Mood : Rencontre avec une chanteuse en liberté !

Par Franco Onweb

Nous vivons une époque où les artistes pour sortir doivent être répartis dans des cases bien précises : rock, jazz, musique urbaine et autres… Pour certains artistes, c’est facile : leur musique est définie par un style bien précis, pour d’autres c’est bien plus compliqué et complexe. Mood, fait partie de cette deuxième catégorie parce que sa musique englobe plusieurs territoires : jazz, chansons … difficile à définir !

Mais ici quand on parle de territoire on peut évoquer un territoire artistique mais aussi des territoires géographiques tant la musique de Mood se promène entre l’Inde, l’Afrique ou la Bretagne.

Au moment où sort son nouvel album, « L’Appel », j’ai discuté avec cette chanteuse hors norme qui ouvre de nouveaux territoires à la musique !

Mood : Rencontre avec une chanteuse en liberté !
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Pourrais-tu te présenter ?

Je m’appelle Mood, je me définis comme une artiste musicienne, une artisane du son… Je suis à la fois vocaliste et musicienne. Ce qui m’intéresse c’est la transmission des émotions et du domaine du rêve, c’est pour ça que parfois on qualifie ma musique comme onirique. Je suis à la lisière des musiques du monde, des musiques ethniques et électroniques. J’aime relier des valeurs entre l’Orient et l’Occident, l’ancestrale et le moderne.

(Droits réservés) 

Pour ma part j’ai noté pour décrire ta musique : le voyage ?

Ce pourrait être une définition de la musique oui, qui t’invite souvent aux voyages juste par le son, de dépasser les frontières; et cela permet de développer la créativité notamment de l’auditeur que j’invite à un voyage. J’aime vraiment la porte ouverte sur le monde et le Vivant en général.

Tu as commencé comment ?

J’ai grandis dans le bassin Nantais,Mon père était chanteur et mon oncle, dont je suis aussi très proche, était violoncelliste et guitariste. Quand j’étais petite, ils ont ouvert le « Studio Osiris », où j’ai vu défiler presque toute la scène Nantaise Jazz, mais aussi parisienne. Mon père, en parallèle, faisait du rock progressif, de la musique du monde et de la chanson. Comme ça j’ai pu être sensibilisée très jeune à pleins de musique et à pouvoir commencer la scène et le studio très tôt … Ca a été une formation importante.

J’ai vu que tu étais fan très jeune de Mike Oldfield ?

On écoutait beaucoup le disque « Ommadawn » à la maison et pour moi c’était un challenge de lui faire cet hommage sur mon nouvel album, je m’étais lancé le défi de faire de cette si belle mélodie une chanson, c’est un clin d’oeil à mon enfance.

C’était quoi ce que vous écoutiez à la maison ?

Mon père passait beaucoup de disques de Genesis, période Peter Gabriel, mais aussi Ange, Jon Anderson le chanteur de Yes mais aussi du Leo Ferre, Jacques Brel et le Dead Can Dance le groupe de Lisa Gerrard, Kate Bush ... J’ai été, aussi, biberonnée aux Mystères des Voix Bulgares et visiblement tout cela m’a marqué.

Tu as fait des études de musicologie ?

Oui, je suis partie à Rennes à 18 ans pour faire un Deug de musicologie. Je suis passé par la CFMI à Rennes qui décerne le diplôme des musiciens Intervenantes (DUMI). J’ai ensuite obtenue le Diplôme d’Etat (DE) Chant Musiques Actuelles au Cefedem de Nantes et j’ai fini ma formation par une école dédiée aux musiques traditionnelle en centre Bretagne la « Kreizh Breizh Akademi», fondée par Eric Marchand où on étudie les liens entre les musiques modales, la musique bretonne, européenne et extra européenne. C’est comme ça que j’ai pu faire mon voyage de fin d’étude en Inde du nord, ce qui a été très important dans ma formation. J’avais commencé à étudier la musique indienne depuis longtemps mais c’est grâce à cette formation que j’ai pu aller dans ce pays, ce qui a été déterminant pour moi dans mon parcours artistique puisque je continue à jouer de l’harmonium indien et utiliser ces ornements dans ma voix.

Tu as travaillé avec les frères Gundecha ?

Oui, d’ailleurs mon maitre est décédé il y a un an et demi. Ils pratiquaient la musique la plus ancestrale de l’Inde : le Drupad. C’est un art subtil avec des échelles de tons très spécifiques, ils utilisent notamment le micro ton. Ca a été pour moi très profond d’étudier cet art, où l’on prend le temps d’aller vraiment travailler chaque note, chaque intervalle.

