APRES le syndicat des attaché.e.s de presse ou rencontre avec un secteur en crise

Par Franco Onweb

Toujours dans l’ombre, mettant les autres en avant, fidèles à leur habitude de serviteurs de la culture, les attaché.e.s de presse étaient restés discrets ces derniers mois, pris dans la tourmente de la crise. Mais c’était sans compter leur bagout et leur hargne de combattants, ces professionnels de la relation presse étaient en train de préparer la riposte en fondant un syndicat, l’APRES (Attaché.e.s de Presse, Réseau d’Entraide et Syndicat). Leur but ? Être enfin reconnus par les instances dirigeantes. Rencontre ici avec deux des leurs membres, Virginie Bellavoir (VBenBackstage) et Yann Landry (La Tête de l’Artiste).

Vous trouverez à la fin de l’interview les liens pour lire la tribune du Syndicat APRES et pour les contacter pour en savoir plus ou juste les soutenir. Un très grand merci à Yann et Virginie d’avoir répondu à nos questions.

APRES le syndicat des attaché.e.s de presse ou rencontre avec un secteur en crise
DR

Qui êtes-vous et qui représentez-vous ?

Je m’appelle Yann Landry, je suis attaché de presse depuis 3 ans et présent dans le secteur musical depuis 10 ans pour diverses fonctions, avec ma structure La Tête de l’Artiste. Je suis pour l’instant membre du conseil d’administration du syndicat APRES. Je dis pour l’instant car lors de l’arrivée de nos adhérents, nous proposerons une nouvelle élection du bureau et du conseil d’administration.

Je m’appelle Virginie Bellavoir et je suis attachée de presse musique spécialisée dans le digital. J’ai créé ma structure VBenBackstage en 2014. Je suis membre du syndicat APRES (Attaché.e.s de Presse – Réseau – Entraide - Syndicat) dont l’objectif est de fédérer et de défendre la culture (dont la musique bien sûr) et nos métiers.

Pouvez-vous décrire la situation de la profession d’attaché.e de presse dans le secteur culturel ?

Yann : Il y a plusieurs tendances, mais nous sommes toutes et tous touchés. Ce sont les attaché.e.s de presse de festivals et de concerts qui ont bien sûr été les plus marqué.e.s par la crise. Concernant les attaché.e.s de presse chargé.e.s de promouvoir des albums, mon cas par exemple, nous avons connu un arrêt total des sorties au moment du premier confinement avec des annulations de contrats et des reports de sorties d’albums. Nous étions confrontés à la rentrée à une espèce d’embouteillage lié au rattrapage des sorties, puis le nouveau confinement est arrivé… C’est donc encore une gestion de reports à laquelle nous avons affaire. Situation inextricable pour le moment. Nous avons perdu plus de 6 mois de chiffre d’affaires. Et pour beaucoup d’entre nous, pendant les meilleurs mois de l’année, ceux des festivals…

Virginie : Après avoir vécu les manifestations des gilets jaunes, la grève des transports et un 1er confinement, nous devons à présent faire face à un nouveau confinement avec tout ce que cela implique d’annulations, de reports, de perte de revenus et d’incertitudes pour les mois à venir. Si je comprends parfaitement l’importance, voire la nécessité d’éradiquer la progression de cette épidémie, je ne comprends pas pourquoi le gouvernement semble de pas considérer le secteur d’activité qu’est la culture à sa juste valeur. Nous devons sans cesse nous réinventer, nous renouveler (le digital a heureusement cette faculté d’adaptation mais pour combien de temps ?) et surtout, nous battre pour nous faire entendre et faire valoir nos droits.

(Virginie Bellavoir )

Quelles sont les conséquences de la crise sanitaire sur l’ensemble de la filière culturelle ?

