La playlist de Buzzonweb : Jérôme Gurdyk dit Hurdyk de Hurdy-Gurdy

jeudi 8 avril 2021, par Franco Onweb

Nouvelle playlist avec cette semaine Jérôme Gurdyk dit Hurdyk, le chanteur parolier et leader de Hurdy-Gurdy un groupe passionnant qui mélange littérature et musique. J’avais discuté avec Jérôme pour qu’il me présente ce groupe et ce projet (Hurdy-Gurdy : rencontre avec un groupe inclassable). Hurdy-Gurdy vient de sortir un nouveau clip, « sous les jupes d’Alice » qui ouvre cette playlist. Jérôme en a profité pour mettre des commentaires sur chacun des titres proposés et les textes en italique seront, peut-être, des textes du prochain album...

On retrouvera dans cette playlist des artistes comme Nick Cave, Depeche Mode ou les Doors mais aussi des artistes Français comme les superbes Versari ou Emma Sand et enfin une curiosité avec un titre superbe de Catherine Deneuve écrit par Serge Gainsbourg ! Bonne écoute 

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Hurdy-Gurdy - Sous les jupes d’Alice

Sous les jupes d’Alice
Que je fisse
Le tour du monde
Calculer le nombre
Le poids des ombres
Peser les immond-
Dices
Dis m’as-tu vu
Comme je me suis tu-
É à supporter le silice
Les sévices d’Alice
Les Immondices
Ils m’ont dit
Dans les jupons d’Alice

Sous les jupes d’Alice
(Des immondices)

Autour de Venise
Où nous partîmes
Des lapins dans les valises
Sous les dessous d’Alice
Pas à deux sous
Pour la frime
Alors que je pactise
Que je dévisse
S’incisent des vices
Ils m’ont dit
Des immondices
Et que je les cueillisse
En rien ne soulage
Que ces soûleries
Ces salauderies
Sous ses jupes de silice
Les dédales d’Alice

Nous sommes un groupe de clair-obscur mais avec une part de dérision et même, je l’espère, d’autodérision, d’où quelques rares chansons plus pop, plus légères (comme c’est le cas de celle qui est présentée ici) et, par exemple, les paroles parfois grinçantes du personnage principal de notre album, Scarlatine Wepler. Oserais-je donc espérer que l’ironie à laquelle les textes des chansons font régulièrement appel, et dans cette chanson aussi d’ailleurs, est perceptible ? D’autre part, ces chansons plus pop se veulent une porte d’entrée vers les morceaux plus foisonnants et aux constructions plus implexes du reste de notre album.

Pour ce qui est du clip, Selon Thomas Lewis, le réalisateur, le clip n’a pas été « pensé ». La matière de base, c’était la thématique « Alice au pays des merveilles », dont Thomas est très friand, associée à des idées formelles (split-screen, ombre chinoise, vieux film, robe fluorescente du personnage féminin...). Quoi qu’il en soit, et même si Thomas Lewis et moi-même aimons à nous taquiner, il y a des connexions artistiques très fortes entre son univers esthétique et les ambiances cinématographiques des morceaux de Hurdy-Gurdy. Tod Browning, les deux David (Lynch et Cronenberg), Guy Maddin, Peter Greenaway sont pour nous des berceuses. Un goût commun pour le Beau bizarre en somme. Si bien qu’une collaboration était une évidence. Mais nous avons eu beaucoup de chance car j’ai toujours trouvé une très grande qualité formelle aux travaux de Thomas Lewis. Il faut aller se promener sur sa chaîne YouTube : www.youtube.com/gummoguy

The Boys next door (feat. Nick Cave) - Shivers 

Telles les joies, telles les fièvres, telles les craintes
Est-ce ainsi que l’on revient là-bas 
Dans de la honte, la mésestime de soi 
Des leurres que le sel éreinte ?
Dès lors que celle-ci qui s’érige l’exige
Errances graphiques sur des surfaces callipyges

La production de Cave est foisonnante. Et il m’arrive encore d’y retrouver quelque pépite enfouie. Ici, dans cette œuvre de jeunesse et qui n’est pas de lui mais de Rowland S. Howard, tout y est déjà pourtant...

Howe Gelb - Slide Away

Les spectres disparus il n’en restait
Eût-on dit qu’à peine des ombres
Qui peinait à émerger de la pénombre
Tant les feux de la demeure demeuraient
C’est une folle fronde délatrice
Le docile bizarre des ronces gravides
Que ne fronce nul précipice
Évince, Narratrice, tout sordide

De l’americana, un genre que j’affectionne, mais Gelb a une telle inventivité qu’il sait dynamiter le genre de l’intérieur. Un grand trop méconnu.

