Basement Productions : rencontre avec Nick Buxton

Par Franco Onweb

Si vous êtes musicien et que vous avez un jour répété à Paris, il est plus que probable que vous avez descendu le grand escalier du studio Basement, installé au 38 rue de Rochechouart. Depuis 1995 ce lieu est animé par Nick Buxton, un anglais exilé par chez nous, .

Basement n’est pas qu’un studio. Depuis le début des années 2000 c’est aussi un label de production (Basement Production) et une société d’édition (French Fries Publishing) qui a aujourd’hui un catalogue aussi riche que varié. Nick et moi, nous nous croisons régulièrement depuis plusieurs années. On a décidé un jour de prendre un café ensemble pour que il me raconte son parcours et ce lieu magique.

 

Basement Productions : rencontre avec Nick Buxton
DR

Je suis né à Manchester en Angleterre.. Je fais de la musique depuis toujours, surtout la guitare, mais aussi la basse, les claviers, même un peu de batterie.  Pour mon premier concert en public j’avais 14 ans, dans une église, je voulais sortir avec la fille du pasteur. J’ai joué « Albatross » de Fleetwood Mac. Après j’ai joué dans un groupe très rock, chansons de Free, Black Sabbath, Deep Purple et Canned Heat.A l’université j’ai découvert la country, le Grateful Dead, Pink Floyd, Hawkwind, les drogues. Après mes études, je suis devenu un des responsables des ressources humains pour la ville de Coventry. Mais j’ai décidé de dédier ma vie au rocknroll. J’ai quitté ma vie, de costume cravate, direction la France.

(Nick Buxton - Droits réservés) 

Et donc ?

Je suis arrivé à Marseille où je suis resté deux ans, j’ai enregistré deux trois trucs dans un studio tenu par la Mafia, j’ai découvert la musique « world » et puis  je suis rentré en Angleterre pour gagner un peu de « thunes ». Pendant les années 80 j’ai joué dans quelques groupes, avec un peu de succès, mais sans vraiment gagner ma vie.  Je suis venu à Paris en 1990, quand ma femme de l’époque y a été mutée. J’ai commencé à produire chez moi des disques et rapidement j’ai compris qu’il me fallait un endroit pour travailler. Avec Olivier Furter, que j’ai rencontré grâce à un pote de chez Monoprix, et qui est devenu mon associé, on a d’abord commencé rue Saint-Denis. On a enregistré Kamel un rappeur et dealeur avec qui j’ai joué aux « Bains Douches ». David Hallyday m’a dit : « tiens, c’est bon ce que tu fais », et Saï Saï qui était un groupe de « Ragga ». Finalement on a déménagé en 1995 au 38 rue de Rochechouart où nous sommes toujours.

Basement : c’est un studio de répétition et enregistrement ?

Au début ce n’était que répétition et puis on a commencé à enregistrer des groupes et artistes. Maintenant il y a 6 salles de répétition, deux studios d’enregistrement et une grande salle pour les concerts ou les pièces de théâtre. Notre philosophie est, je suppose, « old school ». Coté répétition, chaque studio est diffèrent ; chaque a son propre son. il y a un mélange de matériel : du vieux et du nouveau. Mais c’est notre style. On a encore quelques clients qui sont avec nous depuis notre ouverture. Beaucoup de nos clients sont des amateurs, qui donnent quelques concerts peut-être, mais qui ne gagnent pas leur vie avec leur musique. On a eu quelques stars, Sexion d’Assaut, Black M et Maître Gims ont commencé leur carrière chez nous. Jarvis Cocker et Chilly Gonzales sont des habitués. C’est familial, on connait tout le monde. Coté enregistrement c’est pareil, sauf qu’on travaille beaucoup avec les professionnels, surtout pour les voix off et les publicités.

Comment as-tu commencé French Fries, les éditions ?

Quand tu as un studio de répétition et un studio d’enregistrement tu as des clients pour qui tu enregistre un album. Tu as des gens dont tu aimes bien la musique et à qui tu fais des supers tarifs ou alors que tu enregistres gratuitement juste parce que tu aimes bien l’album. Comme on voulait récupérer un peu d’argent, on a commencé par créer les éditions pour les artistes qu’on enregistrait, parce que on y croyait. On est alors devenu éditeur, membre de la SACEM. Aujourd’hui notre deal est simple : on s’occupe de tout le côté technique et en échange on garde les éditions.

