...Dieu, Shakespeare, Woody et moi…la chronique de Emma Peel

Par Emma Peel

Non rassurez-vous, Woody Allen n’est pas mort !! En voyant l’hécatombe de ce début d’année j’avoue avoir songé à me pencher sur sa nécro… Mais papy Woody est bien vivant, toujours vaillant et plus prolifique que jamais. Et même si le cru 2016 n’est pas forcément le meilleur, il arrive encore à nous faire rêver… Pour Woody, le cinéma est plus onirique que la vie. 

...Dieu, Shakespeare, Woody et moi…la chronique de Emma Peel
DR

Mon Woody,

Tout a commencé entre nous dans les années 80, au début de mon adolescence. Et oui, toi tu sais parler aux femmes, sous tes airs d’intello binoclard… même aux très jeunes ! Rappelle toi, ça devait être pour « La rose pourpre du Caire ». Tu m’as cueillie tout de suite. Paf ! Touchée en plein cœur la gamine ! Forcément… la jeune cinéphile que j’étais n’a pu qu’être émerveillée par l’ingéniosité de ton scénario, par tes trouvailles, et par cette véritable déclaration d’amour au cinéma. Je ne l’ai jamais revu depuis et pourtant mes souvenirs restent vivaces. Mais l’image qui reste définitivement gravée dans ma petite tête est celle de la fin : Mia Farrow en larmes, va trouver du réconfort en allant… au cinéma. (Elle a des raisons il faut dire : elle s’est fait rouler dans la farine par un acteur à la noix, et voit son rêve d’une vie meilleure s’envoler en fumée) Son visage s’illumine peu à peu en regardant sur l’écran Fred Astaire s’envoler avec Ginger Rogers « in heaven ». Pour toi, le cinéma c’est plus beau que la vie ?

Après ça je ne t’ai pas lâché pendant un bon moment : « Hannah et ses sœurs », « Radio days », et « Alice » toujours avec Mia, mais dans un tout autre genre. Elle t’avait quand même bien inspirée ta muse de l’époque ! Non, je ne suis pas jalouse… Tant que tu m’embarques dans l’aventure, je suis prête à te partager. Du coup j’ai voulu en savoir plus sur toi. Et j’ai découvert ta période psyché : « Prends l’oseille et tire-toi », « Tombe les filles et tais-toi » et « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe (sans jamais oser le demander) »… et là je commence à comprendre ce qu’ont dû être les années 70. T’as dû bien fumer la moquette, toi !!... Tu m’as fait hurler de rire en spermatozoïde pétri d’angoisse, en fou du roi cherchant à retirer la ceinture de chasteté de la reine, ou en gangster minable tentant une évasion de prison avec un pistolet en savon… un jour de pluie ! (Et oui, pour Woody, le cinéma c’est plus drôle que la vie).

Il m’en fallait encore plus, alors j’ai cherché, et j’ai trouvé ! Je découvre qu’avant moi (et Mia) il y a eu Diane Keaton. Et là j’ai tout compris mon Woody : derrière le clown se cache – comme souvent – un grand anxieux, névrosé, angoissé, hypocondriaque mais néanmoins brillant intellectuel, un brin mégalo (comme tous les génies vous me direz…) On peut te reprocher de te regarder le nombril quand tu filmes tes auto-psychanalyses (comme dans la scène d’ouverture de « Annie Hall ») mais elles sont tellement touchantes et brillantes tes confessions… en particulier celle de « Manhattan » où tu enregistres tes réponses à cette question essentielle : « qu’est-ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue ? » (Ben oui, pour Woody, le cinéma c’est plus efficace qu’un psy !) Pour moi ce film reste à ce jour ton œuvre la plus belle, la plus aboutie, la plus maitrisée, la plus poétique, la plus toi !! Tu m’as fait planer Woodyyyyyyy !!!!

Après ça, j’avoue, je me suis sentie un peu trahie. Ta période post-Mia ne m’a pas super emballée. J’ai senti comme un léger flottement. Ben alors, t’es passé où mon Woo-woo ?? Petite perte d’inspiration peut-être ?... –Désolée de devoir te dire ça mais tu m’as déçue Woody… Mais rassure-toi je ne t’en veux pas, et je comprends. Il t’a fallu un peu de temps pour te remettre de ta rupture, du scandale, des procès, de la boue… Heureusement il en faut plus pour t’anéantir définitivement. Tu es un phénix ! Et en 2005 tu renais de tes cendres avec « Match point », plus tragique, moins Allenien que la plupart, mais qui te permet de revenir sur le devant de la scène, en étonnant ton public et les critiques. Un coup de maitre, on peut le dire. Pour toi, le cinéma serait-il plus roboratif que la vie ?...

Bon dis donc, ça suffit avec Scarlett, hein… D’abord c’est qui cette pouffe ?? Tu la filmes un peu trop dénudée je trouve !! Et ben vas-y, fais-lui rouler des pelles à Pénélope Cruz tant qu’on y est ! Ah ben voilà, c’est fait… Et allez, Vicky, Cristina, Barcelona et tout le tralala !… et tu remportes un Golden Globe, en plus avec ça !! Il n’y avait que des hommes dans le jury cette année-là, ou quoi ??! Pffff… Bon, dans ma grande mansuétude je te pardonne ton incartade Johanssonienne… Mais que je ne t’y reprenne pas hein ??? Heureusement tu as retrouvé tes esprits depuis. De 2011 à 2015 tu m’as gâtée : « Minuit à Paris » (on savait déjà que tu avais un certain faible pour la capitale frenchie, mais là tu la fantasmes carrément !) « Magic in the moonlight », et surtout « l’Homme irrationnel » merveille de cynisme et de drôlerie, avec la délicieuse Emma Stone (oui, j’accepte ta faiblesse pour cette jeune donzelle…) et le grand Joaquin Phoenix qui, même bedonnant, alcoolique et dépressif, trouve encore le moyen d’être sexy et fascinant. Tu m’as fait vibrer Woody…

Alors dis-moi, on en est où maintenant toi et moi ?? Si on fait le point sur notre relation, on peut dire que malgré des infidélités, quelques pertes de vue (oui je reconnais que parfois ton humour m’a manqué. Dans ces moments-là je me disais que pour toi le cinéma était plus chiant que la vie !!) on a eu de sacrés bons moments tous les deux, non ?? On peut pas se quitter comme ça ! Pas après tout ce qu’on a vécu ensemble... et ce n’est pas parce que tu as eu une petite panne qu’il faut tout remettre en question !! Il paraît que ça arrive souvent ces choses là. Surtout à ton âge… C’est vrai que « Café society » ne restera pas gravé dans les annales, malgré tous tes ingrédients fétiches (les années 30, Hollywood, les stars, les gangsters, le jazz, les belles femmes, le jeune héros romantique, sensible et gauche, la famille juive, le beau-frère communiste, et même la balade en calèche dans Central Park…) Mais c’est pas grave, je t’aime quand même !! Allez fais pas la tête mon Woody. Cette Kristen elle est pas faite pour toi… Moi je serai toujours là ! Rendez-vous l’année prochaine ok ? Je t’attends. Ce n’est qu’un au revoir. Je suis sûr que pour toi, le cinéma est plus fort que la mort.

 

L'atelier D'N'D

Articles Cinéma plus anciens

Les Soucoupes Violentes - Réédition CD “Dans Ta Bouche”