Yann : Une perte de chiffre d’affaires énorme évidemment et des professionnels laborieux depuis des décennies qui sont même obligés de jeter l’éponge aujourd’hui…

Virginie : Un ras-le-bol, une lassitude profonde voire une perte de motivation pour certains. L’ensemble des acteurs de la filiale est touché par cette crise inédite et à ce rythme, bon nombre ne s’en relèvera malheureusement pas…

Pouvez-vous décrire le syndicat APRES ?

Yann : C’est un assemblage de consœurs et de confrères unis pour s’entraider à passer cette période plus que difficile, et surtout nous pensons à l’après… comment voir notre profession lors de la reprise, quelles nouvelles pratiques, quels nouveaux systèmes…

Virginie : L’objectif principal de notre syndicat est de nous rassembler afin de nous entraider dans cette période si complexe et pesante. La solidarité est aujourd’hui, plus que jamais, le maitre mot. Ensemble, nous sommes plus forts pour vivre aujourd’hui et penser demain.

Quand et comment s’est créé ce syndicat ?

Yann : Tout est entré en réflexion au moment du premier confinement. Nous avons longuement débattu et réfléchi à la forme que nous voulions pour notre association de fait.

Virginie : En effet, dès les 1ers jours du confinement du printemps, nous avons été plusieurs à échanger, de façon informelle, sur ce que nous vivions, comment nous le ressentions et la façon dont nous allions pouvoir rebondir ensuite. Et puis, l’idée de nous rassembler « concrètement » a germé, jusqu’à la création du syndicat APRES le 7 octobre 2020. Je tiens d’ailleurs à remercier tous les membres du conseil d’administration dont le travail est conséquent et formidable.

Quelles sont les principales revendications de APRES ?

Yann : Nous voulons être enfin reconnus par le CNM (Centre National de la Musique), au même titre que les manageurs, eux-aussi oubliés lors des premières discussions au printemps. Nous demandons également à faire partie des professions reconnues comme souffrant de la crise et donc être inscrits sur la liste S1 du Fonds de Solidarité et avec rétroaction depuis juillet.

Virginie : En résumé, nous souhaitons que notre profession soit considérée et reconnue.

(Yann Landry - Photo Laetitia Maciel) 

Quelle est la position de l’état et des institutions pour votre profession ?

Yann : Pour faire simple, je dirai : inexistante. Nous commençons tout juste à être écoutés par le CNM et par certains députés et sénateurs…

Virginie : C’est justement là que se situe le cœur du problème : les institutions n’ont manifesté aucun intérêt vis-à-vis de notre profession. Nous n’avons donc pas d’autre choix que de faire entendre, porter nos voix et ce, à travers notre syndicat.

Quelles actions souhaiteriez-vous que le gouvernement prenne pour vous aider ?

Yann : Comme dit plus haut, nous voulons l’accès total au FdS.

Virginie : En effet mais pas seulement. Comme décrit dans notre tribune publiée le 3 novembre, nous souhaitons également la création d’une aide spécifique à notre métier (quel que soit le statut juridique sous lequel nous le pratiquons), la reconnaissance effective de notre profession génératrice de création artistique par le Centre National de la Musique et le droit au crédit d’impôt pour nos clients (producteurs phonographiques et de spectacles, labels, éditeurs…) sur la base de nos interventions.

Les artistes sont-ils solidaires et vous ont-ils apportés leurs soutiens ?

Yann : Pas des masses, puisqu’ils sont eux-mêmes touchés par l’impossibilité de faire des concerts… Il y a eu à cause des concerts annulés des factures pour l’instant impayées, c’est comme ça. Malgré tout, on se parle beaucoup, on s’apporte un soutien moral, mais chacun tente de survivre.Cœur avec les doigts, quoi.

Virginie : Avec les artistes, nous nous soutenons moralement mutuellement et comme évoqué plus haut, nous essayons de nous renouveler pour proposer aux médias d’autres formes de contenus. Mais comme le dit si bien Yann, la situation n’est pas moins difficile à vivre pour eux. Nous avons toutefois également la chance d’avoir le soutien (essentiel pour notre action) de bon nombre de médias avec lesquels nous collaborons régulièrement (comme Buzz on Web).

