Helluvah : Rencontre pour « Lonely Riots »

Par Franco Onweb

Il existe des moments de bonheur simple et l’écoute du nouvel album («Lonely riots ») de Helluvah en est un ! Voici un disque qui concentre tout ce que « l’Indie Rock »  a de mieux : des mélodies splendides, des atmosphères différentes et une vraie recherche dans la production. Juste après l’écoute du disque, j’ai aussitôt pris rendez-vous avec Camille Helluvah pour en savoir plus sur un groupe et un album que vous allez adorer découvrir.

Helluvah : Rencontre pour « Lonely Riots »
DR

Je m’appelle Camille, je fais du rock indé sous le nom Helluvah.

(Camille Helluvah - Photo Laurent Caron) 

Ça a commencé comment la musique pour toi ?

A 16, 17 ans quand j’ai monté mon premier groupe avec des copains à Nice où je vivais. Je voulais monter mon groupe pour faire la musique que j’aimais. Après je suis monté à Paris pour mes études. Là je me suis mise toute seule à la musique.

C’est quoi tes influences ?

La Britpop principalement comme Blur ou Oasis. C’est ce qui m’a fait envie quand j’avais 13 ou 14 ans. Après je suis passé à des trucs comme Radiohead ou Placebo… Pour moi  « l’Indie Rock » c’est l’antithèse du rock « mainstream ». C’est souvent sur des labels indépendants, c’est une musique qui ne cède pas à la facilité : c’est plus précis, avec plus de recherches sonores …

Tout le monde à ton propos cite aussitôt de PJ Harvey

(Rires) Quand une fille fait de la guitare et chante, aussitôt on lui parle de Pj Harvey tellement on a peu de références en la matière… Attention, je l’aime beaucoup et j’aime beaucoup certains de ses albums mais il y a une espèce de mono-référence.

Moi tu m’as plus fait pensé à Lush ou Elastica ?

C’est marrant parce que ce sont des groupes que je n’ai pas particulièrement écoutés. Je les connais moins !

En France il n’y avait personne qui t’intéressait ?

En fait je n’écoutais pas de Français, à part Dolly que j’ai beaucoup aimé plus jeune, un peu Noir Désir…. Maintenant j’écoute des gens comme Orelsan, mais globalement je préfère les anglo-saxons.

Tu commences quand Helluvah ?

Les premières démos datent de fin 2005.

D’où vient ce nom ?

(rires) Ca vient de l’argot américain ! C’est la contraction de « Hell of a » (rires). J’ai trouvé cette expression dans un livre. J’ai trouvé que c’était joli et un peu vulgaire avec le mot Hell (rires).

C’est en 2006 que tu as rencontré Bobx le musicien avec qui tu joues et qui produit tes disques ?

Il avait réalisé les premiers albums d’une amie, Vale Poher. Elle était venue me voir en concert et il l’avait accompagnée. Ça lui a plu et il m’a proposé de travailler ensemble. J’avais juste une démo qui datait de quelques mois et cette proposition m’a séduite ! Faire un premier album aussi rapidement, c’était génial.  En 2009, j’en ai eu assez d’être seule sur scène, et cela donnait une dimension trop folk au projet, ce qui n’était pas forcément mon but… Je lui ai proposé de jouer avec moi, ce qu’il a accepté. Maintenant cela fait 14 ans que on travaille ensemble.

Il joue de quoi sur scène ?

De la basse, de la batterie électronique et des machines. Il fait aussi des chœurs.

Tu as fait trois albums avant celui-là, sur le label du Brian Jonestown Massacre (groupe psyché de Los Angeles, popularisé par le film « Dig » Ndlr)  ?

J’ai sorti les 2 premiers sur d’autres labels, puis à partir du 3ème album, Long Distance Runners, j’ai effectivement travaillé avec Dead Bees Records. En ce qui concerne le BJM je les ai connu avec le film « Dig ». Le label a aussi sorti aussi en France les premiers albums des  Black Angels que j’adore !

