Sous jolie couverture rose & noire, "Bettie" tient en haleine jusqu’à son terme. Soit 140 pages narrant et la vraie vie et la légende, ainsi que les mystères de la disparition de Bettie Page, à 35 balais en 1958.
L’iconique pin-up qui a mis la frange brune dans le Rock’n’Roll. Déchaîné/inspiré les shows burlesques rétro-actuels, depuis des lustres. Fait fantasmer moult mâles, avec ses photos le plus souvent signées du fétichiste Irving Klaw : poses suggestives et sous-vêtements, bondage à noeuds-noeuds et fessées qu’elle appréciait, nudité et soumission apparente… toujours contrebalancés d’une candeur moqueuse, d’une forme de distance étonnée, un je-ne sais-quoi bonus dans le regard.
La griffe de la miss, cet érotisme qui sait se tenir. Se retenir en brûlant.
« Bettie incarnait une Marie des temps modernes confrontée à la brutalité des autres, et non une perverse qui prenait du plaisir à se faire battre. C’était toute la différence, elle était comme une nouvelle madone déboussolée devant tant de cruauté ».
Pas étonnant qu’elle ait, dans un second temps, pensé à la réclusion. Dixit, à se laver du supposé péché dans la religion, et autres ressacs de rachat. Avant donc de fuir ses contemporains des années 50, et de booster un mythe radio-actif au long cours, 30 ans d’une fantomisation par trop secrète.
Celle qui se voulut, en vain, actrice in Hollywood, dont Marylin avant le succès fut l’amie proche, a donc tiré le rideau bien avant les injures du petit matin.
Coopté par toute la scène pour son volume crucial d’entretiens sur "Nos années punk" françaises, son feeling pour DDarc ou DWampas dont il a gratté l’histoire, ainsi que sa capacité à mener le bimestriel "Vinyle & Audio" en sachant s’entourer, Christian Eudeline domine là son sujet pluriforme, la complexité touchante d’une femme, derrière la plastique fatale.
Mieux que dans la bio puzzle de l’éclipsé Alain « gazoline » Kan, dont il a été le premier à s’emparer en bouquin, parmi d’autre « Dico anti-yéyés » de référence dans sa biblio, etc.
Avec « Bettie », il a le surplomb du fin connaisseur, ayant traqué l’énigme dans les recoins ultimes. Très équilibré sur ce qu’il doit évoquer, tant sur l’époque de l’anti-modèle/archétype paradoxal, que sur les nécessaires recadrages qu’implique la nôtre.
Ou sur ce qu’il faut (ré)inventer au fil de la trame, interview comprise… tout y est.
Il distille ainsi sa quête doublée d’enquête, à petites lampées, des faits vérifiés jusqu’aux détails pas si anecdotiques. Structure les chapitres sans obligation chrono ou autre, des années 30 à Nashville, jusqu’aux heures récentes. La story familiale bien sûr, dont le trauma dû au paternel, l’ophelinat ou la notoire jalousie de la cadette Goldie Page qui, sur le tard, se fera carrément passer pour ladite Bettie… par soif de revanche.
Outre la traque du FBI dans une Amérikkk en mutation, des tueries surprises jamais imaginées ainsi, ou la mafia en embuscade, il trousse l’accélération in progress du culte et des photos collector. Comme il effeuille les rebondissements mythologiques : du fanzine qui passionne le club grandissant, jusqu’au biopic tous publics, en passant par le rôle crucial de la BD « Rocketeer ».
L’écriture sans scorie trottine en retenant, laisse l’impression de tant savoir désormais et plus, sur le tempérament de cette beauté, libre & pure dans sa tête, facile à vivre & chic fille. De sa psychologie de non-esclave malgré les clichés outrageous, comme de ses vicissitudes diverses, et autres secrets intimes, fort attendus : l’attrait et le sel de pareils volumes, toujours.
« La nuit avait été longue, car Sammy Davis Jr était une merveilleux amant qui l’avait fait jouir plusieurs fois ».
Tandis que jamais le flow de Christian n’a semble-t-il été aussi libre… et fidèle à sa propre histoire. Fin 70’s, ou à l’aube de la décennie qui a suivi, on se souvient de la toute première rencontre parisienne, fortuite, avec CE : lors d’un raout fièrement néo-50’s de Jeunes gens modernes -bien avant l’appel(lation) d« Actuel » et le tréma new millenium à la YA-, with some real Rockabilly select sound, in the air.
On est volages, mais ce rétro-futurisme Fiftos-là… ne nous quittera jamais, jaâamai, jaâamai.
Patrick Scarzello
Christian Eudeline, « Betties », 140 pages, 24,5€, éditions Les Iles
https://lesiles.be/product/bettie-fr-limited-hardcover-version/

