Alicia Fiorucci : rencontre pour un premier 45 t

Par Franco Onweb

Ca y est ! Elle l’a fait ! Alicia Fiorucci vient, enfin, de sortir son premier disque, un premier 45 t deux titres avec une reprise du grandiose « I fought the law » ! Je dis enfin parce que la dame est extrêmement présente sur la scène rock ! Ca fait plusieurs années qu'on peut la croiser sur scène au côté de Tony Marlow et qu'on peut lire ses articles dans Juke-Box Magazine (qui vient malheureusement d’annoncer son arrêt, Big Up à toute l’équipe).

Comme vous l’avez compris, ici on parle de rock, du vrai et pas d’autre choses ! C’est son truc à Alicia et franchement un disque pareil dans le contexte actuel ça fait vraiment du bien. Si vous voulez en savoir plus sur Alicia Fiorucci, c’est facile, c’est juste en dessous !

 

Alicia Fiorucci : rencontre pour un premier 45 t
Antoine Newel

Pourrais-tu te présenter ?

Alicia  Fiorucci 31 ans je suis originaire de Villerupt en Lorraine là où Jimi Hendrix a joué le 15 octobre 1966, c’était à l’hôtel de Ville en première partie de Johnny Hallyday.  Quand j’y pense, j’étais pas née mais c’est une histoire incroyable.  Que faisait le génial gaucher dans cette ville sidérurgique au cœur de la région des 3 frontières ? Je suis fan de rock depuis mes 12 ans quand j’ai découvert Aerosmith, ce fut une révolution. J’ai été animatrice radio pendant 5 ans en présentant « Rock Story » sur « Radio Aria Longwy », une émission qui s’articulait autour du making-of d’un album de l’histoire du rock et aussi « Damnation Rock », sur « X-move », une émission de programmation musicale. J’ai travaillé pour « le festival Vache de Blues » pendant 4 ans, j’étais en charge de véhiculer les artistes pour la plupart internationaux, une expérience humaine inoubliable et j’ai travaillé pour un label punk mosellan pendant 2 ans. J’ai écrit pour des fanzines (« Bands of Dixie », le bulletin du fan-club de « Natchez » grâce à Michel Krauzé et  « Virus de Blues » (pensée pour JP Savouyaud) ). J’habite désormais en région parisienne depuis 3 ans et je suis chroniqueuse pour Jukebox Magazine et j’ai aussi lancé mon groupe, Alicia F ! 

(Photo Armando Carvalho) 

Comment as-tu commencé la musique ?

J’ai commencé à m’intéresser à la musique de manière poussée quand j’ai découvert Aerosmith sur MTV à l’âge de 12 ans. L’album qu’ils promotionnaient à ce moment était « Just Push Play », le clip de la chanson « Jaded » a jailli devant mes yeux et ce fut l’élément déclencheur.  D’ailleurs, cet album fut le premier que j’ai acheté avec mes propres deniers. A partir de ce moment, plus rien n’a été pareil. J’écoutais Marc Ysaye, Pierre Guyaut et Jacques De Pierpont sur « Classic21 » (anciennement Radio21), une radio belge de la RTBF pour agrandir mes connaissances en terme de rock car j’étais complètement novice en la matière. Je notais les noms des groupes qui me plaisaient et faisais des recherches dessus. Enfin bref, la machine infernale du rock était lancée et plus rien ne pouvait l’arrêter. J’ai eu la chance de voir la dernière tournée « Reality » de David Bowie au Galaxie d’Amneville. Quel souvenir impérissable ! Il était grandiose, magistral, interstellaire, j’avais les poils, comme on dit. Si tant  bien que j’en ai chialé d’émotion à la fin du concert et les jours qui ont suivi.

Quelles sont tes influences ?

