Jérôme Sage, la chanson française au son garage

dimanche 25 octobre 2026, par Franco Onweb

De la Bretagne à Toulouse, du garage sixties aux chœurs de l’Opéra, Jérôme Sage a tracé sa route sans jamais renier ses amours : les claviers Farfisa, les mélodies en français et un humour assumé. Alors que son deuxième album, « Parfum pompier », est sur le point de sortir sur son propre label, il revient sur un parcours fait de rencontres, notamment le producteur et musicien toulousain Lo Spider, et d’une conviction : faire pleurer et rire, dans le même concert.

Peux-tu te présenter ?

Je suis Jérôme Sage, musicien et chanteur.

Jérôme Sage
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Comment la musique est-elle entrée dans ta vie ?

Très vite : j’ai eu des groupes dès l’adolescence, avec mon frère et des potes. C’était au siècle dernier (rires), pour me situer (rires). Je n’ai jamais arrêté depuis !

Quelles sont tes influences ?

Chez mes parents, on écoutait de la chanson française : Brassens, Brel, Jean Ferrat… C’est ma base, puisque depuis dix ans j’écris mes textes en français. Mon frère et moi appartenions à une chorale quand nous avions neuf et dix ans. Cela nous plaisait bien. On y faisait un peu de tout, et il y avait dedans des gens un peu plus âgés : nous nous sommes liés avec deux mecs qui avaient dix ans de plus que nous. Mon frère jouait de la guitare et moi des claviers, et avec eux on a monté notre premier groupe : les Mashmen ! C’était au milieu des années 80.

Tu étais où ?

Je suis originaire de Bretagne, de Vannes.

Comment arrives-tu à Toulouse ?

Pour le travail ! J’y arrive au début de l’année 90. En fait, les deux copains avec qui nous avions monté le groupe nous avaient prêté deux disques : l’album des Count Five et celui de Question Mark. On avait adoré, et on a commencé à écouter les Stones, les Kinks, dont je suis un énorme fan, et les Yardbirds. On était quand même un peu snobs, parce qu’on n’écoutait que de la musique d’avant 1969 et la mort de Brian Jones. On écoutait un peu les Undertones.

Tu devais adorer tous les groupes à claviers, comme les Doors, les Seeds ou le 13th Floor Elevators ?

Forcément : on achetait les Pebbles et les compilations du label Eva, avec toutes ces rééditions de groupes sixties que j’écoute toujours. Ma base de départ, c’est vraiment le garage sixties.

Tu t’impliques tout de suite dans la scène toulousaine ?

Je vois ces affiches avec les tournées des groupes de Crypt Records. C’est organisé par Dig It, et je commence à aller voir ces concerts. Je ne connaissais personne et, en plus, je travaillais le soir : je ne pouvais donc pas y aller tout le temps. J’adorais ces groupes et je voulais participer. Puis j’ai rencontré Gildas Cosperec, le boss de Dig It, qui nous a malheureusement quittés il y a quelques années. Il avait son groupe, les Shoo Chain Brothers. Je me suis équipé. Gildas venait de Bretagne comme moi, et tout de suite nous sommes devenus copains.

Ton instrument de base, c’est le clavier. On parle de toi comme d’un magicien avec cet instrument.

Oui, c’est mon instrument, mais de là à dire que je suis un magicien… J’ai plusieurs claviers : un Kawai et un clavier électrique. Ce qui est magique, c’est que tu peux jouer avec un doigt et que cela sonne. On m’a prêté un clavier moderne, et franchement, cela ne sonne pas. Mes instruments sont vintages, mais ils sonnent !

Tu as une excellente culture classique.

Je suis chanteur d’opéra, c’est mon métier. Je suis dans les chœurs de l’Opéra de Toulouse.

Beaucoup de gens se servent des voix d’opéra pour faire de la pop, alors que toi, tu ne le fais pas !

