Daniel Jea : En suspens, un album très énervé !

Par Franco Onweb

On avait quitté Daniel Jea, il y a un peu plus d’un an, à la sortie du premier confinement quand il sortait son troisième album solo. Il m’avait raconté à quel point il avait mal vécu cette situation et que cela risquait de jouer sur sa musique. Il ne nous avait pas trompé ! « En suspens », le nouvel album de notre « guitar-héro » est plein d’une énergie et d’une hargne, trop longtemps contenu…

J’ai discuté avec Daniel pour en savoir un peu plus sur ce disque et ses différents projets ! 

Daniel Jea : En suspens, un album très énervé !
DR

C’est ton quatrième album, ton précédent album est sorti il y a à peine un peu plus d’un an. C’est la première fois que tu sors deux disques aussi rapprochés ?

Tout à fait, j’ai eu envie de me lancer un nouveau défi : sortir des albums assez courts mais plus régulièrement. Plus précisément même, un triptyque, un par an sur trois ans. Pour garder une instantanéité, être plus en phase avec mon présent et pour garder le fil, le lien, faire en sorte que les choses existent plus rapidement dans ce que je fais, ce que je crée. Cela a commencé avec « À l’instinct, à l’instant », album sorti en juin 2020. Mais ce projet a été bien sûr renforcé par la crise sanitaire, comme il y eu un arrêt total de la scène, des concerts pour moi. Et donc un troisième album, prévu pour 2022, est déjà en gestation !

(Photo David Desreumaux) 

C’est donc un disque de confinement ?

Il traite de ça, oui ! De ce temps suspendu qu’a été, et qu’est encore, cette période de crise sanitaire. Et de mon ressenti, mélange de colère et de désarroi, face à la violence perpétrée au travers de ces choix imposés par nos gouvernants, dans ces circonstances si particulières.

Quand j’ai écouté le disque, j’ai remarqué que tu avais trois morceaux « en suspens » part 1,2 et 3, qui sont différents du reste de l’album. Pourquoi ?

C’est un album concept, et ces trois morceaux, qui donnent le nom à l’album, ont un même thème musical assez calme et se posent comme des parenthèses au milieu des autres titres plus énergiques. Ils symbolisent les trois périodes de confinement, ces temps suspendus, cette période qui a été oppressante pour moi. J’énumère le nombre de jours de chaque confinement en France. 55 pour le premier, 46 pour le second et le troisième est volontairement flou car il s’agit de la période actuelle, depuis ce début d’année 2021.

C’est pour ça que tu as mis les trois morceaux au début, au milieu et à la fin de l’album ?

Exactement, comme une chronologie de ces événements. Cet album retrace la période de la crise sanitaire en France depuis mars 2020 jusqu’à maintenant.

Tu l’as fait où et avec qui le disque ?

Avec la même équipe que le précédent. C’est d’ailleurs ce qui lie ce triptyque : ce sont des albums assez courts, avec chacun un thème fort, et surtout avec le même groupe : France Cartigny, multi-instrumentiste touche à tout, qui sur cet enregistrement a surtout joué du synthé, sur un petit Casio jouet, qui sonne « techno prolo » comme elle le dit (rires), mais aussi bien sûr des chœurs et quelques percussions. Et puis Emilie Rambaud toujours à la batterie et aux chœurs. Les mêmes musiciennes donc, dans le même studio d’enregistrement, Midilive, et avec évidemment le même ingénieur du son, Stéphane Prin, qui a réalisé un super boulot et qui nous suit dans cette aventure depuis le début. Et c’est aussi le même simple objet physique en cd : même format et même typographie. En quelque sorte, plutôt que de faire un album de 20 ou 25 morceaux, je l’ai divisé en trois albums, sur un temps voulu plus raccourci !

En dehors de ces trois parties « en suspens », c’est un album très énervé !

(Rires) Comme je disais, c’est surtout l’expression de ma colère et de ma déroute, mon ressenti par rapport à cette situation de crise que j’ai assez mal vécue. J’ai trouvé ça très violent. Bien sûr, c’est très subjectif puisque nous n’avons pas tous vécu cette période de la même manière. Et même très différemment d’ailleurs selon l’endroit où l’on vit, en ville ou à la campagne, selon l’espace, le cadre de vie, le milieu social et familial etc etc … Mais ce fût assez dur pour moi et il fallait, pour m’apaiser que je sorte quelque chose de tout ça. Donc c’est « énervé » comme tu dis parce que je l’étais assez, j’avais besoin de me défouler et de canaliser mon énergie dans quelque chose de constructif.

Cette colère est symbolisée par la pochette de l’album : une photo de voiture qui brûle !