C’est un bon deal ?

Je pense oui.. Même si nos tarifs ne sont pas très élevés, si tu passes deux semaines au studio, tu as une facture e 3000 euros.. Si tu es signé chez « French Fries » c’est offert! Si après on vend 100 albums, personne ne gagne rien. Si on vend un million tout le monde et content. Mais les Français ne sont pas comme les Anglo-Saxons qui se moquent un peu des éditions ; ils sont un peu plus « tatillons » sur le sujet. Ils ne vendent rien mais ils persuadés que je les arnaque, et ils se déchirent au sujet des royalties.. moi je pense que c’est mieux de gagner 50% d’un peu d’argent que 100% de rien de tout.

Aujourd’hui vous faites quoi concrètement quand vous signez un groupe ou un artiste ?

L’artiste a le temps illimité en studio. Il y a des musicos sur place qui peuvent jouer.. J’offre mon temps, mon expérience, mon avis, mes oreilles et on fait des albums magnifiques.. la plupart du temps on ne gagne pas d’argent mais ça nous permet de nous construire un catalogue. Mais côté promo, c’est l’artiste qui doit assumer..

(Droits réservés) 

Tu es Anglais et tu connais beaucoup de monde en Angleterre. Y a-t-il beaucoup de groupes anglais qui sont venus enregistrer chez vous au début ?

On a eu des anglais qui répétaient mais peu pour enregistrer. Je pense qu’on est un peu chère comparé aux studios anglais même si on est pas chère du tout vu les tarifs en France.

Le problème d’aujourd’hui ce sont les « home studios » ?

Oui, aujourd’hui avec un bon ordi et une carte son tu peux créer un studio chez toi. Le seul truc qui va te manquer c’est l’oreille de l’ingénieur du son (rires). Il faut souvent une personne pour expliquer tout ça.

Quel a été le premier groupe sur French Fries ?

Simili Skaï le groupe d’Olivier, qui existe toujours, et mon groupe les Jacks de l’or. Le premier groupe commercial a été Mami Chan, une chanteuse japonaise qui a été signée par « APC » et qui a bien marché. Pas autant que nous l’aurions voulu parce que nous n’avons personne qui s’occupe à pleins temps du développement des artistes.

Quels sont les groupes ou artistes qui t’ont marqué ?

Dans ma vie ? Dans l’ordre The Beatles, Cream, Free, Led Zeppelin, Pink Floyd, Grateful Dead, the Eagles, Joy Division, Television, New Order, Talk Talk, La liste est énorme…je viens de réaliser que Sonic Youth est magnifique, Can, Hawkwind, Syd Barret, Prince…

Mais il y a beaucoup d’anglais exilés à Paris à Basement !

Quelques-uns , comme Pat Griffiths de  In Red, Louis Alphonso, Nick Wheeldon, moi … John Hughes,

Comment as-tu appris où le son ?

Pas dans une école (rires). J’écoute cette musique depuis mes trois ans et j’ai appris sur le tas. Tu commences avec une petite table de mixage et tu apprends. Moi, ma première table, elle avait quatre pistes. Ensuite j’ai eu un huit pistes et puis un seize pistes et puis voilà… Mais concrètement j’ai vraiment appris sur la route en tournant avec des groupes en Angleterre : je faisais le son live. C’est comme ça que j’ai pu travailler avec Jesus and Mary Chain quand Bobby Gillepsie était à la batterie, c’est vieux tout ça mais aussi avec Sigue Sigue Sputnik avec qui j’ai fait un live …. C’était une autre époque : la technologie a beaucoup évolué. J’ai commencé avec les bandes analogiques, aujourd’hui c’est le numérique, qui s’impose le plus souvent mais nous avons toujours un magnétophone analogique au studio. Longtemps on a travaillé avec les deux.

Tu ne crois pas que on ne se cache trop derrière la technologie ?

