Discover « California suite », l’album parfait pour prolonger l’été

vendredi 29 août 2025, par Franco Onweb

Discover, derrière ce nom de groupe se cache une des personnalités les plus incroyables de la pop d’ici : Olivier Brion ! Personnage discret et, surtout, extrêmement talentueux, Olivier sort des disques depuis plus de trente ans, tout d’abord avec Dorian Gray, ensuite avec les Yachines et enfin aujourd’hui, et depuis plus de 20 ans, avec Discover. Avec un sens pointu de la mélodie et un vrai talent pour les arrangements, chacune de ses sorties sont un vrai succès artistique.

Pourtant le bonhomme a beaucoup évolué et d’une pop anglaise, parfois un peu « sombre » il est passé à une musique lumineuse largement influencée par la côte ouest américaine. Son nouvel album « California suite », sorti chez les activistes Belges de Hot Puma, en est la preuve la plus parfaite. Il illumine, avec la chanteuse Nova Cane avec qui il partage le micro, de tout son talent l’ensemble des 13 titres de « California suite ».

J’ai longuement discuté avec Olivier cet été pour évoquer sa, longue, carrière, ses envies musicales et surtout ce nouvel album qui est parfait pour prolonger l’été.

La première fois que tu es apparu sur la scène c’est avec les Dorian Gray et un titre « A Lonely Night » à la fin des années 80 qui a été remarqué à l’époque ?

Oui, c’est comme ça que cela a commencé ! J’habitais à Charleville et on avait monté un groupe, sous haute influence pop anglaise, comme beaucoup de lycéens et d’étudiants à l’époque. On a eu la chance de signer sur un label Belge et d’aller enregistrer à Bruxelles. On a fait ce titre distribué par New Rose. A cet âge-là tu n’as peur de rien et on avait un copain qui habitait Paris qui est allé l’amener à Bernard Lenoir, qui était très important à l’époque. Il nous a passé et il nous a invité en 1991 à faire une ces « Black Session ». On a fait ensuite de très bonnes dates, notamment à la Locomotive avec les House Of Love, une tournée « Rock en France » etc. A la même époque je me suis installé à Paris et comme beaucoup de groupes, on a splitté.

Discover, Nova Cane et Olivier Brion
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Tu as monté un nouveau groupe en arrivant à Paris ?

Oui, les Yachines, avec Miss Lever au chant. Stéphane Bienne à la batterie, mon frère Nicolas à la basse et Antoine Chabert, Chab maintenant (mixeur et ingénieur du son très reconnu NDLR), à la guitare. C’est le guitariste qui est resté le plus longtemps.

Tu as fait beaucoup de choses avec les Yachines ?

Oui, pas mal finalement, nous avons été Lauréat du FAIR en 1996 et on a fait beaucoup de concerts dont la Route du Rock en 1995. On a beaucoup joué à Paris et aussi en province . On a fait deux albums qui ont donné lieu à une compilation qui est sortie au Japon et qui a plutôt très bien marché là-bas. Le groupe sous cette forme s’arrête en 1997.

Mais là vous changez juste de nom ?

Pas vraiment, c’est plus compliqué. On avait beaucoup maquetté des titres et on arrivait à la trentaine. On était un peu… fatigué. Je ne savais pas quoi de faire ces titres et j’ai décidé de les sortir sous le nom de Discover, mais c’était un album, pas encore solo, puisque que Stéphane (le batteur des Yachines NDLR) et Nicolas, mon frère (bassiste des Yachines NDLR) étaient encore là pour le premier album du groupe. Il y a cinq ans d’écart entre la fin des Yachines et le début du Discover. Comme je l’ai dit c’était la trentaine, il fallait bosser sérieusement. C’était une période où j’ai un peu décroché.

Et ensuite ?

Pour le premier album on a enregistré avec Jean Labbé à Paris dans le quartier des Halles.(ingénieur du son parisien, NDLR). On a signé chez XIIIBis, ce qui m’a surtout permis de faire le deuxième. Celui-là a eu un succès médias assez important : la couverture de Magic, j’ai fait studio 22 avec Éric Jeanjean, j’ai été chanson du mois chez RTL… J’ai même fait une interview pour Studio Magazine… C’était marrant ! J’avais cette chanson en français « Gena Rowlands » qui m’a ouvert certaines portes.

Tu es un grand mélodiste. Pourquoi tu n’as jamais écrit pour les autres ?