Lonely Riots sort à la fois chez Dead Bees mais aussi chez Jarane, un label de Saint-Etienne. Un vrai travail d’équipe !

(Bobx - Droits réservés) 

Tu as beaucoup joué un peu partout en Europe et aux USA avec de très belles premières parties (Shaka Ponk, Moriarty …)  ?

Oui j’adore ça, même si cela devient de plus en plus compliqué de jouer : il y a de moins de petits lieux et le public se déplace peu pour voir les jeunes artistes. Il y a une pression immobilière qui les oblige à fermer pour les nuisances sonores, ce genre de choses … C’est beaucoup plus difficile qu’il y a dix ans ou cinq ans….

Tu as tourné aux USA où tu as joué notamment au « Viper Room » (Salle mythique de Los Angeles, Ndlr) ?

C’était énorme ! Je n’y croyais pas moi-même. J’y suis parti en 2017 avec Bobx. J’étais en colocation avec Julie Peel, une musicienne française qui avait vécu à New York et était repartie vivre aux USA, à Los Angeles. Elle m’a aider à organiser une tournée sur place,  et c’est elle qui a booké les shows à Los Angeles. Paradoxalement, c’est beaucoup plus simple de trouver des concerts aux USA qu’en France. Ca a été réglé assez vite ! Le fait que nous soyons Français a peut-être aidé….  C’était un peu … exotique pour eux !

Juste après cette tournée arrive un maxi avec quelque chose de nouveau pour toi : tu chantes en Français ?

Oui, en fait c’est une question qui revient souvent et c’était devenu un challenge ! J’ai essayé de faire un titre en français et cela a donné « la Fête » ! Par contre je ne saurais pas faire des titres « rock » avec du français. Je préfère les sonorités en anglais. Pour en revenir aux textes en français cela m’obligeait à travailler avec des claviers et peu de guitare. Je voulais savoir si je pouvais en faire d’autres. Cela a donné deux titres en Français sur le nouvel album ! Bon, l’Anglais reste ma base quand même.

Quels ont été tes concerts les plus marquants et les plus importants ?

J’ai fait une tournée en Lituanie où j’ai joué dans un festival de hardcore. J’étais en ouverture à 16 h et  Il y avait des mecs qui montaient sur scène pour se jeter dans le public. Je me suis retrouvée entre deux vigiles qui repoussaient les mecs qui grimpaient sur scène (rires), ils étaient pas agressifs, juste bourrés. Là je me suis dit : « je joue en Lituanie, un pays où je n’aurais jamais été sans la musique et là j’ai deux gros bras qui jettent des mecs bourrés, c’est cool ! ». J’ai aussi adoré faire le festival « les Femmes s’en Mêlent », c’était super. Sinon j’ai fait la première partie de Asa à Saint Etienne devant plus de 1 000 personnes et c’était impressionnant de se retrouver devant autant de monde et le concert au « Viper Room » évidemment … Et aussi là fois où nous avons joué en première partie de Joy. C’était le nouveau projet, à l’époque, de Marc Huyghens, l’ancien chanteur du groupe belge Venus. Et quand j’étais ado, j’avais découvert Venus sur une compilation des Inrocks, puis j’avais acheté leurs disques, je les adorais. Du coup, c’était vraiment intimidant et émouvant pour moi ! C’est d’ailleurs ce qui a permis qu’il chante sur « This is hot », un des titres de Long Distance Runners, mon 3ème album.

(Helluvah en concert - Droits réservés) 

On parle de ce nouvel album : « Lonely riot » . Ce titre c’est du féminisme ?

Je suis profondément féministe et effectivement ça peut faire penser aux « Riot Girls ». C’était aussi un peu plus intime avec le sens de la révolte. Ca joue sur les deux tableaux en fait !

Il a été fait où et avec qui ?

J’ai écrit et maquetté les morceaux chez moi,  puis on l’a enregistré chez Bob dans le Jura. On a commencé en juillet 2019 et ça a duré jusqu’en novembre 2019. Puis Bob a terminé le mixage en février-mars 2020, et masterisé en juillet dernier.  