Quelles seront les conséquences pour votre secteur ?

Yann : Pour l’instant, on serre les dents, on pioche dans la tréso, mais ça va vite devenir intenable si l’Etat ne nous entend pas rapidement. Le monde d’après ne sera vraiment pas comme celui d’avant, il serait pire que ça ne m’étonnerait pas…

Virginie : J’ai pour habitude de dire que nous naviguons à vue, nous sommes dans l’incertitude la plus totale quant à l’après justement. La seule chose certaine, c’est que notre profession mais plus largement, la culture ne sera plus la même après cette nouvelle crise.

Que proposez-vous pour y remédier ?

Yann : Déjà, nous tentons de vivre de notre métier au jour le jour, et nous nous sommes donc syndiqués pour tenir le choc ensemble, et cela a aussi permis de créer des affinités entre pas mal d’entre nous. Nous faisons le même métier, très prenant, qui nous empêche d’entretenir des relations avec beaucoup de confrères et consœurs, c’est désormais le cas, tant mieux. En ce qui concerne les solutions, nous demandons à ce que nos clients (labels, prod’) puissent avoir accès au crédit d’impôts pour nos factures…

Virginie : Nous nous battons chaque jour pour continuer à faire notre métier et promouvoir la musique et faire émerger nos artistes indés. C’est à la fois motivant et épuisant mais nous ne lâchons rien et entendons bien via notre syndicat faire prendre conscience au gouvernement que la culture est vitale, surtout en temps de crise comme celle que nous vivons actuellement.

Comment envisagez-vous l’avenir ?

Yann : Pour ma part, j’ai un projet collectif en cours de route, car non, on ne lâche pas l’affaire. Je me battrai tant que j’en aurai la force physique et mentale pour les groupes indés. Je ferai probablement moins de promo en axant mon travail sur le management et le développement de projets. Enfin, tout ça, si l’Etat et ce putain de Covid nous permettent un jour prochain de reprendre une activité normale…

Virginie : Question difficile tellement nous sommes dans le flou artistique. Mais une chose est sûre, c’est que nous ne nous laisserons pas abattre !

Pensez vous que votre syndicat pourra perdurer après la crise sanitaire ?

Yann : C’est même sa raison d’être, le futur ! APRES que nous nous appelons, ce n’est pas le fruit du hasard. Le but sera de rester fédérés, que les anciens puissent en quelque sorte chaperonner les nouveaux, que de meilleures pratiques se mettent en place. Aussi, nous ne nous ressentons pas concurrents, nous sommes dans la même galère.

Virginie : Bien entendu ! Notre action est pensée sur le long terme, pas juste le temps de la crise. En effet, au-delà de nous faire entendre aujourd’hui, notre volonté est de continuer à jouer la carte de l’entraide et de la solidarité sur la durée.

Le mot de la fin

Yann : On s’est mangé 2020 dans la face, 2021 risque d’être aussi compliquée économiquement et socialement, j’ai peur politiquement pour 2022… La menace brune qui gangrène déjà nos campagnes, et je parle en connaissance de cause, si la situation économico-sociale empire encore, je crains qu’il n’y ait rien pour l’arrêter. 

Virginie : L’espoir fait vivre mais l’amour (au sens large) aussi !

 

Lire notre tribune : https://bit.ly/3kUHNC6

APRES : https://www.facebook.com/apressyndicat

Mail de contact : prmusiqueindes@gmail.com

 

Photos de Virginie et Yann tirées du projet de la photographe Carolyn Caro "A L'unisson", où chaque acteur du milieu culturel brandit une pancarte avec son message face à la crise actuelle :  https://www.facebook.com/Alunissonculture 

http://www.basementprod.com

Articles plus anciens

Acomptes et cautions en un clic