En 2014 tu as fait un premier album ?

Oui, c’est un disque sur lequel j’ai eu la chance de travailler avec des musiciens qui venaient du Free-Jazz et des musiques improvisées. Des musiciens qui voulaient décloisonner les choses et qui savaient aller assez loin, notamment en faisant sonner des instruments acoustiques comme des instruments électriques.

En lisant les titres de ce disque on s’aperçoit que cela va vers plusieurs cultures différentes : Inde, Bretagne … Tu es vraiment dans la World Music ?

Oui, bien sûr, sur ce premier disque « do om », dédié à L’inde, j’avais envie de m’adresser à l’inconscient des auditeurs ce qui a fait que je m’exprimais en Français à l’envers : personne ne comprenait cette langue au premier abord et chacun pouvait s’y approprier sa propre histoire, son imaginaire. Après ça j’ai eu envie de nouveau de m’adresser au public en Français à l’endroit, en Indie et en Anglais.

C’est en 2014 que tu prends le nom de Mood ?

Non c’était avant. Cela pourrait se traduire par « état d’esprit / ambiance/ humeur /atmosphère » et j’adorais ce terme qui collait bien à ma musique avec mon souhait de transmettre des émotions. c’est aussi un nom très proche de mon prénom Maude. Je l’ai choisi en 2011 pour mon premier EP. A l’époque à Rennes je faisais partie du duo « Olli & Mood » (avec Ollivier Leroy du Bollywood Orchestra). et suis devenue Mood comme ça.

(Droits réservés) 

Et en 2016 tu fais « The Voice » ; qu’est ce que tu es allée faire là-bas ? Tu n’étais pas vraiment à ta place ?

Je comprend ta réaction parce que moi-même  j’avais la même au début.  Ca a été une vraie lutte en moi avant que j’accepte. Quand on est une artiste avec des valeurs musicales c’est très dur d’être médiatisée à cette échelle dite plus mainstream, nous avons un véritable soucis à mon sens en France avec cette dictature de devoir entrer dans les cases. C’est un peu le cliché, quand tu es dans un milieu alternatif, de se moquer de ce public TV et je pense que ce point de vue est arrogant. L’ouverture à autre chose passe par plein de moyens, et moi je ne voulais plus être en guerre contre quoi que ce soit. J’ai eu envie d’être passerelle entre deux mondes, de réconcilier ces débats inutiles car quand je chante, je suis antenne et mon boulot et de donner de tout mon coeur là où où je suis. J’ai donc choisi d’être antenne sur une antennne, et ça l’a fait parce que, par exemple, pour beaucoup de gens c’était la première fois qu’ils voyaient et entendaient un harmonium indien ou une respiration « chant de gorge » inspirée Inuit. Ce n’était pas facile aussi parce que le milieu alternatif pouvait me rejeter, même si je suis restée intègre.. Mais j’ai pu poursuivre mon chemin de manière aussi libre artistiquement qu’auparavant,  cela fait partie de mon parcours et je l’assume pleinement, j’y ai vécut de très belles rencontres et de beaux apprentissages.

Est-ce qu’il y a eu des retombées pour toi ? 

J’ai pu travailler avec des gens passionants, expérimenter plein de choses. J’ai eu un peu de mal à revenir dans mon monde d’origine tout de suite su le plan diffusion, mais c’est aussi l’époque où j’ai changé de régions, d’équipe, de manager … J’ai eu un premier projet de l’album qui a du avorté de par ce changement d’équipe, mais cela m’a permis de rencontrer pleins de personnes précieuses qui constituent à présent ma nouvelle équipe: comme mon graphiste qui est devenu un ami ou mon compagnon qui m’a vu dans cette émission… on m’a proposé des choses artistiques nouvelles grâce à cette émission.

En sortant de là tu n’as pas voulu être plus radical ?

C’était un peu compliqué mais pris la décision de continuer ma démarche en étant de plus en plus sage et de m’adresser directement aux gens. C’est pour ça que j’ai décidé de chanter en Français. J’ai eu aussi la chance tourner juste après avec Yan Pechin (guitariste notamment de Bashung, Brigitte Fontaine, Rachid Taha, Alains Damasio ou Théfaine Ndlr), quelqu’un qui connait bien la musique Française et avec lui j’ai eu envie d’affiner ce goût des mots. Musicalement, je suis resté dans ce que je savais et je voulais faire. : je défendais ma ligne artistique, ce mélange d’instruments ethniques avec de l’électronique dans un format « chansons ». Je suis resté proche de mes valeurs et je n’ai pas fait un disque de variété.