Cela a toujours été le cas : si tu écoutes les disques que tu écoutais gamin ou même adolescent tu verras que la technique pour les produire a beaucoup évolué. Tu peux poser la même question à quelqu’un qui fait de la photo ou de l’art … La technologie est utile pour produire. Après il y a la question de goût qui joue. Il y a des albums qui sont produits en analogique et qui sont parfaits, comme les Pink Floyd ! On peut ne pas être fan du groupe mais il faut reconnaitre que c’est super bien faits. Par contre je vois le rapport que les jeunes groupes ont avec la technologie quand ils viennent chez  Basement ! Les chanteurs, ils veulent juste chanter quarante fois le titre et après ils choisissent la prise. Bon, Martin Hannet faisait ça avec Joy Division (rires), il faisait chanter plus de 80 fois le titre à Barney (rires).

(Droits réservés)

Quel est ton avis sur le streaming ?

Il y a des gens qui pensent que c’est en train de tuer la musique : c’est faux ! Quand la radio est apparue dans les années 30, pour beaucoup c’était la fin du monde : ça allait tuer la musique, les artistes et les gens n’iraient plus aux concerts. Cela a juste changé le système économique de la musique et les gens ont acheté des disques, et puis les CDs ... Donc il ne faut pas tout de suite critiquer le streaming. Mes enfants payent quelques euros par mois pour ces services et ils ont accès à toute la musique. Maintenant c’est compliqué de juste gagner de l’argent avec ça mais on doit avancer avec son temps. Il y a quarante ans il n’y avait pas autant de disques et ceux qui gagnaient de l’argent c’était les producteurs, aujourd’hui il y a beaucoup plus de musique et ceux qui gagnent de l’argent ce sont les sociétés de streaming. C’était aussi beaucoup plus compliqué de faire un disque il y a quarante ans : il fallait un producteur, un label …. Maintenant tu peux enregistrer et sortir un disque en une heure… Après faut juste le vendre.

Quels sont les artistes emblématiques pour toi de ton label et de ta société d’édition ?

Troy Henriksen, Gleb Bones, Louis Alphonso, un nouveau, James Bryan , Lise Cabaret et bien sûr Stéphanie Aile..il y a un autre Anglais, John Hughes, qui est simplement magnifique, un sorte de Nick Drake moderne, mais qui ne veut pas faire du promo... c’est un peu frustrant. On a fait des disques superbes avec David Rosane, Les Daltons, Inred, J’aimerais bien bosser avec Nick Wheeldon, mais il a toujours les plans d’enregistrer gratos ailleurs donc difficile de le persuader.

Vous êtes combien à Basement ?

On est cinq mais je suis le seul à pleins temps . Il y a deux autres ingés du son qui viennent pour les projets ponctuels ..et bien sur tous les musicos.

Maintenant arrive LA question : il est pour quand ton album ?

J’ai sorti quelques trucs en France avec mon groupe les Jacks de l’or. J’ai une trentaine de morceaux enregistrés mais qui veut les écouter (rires) ? Je vais sortir un disque avec Louis (Alphonso Ndlr) sous le nom de the Poison Hearts : je joue de la basse, j’ai fait des chœurs et des arrangements … C’est un boulot que j’aime bien.

(The Poison Hearts - Droits réservés) 

Tu ne montes plus beaucoup sur scène ?

Avec le groupe c’est compliqué : on a tous des occupations à côté et puis jouer dans un bar pour deux personnes c’est pas vraiment … agréable ! Mais je joue souvent avec Madame, Stéphanie Aile..

Quels sont les projets de Basement ?

On fait un nouvel escalier (rire général) ! On vient de finir l’album de Louis, on est dans celui de Greg Bones et puis ce de James Bryan. Cette après-midi il y aura peut être quelqu’un qui va venir avec un super truc … Maintenant on est un tout petit peu connu et donc on nous amène des projets. Maintenant il y a une école de formation de musique, « la Rock School », qui s’est installée au studio : ils ont 250 élèves qui apprennent la musique. Financièrement cela nous a beaucoup aidé.

Tu fais de la pub ?

Oui je enregistre des voix pour des spots de publicité , le E-training et pour une application de méditation.. le monde des voix off c’est bizarre…Il y a des budgets énormes pour dire quatre mots. Ce qui est bien c’est que avec ces clients là je peux produire un album. Bon je fais des albums avec pas grand-chose… (rires).

Tu veux dire quoi pour la fin ?

Goodbye

https://www.basementprod.com

https://frenchfriesrecordsparis.bandcamp.com

https://www.facebook.com/stephanielquadraphare/videos/10204153583271562/?t=0

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