Mes influences vont d’Aerosmithà GG Allin en passant  par Alice Cooper, Motörhead, Joan Jett et les Runaways , L7 , Ramones, The Who, Sex Pistols. Nous pouvons rajouter à la liste David Bowie, Iron Maiden, Pentagram, Black Sabbath, Siouxsie and the Banshees, Marilyn Manson, Girlschool, Sopor Aeternus. Comme je n’aime pas le sectarisme musical, j’écoute aussi du rock sudiste : ZZ Top, Lynyrd Skynyrd, 38 Special, Allman Brothers Band, Rebel Son et aussi de la country Johnny Cash, David Allan Coe, Hank Williams surtout le 3e qui est plus dans la mouvance punk. Enfin bref, je ne me contente pas d’écouter un seul et unique style de musique. Pourquoi se priver de diversité quand beaucoup de choses de qualité existent ? 

Quel a été ton parcours musical ?

J’ai commencé la musique vers 7 ans avec le solfège  en pratiquant le violon puis je me suis dirigée vers la guitare électrique à mon adolescence. J’ai été choriste avec les Kingstone un groupe de reprises d’Audun-le-Tiche (57). On se produisait dans des concentrations de moto et des bars dans le Grand Est, Belgique et Luxembourg.  Puis j’ai pris des cours de chants blues à la « Blues Schoul » de Differdange au Luxembourg avec Noël Boentges. C’est ainsi que je suis montée sur les planches du « festival Blues Express » organisé par la ville pour interpréter « Before You Accuse Me » (Bo Diddley) et « I’m Tore Down » (Freddy King). Je me souviens de l’anxiété que j’avais car ce festival est d’envergure et beaucoup de personnes étaient devant la scène. De plus, pour le coup, il ne s’agissait plus de faire seulement les chœurs mais j’étais au chant principal. J’ai dû apprendre à gérer le stress et je vous garantis que ce n’est pas chose aisée, on se sent vraiment mise à nue comme s’il s’agissait un peu du jugement dernier.

Tu es beaucoup monté sur scène avec Tony Marlow : comment l’as-tu rencontré ?

J’ai rencontré Tony Marlow un soir de janvier 2017 chez Marc Zermati (Open Market, Skydog). J’étais montée chez le « Godfather of punk rock mafia » pour l’interviewer sur « le festival de Mont de Marsan » et le label « Skydog » quelques mois auparavant. Puis étant donné que le courant passait bien je suis retournée le voir et un soir il a invité Tony à passer la soirée chez lui. Tony et moi avons fait connaissance et on s’est aperçu que l’on avait beaucoup de centres d’intérêts communs. C’est comme ça que la connexion s’est établie avec ce grand nom de la scène rock and roll en France et même ailleurs. Chose géniale du destin 3 semaines après cette première rencontre, il jouait à Saint Dizier. C’était parti pour passer 150km au volant de ma petite voiture pour aller le découvrir sur scène et aussi l’interviewer pour « Damnation Rock ». Une superbe soirée où j’ai été impressionnée par sa maîtrise du chant et de la guitare. Un vrai rockeur pas un « poseur ».  Suite à cette soirée nous avons gardé le contact et devinrent proches voire très proches.

Tu es souvent apparue dans ses concerts ?

Je suis montée la première fois sur scène avec lui le 14 juin 2017 au « Balajo », le célèbre dancing de la rue de Lappe, lors de son tribute à Chuck Berry. Il m’avait demandé si j’étais partante pour y participer, au départ j’étais sceptique mais je me suis lancée. On a donc travaillé sur la chanson « You Never Can Tell ». Puis de fil en aiguilles, on s’est pris au jeu et on a mis au point d’autres titres « Le Diable en Personne » (adaptation française de « Shakin All Over » de Johnny Kidd & The Pirates), puis « Breathless » (Jerry Lee Lewis), « I Need A Man » (Barbara Pittman). Ces deux dernières ont été chantées lors du tribute Sun Records, organisé par Tony Marlow, toujours au « Balajo »  le 20 décembre 2017. Du coup, j’ai interprété tous ces morceaux en invitée dans les concerts de Tony. Cela m’a permis de gagner en aisance scénique.