J’ai horreur de ça ! C’est comme le jazz : j’aime le jazz, j’aime le rock, mais je n’aime pas le jazz-rock. J’ai vraiment du mal avec les voix d’opéra sur la pop. Quand je fais l’Orchestre de Jérôme Sage, j’oublie tout ce que je fais dans mon métier : c’est la base !

Mais la musique classique t’a donné une base, notamment aux claviers.

C’est sûr, mais c’est juste de l’oreille.

Pourtant, quand on écoute tes titres, on voit que tu es un grand mélodiste, et ça, tu l’as puisé dans le classique.

Peut-être. Je fais ça depuis longtemps, et c’est complètement différent d’être un interprète que de composer ou même de faire de l’improvisation.

La musique classique t’a donné un « savoir-faire » ?

Oui et non, parce que cela ne se résume pas à ça : Neil Young fait des mélodies superbes et pourtant il n’a jamais travaillé la musique classique. Cela fait des dizaines d’années que j’écris des morceaux : j’ai affiné mon travail. Au début, tu copies des trucs comme « Louie, Louie ». Dans les Mashmen, on faisait surtout des reprises. Avec le temps, tu peaufines en te servant de tout ce que tu connais.

Tu as joué avec beaucoup de groupes ?

Plein de groupes !

L’Orchestre de Jérôme Sage
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Tu es dans une scène garage ?

Oui, je connaissais Lo Spider. Je lui ai dit que je voulais enregistrer chez lui, dans son studio, les morceaux que j’écrivais. C’était souvent de la chanson française, le truc un peu maudit, et je voulais que cela sonne. Donc, depuis dix ans, j’enregistre avec lui, avec différentes formations.
Pour moi, tu n’es pas dans le garage, tu es plutôt dans la pop française de la deuxième moitié des années soixante, comme les Problèmes ou Nino Ferrer.
Tout d’abord, merci ! J’adore ça ! Un des derniers morceaux que l’on vient de travailler est d’ailleurs une reprise des Problèmes.

D’où vient cet amour de cette musique ?

Je voulais écrire en français, mais il y a peu de choses que j’aime en français. J’aime beaucoup des groupes comme les Boots, dont Pop Superette a réédité les disques, mais aussi Dutronc ou Nino Ferrer. Je suis aussi un immense fan de Brigitte Fontaine avec Areski ; c’est pareil avec Gainsbourg, la période des années 60-70.

Tu as grandi avec la chanson française, et tu arrives à faire sonner des textes en français qui sont pop.

C’est du boulot : il faut travailler en faisant des choses qui te ressemblent. Si on parle des Boots, par exemple, ce sont des gens que j’adore, mais leurs textes ne sont pas terribles. Je ne voulais pas faire des textes sur ma petite copine qui est partie ou je ne sais quoi. Jacques Lanzmann, avec Dutronc, est arrivé à faire des textes superbes, rigolos et décalés…

Qu’est-ce qui s’est passé quand tu as proposé à Lo Spider de t’enregistrer ?

On a commencé à travailler ensemble. C’étaient des chansons un peu sensibles… Je voulais faire des chansons pour que ma mère puisse venir me voir. Je commence aussi à faire des concerts, seul, avec mes claviers et une petite boîte à rythmes. Mais je ne montrais qu’une facette de moi, l’homme sensible ! Je voulais écrire pour que ce soit moi en entier, avec des grosses bêtises. Je voudrais qu’à mon concert, on verse une petite larme, et que le morceau d’après, on soit plié de rire. C’est ce que je voudrais !

Tu n’as pas peur de tomber dans le côté « rigolo » ?

Non, je crois que j’ai trouvé un équilibre. J’aime le côté rigolo, mais je ne lâcherai pas mon côté sensible ! J’ai fait attention à mon équilibre et aux mots. Je crois que je suis arrivé à mettre les deux dans une même chanson par exemple avec un morceau comme « cœur blessé ».

Tu es dans une scène très rock, avec des gens comme Lo Spider. Comment cela se passe-t-il, puisque tu ne fais pas du garage ?

