’être un virtuose et que je déteste les sessions studio,  mais bon, on avait pas mal correspondu et en plus il s’était  investi dans le projet avec le choix du studio par exemple. Et puis après quelques bonne bouffe et quelques bonnes bouteilles. ça s’est finalement très bien passé : La session a duré une semaine et il a ensuite mixé et masterisé et franchement on est très content du résultat.

L’album est dédié à Lucas Trouble ?

C’est normal pour tout ce qu’il a apporté au groupe et puis en retours de notre amitié.

C’est un album où votre son a évolué notamment avec l’arrivée d’un clavier ?

Oui, il amène un son nouveau, une nouvelle couleur. Mais pour l’instant on garde deux formules sur scène : une avec le clavier et une autre sans clavier. On se garde la liberté de faire ça. Certains morceaux sonnent vraiment différemment comme ça. On atteint même parfois du son un peu plus psyché.

Sur ce disque vous allez vers un son plus dur, lus australien ?

C’est l’arrivé de notre nouveau guitariste qui a permis ça ! C’est un fan de toute cette scène autours de Radio Birman et des New Christs. C’est un son plus rock, moins garage, plus « Détroit ». On reste quand même dans une continuité …

(Whodunit en concert - Photo Dave Winter) 

Autre particularité, votre pochette ?

C’est toute une imagerie que j’aime beaucoup : la piscine avec ces gens autours et ce requin qui apparait. J’adore, ça fait penser aux films de séries B et à toute cette imagerie qui est née avec les Cramps ! J’aime vraiment beaucoup la pochette dans le sens ou elle marque les esprits : elle tape !

Vous avez changé de label vous sortez chez Beast Records ?

Oui et j’en suis très fier. J’aime vraiment leur catalogue ! Lorsque l’idée a été évoquée, j’étais emballé. Il faut savoir aussi que les gens qui sont à la tête du label jouent dans un groupe que j’aime beaucoup « Head On ». J’encourage tout le monde a écouté ce groupe : c’est super bien ! Bref on est ravi d’avoir changé de label.

C’est quoi la suite ?

La sortie de l’album le 29 octobre. Il y aura une realase party le 17 Novembre avec Head On justement, ce sera  au Blackstar un nouveau lieu qui vient d’ouvrir. Ensuite on va partir en tournée en France avec des incursions en Belgique et peut être même à Londres.

Vous êtes très demandés ?

Oui, car finalement nos disponibilités sont limitées il y a d’autres pays ou on pourrait jouer comme l’Australie, l’Allemagne et l’Espagne mais on ne peut pas aller partout. Ceci dit l’Australie on est vraiment décidé à le faire, c’est un projet en cours.

 Quel disque donnerais tu à un enfant pour qu’il découvre la musique ?

Si je prends l’exemple de ma fille de 13 ans, le disque qui nous rassemblent c’est l’album Reggae des Burning Heads. Grâce à ça, elle a découvert le reggae/rock et des groupes comme les Ruts Dc ou les Clash et pleins de choses derrières. Bon quand elle était petite elle connaissait aussi par cœur les morceaux sur le coffret Nuggets qui est un peu la bible de notre musique, alors je dirai ces deux disques.

En concert le 17 Novembre au Blackstar avec Head On 

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