Quand on écoute ton nouvel album, « L’Appel », j’y ai vu beaucoup de choses liées à l’enfance, pas à l’adolescence, à l’enfance !

Mon axe c’est vraiment de revendiquer cette innocence, ce côté naïf. Je pense que la vraie forme de rébellion c’est de croire en ses rêves. C’est un peu « has been » de dire ça : il faut faire la gueule pour avoir l’air mûr, pour être accepté, on ne supporte plus les gens qui ont l’air jovial… Pour moi c’est aussi une forme de militantisme positif que d’assumer parler d’espoir, d’amour, de renouveau, de terre nouvelle. Il ya des morceaux comme « Venus » que j’ai composé comme une comptine. Dans le chant traditionnel tu as souvent ce côté de petites mélodies, de ritournelles… J’ai voulu travailler avec ce genre de mots, ces ambiances et si un enfant aime ça je suis contente, ça veut dire que ça fonctionne et que la mélodie est efficace !

Tu l’as fait ou et avec qui ce nouveau disque ?

Il a été fait par Jacques-Yves Lafontaine au « studio du Rocher » à Ploërmel, en Bretagne. C’est avec lui que j’avais fait mon premier disque qui avait reçu un Award du rock progressif, « L’Efet Défée ». Il me connait bien et depuis longtemps. C’est un ami et donc on a fait ce disque en famille, avec des gens que j’aime, comme à la maison avec des supers rapports humains.

Quand j’ai écouté ce disque j’ai pensé à Loreena McKennitt et surtout à Nico.

J’ai beaucoup écouté Loreenaa McKennitt quand j’étais enfant , « the Mask & the Mirror » et c’est vraiment une grande influence. Pour Nico, c’est quelqu’un que j’ai découvert plus tard, surtout que beaucoup de personnes me faisaient ce parallèle . J’ai écouté et j’ai adoré même si c’est beaucoup plus sombre que la musique que je compose aujourd'hui. J’aime beaucoup ces deux artistes.

Ta musique est très dépouillée et très écrite, cela va à contre temps de ce qui se fait en ce moment ?

Merci, parce que moi je craignais que ce disque soit trop produit. Je dois ce dépouillement à ma mentor Meredith Monk qui est une vocaliste New Yorkaise, qui est dans le mouvement minimaliste …  C’est une proche de Moondog, Merci Cunningham, Cage, Steve Reich. C’est une espèce de chaman de la voix qui est capable de travailler sur l’animalité de la voix, d’autres formes. Elle avance toujours dans cette idée de dépouillement. Elle m’encourage à aller dans ce sens, à dépouiller ma musique, enlever le superflu, garder l’essentiel, c’est une véritable voie philosophique… En tout cas elle m’encourage à aller plus loin et je pense que c’est bien de faire des disques avec peu d’éléments. Le prochain EP auquel je travail s’inscrit d’avantage dans ce sens.

(Pochette de l'album, "L'Appel" - Droits réservés) 

On parle de tes textes ?

Ce sont des portes vers le rêve, l’émotion et ce lien qui unit vers l’immensement grand, dans ce cycle de la nature. C’est un peu philosophique souvent et je parle aussi beaucoup d’amour tout simplement.  C’est un appel pour accueillir ses rêves et de les brandir, pour avoir le courage d’aimer et de revendiquer une nouvelle place consciente sur cette planète que nous avons saccagé.

Tes textes se marient surtout parfaitement à la musique.

Merci et tant mieux je travaillait en ce sens, c’est voulu ! (rires)

Mais cela pouvait être bancal ce mélange entre le celtique, l’Inde et même l’Afrique : n’est ce pas ça la World Music ?

Si bien sûr, on a eu une discussion interessante avec mon distributeur à la sortie du premier album d’ailleurs, on ne savait où me mettre en bac FNAC, selon leurs critères ce n’était pas de la world music et on m’a donc classé en jazz et celui-là est classé en variété Française parce que je chante en Français. Moi, j’essaye de rester dans le respect de mes influences et c’est capital le respect, de savoir d’où vient ma musique, d’utre dans une démarche sincère et profonde, sinon on est dans le néo colonialisme et pour moi c’est pas possible (rires). Je reste dans l’amour des sons, des mots et des textures. Je reste dans cette quête du sensible et de l’authenticité, comme un peintre on doit rester dans la finesse du trait.

Mais tu n’es pas du tout dans la chanson et la variété Française ?