Avant, je ne faisais que du garage. J’avais parfois des idées de textes en français que je ne pouvais pas proposer à mes groupes de garage. Comme j’aimais mes chansons et que je voulais les proposer, j’ai demandé à Lo de m’enregistrer. Il était un peu inquiet au début : il voulait écouter avant. Il est venu à la maison. Comme je suis super mauvais avec la technologie, j’enregistrais tout avec un dictaphone, et je lui ai fait écouter comme ça. Le dictaphone, c’est un son que j’aime bien : ça sature souvent. Il a aimé, et on a bossé tous les deux. On est arrivés à faire de la chanson française avec un son « crunchy ».

Il t’a fallu des années pour trouver ton son ?

Non, il a fallu que je trouve Lo

Combien de disques as-tu faits sous le nom de Jérôme Sage ?

J’en ai fait un, qui s’appelle « Nouille ». Cela m’amusait parce que cela faisait « Jérôme Sage Nouille » (rires). J’avais un groupe qui s’appelait « "Bewitched », avec un pote, et je leur ai proposé de jouer avec moi, mais dans le cadre de mes chansons et de mon projet. Ça s’est mal passé, mais je voulais rejouer avec mon frère, qui habite Nantes. Il est venu à Toulouse. Il a joué avec moi, Lo a fait des guitares, on a gardé ma petite boîte à rythmes, le Farfisa — qui me va très bien — et ma voix. Lo a arrangé le tout avec quelques trucs, dont une scie musicale qu’un copain a faite.

Comment as-tu formé l’Orchestre de Jérôme Sage ?

C’est pour mon deuxième disque, « Parfum pompier », qui va bientôt sortir. J’avais mes morceaux, je pouvais les jouer seul, mais pour moi un concert, c’est différent d’un enregistrement. Aller en studio, c’est la possibilité d’arranger, de structurer et de rajouter des trucs, et j’adore ça. J’ai demandé à Vlad et Lo, de Destination Lonely, le groupe de Lo, s’ils voulaient bien enregistrer ces morceaux avec moi. Ils ont dit ok. On a fait une répétition et, comme ils sont très forts, ça l’a fait. On a enregistré très vite et le résultat est super.

Et ensuite ?

Suite à ça, j’ai proposé de monter un set pour des concerts. On a appelé Pierre pour la basse : c’est un super musicien. La suite, ce sont des concerts, dont un au festival de Montesquiou, qui s’est super bien passé.

Et ça sort quand ?

Bientôt : on attend les disques !

On a l’impression qu’avec ce concert de Montesquiou, tu as pu te faire entendre hors de Toulouse et qu’il y a une petite attente autour de ce disque ?

Je n’en sais rien. Pour être honnête, je viens juste de me mettre à la technologie pour pouvoir faire avancer ma musique, pour la promo et les concerts. J’ai bien vu que Montesquiou nous a offert une visibilité plus large. Merci à eux, et à Lo qui les connaissait. C’était un grand cadeau !

Que représente Lo Spider pour toi ?

C’est mon meilleur pote à Toulouse. Il m’aide à développer le projet. Il me pousse à fond et il joue avec moi.

Ça doit le changer, lui qui vient d’une scène garage très rock, de jouer avec toi ?

Il aime ma musique, tout simplement. On a beaucoup de goûts en commun : on aime les Problèmes, par exemple.

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Chez qui va sortir ton disque ?

Comme je suis nul pour me vendre, j’ai bien essayé de contacter quelques labels, qui m’ont dit non ; et comme je ne voulais pas démarcher plus, on a décidé de fonder un label avec mon frère : « Les Disques Sage » ! Ce sera un vinyle !

Tu vas jouer ensuite ?

On va essayer. J’ai un boulot assez prenant, mais on va y arriver !

Le mot de la fin ?

Merci !

Quel disque donnerais-tu à un enfant pour l’emmener vers la musique ?

L’album que j’ai le plus écouté enfant, c’est Boris Vian, pour la qualité de ses textes. Vraiment, c’est super !

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