Arnold Turboust : un parcours pop !

Par Franco Onweb

Il est le Frenchy But Chic par définition ! Arnold Turboust a un parcours qui frôle le vertige : Marquis de Sade, Private Jokes, Octobre, compositeur et compagnon de route de Etienne Daho avant de se lancer dans une carrière solo passionnante.

Alors qu’il a sorti au printemps un nouvel album épatant, il a accepté de revenir pour nous sur cette carrière incroyable !   

Arnold Turboust : un parcours pop !
Ronan Guennou

La musique est entrée très vite dans ma vie : ma mère qui a étudié le violon pendant de nombreuses années voulait que j'apprenne le solfège quant à mon père il collectionnait les instruments de musique. J’ai donc pris des cours de piano dès l’âge de sept ans.

Tu étais où ?

En Normandie, un peu au-dessus du Mont Saint-Michel, du côté de Vire, précisément à Saint-Sever.

Quels sont tes premiers émois musicaux ?

Les premières musiques dont je me souvienne, ce sont des chansons de France Gall et Salvatore Adamo.

Comment ton parcours musical a commencé ?

Au lycée. J’avais un copain, Éric Morinière (futur batteur de Marquis de Sade, NDLR), qui avait une réputation d'excellent musicien. Beaucoup écoutaient à cette époque Neil Young ou America et lui était plutôt dans le punk rock : il écoutait les Sex Pistols, les Damned… Lui et moi, nous faisions de la musique dans le gymnase pendant la pause-déjeuner : lui à la batterie et moi aux claviers. On jouait pour le plaisir. Il n’y avait pas du tout l’idée de monter un groupe.

Et toi ?

Moi, j’étais plus dans la new wave : c’était les débuts des Stranglers, Talking Heads, Television… J’étais un fan de Dave Greenfield (Clavier des Stranglers Ndlr), il avait un côté virtuose avec tous ses arpèges, cette manière de jouer… Et aussi, assez rapidement, j’ai découvert Brian Eno que j’adore toujours avec Roxy Music ou comme producteur pour les Talking Heads, Devo.

Tu devais être fan du travail qu’il a fait avec David Bowie ?

Low, Heroes avec Station to Station sont mes albums préférés de Bowie.

Premier grand moment : juillet et août 1979, Marquis de Sade ?

Oui, j’ai été invité par le groupe pour l’enregistrement de l’album Dantzig Twist. C’est Éric qui m’a contacté : ils avaient besoin d’un clavier. Je suis allé répéter avec eux et ça s’est super bien passé. Je joue sur deux ou trois titres de l’album dont « Conrad Veidt », c’est moi qui joue la fameuse ligne de piano en intro du morceau, ça commence par de grands arpèges et puis ça se resserre avec le thème.

Comment as-tu vécu tout ça ?

Parfaitement bien, tu imagines : j’étais fan de musique, je participe à l'enregistrement d'un disque en juillet et août et on entendait la chanson en octobre à la radio. Pour moi, c’était fabuleux !

J’ai lu que tu avais entendu la première fois « Conrad Veidt » sur la radio de ta voiture, en rentrant de vacances en Espagne.

Oui, c’est vrai. Je n’en revenais pas, j’étais super heureux ! Pour moi, Marquis de Sade c’est la découverte de la musique, mais aussi de ce que j’adore par-dessus tout : le studio ! À ce moment-là, je me suis juré de continuer et de retourner en studio. En revanche, je n’ai jamais joué sur scène avec eux, j’étais un invité. Tout de suite après, en fait, je suis parti à Nantes.

C’est à Nantes que tu vas fonder et jouer avec les Private Jokes ?

Mon premier vrai groupe et un excellent souvenir !

On vous a beaucoup comparé à Marquis de Sade ?

Oui, mais Private Jokes était un groupe beaucoup plus pop ! C’était différent, Marquis de Sade était un groupe original, cette relation entre le chanteur et la musique du groupe, était incroyable ! Je ne dis pas ça parce que j’ai joué sur l’album et sur un 45 tours, une reprise du Velvet (« White Light/White Heat » NDLR). Ça reste un excellent souvenir et une période bénie ou je découvre Rennes et je rencontre de bons amis comme Étienne et Frank (Darcel, NDLR)

Quand tu pars à Nantes, c’est pour y suivre des études ?

Oui, après le bac j’avais intégré une Prépa, école de commerce au Havre, sauf qu'après l'enregistrement de l'album de Marquis de Sade, je savais ce que je voulais faire : de la musique. Mes parents ne voulant pas que je cesse mes études m’avaient envoyé à Nantes pour continuer, principalement parce que j’avais de la famille là-bas !

