Tasty Freaks : un groupe débridé entre Rock et Funk

Par Franco Onweb

Pourquoi faut-il choisir quand on fait de la musique de jouer "un genre" précis sans devoir en sortir ? A cette question le trio Tasty Freaks n’a jamais voulu répondre. Depuis leur formation en 2015, ils ont su mélanger avec talent le funk de George Clinton ou des Red Hot Chili Peppers avec le grunge de la côte Est des USA et depuis ils parcourent l’hexagone pour prêcher la bonne parole.

Alors que sort leur troisième EP « Wake up call »,  Antonin, le bassiste du groupe, a répondu à quelques questions pour en savoir un peu plus sur ce trio. 

Tasty Freaks : un groupe débridé entre Rock et Funk
DR

Je suis Antonin, le bassiste du groupe Tasty Freaks, trio de Rock Alternatif. Par cette appellation, on entend un rock débridé intégrant nos deux plus grosses influences, après le rock : « la Funk et le Hip Hop ». Julien, notre guitariste et chanteur, a une importante culture Rap et bien souvent, dans nos morceaux, il alterne le chant et le Rap.

(Tasty Freaks - Photo Camille Girault) 

Quel a été votre parcours ?

On s’est formé en 2015 et tout de suite, on a sorti un premier EP « First Bite ». En 2017, on a changé de batteur et on a sorti un deuxième EP « Walkabout ». Depuis septembre 2018, et l’arrivée de Yoann à la batterie, on a acquis une nouvelle dynamique. On a donc décidé d’écrire et de produire un nouvel EP de 6 titres « Wake up call », sorti le 29 novembre 2019. On a commencé à l’écrire en décembre 2018 et on est rentré en studio en février. Tout ça s’est donc fait très rapidement.

Quelles sont vos influences ?

On est très influencés par le rock américain des années 90. C’est un registre assez large puisque cela va de Nirvana, avec le mouvement « Grunge », jusqu’au funk rock des Red Hot Chili Peppers en passant par le métal un peu funky de Rage Against The Machine, qui est vraiment une influence majeure pour nous. D’ailleurs, ça s’entend beaucoup dans nos morceaux.

Mais vous ne vous revendiquez pas d’une école plus « ancienne » comme George Clinton ou Bootsy Colins ?

C’est vrai que si tu prends l’exemple des Red Hot Chili Peppers, ils se revendiquent beaucoup de George Clinton. Nous, on a découvert cette musique à travers les artistes que j’ai cités. En même temps, si tu regardes l’histoire de la musique, tu t’aperçois que le rock et la funk ont les  mêmes racines. Pour ma part, quand j’ai découvert George Clinton j’ai aussi découvert l’importance du travail de production pour avoir des œuvres d’importance.

Mais votre musique est très technique et souvent les groupes dans votre style vont vers le « Hard-Core ». Est-ce que cela peut arriver avec vous ?

Le fait que le rock prenne une place plus importante que la funk dans notre musique est un risque que nous acceptons de prendre parce que notre objectif est de ne pas modifier l’équilibre interne du groupe. Chez les groupes de rock, les guitares sont mises en avant alors que dans la Black Music, et notamment la « Motown », ce sont plutôt les basses qui sont mises en avant. Dans notre trio, on essaye vraiment de trouver un équilibre entre la basse et la guitare. Si tu écoutes notre nouvel EP « Wake up call » je crois que nous y sommes à peu près arrivés… Ce qui permet à Julien (le guitariste et chanteur Ndlr) de composer des morceaux, ce sont souvent mes lignes de basse. Cela explique aussi pourquoi on joue toujours ensemble après douze ans et ce, depuis la fin du collège. Les deux éléments sur lesquels il s’appuie sont sa voix et la basse. Je ne connais aucun morceau où nous avons mis la basse en retrait pour garder les clichés du rock. C’est pertinent dans un trio d’avoir une basse qui fasse le lien entre la guitare et la batterie parce que chacun doit pouvoir remplir son espace. En tout cas, je ne peux pas me contenter du rôle de bassiste habituel en fond de scène qui ne bouge pas. Je suis un bassiste très expansif : je suis d’ailleurs celui qui bouge le plus sur scène !

(Photo Christian Lambin) 

C’est une musique qui demande beaucoup de travail, notamment pour la basse ?

On travaille beaucoup, on répète beaucoup … Par contre je ne cherche pas avoir un niveau technique incroyable ! Je m’intéresse plus à toutes les nuances que je dois amener plutôt qu’à la technique pure. Je suis plus attaché à la cohésion et au jeu du groupe qu’à mon niveau technique. Mais c’est vrai qu’on répète beaucoup. On fait quatre ou cinq résidences par an, en plus des répétitions récurrentes. On va souvent dans les Vosges, chez un ami, et pendant cinq ou six jours on fait 10 à 12 heures de musique par jour. On travaille beaucoup mieux comme ça.

Vous avez beaucoup tourné ?

Pas mal : on est un groupe de « Live » ! Très tôt on a voulu coller à l’image du groupe de rock qui monte dans le « Van » pour partir en tournée et qui dort où il peut. Dès 2015, on est partis sur les routes. Avec l’arrivée de notre deuxième batteur, on a fait 30 à 35 concerts par an. C’est pas mal mais pas assez à mon goût. On a un peu ralenti la cadence avec l’arrivée de Yoann mais là on va repartir.