Pourtant je suis classé dedans, et je chante des chansons donc ce n’est pas si faux, c’est l’humour des cases française;)

Ca se passe comment sur scène ?

En ce moment, la plupart du temps, je suis seule en « One Woman Band » avec mon harmonium, ttuntuun et mao electro. Ensuite j’ai une formule en trio qu’on verra aux « Trois Baudets » à Paris le 8 Octobre pour ma release party, avec un musicien electro et une batteuse. Cette formule me permet d’imager scéniquement la complémentarité rythmique d’un côté ancestrale/tribale et d’un côté plus electro, moderne. Et moi au milieu avec mes instruments ethniques. Ca fonctionne super. Je commence aussi à travailler avec un danseur qui va faire des performances quand je suis en solo. J’ai aussi  une création à venir  avec la grande chanteuse Mongole Sainkho Namtchylak, dans un esprit plus chamanique.

Que penses tu de la situation actuelle pour le spectacle vivant ?

C’est dramatique ce qui se passe et pas que dans le monde de la culture. Mon compagnon est technicien et c’est un secteur qui est touché de pleins fouet. Moi, en tant qu’artiste hors cadre, j’arrive à subsister dans ce grand bazar parce que j’arrive à proposer des espaces et des formes de jeux qui ne sont pas traditionnels. Mon dernier concert est un festival qui a eu lieu dans une forêt au « Festival Coupe Chauffe » à Cognac, il y avait pleins d’autres artistes tels que Nosfel et les gens se promenaient de scènes en scènes en pleine nature sans electricité et donc sans aucun dispo tif technique par exemple. A l’inverse je vais aussi réalisé ma créa arts numériques mapping video concert electro dans la grande nef Des Dominicains de Haute Alsace à Guebwiller, j’ai pu également jouer chez l’habitant, je suis même allée dans une grotte troglodyte… Il faut soutenir les salles et se serrer les coudes pour reprendre nos activités mais il y faut se réinventer, trouver d’autres réseaux un peu comme l’agriculture et l’économie artisane locale. On s’est rendu compte pendant le confinement que c’était important d’acheter les légumes de son voisin et artistiquement il va falloir en revenir à ça parfois. Il y a des clés à s’emparer pour faire vivre la culture sous de nouvelles formes en plus du combat à mener pour lui donner un nouveau souffle.

Tu as un format qui permet des scènes différentes ?

Autrefois je me produisait souvent en quintette, aujourd'hui le trio permet de jouer en festival, et en solo je suis mobile partout. Je me suis organisée et aujourd’hui je suis chanteuse multi-instrumentiste. Je suis autonome, je peux proposer du sons, de la vidéo mais je peux aussi jouer dans un lieux plus modeste avec des formations différentes. On ne fait que ça nous demander de nous adapter mais aujourd’hui il n’y a plus le choix et ça c’est valable dans tout les corps de métier. Si on veut subsister il faut être souple et s’adapter aux situations.

C’est le « Do It Yourself » des punks ?

Complétement, on a pas le choix ! On peut faire des choses si on s’en donne les moyens et ça c’est capital !

Tu es totalement autoproduite d’ailleurs ?

Oui, parce que je n’ai pas eu le choix pour exister librement artistiquement.

C’est quoi tes plus gros concerts ?

Avec Mood j’ai fait plusieurs gros festival, dont dernièrement en Allemagne, la première partie de Vianey à Quimper au Parc des Expositions dans le cadre du festival de Cornouaille, Avec mon ancien groupe j’ai fait pleins de festivals, la première partie de Magma et en sortant de « the Voice » j’ai fait la tournée et c’était de grosses jaugesde 5 à 10 000.

Tu viens de citer Magma : c’est aussi une grosse influence ?

Bien sûr, à la fois musicalement et dans la démarche.

Tu en attends quoi de cet album ?

Déjà il existe (rires) et les premiers retours sont très bon. J’espère qu’il sera diffusé le plus possible et qu’il me permette d’aller sur la route encore et encore.

Quels sont tes projets ?

J’ai une création vidéo en Alsace, en avril une collaboration avec une chanteuse Mongole, je suis aussi dans l’écriture d’un nouvel EP, un projet de résidence axés sur la danse.

Quel disque tu donnerais à un enfant pour l’amener vers la musique ?

Houlà la c’est dur, question difficile tant de choses à transmettre! je dirais Colleen une artiste qui fait pleins de choses avec des boites à musiques, des vieilles bandes, surtout ses premiers albums ….

Le mot de la fin ?

Prenez soins de vos rêves !

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