(Private Jokes - Arnold Turboust à droite - Photo Guy Delacroix- Herpin) 

Et là, se montent les Private Jokes ?

Oui, quand j’arrive à l’école, je rencontre Pierre (Corneau futur bassiste de Marc Seberg, aujourd’hui dans les Nus, NDLR), on devient très vite copains et on rencontre très rapidement après Pierre Thomas (Ex-batteur de Marquis de Sade, de Marc Seberg et actuellement dans Frakture, NDLR) et comme j’avais joué sur l’album de Marquis de Sade, la connexion se fait facilement. Il y avait aussi Gilles Retière, un super chanteur... ainsi que Philippe Daniau comme bassiste.

Les Private Jokes vont beaucoup jouer, et il y aura d’ailleurs un album posthume ?

Oui, un album posthume introuvable ainsi qu’un titre sur Bandes de France, une compilation de Michel Embareck, et un autre titre sur une autre compilation Rock in Rennes. C’est vrai que nous avons beaucoup joué, notamment à Paris et à Rennes. Mais c’était compliqué, il n’y avait pas de label à Nantes, il fallait aller à Paris et puis le bassiste, Philippe Daniau, qui était très important, nous quitte. Nous n’étions plus que quatre : j’ai donc commencé à jouer les basses aux claviers. À cette époque, j’ai reçu une proposition de Frank (Darcel, NDLR) pour intégrer Octobre.

Tu as joué sur le premier album d’Octobre ?

Oui, en fait une moitié des Private Jokes, les deux Pierre (Corneau et Thomas, NDLR) sont partis rejoindre Marc Seberg et moi, j’ai rejoint Octobre.

Tu as pensé à ressortir des bandes du groupe ?

J’y pense, j’y pense… Il y aurait de quoi faire un album, nous pourrions aussi utiliser le visuel de nos affiches réalisé par Jef Aerosol ! Ce serait intéressant. À l’époque, nous avions rencontré Jean Jacques Burnel (bassiste des Stranglers, NDLR) qui, je crois, appréciait notre musique et il voulait nous faire venir en Angleterre. On n’a pas osé traverser la Manche !

Et donc, Octobre ?

J’ai fait le premier album et quelques concerts… Et puis j’ai commencé à travailler avec Étienne (Daho, NDLR). Je m’étais beaucoup investi dans Octobre, dans la production, dans la réalisation… Particulièrement dans une chanson qui s’appelle « Nastassja ». D’ailleurs, pour l’anecdote, je l’ai aussi entendu en rentrant de vacances dans ma voiture (rires). En tout cas, le disque était vraiment intéressant et je crois qu’il a bien vieilli.

Et là, ça commence avec Étienne ?

Oui, à l’époque on commençait à beaucoup se voir, je lui proposais des musiques et puis il y aura « Le grand sommeil », première collaboration avec lui. À l’époque, il y avait toute cette musique anglo-saxonne qui arrivait, avec Orchestral Manœuvre and the Dark, Young Marble Giants, les Stranglers… Avec Étienne, ce qui rendait l'aventure passionnante, c’est que tout était possible, on pouvait vraiment, avancer, essayer des arrangements différents, enfin, imaginer…

Vous avez amené des choses différentes par rapport à ce qui se passait en France ?

Il semblerait, mais on ne s’en rendait pas vraiment compte, on savait que notre association fonctionnait bien : on se nourrissait l’un l’autre ! Les premières chansons que l’on a écrites ensemble sont « le grand sommeil » ainsi que « Swinging London ».

Il y aura un premier album ensemble, La Notte, la Notte, et ensuite une tournée avec un groupe où il y a Jello ou François Daniel à la basse.

À l’époque, on travaillait aussi avec Frank Darcel avec qui on était proche. Je crois qu’Étienne avait aimé la production du premier album d’Octobre. En tout cas, il a eu un rôle déterminant et cette ambiance musicale s’est vraiment construite à trois. On sonnait frais et neuf à l’époque.

Tu as été à l’aise sur scène ?

Oui ça se passait bien, la tournée coïncidait avec la sortie de « Tomber pour la France », et j'ai senti qu’il se passait quelque chose avec ce morceau.

Et après « Tomber pour la France », Frank Darcel s’en va.

Oui, il n’aimait pas Paris ou nous avions dû nous installer, personnellement je m'y sentais très à l'aise. On est resté et on a commencé à travailler sur Pop Satori.

