Comment ça va ?
Depuis la dernière fois, tu veux dire ? Comme toujours à la sortie d’un nouveau disque : un mélange d’euphorie et de mélancolie, proche d’un post-partum dépressif…
Votre dernier album « Monsoon » est sorti en 2018. Pourquoi tant de temps entre ces deux albums ?
Le covid a dû jouer, et j’étais également impliqué dans mes activités parallèles (le Don Joe Rodeo Combo, Jesus of Cool et Katapola), mais surtout la mort de David (batteur) a été un moment douloureux à surmonter.
Qu’avez-vous fait durant ces huit années ?
On a fait pas mal de concerts à la suite de Monsoon ; quand je dis « pas mal », pour nous, c’est une quinzaine ! Donc, comme d’habitude, on a fait beaucoup plus de studio que de scène. Avec David, on a enregistré une vingtaine de morceaux qui finiront bien par sortir un jour.
Tu joues dans quatre groupes : comment considères-tu Indian Ghost par rapport aux autres ?
C’est naturellement le groupe phare et le fil rouge musical qui mène ma barque depuis 35 ans… Une sorte de tribu familiale aussi, avec quelques anciens partenaires qui peuvent encore graviter autour, comme Philippe Gilard que tu connais un peu, il me semble… Quand on dit « 35 ans », ça semble long, mais c’est tellement découpé en périodes de sommeil et d’activités parallèles qu’on n’a pas l’impression de jouer dans la cour des vieux groupes expérimentés à qui on ne la fait pas ! Du coup, on a presque l’impression de repartir de zéro à chaque fois… Par exemple, on n’a fait aucun progrès scénique (rires) !
Quelle est la formation actuelle d’Indian Ghost ?
Le line-up s’était stabilisé depuis le début des années 2000, et la disparition de David en 2023 a bien failli mettre un terme à l’aventure. Il était irremplaçable par un inconnu recruté sur annonce… Seul un membre de la tribu pouvait s’y coller, et on a fait appel à Romain, qui est le fils de Didier Blanc, notre premier producteur. Fleck (guitare) et Pascal (basse) sont bien sûr toujours là.
Comment décrirais-tu « The Red Room », ce nouvel album… et pourquoi un double ?
Je n’ai jamais trop envie de décrire ou de définir un album. Je pense qu’on fait toujours le même morceau… avec une bonne dizaine de variantes. Je ne me soucie plus des influences, et encore moins de savoir comment les auditeurs vont apprécier ou pas. Le double album, c’est un peu pour rattraper le temps perdu et assouvir un vieux fantasme, pour avoir été bercé par l’album blanc des Beatles, London Calling et Hands de Kid Pharaon ! En même temps, il est double, mais il ne fait que 80 minutes, hein…
Est-ce que tes influences ont évolué avec ce nouveau disque ?
Non, je ne crois pas. On nous parle beaucoup de Wilco et de Low, on nous parlait de Calexico quand on avait de la trompette, d’Americana en général — j’adore et on adore tout ça, bien sûr. Mais je crois, avec un peu ou beaucoup de prétention, qu’on a digéré toutes nos influences depuis un moment ; je crois bien qu’il y a un style et une patte Indian Ghost.
Vous l’avez enregistré où, et avec qui ?
Au studio de la Trappe, avec Triboulet. Ce studio est connu pour son matériel analogique et vintage. C’est un endroit propice pour enregistrer le plus live possible, et c’est ce qu’on a fait : il fallait faire vite, ne pas chercher la prise parfaite. Mais il faut parler le « triboulet » (rires) ; ça tombe bien, c’est le quatrième album que je fais avec ce grand fan des Beatles devant l’Éternel.
À l’écoute de ce disque, j’ai eu l’impression que tu revenais à tes premiers amours avec le groupe : Jonathan Richman ou Television. Tu es d’accord ?
J’aime beaucoup les deux que tu cites, mais ça me surprend, car je n’entends pas directement ce genre d’influences… Mais je vois ce que tu veux dire : au-delà de Richman, je penserais plutôt au Velvet, et concernant Television, on a toujours été inspirés par les duels de guitares faussement tordus et un peu acides. Dans notre parcours, le son de Neil Young a également beaucoup compté.
La production est parfaite et laisse la place aux guitares, avec une rythmique extrêmement en place. Ce retour aux guitares claires était-il voulu de ta part ?
On n’a jamais eu un gros son de guitares, voire un gros son tout court. On entend du Vox AC30 et du Fender Twin Reverb, comme d’habitude ; c’est vrai, peut-être plus que sur le précédent album. En revanche, il y a bizarrement très peu de guitares acoustiques ! C’est ce qui donne certainement cet avantage à l’électricité… Il y a aussi quelques mellotrons et synthétiseurs.
Comment le chanteur des Boy Scouts (le premier groupe de Joe, NDLR) aurait-il réagi à ce disque ?
Quelle drôle de question ! Et d’un, contrairement à une légende tenace, je n’étais pas le chanteur principal des Boy Scouts : j’avais déjà assez de boulot en tant que bassiste débutant ! Et de deux, bien qu’on fasse une sorte de pop punk énergique, j’étais déjà fan de Dylan et des Beatles depuis tout petit. Et je rappelle qu’on était plus du côté de Kid Pharaon que de Parabellum !
Pourquoi ce titre, « The Red Room » ?
C’est un des premiers morceaux, voire le premier, écrits pour ce projet et, comme souvent, sans titre, on l’avait appelé « Twin Peaks ». Voilà : de là, c’est devenu The Red Room, avec un texte un peu incompréhensible, digne de David Lynch. Du coup, c’est devenu aussi le titre de l’album, car, sans le vouloir, les autres chansons ont tourné autour de ce concept un peu fantasmagorique. À vrai dire, on se croit souvent vivre davantage dans le Minnesota ou l’Illinois que dans le midi toulousain.
Pourra-t-on entendre, un jour, Indian Ghost en français ?
Non, je ne crois pas. Ou alors sous le nom de Fantôme Indien…
Sais-tu comment cela va sonner sur scène ?
Oui, car on sonne toujours pareil… On se branche et ça sonne Indian Ghost ; je ne sais pas si c’est avantageux, mais c’est comme ça. Au fil du temps, on a joué de plus en plus fort, puis ensuite on a rebaissé en décibels ; j’ai bien envie de remonter les boutons vers la droite…
Allez-vous tourner ?
Très peu, une dizaine de dates peut-être, en tout cas on l’espère. Mais nous n’avons pas de tourneur et c’est très chiant de démarcher… On attend les coups de fil !
Qu’attends-tu de ce disque ?
Qu’il se vende ! On sort encore du physique (vinyle et CD) parce que, sinon, on n’aurait pas l’impression de sortir un vrai disque. Et c’est un double album au prix d’un simple !
Quels sont vos projets ? Rassure-nous, nous les fans : on ne devra pas attendre huit ans pour un nouvel album ?
Terminer l’album enregistré avec David : il est presque fini et je pense qu’il sera surprenant… et peut-être bien encore double !
Le mot de la fin !
On pense tous les jours à David et on est très heureux d’avoir continué avec Romain, qui nous connaît depuis qu’il est tout petit… On pourrait croire que ça nous donne un coup de vieux ; au contraire, ça nous donne un coup de boost… Et puis merci à toi et à Buzzonweb de nous soutenir depuis tout ce temps.
https://indianghost.bandcamp.com/
https://www.facebook.com/profile.php?id=100063773162685



