Vis ma vie de disquaire : rencontre avec Bazoom à Auray

Par Franco Onweb

J’ai décidé de donner un coup de projecteur sur une profession qui est méconnue : les disquaires ! Pour commencer notre tournée de ces vaillants combattants culturels, je suis allé à la rencontre de Philippe Disquaire indépendant à Auray dans le Morbihan.

Depuis 2010, ce passionné de musique (et de BD) a posé son sac en Bretagne où il prodigue ses conseils à tous les amoureux de musique du coin. Vis ma vie de disquaire acte 1, bienvenue chez Bazoom rue du Belzic à Auray ! 

Vis ma vie de disquaire : rencontre avec Bazoom à Auray
DR

Tu te présentes ?

Je suis un breton d’adoption, ancien normand passé par Paris, 42 ans, passionné de musique.

(Philippe devant sa boutique 32 rue du Belzic, droit réservé) 

C’est quoi ton parcours ?

Après des études d’Histoire, j’ai travaillé quelques années dans l’Education nationale, puis me retrouvant au chômage, je suis parti à Paris trouver du travail. En 2010 à la naissance de notre fils, avec Enrica, ma femme, nous avons quitté nos emplois respectifs et nous nous sommes installés à Auray dans le Morbihan avec pour idée assez vague de monter une librairie-disquaire.

Pourquoi ouvrir ton magasin ?

C’était un projet qu’on avait en tête depuis un moment. On voulait partager avec des clients (potentiels) la musique et la bande dessinée que l’on apprécie. Faire comme on fait avec les amis mais dans une boutique. C’est un peu naïf, mais c’est aussi simple que ça.

 Avec très peu de moyens mais une grande motivation, on s’est lancé dedans très rapidement. En moins de trois mois, on a fait les marchés, trouvé un local, monté un stock, trouvé un nom - Bazoom (titre d’une chanson de Leiber & Stoller) - qui fasse référence à la musique et à la BD, etc.

Au passage, un grand merci aux amis et à la famille qui nous ont aidés et soutenus dans cette aventure !

Parle nous de ton magasin ?

La boutique est située dans le centre ville d’Auray, ville de 13000 habitants située dans le Golfe du Morbihan, entre Vannes et Lorient. C’est une ville dynamique du point de vue culturel, avec un tissu associatif important. Et il est aussi très agréable d’y vivre. C’est un luxe que de pouvoir aller pique-niquer ou piquer une tête dans l’eau sur la plage après le travail !

L’idée était de créer une petite boutique de quartier où on peut trouver des BD et des disques qui sortent de l’offre uniformisée des grandes enseignes dites culturelles. Aussi a-t-on naturellement  axé la sélection selon nos goûts personnels. La BD indépendante occupe une très grande place, et pour la musique, l’assortiment va du blues au punk en passant par la soul, le rock garage et psyché, ou la pop...  On a également créé un rayon de livres sur la musique, avec les publications du Mot et le Reste, Allia, Rivages, Castor Astral.

Nous travaillons également à développer d’autres secteurs cohérents avec l’esprit de la boutique, comme le livre jeunesse ou le jeu de société, en gardant cette idée de sortir des sentiers battus de la grande distribution.

Pourquoi reste-t-on disquaire en 2016 ?

Même si la musique populaire et la bande dessinée sont souvent vues comme des loisirs, un truc un peu mineur pour ados attardés, proposer des œuvres de qualité, c’est un acte militant dans le contexte actuel de nivellement par le bas de la culture et de l’esprit critique.

Et c’est quand même chouette comme boulot de faire découvrir des pépites comme SF Sorrow des Pretty Things,  Circles de Moon Duo, Electric Mud de Muddy Waters, ou encore The Lonely Surfer de Jack Nitzsche !

Parle nous un peu de tes ventes ?

Les grands classiques tels que les Beatles, Stones, Led Zeppelin, Bob Marley, Bowie, c’est évidemment le gros des ventes. Mais l’intérêt est de mettre en avant de talentueux groupes émergeants, tels que Tijuana Panthers un trio californien qui marie le punk 70’s avec la surf-music et le doo-wop ; The Liminanas qui explosent en ce moment et dont je vends les disques depuis plusieurs années ; The Rainbones, un groupe dijonnais qui fait du swamp-rock, mélange marqué par  The Gun Club et Grinderman.

Pour ce qui est du support, le vinyle est celui que je favorise. Mais le CD n’est pas encore mort et se vend encore plutôt bien.

Le disque a-t-il un avenir, notamment avec ce nouvel engouement pour le vinyl ?

Le retour du vinyle semble être parti pour vraiment durer. Ce n’est pas qu’une mode. S’équiper en platine et HIFI est un investissement, acheter ou racheter ses disques en vinyle aussi. Et puis, quand on a goûté au son vinyle, en général, on n’a pas envie de l’abandonner.

Quel est le profil de tes acheteurs

Il y a tous les âges. Depuis le quinquagénaire ou sexagénaire qui s’est séparé de sa collection de vinyles à l’arrivée du CD et qui le regrette, à l’ado ou au trentenaire qui a grandi avec les sons compressés et qui découvre que la musique peut sonner autrement qu’étouffée sans aucune dynamique.

Beaucoup de disquaires font des opérations parallèles : label, concerts, show case et toi ?

Il m’arrive de faire des show-cases, ou des dédicaces en musique ou pour la BD. J’ai eu la chance d’accueillir notamment Yann Tiersen, Moon Gogo (étonnant duo franco-coréen avec Federico de Little Rabbits-French Cowboy) ou encore Terreur Graphique, Fritz Bol ou Gwénolé Le Dors pour la BD.

Sinon, Bazoom est en partenariat avec l’association alréenne Garatoi qui organise des concerts et des ciné-concerts plusieurs fois dans l’année en plein centre-ville depuis une quinzaine d’années, les Nuits Soniques.  Pour une ville de la taille d’Auray, c’est assez exceptionnel  de voir passer des groupes comme Elysian Fields, La Femme, Château Marmont, Mansfield Tya, Yeti Lane ou Camp Claude ! Et je n’oublie pas nos amis du cinéma Ti Hanok avec lesquels nous organisons ponctuellement des événements communs (par exemple, lors de la sortie de Love & Mercy, le biopic sur Brian Wilson).

Quel est l’importance des réseaux sociaux pour faire connaitre ton magasin

Il y a une page facebook pour le magasin. Je m’en sers pour faire passer des infos, mais je crois davantage au bouche à oreille, à la presse locale ou à l’exposition médiatique offerte par le Disquaire Day pour faire connaître Bazoom.

Ton top 10

Pas évident, c’est toujours frustrant ce type de classement, mais c’est toujours mieux qu’un top 5 !

Donc sans ordre particulier :

The Stooges - Funhouse

The Byrds - Mr Tambourine Man


The Sonics - Here are the Sonics

Howlin’ Wolf - Smokestack Lighting The Complete Chess Masters

The Liminanas-  Crystal Anis

The Beach Boys - Pet Sounds

Ty Segall - Twins

Evariste - Do You Know The Beast ?

Nirvana - Nevermind

Irma Thomas - Time Is On My Side

Bazoom

32 Rue du Belzic, 56400 Auray

02 90 98 22 36

 

 

My secret to produce...!?

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