Un album qui a beaucoup marqué son époque ?

Premier enregistrement « In England », à Guerilla Studio, le laboratoire de Torch Song de William Orbit et de ses amis Richard Conning, Laurie Mayer, et où il y avait des synthés des tonnes de synthés et d’effets. À l’époque, nous n’avions pas particulièrement l’impression d’avoir créé un nouveau son, juste peut-être d’avoir écrit quelques bons titres.

J’ai toujours eu l’impression que cet album, c’était vraiment toi, ta personnalité, tes envies…

C’est vrai que cet album me correspond plutôt bien, je m’y suis impliqué comme si c’était l'un des miens. On est allé en Angleterre enregistrer et là, c’était magique : je n’avais plus besoin d’expliquer aux musiciens ce que je voulais, nous allions dans le même sens d'ailleurs, j'entassais les pistes, j'essayais tout ce qui me passait par la tête. C’est aussi un album avec beaucoup de rencontres : William Orbit, Rico Conning, c’était tellement formidable d’être avec eux et puis aussi Jérôme Soligny, Robert Farel, Elli Medeiros... Avec le recul, c’est vrai que probablement c’est un disque qui a marqué son époque, personnellement j’étais trop impliqué pour vraiment m’en rendre compte. Étienne Daho m’a fait confiance sur ce disque ! J’ai beaucoup arrangé, je me sentais tellement bien avec ces machines, ces drums box, ces sequencers, etc.

(Arnold Turboust et Etienne Daho, période Pop Satori - Photo Arlette Katchounian) 

À la sortie de l’album, ce sera la folie ?

Oui, il y eut d'abord « Épaule Tatoo », que je joue quelquefois sur scène et qui a été un tube presque instantanément, ça nous a beaucoup aidés. J’étais satisfait du disque, de la production, des chansons bien qu'il subsistait dans mon esprit beaucoup de doutes... Sur la tournée, ça a été phénoménal ! C’était complet partout, les dates se rajoutaient…

Et au milieu de cette folie Daho est sorti « Adélaïde », ton premier titre solo qui a été un gros tube.

Je l’ai enregistré entre deux sessions de Pop Satori, à Bruxelles au studio LCP, entre Noël et le jour de l’an.

La rumeur prétend que tu n’y croyais pas ?

En fait, c’est une chanson que je trouvais pas mal, plutôt une bonne mélodie… Bon, je partageais et franchement, les personnes autour de moi n’étaient guère emballées par ce titre. J’ai bricolé une démo et je l’ai fait écouter à mon éditeur. Il a beaucoup aimé le titre et il m’a proposé d'en être le chanteur. Je n'avais jamais chanté, du moins enregistré ma voix, quel choc ! Je me suis laissé convaincre, en outre les labels me faisant des propositions je me suis dit : « allez vas-y ». C’était une chanson qui était un peu à part dans ce que je produisais à l’époque.

Ne penses-tu pas qu’à cette époque, vous avez réhabilité la pop ?

Peut-être. C’est la musique que j’aime et avec laquelle je me sens bien !

Juste après, tu vas sortir « Les envahisseurs », un titre que j’ai adoré.

C’était juste une époque de dingue : Pop Satori, les concerts, la promo et « Adélaïde » qui tubait. Je chantais d’ailleurs ce titre sur scène avec un succès incroyable pendant la tournée Satori. Et puis, le label m’appelle au milieu de tout ça en me demandant la suite… Ils avaient bloqué un studio pendant deux jours Off. Je n’en pouvais plus, cela faisait trois ans que je n’avais pas arrêté. J’ai donc appelé Marc Moulin pour la production (enregistré à Synsound chez Dan Lacksmann, à Bruxelles) et Jacques Duvall a écrit le texte  

Le titre a peu marché.

Il a fonctionné un peu, mais moins que « Adélaïde ».

Tu écoutais quoi à l’époque ?

J’adorais les albums de Prince et Sheila E, à cette époque Around the World In a Day, Sign Of the Time. J’écoutais aussi Prefab Sprout, les Smiths, je découvrais De la Soul et l’échantillonnage. J’ai adoré un groupe comme New Music. J’écoutais aussi beaucoup Sakamoto, Scritti Politti, Messe pour le temps présent de Pierre Henry, etc.

Et puis, tu quittes Étienne Daho au moment tu sors ton premier album solo qui n’a pas vraiment marché.