Depeche mode - You should be higher

Il y aura le feu, la lave
Gouleyant sur les fronts hâves
Et je donnerai les ardeurs
Dont me priva la froideur
Et puis dans du bleuâtre vert
Voir surgir l’éclat d’une chair
De ce jardin que zèbre un éclair
Alors que la lune dort sur une mer

J’aime Depeche Mode sans être un fanatique - trop synthétique pour moi - mais la qualité de leurs compositions m’impressionne souvent, ici servie par une flamboyante performance de Gahan qui nous sert une des prestations live impressionnante, parfaite, je trouve.

Emma Sand Group - The Green Ray

Près des bord de l’embouchure
Je guettais l’angle lourd des gouttes
Je tentais d’une lente déchirure
Près des bouches la blancheur du mazout
Et toute respiration est essoufflement

Les camarades du groupe Emma Sand ont l’immense mérite de proposer un oxymore artistique : de l’americana française ; et de qualité !

The Doors - You’re lost little girl

Leurs douces douleurs
Sont traces lasses, chants hagards
Que des chambres d’hôtel égarent
D’une froide chaleur
Les chambrées se firent navires
Oh ces splendides spleens que tu crevais
Quand dans de la nuit s’y déchirait
Ce que de gris chats ne virent

Plus que l’excellent performer que fut Morrison, ce sont les musiciens des Doors qui m’impressionnent : tous très bons, dans leurs meilleurs moments, ils réussissent à atteindre une synergie pour le moins originale, comme c’est le cas, à mon sens, ici, dans cette chanson que j’ai redécouverte il y a peu.

Versari - Plus de tristesse

Du bleu quelque chose de rouge descend
S’efface s’efforce enfin se défend
Où comme dans l’air attiédi
L’homme des passes resurgit
S’enfonce en la ville incendiée
S’efface s’efforce se défend sine die
Peut-être faut-il que je m’écarte d’elle
Auparavant qu’elle ne m’écartèle

Jean-Charles Versari et son groupe ont bien du talent dans tous les domaines - son, textes, compo’, interprétation - et sont une proposition musicale bien trop rare en France...

Big thief - Paul

Des bois, des eaux d’où surgirent
Des récits de récifs que font frémir
Des sylphides parmes s’étonnèrent,
Parmi les cygnes languides, ner-
Veux-tu songer, forlonger l’alarme
Que glaciers et algues se pâment
Peut-être faut-il que je m’écarte d’elle
Auparavant qu’elle ne m’écartèle

De la folk abrasive. Une de plus belles découvertes récentes et qui ne m’a pas déçu le moins du monde en live - dernier concert auquel je me suis rendu avant l’irruption de la pandémie dans nos vies.

Nicolas Comment - Camille

Carnet de bord du jeune homme en péril : lasse
Tentative pour se sortir de la nasse
Cette lutte attenteuse contre la lymphe
Cette joute que zieute l’attentive nymphe
C’est une sorte de sacerdoce que des feux ont bleutée
Un tas d’os superbement super compressé
Tel un César rêvé dans l’enfer de Dante
Que je sers brûlant, rougeoyant, al dente

Les élégances du camarade Nicolas Comment.

Roxy Music / Bryan Ferry - My only love

Et dans cette langueur mazoutée l’écran luit
Il brouillonne des feux follets, des esquisses
Rien qui ne puisse le satisfaire lui
Il aimerait pourtant tant dire les prémices
Et toute respiration est essoufflement

J’aime beaucoup Bryan Ferry : l’élégance de l’homme bien sûr mais aussi son talent musical et sa générosité vraie en live - je l’ai vu une fois en concert. Si je ne devais retenir qu’un seul dandy parmi les Anglais - ce peuple que j’aime tant -, ce serait lui...

Zankerfeld - No Matter What

Comme des vagues se déroulaient, s’enroulaient
Tel un roi pêcheur trop épris et trop épais
Fragile, gracile objet de trop peu de soin
Il regardait sur les falaises écrasées au loin
Les poutrelles s’effriter, s’effondrer, s’effacer

Dans une France idéale, des musiciens, comme ici le très doué camarade François Dorléans, très bon guitariste, très bon mélodiste, doreraient sous un pan de lumière plus large... Son projet Zankerfeld vient d’accoucher d’un nouvel EP très réussi. Ici, une chanson qui m’évoquerait assez des groupes Mercury Rev ou Grand Daddy.

Catherine Deneuve - Dépression au-dessus du jardin

Y revenir donc tant qu’il est encore temps
S’y aventurer mi-passe-muraille, mi-passe-temps
Ces plaines arides où toute fontaine semble tarie
Ces muqueuses acides que n’hydrate plus nulles eaux
Ces piscines vides qu’hydrogène quelque blazer kenzo
Ces forures où rodent, corrodent ors et roueries

Peut-être ma chanson préférée de Gainsbourg que l’on connaît davantage, je crois, sur le live du Casino ; ici, c’est la version originelle et très différente interprétée par Deneuve et que j’aime beaucoup aussi.

 
AUTEUR ITALIQUE (pour des essais de nouveaux titres) : Jérôme Gurdyk dit Hurdyk
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