Kristel où le rock qui venait de Madagascar

Par Franco Onweb

Quand on parle de Madagascar, c’est rarement pour parler de sa scène « rock », on pense plutôt à des musiques traditionnelles, plus « chaloupés » que des gens qui bougent sur scène avec des guitares, des basses et des batteries … Pourtant il existe une vraie scène rock là-bas, une scène qui, depuis quelques années  explose !

Le groupe Kristel est un digne représentant de cette scène. Depuis 2014 ce trio joue une musique épatante, pleine de rythmes et de mélodies. Une musique tellement impeccable que Adam Clayton, le bassiste de U2, a décidé de participer à l’aventure comme conseiller. Un tel parrainage ne pouvait que m’intéresser, j’ai donc longuement discuté avec Christelle la bassiste chanteuse d’un groupe qui est appelé à devenir grand !  

Kristel où le rock qui venait de Madagascar
Matchbox d.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis Christelle la chanteuse et bassiste du groupe Kristel avec Andry Sylvano à la batterie et de Ben Kheli mon frère à la guitare.

(Kristel, de gauche à droite : Andy Sylavano, Christelle et Ben Kheli - photo Matchbox D) 

Vous venez de Madagascar, on découvre une scène là-bas depuis quelques années avec notamment les Dizzy Brains. Il se passe plein de choses là-bas visiblement ?

Bien sûr il se passe plein de choses mais comme on est une île on est un peu isolé mais les jeunes de là-bas se dirigent naturellement vers une scène musicale différente que la scène traditionnelle : il y a du rock, du jazz, du rap, du Rnb, du Métal … On ne se prive de rien.

Comment avez-vous commencé votre groupe ?

Avec Ben, mon frère, on a grandi dans une famille de musiciens. Notre grand-mère était guitariste, nos oncles aussi et notre père aussi. Il jouait avec des groupes et il donnait des cours.  Ce qu’il aimait c’était surtout le blues et le jazz. On a découvert le rock au lycée mais on a eu de bonnes bases. Mon frère a toujours un côté jazzman mais le rock nous correspondait plus.

Quelles étaient vos influences ?

A la base j’ai découvert Jacob Pastorius quand j’avais 8 ans par mon père. Il m’a d’abord fait faire de la guitare pour mieux apprendre la basse. Ensuite j’ai découvert des gens comme Jeff Beck et puis au lycée on a découvert des artistes plus « actuels » comme Linkin Park, le rock des années 2005, 2004.

Vous preniez titres étaient très marqués par Green Day ou Linkin Park ?

Oui, avant nous étions très marqués par le blues et le jazz, et eux ont vraiment été une révélation.

Pas de français ?

J’aimais Dalida, Gainsbourg, Charles Aznavour … Je n’écoutais pas beaucoup le rock Français parce que à la télé et à la radio il n’y avait que des artistes américains.

Comment se sont passés vos débuts à Madagascar ?

On a d’abord commencé en duo avec mon frère et puis on a cherché un batteur. On en a essayé deux ou trois, qui étaient de bons batteurs mais qui ne collaient pas trop avec ce que nous faisions. Mon frère avait une vision plus « internationale » de la musique et on avait du mal à trouver du monde. On jouait beaucoup dans les cabarets pour faire des reprises. Notre batteur de l'époque nous a lâché le matin même d’un de ces concerts. On a proposé le poste à Sylvano, qui était déjà un ami. Il a accepté. On lui a donné la liste des titres le soir même, un quart d’heure avant de monter sur scène, en lui disant : « tu as juste à nous suivre ! ». Et ça l’a fait. On a réussi à créer une alchimie entre nous trois et le groupe est né à ce moment-là. C’était en 2014.

Au début, le groupe portait juste ton nom ?

Au début on n’avait pas de nom accrocheur et on a donc gardé le mien en rajoutant juste trio derrière. Bon, je l’admet ça faisait un peu jazz (rires). C’est seulement en 2017, qu’on a pris ce nom pour essayer de partir à l’international. On a donc gardé le nom Kristel pour se rapprocher de l’ancien nom et ne pas faire de confusion pour le public.

C’est à ce moment-là que vous rencontrez le label Libertalia et que vous commencez à chanter en anglais alors qu'avant vous chantiez en Malgache ?

Libertalia a été très important pour nous et aussi pour la musique à Madagascar. Un jour Gilles Lejamble a eu l’idée de faire le premier festival tourné vers l’international où on a vu des professionnels internationaux qui venaient voir ce qui se passait chez nous. Ensuite il a monté un label depuis son studio qui permettait pour nous d’avoir un lieux avec du bon matériel pour faire des maquettes. Cela nous a ouvert beaucoup de portes. En 2017 on est passé au festival où nous avons été remarqué. Pour le chant on chante toujours un peu en malgache mais peu à peu on a composé en anglais. C’est une jolie langue le malgache, une langue chantante et j’aime beaucoup écrire dans cette langue. J’ai aussi toujours écrit en anglais et donc, comme nous visions l'international, j'ai commencé à écrire dans cette langue. Je trouvais avant que je me débrouillais mal avec cette langue, j’ai donc pris des cours, cela m’a demandé beaucoup d’effort …

Quel a été votre parcours discographique ?

