Frédéric Martinez : un guitariste se raconte !

mardi 12 mars 2019, par Franco Onweb

Attention, voici un as de la guitare, un maitre de la six cordes : Fréderic Martinez ! Quand il apparut avec les Playboys depuis son Nice natal, les critiques ne tarissaient pas d’éloges sur son jeu de guitare. Plus de 35 ans après les éloges ne se sont pas arrêtées ! Le nombre de guitaristes que j’ai rencontrés et qui m’ont vantés ses mérites est impressionnante.

Alors qu’il revenu au premier plan avec les Zemblas et les Tikis, dont on reparlera très bientôt, j’ai eu envie de discuter avec ce spécialiste de la guitare pour qu’il revienne sur sa carrière. Un exercice auquel il s’est prêté avec sa gentillesse habituelle. On a parlé des « Playboys », des « Zemblas » mais aussi et surtout des Stores, son projet solo dont j’espère vraiment qu’il verra le jour !

Très tôt la musique est entrée dans ma vie. Mon père était (est) fan de jazz et la musique résonnait quotidiennement à la maison. Mon frère et ma sœur, plus âgés, ont introduit l’Angleterre dans ma culture et fait de moi un jeune garçon à la page. Puis, tout naturellement, je suis passé d’auditeur à musicien. J’ai commencé par jouer de l’harmonica puis de l’orgue, mais ce n’était pas ça… Mon frère jouant de la guitare, je la lui piquais en cachette et apprenais tout seul les accords. J’avais une douzaine d’années mais c’est seulement vers 16/17 ans que j’ai pratiqué avec plus d’assiduité l’instrument. A l’époque, je jouais exclusivement en open de sol (5 cordes). Merci Keith !

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(Frédéric Martinez sur scène en 2018 - Droits réservés) 

C’est là que tu fondes tes premiers groupes ?

Oui. J’ai intégré un premier groupe qui faisait des reprises, « Charly’s Dog » qui deviendra « Anti-Gang » un groupe qui a eu une certaine notoriété localement. Je les quitte fin 1979 pour fonder « les Playboys ».

C’est à cette époque qu’a commencé ta fascination pour les sixties et le mouvement Mods ?

Pas vraiment. J’ai toujours aimé les sixties*. Mais, c’est vrai, c’est une époque qui me fascine : J’adore le mobilier, les fringues, les scooters… Et bien sûr la musique.

* Petite mise au point : pour moi les sixties commencent en 1958 et finissent en 1972, allez 73…

Cela a commencé comment, « les Playboys » ?

En 1979, les « Dentists » se séparent et comme j’étais très copain avec Bebert, le chanteur, avec qui je faisais les 400 coups (rires), je lui ai proposé de monter un nouveau groupe avec Fifi (Philippe Lejeune - RIP) le batteur et Franck (Durban Ndlr ) le bassiste. « Anti-Gang » ne me correspondait plus : je commençais à me tourner résolument vers les sixties. Il a été emballé par le projet et c’est parti !

Tu avais joué avec eux avant ?

Oui, quelques apparitions avec les « Dentists » au cours de concerts épiques. Avec « les Playboys », le postulat, de départ était de coller aux sixties. Mais ça n’était pas une contrainte ! C’est venu simplement, c’était notre univers.

Ça s’est passé comment ?

La première mouture des « Playboys » c’est avec Pierre Nègre, guitariste des « Dentists » puis de « Strideur ». Ça a duré un an, puis il est parti. C’est dommage : Franchement, c’est l’un des meilleurs guitariste que j’ai connu. Son frère, Michel, qui officiait sur quelques morceaux à l’orgue, l’a remplacé à la guitare.

https://www.youtube.com/watch?v=1cKfrJ9fyMg

A l’époque « les Playboys » avaient la réputation d’avoir deux grands guitaristes dans le groupe ?

Je ne sais pas trop quoi dire… (silence). J’ignore le ressenti de l’auditeur. Je vis ça de l’intérieur. Avec Pierre et Michel, on s’est toujours bien entendu musicalement. On a des jeux similaires, reconnaissables et complémentaires.