Vous avez joué où et avec qui ?

On est allés un peu partout : des caves aux clubs parisiens. Notre plus grosse date c’est « l’Imaginarium Festival » à Compiègne en juin dernier. On  a connu un peu tous les types de salles : des caves aux grandes scènes ... Pour l’instant on n’a pas encore eu la chance de jouer avec des grosses pointures internationales mais on a joué avec des groupes français qu’on aime bien : Nina Attal ou Delgrès, par exemple.

Vous êtes intermittents ?

Julien et moi oui. Yoann bientôt.

On attaque sur cet EP six titres. Vous l’avez fait où ?

On l’a d’abord travaillé dans le studio de notre ami dans les Vosges puisque 5 des 6 titres ont été écrits et arrangés là-bas. Mais on y a surtout enregistré des batteries. On a ensuite enregistré les guitares, les voix et les basses au studio du Plan à Ris Orangis avec notre directeur artistique.

(Droits réservés) 

Vous aviez un directeur artistique ?

Oui, on a décidé de s’associer à quelqu’un qui ait du recul sur notre travail et qui puisse nous conseiller. On a choisi le leader du groupe Teacup Monster : Tip Stevens. On savait qu’avec lui ça se passerait bien car on avait déjà travaillé ensemble sur notre précédent EP. On a enregistré neuf titres et au final, on en a gardé six.

Vous n’avez pas été tentés de faire sonner l’EP comme si vous sonniez en Live ?

C’est un de nos gros paradoxes, quand on enregistre on joue le morceau comme si on voulait qu’il sonne sur disque alors qu’on peut le jouer complètement différemment en live. On gère souvent mal les contraintes de temps en studio. On s’est donc dit que pour nous, le mieux, c’était de tout compartimenter. Pour ces raisons, on a jamais enregistré en live tous ensemble mais séparément. Comme ça, si l’un de nous ne réussit pas sa prise, il ne bloque pas les deux autres. On veille vraiment à bien produire nos titres.

Il y a un public pour votre musique en France ?

Je ne sais pas ! On part du principe qu’il y a un public pour tout type de musique. Moi, par exemple, j’ai 27 ans. Si j’ai aimé cette musique à cette époque-là, c’est qu'elle parlait à un grand nombre de personnes de mon âge. Elle doit avoir un public : c’est statistique ! Mais c’est surtout aux groupes d’être malins et de faire connaitre leur musique ! La réussite d’un groupe est plus souvent liée à son exposition médiatique et sociale qu’à son talent. J’ai vu des groupes géniaux avoir peu de public et d’autres assez moyens qui cartonnent.

Qui compose les morceaux et qui écrit les textes ?

C’est Julien qui écrit les textes mais souvent j’y jette un œil pour y amener des idées. Il a du mal à chanter autre chose que ses propres textes. Pour la composition c’est plus partagé : on part d’une voix ou d’une ligne de basse. On travaille dessus, souvent la machine s’emballe et on trouve le morceau.

Ils parlent de quoi les textes ?

En général, ce sont des thématiques personnelles : conflits, ruptures amoureuses, problèmes d’écoute et de communication… Toutefois, sur le dernier EP, il y a eu une évolution. En effet, il y a désormais une part de revendication dans nos textes. En même temps, c’est vrai que le monde ne tourne pas rond et qu’il y a beaucoup de raisons de se révolter. Deux des  morceaux de l’EP, dont le titre phare « Wake up call », sont dans cette veine. C’est un appel au réveil des consciences et à voir ce que nous sommes en train de faire à ce monde.

Quels sont vos projets ?

Tout d’abord, faire la promo de l’EP ! On en est très fiers ! On travaille avec une attachée de presse ((Virginie Bellavoir_VBenBackstage) qui nous accompagne sur cet aspect. On va aussi beaucoup jouer en 2020. On a déjà une dizaine de dates de booker. Et on espère vraiment atteindre les festivals et travailler avec des partenaires professionnels pour développer Tasty Freaks : label, manager et tourneur…

On peut le trouver où cet EP ?

En dématérialisé sur toutes les plateformes d'écoute streaming (Spotify, Deezer, iTunes etc). Il y aussi notre « Bandcamp » mais surtout, en venant à nos concerts, car c'est le seul endroit où l'EP est vendu physiquement.

(Photo Nicolas Roucou) 

Et l’album ?

C’est une prochaine grosse étape ! Avec cet EP, on a trouvé la formule qui nous convient. On doit juste composer encore des titres et il nous faut du temps pour bien le faire, sauf si on a la chance de pouvoir se concentrer uniquement sur la musique …

Le mot de la fin ?

Il faut que les gens prennent eux-mêmes la responsabilité d’aller aux concerts pour soutenir les artistes : allez aux concerts, notamment à ceux de Tasty Freaks et écoutez l’EP !

Quel disque tu donnerais à un enfant pour l’amener vers la musique ?

Les Beatles ! C’est comme ça que je suis venu à la musique avec le « Magical Mystery Tour ». Il y a tout ce que les Beatles ont fait, de bien ou de moins bien. J’ai écouté ça à 12 ans et franchement, ça a changé ma vie.

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