(Alicia Fiorucci et Tony Marlow en concert - Photo Philippe Beranger)

Comment es né ton propre « set » ?

En voyant les bonnes réactions du public, Tony et moi avons décidé d’articuler un répertoire  plus centré sur mes influences hard rock, classic rock, punk. Et du coup de monter un projet à part entière, c’est ainsi qu’Alicia F ! naît en septembre 2019. Dans la partie des reprises ça va de « Blitzkrieg Bop » (Ramones) en passant par « I’m Eighteen » d’Alice Cooper mais aussi « I Wanna Be Your Dog » (Stooges) , « Paranoid » (Black Sabbath), « Cherry Bomb » (The Runaways), « I Love Rock and Roll » et « Summertime Blues » les versions de Joan Jett et aussi « Mercedes Benz » a capella façon Janis Joplin. Nous avons conservé les standards rock and roll. Puis comme j’ai aussi des choses à dire, je me suis mise à écrire des textes en anglais avec des sujets qui me tiennent à cœur que Tony a mis en musique. C’est ainsi que nos premières compositions ont pris vie et qu’elles font désormais partie du show.

Tu sors un premier deux titres : peux-tu nous le présenter : enregistrement, musiciens…

Nous avons été au studio « Bullit La Féline » à Pantin (93) entre décembre 2019 et janvier 2020 avec Xavier « Octopus » Ruiz aux manettes. C’était un challenge pour moi qui n’avais encore jamais été en studio alors j’appréhendais mais tout s’est très bien passé. Les prises de voix ont été faites en une matinée. En même temps avec Fredo Lherm à la basse, Fred Kolinski à la batterie et bien sûr Tony Marlow à la guitare, je suis bien entourée. La photo de la pochette a été réalisée par Antoine Newel, photographe à Tremery (57) près de Metz et l’artwork par Mike Cookson habitant à Manchester en Angleterre.

(Photo Armando Carvalho)

Peux-tu nous parler de ce premier titre : My No Generation ?

Il s’agit d’une composition dont le texte parle de mon ressenti de me pas convenir à la génération à laquelle j’appartiens. En effet, lorsque tu écoutes Aerosmith à l’âge de 12 ans tu ne te sens pas en concordance avec tes pairs générationnels qui ont aussi la bonne idée de te le faire sentir et donc te mettent de côté. C’est ce que j’ai vécu durant mes années collège et lycée . Puis en grandissant, même si les curseurs se situent à d’autres niveaux, à 31 ans je ne me sens toujours pas en rapport avec ma génération puisque pour la plupart des trentenaires leurs aspirations sont de bâtir une vie de famille avec enfants etc. et me concernant ce n’est pas franchement le cas. Un chat, un homme c’est déjà bien suffisant !

 Je suppose que c’est un clin d’œil aux Who ?

Tu supposes bien car The Who est un groupe marquant pour moi. L’album « Who’s Next » est une pépite du rock. C’était tellement novateur pour l’époque, ce son, cette dynamique, ce jeu de batterie de Keith Moon. Dans notre composition, ce clin d’oeil se ressent dans la musique de Tony Marlow qui a fait un excellent boulot et le titre est en effet un jeu de mots qui prend à contrepied le thème de la chanson des Who.

Le deuxième titre est une reprise de Bobby Fuller « I Fought The Law » popularisé par les Clash : pourquoi reprendre ce titre ?

Du jour où j’ai entendu ce morceau, c’était sur une compile du Clash que j’avais acheté à 14ans, j’ai tout de suite été fan. Je ne sais pas pourquoi. Il y a une énergie un « je n’sais quoi » qui te prend aux tripes. Enfin, bref , il y des choses inexplicables et non palpables, cela s’appelle l’émotion. De plus, c’est une chanson fédératrice, c’est un hymne. En gros j’adore « I Fought The Law » !

Tu voulais rendre hommage aux Clash ou à Bobby Fuller ?