Je ne le quitte pas vraiment. Il se trouve que je devais enregistrer mon premier album, Let's Go a Goa, et que lui aussi devait préparer le sien. Il fallait faire un choix. Bien qu’à cette époque, je me qualifiais de chanteur d’occasion, il fallait que je passe une étape. Je n’imaginais pas à quel point cela allait être difficile pour moi de chanter et d'interpréter 11 titres. Le doute, évidemment... Sortir un single, oui. Un album, c'est différent, c'est d'ailleurs à cette époque et pour cette raison que je décide d'écrire mes textes. J'enregistre donc ce premier album avec Rico Conning. Rétrospectivement, je crois qu'il y a de bonnes chansons, le problème bien que Rico ait fait des miracles, c'est un peu ma voix, je ne chante pas vraiment ! Il est vrai que cet album ne rencontre pas le succès pour beaucoup de raisons, pas de tube, le label qu'y n'y croit pas plus que ça, et aussi tout le monde pensent que ce genre musical est celui d’Étienne Daho et non le mien.

Tu as tourné avec ce disque ?

Non, mais d’une manière générale je n’ai guère tourné, j’ajouterai qu’il n’y a pas eu grand-chose sur ce disque !

Tu commences à l’époque à produire et écrire pour gens : Sylvie Vartan, Tess et Lina !

J’ai fait deux albums pour Lina : Redevenir Modeste et Dans 5 minutes j’suis prête, les deux avec Yves Calvez (ex-Coronados). De bons albums avec un genre, un style ! Pour Tess deux singles : « Nirvana » et « Grain de folie », et pour Sylvie Vartan : « Le premier de nous deux ».

Sylvie Vartan ?!

J’avais continué à écrire des chansons avec Étienne Daho, dont cette chanson pour Sylvie Vartan. Même si je ne joue pas sur l’album Pour nos vies Martiennes, j’ai composé deux ou trois titres, dont un que j’adore. La démo vient juste de sortir : « Des Ir ». Après, je ne vois plus trop Étienne jusqu’à la reprise d’Édith Piaf, « Mon manège à moi », pour une compilation de Boucherie Production.

Et ensuite, vous allez refaire un album ensemble Eden, un disque splendide et novateur qui a été mal compris à sa sortie.

Plutôt mal. On peut dire qu’il n’y avait pas l’unanimité autour de cet album ! Et pourtant, c’est un projet ambitieux sous haute influence électro, mais aussi un peu rap à cette époque, j’écoutais beaucoup A Tribe Call Quest, ou encore Jungle Brothers, etc. J’écoutais aussi Howie B... Quand nous nous retrouvons avec Étienne Daho, je venais de sortir mon deuxième album, Mes amis et moi, qui sera en tous cas me concernant la référence d’Eden. On a commencé par écrire un titre pour Brigitte Fontaine, « Conne », et puis, petit à petit, à écrire de nouvelles chansons pour Eden. C’est un album que l’on enregistre en Angleterre pendant un an ! On s’installe là-bas et on s’imprègne de la musique et de l’ambiance londonienne. Comme j’avais déjà expérimenté avec mon dernier album certaines techniques d’arrangement et de programmation, je dois dire que je me suis senti tout à fait à l’aise avec les musiciens et producteurs anglais.

Vous croisez beaucoup de monde à Londres ?

Je croise souvent Howie B je deviens pote avec Mark Stent. Je rencontre aussi à l’époque Brian Eno, mon idole. Un peu comme à l’époque de Pop Satori : tout me semble possible, c’était un monde qui s’offre à nous, le nouvel Eden !

Ensuite tu vas travailler sur la nouvelle version d’Émilie Jolie ?

C’était une proposition et c’est à ce jour, le seul duo que j’ai fait avec Étienne : il était l’âne, j’étais le coq, intéressant non ?

Ensuite, tu vas travailler avec Jacno sur « Je vous salue Marie » ?

Oui, plus un autre titre ! À cette époque, je cesse de travailler avec Daho et je vais faire des jingles pour la télévision, des musiques de publicité, quelques productions, des dessins animés…

On a l’impression que cette position d’homme de l’ombre te plaisait, le fait de te mettre au service des autres.

Oui, et non, c’est vrai que c’est un honneur chaque fois que l’on me le demande d’écrire des titres pour un interprète, de coller à son univers à sa voix.  

Tu reviens à tes amours du début, quand tu voulais faire de la publicité ?

C’est exactement ça ! Mais en même temps, je continue à écrire des chansons et je travaille sur un album.