Pourtant tu as la réputation d’être un très bon guitariste. Pourquoi Nice a fourni autant de bons musiciens à la France : toi, Pierre et Michel Nègre entre autres ?

Tout simplement parce qu’on a été élevés au bon grain (rires) ! Plus sérieusement, nous avions les bonnes références. Nous adorions de super groupes avec de vrais guitaristes (« Who », « Yardbirds », « Small Faces », « Kinks », « Link Wray »…). Nous nous sommes donc inspirés d’eux. De plus, nous nous sommes nourris les uns des autres, c’est ce qui a créé une culture guitaristique indigène.

C’est vraiment ça : la culture ?

Oui, on a appris les uns des autres. On a beaucoup travaillé et joué ensemble. Et comme nous étions entre personnes de bon goût…

C’est ça qui est incroyable sur la scène Niçoise : vous avez monté votre propre scène avec une grande amitié entre vous ?

Je ne sais pas comment ça se passe ailleurs. A Nice, le groupe phare en 1980, c’était « les Playboys ». Il a suscité pas mal de vocations… Mais ce qui nous a manqué, ce sont de vraies structures. S’il y en avait eu, nous aurions été les rois du monde (rires) !

Quels étaient tes modèles de musiciens à l’époque ?

Ça va des "Small Faces" aux « Remains », en passant par les « Zombies » (liste exhaustive sur demande)… Rires. Mais mes vraies influences ce sont les « Who », Keith Richards, les « Shadows » et Dutronc.

Pas Ronnie Bird ?

Si bien sûr : C’est la branche garage de Dutronc-Lanzmann.

Les « Playboys » vont sortir un premier quatre titres qui va vous faire tout de suite une très belle réputation. Ça a marché tout de suite, non ?

Ce n’était pas aussi simple que ça ! On ne tournait que pendant les vacances scolaires parce que Franck était prof. Certains autres dans le groupe avaient un boulot et ça n’aidait pas vraiment pour faire plus souvent des tournées ou des concerts à l’extérieur.

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(Frédéric Martinez en concert aux Transmusicales de Rennes en 1982- Droit réservé) 

C’est l’époque où une scène sixties apparait en France et vous étiez parmi les leaders de cette scène avec des groupes comme les Dogs. Il va y avoir un album très remarqué, avec Jean William Thoury à la production, et plein de concerts : ça n’a pas décollé ?

Tout d’abord il n’y avait pas autant de concerts que ça ! J’avais plutôt l’impression qu’on faisait du surplace et que cela n’avançait plus. Pour moi qui ne faisais que de la musique, ça devenait périlleux. Donc j’ai décidé de quitter le groupe pour tenter l’aventure à Paris.

« Les Playboys » n’ont-ils pas souffert d’un manque de management ?

Il y a eu Roland, qui était à Sup de co : On était ses « devoirs »… C’est lui qui a géré les sorties des 2 EP, de l’album blanc et du pirate… Il nous a mis le pied à l’étrier mais quand il est parti, tout est retombé ! Si on avait eu un vrai manager avec de vrais contacts les choses auraient été différentes, c’est évident

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(Pochette du premier EP 4 titres des Playboys - Droit réservé) 

Vous n’aviez pas un côté trop sixties, trop passéiste ?

Peut-être, mais au vu de l’état d’esprit des clips vidéo de l’époque, nous étions plutôt à la pointe !

Tu penses que vous auriez pu tenter quelque chose ?

Certains le pensaient. On a fait de notre mieux avec les moyens du bord. Je ne vivais que pour la musique et comme personne ne voulait vraiment y aller, je suis parti à Paris.

Comment ça s’est passé à Paris ?

Je n’ai pas trop aimé cette période ! J’ai très peu joué et quand ça m’arrivait, c’était pas génial : Ça n’était pas une question de niveau mais de culture (Dans les 60’s on ne faisait pas de tapping , on ne mettait pas du chorus ou du flanger à demeure sur les guitares…). J’ai peut-être pas rencontré les bonnes personnes… J’ai aussi travaillé au New Moon (salle de concert à Pigalle Ndlr ) comme régisseur, puis je suis rentré à Nice en 1987.