Je pense que je suis un peu un franc-tireur et je suis un peu sauvage. C’est mon côté ardennais, je crois. J’aurais dû développer ces contacts-là. J’ai quand même réussi à placer un titre dans le film Américain la « Mémoire dans la peau », ça m’a fait gagner un peu d’argent. J’ai aussi fait un titre pour Dave, j’ai réalisé un truc pour Chamfort pour le Tribute à Polnareff. Je devais aussi faire un truc avec Mélanie Laurent. Elle est venue chez moi. On avait commencé à bosser mais ça ne s’est pas fait. Ça s’est un peu arrêté là ! Je n’ai pas cherché plus loin. Ah si, je me suis également retrouvé dans la BO d’ « Hôtel de la Plage » avec France 2.

Pourtant tu étais signé en édition ?

Oui, mais c’est sûr que j’aurais pu écrire plus pour des gens.

Tu n’es pas très mondain et j’ai toujours eu l’impression que ta seule amie c’était ta guitare !

Disons, solitaire c’est vrai. Mais si je te suis, j’ai plusieurs amies alors car j’en possède quelques-unes ! Je ne parcours plus les fêtes depuis longtemps, j’apprécie la tranquillité. Je préfère bouquiner, surtout les biographie, voir des films ou écouter des disques parcourir la ville à vélo…et là aussi j’y trouve un certain nombre d’ami(e)s. Mon plus grand plaisir : écrire des chansons et les enregistrer.

Tu sors le deuxième Discover en 2004 et là qu’est ce qui se passe ?

Je devais faire un troisième Discover, toujours chez XIII Bis. Là je décide de faire le disque sous mon nom pour arrêter de me cacher et j’avais des titres en français dans l’esprit de « Gena Rowlands ». On l’a fait en français. Chrysalis et Twin Fizz s’en sont mêlés et j’ai pu avoir une bonne production avec de bons musiciens.

Ça n’a pas été « compliqué » pour toi de chanter en français ?

Non, à l’époque de « California songs », je suis allé jouer à Chicago notamment sur la radio du Campus (là d’ailleurs ou a été prise la photo de la cover (face au lac Michigan). J’ai chanté « Gena Rowlands » en français et les Américains ont adoré ! Ça m’a bien plu ! À la suite de ça j’ai fait le disque en français et j’ai bien aimé. C’est différent, tu ne peux placer les voix de la même façon, les mots sont plus difficiles à faire sonne, tu es un peu moins libre mais j’ai aimé.

Olivier Brion
Crédit : Lumii

Pour toi qui fais de la pop, faire sonner un texte pop en français c’est compliqué et en plus il faut toujours faire des textes à thèmes.

Ouais je sais, mais moi je reste dans mon univers. Les chroniques disaient que c’était un peu comme des bouts de films. Ce disque, « Hôtel d’Angleterre » c’est exactement ça ! Ça ne m’a pas gêné d’écrire en français, et puis on a inconsciemment tous nos propres thèmes.

Et à la suite de ça ?

J’ai atterri chez Chrysalis et on se demandait s’il fallait faire une suite à « Hôtel d’Angleterre ». Là, il y avait une fille : Anso, qui était encore étudiante à l’époque tout en travaillant pour le label, qui me dit, alors que nous étions à une soirée de Radio Nova, « je chante, peut-on collaborer ? ». J’ai fait une audition. J’aimais bien sa voix et on s’est bien entendu. Chrysalis nous a proposé de faire un duo. C’était encore un autre projet « Ohio ». On a fait un 4 titres. Avec ça on a même réussi à aller à New York. C’était cool, on jouait dans les clubs à Brooklyn, East Village… C’était vraiment bien, surtout le label y croyait vraiment(j’ai même failli faire la pub pour « Budweisser » notre titre « Little Bird »avait été sélectionné) puis ils se sont fait racheter par BMG et là on s’est retrouvé comme une goutte d’eau dans un océan. Ça s’est arrêté en 2014 après avoir tout de même figuré dans la BO « d’Hôtel de la plage 5 » décidément les Hotels. !)

Qu’est ce qui te fait reprendre en 2022 ?

J’avais continué bien sûr à m’intéresser et à écouter de la musique !
J’avais caressé l’idée d’un album solo, un peu la suite d’« hôtel d’ Angleterre » qui devait s’intituler « 21 folksongs » et qui je l’imaginais sortir en2021. Cela n’a pas abouti pour diverses raisons mais les morceaux existent… J’écoute beaucoup de jazz et d’électro, du hip hop, de l’indie, et grâce aux nouvelles technologies j’ai pu découvrir plein de groupes de mômes de 20 ou 25 ans qui font, un peu, la musique que l’on faisait il y a 20 ou 25 ans avec des guitares arpèges mais avec leur « mood » à eux leur façon de chanter et d’enregistrer… Ils font vraiment de la super musique ! Et, in fine, je suis ravi de voir que quand je regarde mes statistiques des divers plateformes pour mes derniers titres, la majorité des auditeurs se situent entre 24 et 44 ans. Ça me fait vraiment plaisir : c’est cool ! J’ai encore ce côté adolescent dans ma tête quand j’écoute de la musique. Découvrir des émotions. J’adore la musique des gens qui ont 25 ans aujourd’hui, ça me plait vraiment. Je n’ai aucune nostalgie des années 90 ou 2000. Ce qui compte c’est le plaisir !