Tu ne te sentais pas limité par les schémas des musiques de publicité ou des jingles ?

Si bien sûr, ma passion c’est quand même de composer, d'écrire, de trouver des équilibres et des couleurs autour d'une voix. J’avais rencontré à mon arrivée à Paris une personne qui s’appelait Jack Bally, qui était devenu un ami, on travaillait ensemble tout le temps, c’était un bon musicien. En septembre 2001, quand je reviens de vacances j’apprends qu’il s’est tué en moto ! Ça a été un coup très dur pour moi : j’ai perdu un ami très proche et le musicien avec qui je travaillais et préparais le nouvel album. Je me suis retrouvé seul ! J’étais découragé !

Tu vas retravailler avec une chanteuse qui s’appelle Clémentine, et avec Cédric Atlan.

Très belle expérience que cet album que j’ai réalisé pour Clémentine, une très jolie voix et un album spécialement conçu pour le marché japonais, c’est-à-dire enregistré à Rio et à Paris, d’où sa spécificité. D’ailleurs, je crois qu’il n’est sorti que dans ce pays, ce qui m’a permis par la suite de l’accompagner là-bas et de découvrir un pays formidable. J’écris à la même époque quelques titres pour le nouvel album de Cédric Atlan, Aparte Pop. Puis je ressors un nouvel album : Toute sortie est définitive.

C’était quoi ce titre ?

C’est intéressant comme nom, non ? On ne l’oublie pas ! Disons que c’est le disque qui aurait dû sortir en 2001, 2002, et que j’ai dû entièrement refaire. Je l’enregistre en grande partie avec Yves Calvez et avec l’équipe de 21 juin productions Éric Renard et Philippe Zech. C’est un ami Stéphane Loisy qui vient me chercher et me trouve un label, “Encore merci “.  

En 2010, va sortir un nouvel album sur le label de Marc Toesca, Monte-Carlo.

Toute sortie est définitive avait relancé très entre guillemets ma carrière. J’ai l’impression que certaines personnes étaient contentes de pouvoir m’écouter de nouveau pas mal d’années après « Adélaïde », etc. Cet album, Démodé, est la continuité du précédent peut-être plus simple et plus acoustique. C’est un album que je fais vite et seul avec Stéphane Briat. Le label est en fin de vie, ils n’ont plus beaucoup de moyens, pour me promouvoir ! C’est un disque intimiste, le plus intimiste de tous mes disques probablement.

Je voudrais que l’on parle un peu de Brigitte Fontaine.

Je suis impressionné par le personnage et la qualité de son art. Nous avons peut-être contribué avec Étienne Daho à relancer sa carrière… Nous lui avons, je crois, créé un environnement musical différent, je me souviens de la chanson « Conne », et cette d’idée que j'avais de lui composer une bande son afin qu’elle déclame son texte.

Tu es aussi président de beaucoup de jurys ?

(Rires) Pas autant que ça ! On m’a sollicité et j’aime bien. Ce sont des lieux de rencontres, d’échanges ! Disons que je suis surtout président d’un superbe festival à Tarbes “Le Pic d’Or”.

Comment est né le nouvel album ?

C’est d’abord un travail important et régulier avec Rico Conning. Je sais aujourd’hui que je peux composer, écrire, arranger, produire… je sais qu’en bout de chaine, il y a quelqu’un qui saura mettre en valeur mes défauts, et d’un coup de baguette magique magnifiera ma musique !

(Pochette de l'album Arnold Turboust - Droit réservé) 

Tu étais resté en contact avec lui depuis Pop Satori ?

Oui, j’ai toujours suivi son parcours et nous sommes toujours restés en contact. Puis un jour, il m’a envoyé un mail en me disant qu’il arrivait à Paris et que nous pourrions peut-être nous voir. Je venais de sortir Démodé et il m’a dit qu’il avait apprécié l’album et particulièrement la chanson Démodé. On s’est dit que ce serait bien de refaire des musiques ensemble. Le gros problème était la distance : j’étais à Paris et lui à Los Angeles, nous avons donc utilisé pour ce faire les sites FTP… même si au début de notre collaboration, je lui envoyais tout par la poste (rires.)

Tu as travaillé en home studio chez toi ?

Oui, mais avec une deadline. C’était important pour moi : quand tu travailles à distance et chez toi, les choses sont simples et tu as tendance à prendre plus de temps. Moi j’avais déjà les titres et Rico devait venir en France pour mixer donc j’avais une date buttoir et c’était très bien ainsi.