(Rires) Elle représente assez bien la situation actuelle de la société qui va mal, je trouve. Ce décalage entre le monde politique, le pouvoir, la richesse, et en face la population. Disons une grande partie de la population qui souffre. Cette voiture de luxe à laquelle on a mis le feu est assez cliché comme symbole mais il est bien là et très fort. J’étais d’ailleurs devant cette voiture quand elle brûlait, avec mon fils qui est le photographe qui l’a prise ! Et je précise, ce n’est ni la mienne ni moi qui y ai mis le feu (rires). C’était courant 2020 à Paris, pendant une manifestation contre la loi sécurité globale. Avec quelques débordements comme tu peux le constater, mais dans les deux camps comme d’habitude malheureusement !

C’est un album de rock, qui m’a fait penser à du Téléphone avec cette révolte que chantait Aubert.

Ah oui peut-être. En tout cas, je ne l’ai pas du tout fait dans cette démarche, en pensant à ce groupe ! Mais je vais réécouter, tiens !

Il y a une violence dans cet album, pas habituelle chez toi jusqu’à celui-là. Tu as un côté « rentre-dedans », premier degré où tu n’hésites pas à dire : « ta gueule » !

Le « ta gueule » du refrain du titre « Avance » est assez emblématique de l’album : j’ai eu la sensation qu’on me l’adressait très régulièrement à travers les discours ou les choix des politiques faits pendant cette période, et en même temps j’avais aussi envie et besoin de le dire, de rendre la pareille en somme ! Je voulais un côté très brut et rock dans ces chansons. Effectivement, c’est la première fois que je fais un album avec une parole plus politique, dans le sens où jusqu’à présent c’était plutôt des textes poétiques ou des chansons d’amour !

Là tu n’en as pas !

(Rire) Et non, pas de love song cette fois-ci ! Le précédent album « À l’instinct, à l’instant » était dans sa globalité une ode à l’amour, mais cette période-là est plus à la colère !

(Photo Maryléne Eytier) 

Justement, on n’attendait pas de toi ce côté revendicatif !

C’est vrai, je sais, mais encore une fois c’est mon ressenti de cette période, de ce présent vécu, de ces instants vécus. C’est en ce sens-là qu’on peut rattacher cet album au précédent sorti l’an dernier « À l’instinct, à l’instant », par le côté instantané. Je voulais être bien en phase avec ma réalité présente, avec ce que j’éprouvais. C’est pour ça que je voulais qu’il sorte vite bien sûr. Qu’il soit une photographie de l’instant !

Ça te choque si on dit que c’est un album « coup de poing » ?

Pas du tout, au contraire ! J’ai eu la sensation d’en prendre pas mal dans la gueule alors je trouve ça même plutôt très juste et bien !

Tu es resté très premier degré sur les textes ? Tu ne faisais pas ça avant.

Disons que c’est cette situation inédite et complètement folle de crise sanitaire qui a contribuée aussi à ce que je sois plus premier degré que d’habitude peut-être. Les textes sont assez brut et aussi cyniques pour certains. Mais comme la situation l’est : brutale et cynique.

Tu l’as fait en combien de temps ce disque ?

La composition et l’écriture ont été assez rapide. Puis ensuite les répétitions et l’enregistrement en groupe aussi, pour ne pas perdre la spontanéité et toutes les bonnes choses qui en découlent ! On a fait des sessions de répétitions courtes et denses, et ensuite on a enregistré l’album en trois jours. C’était l’objectif : il fallait aller assez vite.

Ça va se passer comment sur scène ?

Au plus proche de l’album ! En formule trio, Emilie, France et moi. Brut, spontané et rock ! Déjà j’espère qu’il y aura de la scène vite, mais c’est en cours de booking ! Cela dit, cette reprise des concerts reste quand même compliquée, comme toutes les dates et tournées des groupes, artistes, prods qui avaient été programmés avant le Covid sont de nouveau programmés en priorité maintenant. C’est donc assez difficile pour un projet comme le mien de trouver des disponibilités, c’est un peu l’embouteillage attendu. Il va falloir jouer des coudes, mais on est chauds bouillants !

Ce sera comme sur le disque sur scène : très énergique !

Oui, comme le disque a été enregistré très vite et dans les conditions du live, ce sera au plus proche du son du disque. On a hâte de remonter sur scène !

C’est quoi tes projets ?

Bien sûr accompagner ce nouvel album, reprendre les concerts, faire des clips … d’ailleurs après le premier clip « Avance » sorti en juin dernier, une prochaine vidéo du titre « Après » arrive pour le jour de sortie de l’album, le 24 septembre ! A côté de ça j’ai encore quelques concerts de la tournée de la chanteuse Garance, que j’accompagne en tant que guitariste. Et bien sûr je prépare aussi le troisième album, le troisième volet de ce triptyque, prévu pour l’automne 2022.

Tu avais quoi musicalement en tête quand tu as composé ce disque ?

Des riffs, du rock, de la sueur, des cris, de la rage, du défoulement, des tempos rapides, un mélange d’énergie à la QOTSTA, RATM, Arcade Fire, Jack White, Artic Monkeys entre autres !!

Le mot de la fin ?

Ecoutez cet album pour adoucir vos mœurs (rires) ! 

https://www.danieljea.com/

 

Articles plus anciens