Au cours de ces années entre 2014 et 2022, on a l’impression que tu as pris un avion pour quitter l’Angleterre pour aller vers Los Angeles. Tu commences à faire ce que je qualifierais de « Pop ensoleillée ».

(Rires) J’ai toujours aimé l’Amérique pour plein de choses : le graphisme, le cinéma, la musique, le design, la littérature… Beaucoup plus que l’Angleterre mais moi je viens des Ardennes : il pleut, les maisons en brique… Les Anglais ce sont un peu des cousins. Et puis Il y a eu les Beatles, le groupe absolu que j’ai découvert enfant, sur l’électrophone de mes parents et puis notre génération New Order, Pales Fontains, les Felt… ça nous a beaucoup influencé mais moi j’adore le soleil, surtout la lumière et pour moi la lumière c’est aussi Californie.

Tu devais être fan des groupes de Laurel Canyon comme les Byrds, les Beach Boys ou Love ?

Évidemment, quand j’avais 15 ans j’écoutais déjà ça. A Noël quand j’étais en troisième, une de mes tantes m’a offert « Hôtel California » que j’ai beaucoup mais alors beaucoup, écouté. J’aime les côtes Ouest en général, que ce soit en France et surtout aux USA avec la Californie.

Tu viens d’une scène pop des années 90 qui était assez sombre dans sa musique et globalement dans son univers. On a l’impression que là tu as découvert le soleil et que tu pouvais passer du bon temps avec ta guitare sur la plage. Tu as juste envie d’être heureux et ce n’est pas une posture !

(Rires) Surtout pas ! Mais pour ma part que ce soit les Yachines ou les premiers Discover, mes chansons n’ont jamais été sombres. Et pour répondre un peu plus précisément aujourd’hui en fait je dirais juste que ma principale influence, à l’heure actuelle, c’est moi-même. Par exemple, quand je fais des harmonies vocales, on me parle des Beach Boys mais au bout d’un moment tu n’y penses même plus, je le fais naturellement… Je me suis affranchi de tout ça !

Nova Cane
Crédit : Lumii

Ton dernier album qui vient de sortir s’appelle « California Suite », au moins c’est clair !

J’étais en vacances sur la plage (côte Ouest) et je me rappelais qu’il y a 20 ans, j’avais sorti le premier Discover. Je voulais faire une suite parce qu’il y a les mêmes suites d’accords, les mêmes tonalités… C’était une évidence pour moi ! J’ai écrit des chansons. C’est là où Nova (Cane, qui chante avec Olivier dans le groupe et sa compagne dans la vie NDLR) est intervenue. Je lui ai proposé de chanter et plus cela avançait, plus je rajoutais des harmonies, des arrangements… Cela s’est mis en place comme ça !

Discover, c’est toi ou un duo ?

C’est moi et un duo (rires). Nova dit que c’est moi que je suis le cerveau parce que c’est moi qui écris les morceaux et les arrangent. Je trouve ça super qu’il y ait une chanteuse. J’ai l’impression que ce n’est pas mon disque : je peux l’écouter tranquillement ! En plus, elle a amené son côté acidulé. Sa voix et la mienne se mélangent bien ! C’est un duo et on commence déjà (inch Allah) à travailler sur le prochain disque !

Est-ce que le fait d’avoir changé musicalement t’empêche de te reposer sur tes lauriers anciens et ton passé glorieux ?

C’est drôle mais je ne pense pas avoir changé tant que cela, c’est juste que je peux aller plus loin dans ce que j’aime faire (les harmonies, les arrangements). Comme je le disais autant je suis fan de l’Age d’or de la pop californienne ou de la pop anglaise, voire de la variété française, ce qui m’intéresse aussi c’est la jeunesse et la nouveauté. Je me fous de l’âge. J’ai un fils qui a la trentaine et la communication est plutôt fluide. Nova a, aussi, la trentaine… Je ne suis pas déconnecté : j’écoute vraiment ce qui se passe dans le monde ! Je ne suis surtout pas dans la nostalgie pour la nostalgie c’est très important pour moi ! Je m’arrange avec le passé mais je ne suis pas déconnecté.

Ton disque n’est pas daté, beaucoup font une musique très connotée d’une certaine période, pas toi !

Pour moi c’est un vrai compliment !

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Pourtant pendant des années tu as essayé de faire des trucs « à la façon de… » et là tu as trouvé une musique intemporelle qui te convient et c’est pour ça que les jeunes accrochent, non ?