(Arnold Turboust et Rico Conning en studio à l'époque de de let's go to Goa - Droit réservé) 

Tu as fait tous les instruments tout seul ?

Non, Xavier Geromini est venu nous rejoindre et ajouter ces parties de guitares dont il a le secret, c’est un super bon musicien et en plus c’est un pote. Sinon on a tout fait à deux avec Rico Conning et il est venu en France pour mixer. On a mis trois ans pour tout faire.

C’est sorti sur ton label Adélaïde ?

Oui, j'ai ensuite trouvé un distributeur pour la France et la Belgique (Modulor, NDLR, Hebra Records pour le Benelux)… J’ai un manager qui m’aide pour le label, l'album est sorti en vinyle et est en vente sur mon site arnoldturboust.net, on a fait un clip... On se débrouille !

À l’écoute de ton disque, on retrouve le « Arnold Turboust » super mélodiste.

Je ne sais pas si j’en suis un, mais j’essaye…

Ta production est super moderne tout en gardant un côté vintage : on retrouve le son de que tu as créé pour Étienne.

J’ai vraiment recherché mes arrangements, j'ai essayé beaucoup de sons, j'ai mélangé puis j'ai refait, etc. Il est question ici de couleurs, de suspensions, l'environnement de la mélodie est tellement important et je trouve bien trop souvent délaissé !

Ton nouveau single c’est « Bubble Gum », c’est une vraie chanson pop et ce titre résume bien la pop.

D’où le titre !

Sur cet album tu as aussi beaucoup de chansons françaises ?

Oui, je ne peux pas me renier : j’ai toujours écrit des chansons Pop Song in French. Trouver une mélodie avec un texte qui s'articule parfaitement ou l'inverse c'est ma quête.

Tu as aussi un instrumental ?

Au début nous voulions produire un album instrumental. J’ai donc commencé à écrire six ou sept titres que j’ai envoyés à Rico, après quoi nous avons composé le reste et nous sommes arrivés à douze titres. Ensuite, je lui ai fait écouter une reprise de Charles Trenet « Le soleil et la lune », il me propose de la finir et de l’inclure à l’album. J’avais donc treize titres alors, sans être superstitieux, j’ai ajouté un instru, « Code SPG », car quatorze est mon chiffre fétiche ! J’ai passé beaucoup de temps ensuite à monter l’album et finir par un instrumental qui contrebalance les premiers titres « Le prix de mon silence » et « Souffler n'est pas jouer », je trouvais ça plutôt bien, en outre c'est une ouverture pour la suite...

Autre grande nouveauté : ton retour sur scène !

À dire vrai, c'est complètement une nouveauté. J’ai eu la chance de rencontrer Yann Le Ker (ex-Modern Guy) pour le concert de Frenchy But Chic et tout de suite, avec lui, tout s'est passé merveilleusement bien. Sur scène, nous sommes deux ou trois (si Rico est là ou pas) : moi aux claviers et au chant, Yann à la guitare et aux chœurs et Rico à la guitare et aux chœurs.

Il y a une tournée ?

Déjà sept dates de jouées, j’attends la suite avec impatience !

Tu as fait La Villette avec Étienne Daho ?

C’était très agréable de rejouer Pop Satori et de voir le public toujours aussi enthousiaste qu’à l’époque !

D’ailleurs, pourquoi tu joues « Épaule Tatoo » sur scène ?

Parce qu’elle est facile à jouer, que j’ai toujours bien aimé cette chanson et que j'en suis le compositeur 

Tu vas te lancer sur un nouvel album assez vite ?

Je vais essayer, j’ai déjà quelques titres.

Tu écoutes quoi en ce moment ?

J’aime beaucoup l’album Channel Orange de Franck Océan : au croisement de beaucoup d’influences.

Quand tu jettes un regard sur ton parcours, tu penses quoi ?

J’évite de regarder derrière moi : ça me donne le vertige. En fait je pense que je ne suis pas encore arrivé à mon maximum. Je suis content de certains de mes titres et je m'aperçois qu'autour de moi il y a beaucoup de bienveillance, cela me fait du bien, je pense que je peux m'améliorer.

Quel disque conseillerais-tu de donner à des enfants ?

D’abord ne rien interdire, tout style est intéressant à partir du moment où le goût et l’originalité s’expriment. Ensuite, surtout les laisser choisir. Donc je n'ai pas de conseils.

 

 

 

 

 

 

 

Jo Wedin & Jean Felzine - Je t'aurai

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