En 2017 on a fait notre premier EP. En 2018 on a sorti un premier album « Ironie » , après on fait une pause, pour les tournées et la composition, jusqu’en 2020 où nous avons fait notre deuxième EP qui s’appelle « Let’s be happy » juste avant le confinement… Ça a chamboulé totalement notre programme ! Là, on vient de sortir un troisième EP qui a été enregistré pendant le deuxième confinement.

 

(Kristel en concert à la Bellevilloise à Paris - Droits réservés) 

Vous avez joué où principalement ?

En France, à Madagascar, un peu en Afrique, en Belgique et en Suisse. En France on a joué surtout à Paris mais on a fait aussi le Mama Festival, les Bars en Trans, le Zèbre de Belleville …

Qui écrit et compose ?

Tout le monde même si à la base c’était surtout moi à l’écriture et les garçons à la composition mais maintenant tout s’est un peu mélangé surtout depuis nos derniers titres.

De quoi parlent vos textes ?

Principalement de la société dont nous sommes issues à Madagascar. On a vécu dans des quartiers un peu « chauds » de la capitale et nous avions des choses à dire dessus. On vit beaucoup avec l’amour donc on en parle beaucoup. On parle aussi beaucoup de l’environnement : on a des enfants et nous voulons vraiment que le monde aille mieux pour eux.

Vous sortez un nouvel EP avec un son qui a beaucoup évolué : il est plus calme avec un son très international. 

Heureusement que nous avons évolué (rires) … Plus sérieusement, nous avons voulu vraiment nous ouvrir à d’autres choses. On fait de la musique et on essaye surtout de ne pas se limiter. Nous voulons vraiment nous faire entendre dans le monde, c’est pourquoi notre son a évolué. On écoute beaucoup ce qui se fait actuellement et nous voulons vraiment avoir un parcours international.

Il y a quelqu’un d’un peu connu sur le disque ?

(Rires) Oui, Adam Clayton, le bassiste de U2 !

Vous l’avez rencontré comment ?

Par Marc Antoine Moreau (Editeur parisien qui a beaucoup d’artiste Ndlr), qui travaillait avec Libertalia. Il lui a envoyé nos morceaux et la connexion est restée. Il a été très attiré par notre travail sur cet EP : il nous a guidé, aidé, donné des conseils sur la réalisation, pour le mastering …. Pour nous c’était un truc un peu fou : on était en contact direct avec lui sur WhatsApp, aucun intermédiaire.

Vous avez aussi un des guitaristes de Iggy Pop, Gregory F ?  

Oui, il est venu à la fin. Il a mis en place beaucoup de choses au niveau des guitares. Ça a été une très bonne collaboration incroyable de pleins de gens sur ce disque.

Là, vous avez franchi un palier incroyable 

(Rires) Ce n’est pas à nous de répondre !

Vous avez conscience du côté ambassadeur de Madagascar que vous allez avoir ?

Franchement je n’aime pas ce mot, ambassadeur (rires). Les éloges par rapport au pays, à notre île ça ne nous intéresse pas trop. On veut juste mettre en avant notre identité musicale : Kristel !

Il va sortir à l’international le disque ?

Déjà il ne sera pas en physique : il sera disponible sur toutes les plateformes !

Peux-tu décrire ce EP qui sort le 28 mai ?

Il s’appelle « take it easy ». Il y aura deux titres en malgache et quatre en anglais. On préfère dire que c’est un mini album plutôt qu’un Ep. On l’a enregistré en cinq ou six jours en juillet et il a fallu ensuite faire tous les mixes, les arrangements. On a tout fini début décembre. Ça a pris du temps. On va commencer par sortir un deuxième single qu’on a concocté pendant le deuxième confinement. C’est probablement le disque qui nous ressemble le plus !

Votre son a beaucoup évolué : vous pouvez faire danser les gens avec peut-être des remix ?

On espère ! Il faut danser ! Avec la période que nous vivons à l’heure actuelle c’est mieux de danser.  Notre son est plus ouvert et c’est une évolution assez évidente pour nous même si sur scène il y a toujours un côté rock.

Quels sont vos projets ?

On espère faire des concerts… On a pas joué depuis un an et plus. On a juste pu faire trois concerts en octobre devant des gens masqués et assis. On est installé officiellement maintenant en France depuis deux semaines et ça devrait être plus facile pour tourner.

Le mot de la fin ?

Ce n’est que le commencement ….

Quel disque tu donnerais à un enfant pour l’emmener vers la musique ?

Mon fils écoute beaucoup Imagine Dragons , donc je donnerais ça ou du Coldplay.

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