J’ai découvert ce titre par la bande à Joe Strummer puis je me suis intéressée à la genèse de ce dernier et je dois avouer que la version de Bobby Fuller est géniale tout comme celles de Sonny Curtis, son compositeur, avec les Crickets de Buddy Holly. On a donc mêlé un peu les deux versions en y ajoutant notre « patte » et puis cette chanson est rarement reprise par des femmes. Dans les interprétations que j’affectionne aussi de ce morceau, je peux citer celle des Stray Cats, Mike Ness, Ducks Deluxe, Thug Murder et aussi La Clinik du Dr Schultz. Chose étonnante Claude François en a même fait une version française  en 1966 sous le titre « J’ai joué et j’ai perdu ».

Les concert étant, momentanément, interrompus quels sont tes projets pour la promotion ?

Pour la promotion, avec Tony Marlow on fait des vidéos en duo à la maison sans prétention puis aussi de la vente par correspondance, j’ai à cet effet créé un site de vente en ligne. Avec les moyens technologiques actuels et les réseaux sociaux il y a matière à faire quelques bidouillages en terme de communication comme des teasers promotionnels, de la mise en ligne des prestations scéniques etc. De plus, le 45t sera envoyé aux radios et à la presse spécialisée. La promotion sera du coup principalement faite par écran interposé dans un premier temps avant le retour à la normale, s’il y en a un.

Comment vis tu la situation actuelle ?

Je trouve que l’on est dans une situation merdique, le domaine culturel est plus sévèrement touché que d’autres corps de métier. Les bars, restaurants fermés, les festivals et rassemblements annulés, on n’est pas prêt de fouler les planches à nouveau. De plus, j’ai peur pour certains établissements qui n’ont pas les reins assez solides pour survivre à cette crise et risque de mettre la clef sous la porte. Économiquement et humainement c’est une catastrophe. Je dis humainement car je pense aussi que les comportements sociétaux vont changer et qu’il y aura beaucoup moins de convivialité.  Enfin, faut garder une lueur d’espoir mais je trouve que comme on dit « on ne nous dit pas tout ».

Tu es une « égérie » de la scène parisienne : comment le vis tu ?

Je ne me considère pas comme telle alors je te laisse la responsabilité de cette appellation qui est, je dois dire, plutôt flatteuse au demeurant. Cela dit, comme j’aime bouger en concerts, c’est vrai que l’on me voit pas mal dans les lieux Parisiens . Mais cet amour des concerts n’est pas récent et des lors où j’ai été en âge d’y aller, cet appel de la musique live s’est fait sentir. Je n’hésite pas à faire des kilomètres, quitte à dormir dans ma voiture, pour aller les voir les groupes que j’adore et qui me font vibrer.

Ta position sur les réseaux sociaux ?

Je suis effectivement très active sur les réseaux sociaux car je trouve qu’il s’agit d’une plate-forme bien utile pour le partage, les échanges et la promotion. J’essaie aussi de délivrer un message de liberté sous toutes ses formes à travers les méandres du web. Cela me vaut des critiques, car faut avouer que la liberté des uns ne fait pas toujours le bonheur des autres. Les gens ne sont plus habitués à la sincérité car on vit dans un monde beaucoup plus aseptisé que durant les années 70 ou 80. Il y a un retour en arrière des mentalités qui ne va pas avec ma manière de penser. Mais a contrario, je reçois aussi de nombreux mots de personnes qui me remercient car je les aide dans leur quotidien à s’accepter telles qu’elles sont. Et cela, pour moi, ça veut dire beaucoup.

(Photo Thierry Lerendu) 

Le mot de la fin ?

Reste toi-même et si on ne t’aime pas, fuck you !

https://aliciaf.bigcartel.com/

Une méthode novatrice et originale pour permettre aux enfants de se développer en s'amusant !

Articles plus anciens

Jo Wedin & Jean Felzine - Je t'aurai