… Toutes des Séverine !?

mardi 5 mai 2026, par Franco Onweb

Sous une couverture à l’élégance XIXe, Séverine Garnier signe un récit trépidant de l’intrépide Séverine, pionnière du journalisme engagé. À travers La Frondeuse, elle retrace le combat d’une femme qui, entre droit à l’avortement, suffrage universel et consentement, a fait de son nom un symbole de résistance. Un voyage dans l’âge d’or de la presse, où le reportage d’impact et la critique sociale s’inventent sous la plume d’une bourgeoise devenue libertaire, mentorée par Jules Vallès. Un manuel d’engagement intemporel, où l’humanité indestructible de Séverine résonne avec les combats d’aujourd’hui. Patrick Scarzello, musicien et journaliste, nous propose ce texte sur ce livre aussi puissant que passionnant !

Par Patrick Scarzello

Sous couverture joliment XIXe, un trépidant récit de l’intrépide Séverine, première femen journaliste, du temps des Communards. Une histoire richement reconstituée via La Frondeuse… où les filles s’appelleront longtemps encore, un rien Séverine : droit à l’avortement, à voter… sans manquer de pointer le consentement, et autres urgences dispatchées par l’auteresse, en flashes sentis d’actualité.

Severine Garnier
Crédit : Manu Mayeur

Séverine chemine dans moult canards qui s’inventent alors, devenant patronne du Cri du Peuple. Elle creuse son style social libertaire, proche de l’anarchie, pour mieux décrire le vrai, le cru, les réalités, en composant avec une origine bourgeoise.
Et dans cette tonique virée spatio-temporelle, la critique d’art critique bien sûr le too much du capitalisme. S’invente première intervieweuse du genre. Lance le reportage in situ, à vif, un journalisme dit aujourd’hui d’impact, au service des transitions du moment.
S’appeler aussi Séverine prend alors un sens nouveau, symboliquement militant. Dans cet âge d’or de la presse (10 millions d’exemplaires quotidiens en 1914), où chacun peut trouver le journal de ses convictions.

Son mentor se nomme Jules Vallès qui défend le droit à l’info, au péril de la prison. Elle, n’apprécie ni d’étouffer ses sentiments, ni de faire bonne figure. Madame Pourquoi a appris à lire dans les journaux, et veut « boire le savoir, comme qui dirait boire pour oublier ».
Enfant, on ne lui parlait que d’obéissance, jamais de droits, encore moins de missions, de bonnes œuvres ou de vocation arty.

La presse représente aussi un vrai contre-pouvoir politique, à une époque où la diffamation peut encore se régler en duel. Où les tendances de la gauche, tiens, peinent à s’unir. « Nous autres socialistes, ne sommes pas des juges, mais des défenseurs. Avec les pauvres toujours – malgré leurs erreurs, leurs fautes, leur crime ».
Où Vallès se montre par ailleurs le premier à dénoncer les violences, notamment sexuelles, faites aux enfants.

Crédit : Manu Mayeur

On est frappé des concordances de temps, de la somme de pré-modernités réunies ici, « Constat d’amertume, le harcèlement médiatique ne date pas d’hier. Et aujourd’hui comme à l’époque, être une femme, s’avère un facteur aggravant ».
C’est dire si « Séverine, journaliste pour le peuple » ressemble à un manuel d’engagement(s), celui d’une orpheline de classe, réfractaire aux doctrines comme aux appartenances, honnête femme faite d’une indestructible humanité.

Mieux que ses nombreux pseudos, un blase en trophée : Notre-Dame de la Larme à l’œil. Pour une audacieuse Do it yourself, de juste fiérote, SEVErine…
« Une âme qui s’adressait à des âmes ».

Séverine Garnier, "Séverine, journaliste pour le peuple », 246 pages, 20€, Les Pérégrines