Qu’est-ce que tu as fait à ton retour ?

J’ai monté un groupe de reprises : « les Waverly’s ». J’ai adoré ce groupe que nous avions formé avec Karim le chanteur des « Dum Dum Boys ». Le nom venait du patron des « Agents très Spéciaux » (série sixties mettant en scène des agents secrets Ndlr ), les sixties toujours (rires) ! Il y avait Stéphane Benguigui à la basse et Fifi le batteur des « Playboys ». C’était monstrueux quand on jouait ! On lançait la machine à fumée, le stroboscope et ça démarrait ! Je ne voyais même plus le manche de ma guitare, c’est véridique ! On entrait en transe… C’était trop génial ! (rires)

Et ensuite ?

Il y a eu le décès de Fifi, je suis devenu papa. A la naissance de ma fille en 1994, j’ai mis la guitare entre parenthèse, jusqu’à la formation des « Tikis » ! En réalité, la guitare et la vie de groupe(s) me manquaient trop !

Tu es resté fétichiste des sixties ?

Oui, je le confesse… (rires). Si tu viens chez moi, tu fais un bond dans le temps. Et je roule toujours en Vespa (rires)…

Et tu te relances dans la musique ?

Oui, avec le groupe de Northern Soul « les Tikis » avec ses deux chanteuses.

On va en reparler après mais tout d’abord il y a « les Stores » (Prononcer StorZe Ndlr ), un superbe projet !

Ça a commencé bizarrement… Un jour en marchant, calé sur le rythme de mes pas, je trouve la mélodie d’un refrain sur laquelle je pose quelques phrases. De ces paroles nait un premier personnage, le « beau Léo » de Ravel, et de là découlera l’album-concept Leslie Morrison  interprété par un groupe mythique (au sens étymologique du terme) : les Stores !

Le nom est un croisement entre les « Stones » et les « Doors » : je ne te voyais pas fan des « Doors » ?

Mais oui, j’aime les « Doors » ! Ce n’est pas mon groupe préféré mais je connais très bien.

Tu as imaginé cette histoire en composant cette super musique 

Merci pour la « super musique »… En fait, j’ai l’impression de côtoyer les personnages, qu’ils existent vraiment… C’est étrange. Les situations s’imposent d’elles-mêmes. Quant à la musique, j’ai tout enregistré chez moi. Je joue de tous les instruments et je suis fier de mes arrangements. A ce sujet, une boite de disques anglaise m’a contactée pour que je ré-arrange à la manière de « Non, non, non, non »* le titre d’un de leurs poulains. Renseignements pris, c’était pour le guitariste qui a remplacé Noel Gallagher pour la tournée mondiale d’Oasis et le guitariste en titre de Paul Weller. Pas mal…

Quand la notion d’album-concept m’est apparue, j’ai fait le tri dans pas mal de mes morceaux et j’ai commencé à composer dans cette optique. Le climat de cet album tend résolument vers l’insouciance, la nonchalance, l’optimisme et l’humour !

Tu as fait ça en combien de temps ?

Oh, ça n’est pas encore fini, mais on va dire qu’en trois ans j’ai composé la majeure partie des titres.

Tu peux nous raconter l’histoire ?

Jim Morrison est toujours vivant ! Il a mis en scène sa propre mort parce qu’il voulait être aimé pour ce qu’il est et non pour ce qu’il représentait. Il se réfugie incognito en Espagne où il rencontre une française, fan de Rimbaud comme lui. Ils tombent amoureux et elle, enceinte. Elle repart en France. Il lui dévoile son identité avant son départ. De leur(s) amour(s) naitra Leslie, une jeune fille bien dans sa peau et dans son temps, qui partira à la recherche de son père, de l’amour et de la gloire…

Tu as des collaborations sur ce projet ?

Oui, au chant : Isa Marceddu et Marie Loupiac les deux chanteuses des « Tikis », Pascale Lidon et Didier Bozzi.

Tu voulais faire un film dessus ?