Vous avez tout fait à deux ?

Oui, on enregistre tout à deux et c’est plus simple de faire tout à deux.

Pourquoi « Soleil Noir » est le premier titre de l’album ?

En fait on a sorti « Différent now » avant l’été au moment du déconfinement mais il n’y avait pas de clip. Je voulais un titre avec les guitares à l’honneur pour commencer la promotion du disque. J’ai voulu après mettre en avant un deuxième titre en français qui est plus calme avec un clip tourné dans le Jura qui est un peu l’Oregon Français (rires). Il y a beaucoup de lacs, de grandes étendues de forêts ….

C’est de l’Indie Pop mais de l’Indie globale avec des ambiances proches de groupes de la scène néo folk américaine ?

J’ai d’abord aimé la musique anglaise mais j’ai écouté d’autres choses comme Interpol ou les Strokes. Ma tournée américaine m’a marquée et on retrouve chez beaucoup de ces groupes la notion d’espace. Aux USA tu peux te perdre, disparaitre assez facilement …. Ca a du marquer ma musique !

Tu avais un disque de « chevet » pour cet album ?

Non, pas vraiment mais Bob m’a suggéré de faire une reprise de « The Forest » de The Cure en concert, en 2019. Je connaissais peu le groupe, je suis un peu trop jeune pour les avoir aimé à la grande époque même si la plupart des gens que j’aime ont été influencés par eux. On a travaillé ce morceau et cela m’a redonné l’envie de morceaux rapides, avec des thèmes de guitares, de la reverb … Donc je n’avais pas vraiment de disque de chevet mais le fait de travailler sur ce morceau a du influencer mon album.

Tu en attends quoi de cet album ?

Qu’il soit écouté, faire des concerts … quand ce sera possible et gagner en notoriété. J’ai de la chance d’avoir fait tout ce que j’ai fait … C’est dur pour les musiciens en ce moment de continuer. Pour cet album, et comme pour les anciens, on a fait de notre mieux et on est fier de ce disque.

Ce n’est pas compliqué d’être une femme dans un milieu très « macho » ?

Je bosse avec un homme qui est profondément féministe, il y a beaucoup plus de femmes dans la musique et certaines attitudes ne sont plus acceptées. Ça évolue dans le bon sens, même s’il y a du boulot. Le mouvement MeToo fait bouger les choses, et c’est super.

On parle de la situation actuelle pour les artistes ?

Je ne sais pas trop quoi dire que ce qui déjà été dit. C’est super compliqué, pleins de lieux vont fermer à cause de ça et ç’est ça qui est terrible ! On risque d’avoir pleins de gens qui vont arrêter la musique !  Mais le Covid a mis le doigt sur un problème qui est là depuis longtemps : la musique indépendante est très fragile. Les jeunes n’écoutent plus trop de rock, ils ont plus trop l’idée de découverte … Il faut aider les petits lieux de concerts … Cela fait partie d’une politique culturelle défaillante. Si on regarde les SMAC on voit qu’elles jouent de moins en moins leurs rôles de découverte, principalement parce que elles ont une pression financière incroyable donc elles font jouer des gros artistes et ce n’est pas forcément leur rôle !

Quels sont tes projets ?

De refaire des concerts (rires), on espère faire une tournée en février (rires) et aussi au printemps, d’aller à l’étranger.

Quel disque tu donnerais à un enfant pour les amener vers la musique ?

« Sergent Pepper’s » des Beatles. Mes parents l’écoutaient dans la voiture et il m’a marqué quand j’étais enfant. C’est un disque accessible et très bien produit : il est génial !

Le mot de la fin ?

Mettez vos putains de masques mais aussi quand on pourra y aller, allez aux concerts de jeunes artistes ! En payant un disque 10 euros ou un t-shirt 15 euros, c’est le prix de deux pintes et ça aide un artiste !

https://www.helluvah.com/

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