En fait « à la manière de… » on était tous comme ça ! Quand tu as trente ans d’une modeste carrière » derrière toi (sourire) tu n’en as plus rien à foutre ! On fait ce qu’on aime et c’est tant mieux. Ce disque est presque mon préféré, pas parce que c’est le dernier mais parce que j’ai pris du temps à le faire et que je me suis éclaté. L’aide de Nova a été importante : je pouvais lui demander dès que j’avais une idée de poser des voix à minuit ou le matin en prenant un café ! Ça aussi c’est important par rapport à l’ancien temps : la manière d’enregistrer ! Avant on devait aller en studio et pour ça il fallait un label, sinon ça coûtait très cher ! On n’avait pas cette liberté de création que nous avons aujourd’hui mais que les mômes ont aussi ! Je trouve ça vraiment génial et en plus je suis encore inspiré, et ça c’est vraiment top !

Sur le disque, tu as quand même mis une reprise de New Order (Loveless, NDLR), pourquoi ce morceau et cette reprise ?

J’adore ce groupe et ce morceau. J’aime beaucoup la voix de Barney et la mélodie. C’est un groupe qui m’a touché à l’époque. J’aime le texte aussi. Je voulais la reprendre mais à ma manière avec des chœurs. J’adore la voix de Nova dessus. Je suis content du résultat : ce n’est pas une photocopie de l’original.

Tu joues de tous les instruments sauf la batterie qui est jouée sur deux titres par Sergio Taronna (le label manager de Hot Puma, son label, NDLR). Tu fais tout chez toi ?

Sergio a fait deux batteries et j’ai joué tout le reste chez moi.

C’est ton premier album chez Hot Puma ?

Absolument, je ne le connaissais pas et c’est par François Olivier Nolorgues qui m’a conseillé de le contacter. Tout de suite on a accroché et il l’a sorti. On travaille main dans la main. Il a son réseau. Il y a des retours, notamment à l’international (Shindig,, les campus américain, Modjo, les radios )c’est cool !

Discover en concert aux Disquaires à Paris
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Ton disque c’est 13 titres qui rappellent une ambiance américaine de la côte Ouest, il suffit de lire le titre de tes morceaux.

C’est une ambiance « sunny » avec quelques pointes de mélancolie comme dans « Hôtel California » où le pont est mélancolique et lucide !

Tu avais quoi en tête musicalement en enregistrant cet album ?

Je ne me suis pas posé de questions ! Je voulais faire un nouvel album, j’ai commencé à composer et à trouver des suites d’accords, les mélodies arrivent et ça s’est fait comme ça. Je voulais un truc à la West Coast donc j’ai cherché des harmonies. C’est ça qui m’intéresse : trouver des mélodies, des harmonies et de beaux arrangements.

Ça va se passer comment sur scène ?

On a déjà joué trois fois. Le bassiste avait joué avec moi pour les premiers Lives de Discover. Il m’a recontacté. On a remonté un groupe avec des jeunes gens de rejouer aussi. On a joué au Truskel, un concert privé à Saint Germain des Prés et aux Disquaires. On joue à Lille et à Lesquin d’ici quelques jours puis un festival à Paris…

Olivier Brion
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Tu aimes bien la scène ?

J’aime bien. Là en plus c’est intéressant on chante à deux. Je veux juste de bonnes conditions techniques et un peu de public. Comme les musiciens sont bons, s’il y a tout qui suit, c’est parfait. Cependant avec un album comme ça, tu ne peux pas reproduire le même son sur scène : il faudrait être 10 sur scène !

Ça sonne plus rock ?

Ouais, un peu mais il faut voir pour se rendre compte. On ne joue pas trop fort en mettant les voix en avant. On essaye de respecter le disque.

Quels sont tes projets ?

Je continue d’enregistrer chez moi. Avant que tu m’appelles, je travaillais sur un morceau que l’on a enregistré, avec Nova, la semaine dernière. J’ai toujours plein d’idées. J’ai des chansons d’avance et j’espère sortir un nouvel album chez Hot Puma. Je voudrais bien que l’on joue plus, notamment à l’étranger.

Tu vas reprendre « A lonely night » à tes concerts ? La boucle serait bouclée.

C’est marrant parce que Sergio (Taronna NDLR) est belge et « A Lonely Night » a été signé et enregistré en Belgique. J’aime beaucoup les Belges et la Belgique, notamment leur manière de travailler. Je voulais ré-enregistrer l’album « Rain » de Dorian Gray mais revisité avec mon son d’aujourd’hui. C’est fort possible que je le fasse ! J’avais même commencé à le faire !

Le mot de la fin !

J’espère que l’on refera une interview pour la sortie du prochain album !

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