C’était le but : faire un film avec le scénariste Vincent Lambert, qui a adoré le pitch. Mais pour des raisons de santé, ça ne se fera pas avec lui. C’est mon projet le plus ambitieux !

Tu joues aussi et surtout avec les "Zemblas". Un groupe où tu retrouves des musiciens Niçois et notamment Michel Nègre avec qui tu as joué dans les "Playboys". Donc c’est le retour de deux guitaristes incroyables ensemble ?

Je suis ravi de retrouver Michel mon « vieux complice » : Quand on joue un morceau, il suffit que l’on se regarde pour savoir où on va et comment on y va.

 

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(Les Zemblas en concert en 2017 - Droit réservé) 

Les "Zemblas" sont un groupe très respecté mais c’est aussi un groupe très sérieux qui ne se prend pas au sérieux…

Oui, c’est sérieux. On travaille beaucoup, on va chercher les détails, dénicher les trucs qui déconnent. C’est fouillé et pour moi qui suis super perfectionniste c’est parfait parce qu’avec Michel, on va au fond des choses. Ce qui fait que lorsqu’on joue en concert, on n’a pas « le cul serré ». Tout le monde connait sa partie, c’est simple, rassurant et ça permet de se concentrer sur le show.

Tu es arrivé sur le deuxième album qui était plus rythm’n blues que le premier ?

C’est exact. Je ne pense pas que ce soit un changement de direction mais plutôt une question de maturité du groupe. Les morceaux du troisième album sont encore différents du deuxième. On évolue et c’est normal ! Et pour info, le troisième album des Zemblas sera produit et mixé par Jim Diamond et sortira courant 2019

Vous jouez beaucoup ?

Pas mal et on adore ça !

On peut parler des « Beatniks » ?

C’est un duo avec Didier (Bozzi, le chanteur des Zemblas Ndlr ) nous jouons sur des séquences que j’ai créées. En live Didier chante, je l’accompagne à la guitare et fais les chœurs.

On reste toujours avec les mêmes musiciens mais pas la même optique ?

C’est ça : la musique change à chaque fois. Ça n’est jamais le même horizon musical !

Mais musicalement on a l’impression que vous êtes restés bloqués sur une époque et que des mouvements comme le punk ou le new wave vous sont passés au-dessus ?

Détrompe-toi : on vient tous du punk ! Ça nous a permis d’exister, de jouer, comme mauvais musiciens au début mais ça nous a permis d’apparaître, et rien que pour ça, c’est super bien. Quand on a établis nos zones de confort, on est allé plus loin… Par contre la New Wave, ça nous est passé loin, très loin des oreilles !

Tu ne penses pas que le rock à Nice c’est d’abord des gens qui ont une profonde amitié entre eux et qui ce sont protégés de la ville ?

Non pas protégés de la ville parce que cette ville, nous on l’aime bien. Mais la notion d’amitié est très forte c’est vrai ! Musicalement, on se connait tellement bien qu’on n’a pas besoin de parler ou d’expliquer quand on joue : entre nous c’est quasi naturel ! Pour ma part, j’adore partir en tournée : On se retrouve entre nous et franchement c’est comme si on avait encore 17 ans. Il n’est pas rare de m’entendre rigoler dans les chambres d’hôtel jusqu’à quatre/cinq heures du matin…

Tu retiens quoi de l’histoire de Frédéric Martinez ?

Que c’est un mec qui aime la vie et qui a toujours dix-sept ans dans sa tête. Qu’il a écrit de chouettes morceaux… Et que j’aimerais bien être son pote ! Rires

Tu es toujours aussi fan de musique ?

Oui, totalement. J’en écoute encore beaucoup, mais mon Graal, c’est la recherche de cette émotion qui m’a envahi quand j’ai écouté les Doors pour la première fois. Je tiens à préciser que j’étais trop jeune pour goûter aux paradis artificiels ! Cette sensation de découvrir quelque chose de nouveau et d’étrange que tu n’arrives pas à analyser. J’ai essayé de décortiquer le mécanisme de cette sensation, mais c’est impossible. J’aimerais tellement que chaque morceau que je compose provoque ce genre de réactions…