Noux ! ou la musique en liberté !

Par Franco Onweb

Et si on parlait de musique ? Attention, il s’agit de ne parler que de musique, pas de pop, pas de rock, de musiques urbaines ou je ne sais quoi … Non, ici il s’agit juste de parler de la musique en liberté, de la musique sans caste, ni frontières, ni genre, ni rien …Il s’agit juste de deux musiciens au parcours radicalement différent qui ont décidé un jour de jouer de la musique ensemble !

Benjamin Laplace a joué pendant des années dans des groupes de rock, issus du punk, avec tout ce que cela peut comporter. A l’opposé Adrien Frasse est un prodige de la musique dite « classique » avec son violoncelle qui lui a permis de parcourir le monde et de gagner moult prix.

La rencontre des deux étaient improbables mais ils se sont croisés, et associés, pour un disque unique en son genre. De cet opus est né le duo NouX!  . J’ai rencontré les deux protagonistes de ce projet unique quelques jours avant leur premier concert.

Noux ! ou la musique en liberté !
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On va commencer par décrire vos parcours respectifs. On commence par Benjamin (Laplace Ndlr) ?

Benjamin : A la base, je suis parisien. Je suis arrivé à Saint-Jean-Cap-Ferrat, sur la côte d’Azur, à 7 ans. Il y avait le soleil et la mer, ça m’a réveillé. On avait une grande maison incroyable, que mes parents louaient à des milliardaires alors que nous ne l’étions pas du tout… A 8 ans, j’ai commencé la guitare en autodidacte, puis j’ai pris quelques cours de guitare classique. Au lycée, en seconde et première, j’étais en section Lettres et Musique. C’était passionnant, mais avec mes meilleurs amis d’enfance, nous avions déjà formé Mistral. On répétait dans une grande salle au rez-de-chaussée de ma maison, face à la mer… Le rêve ! J’ai rapidement arrêté mes études !

(Benjamin Laplace / Photo Youri Lenquette) 

Mistral, c’est un groupe qui a fait parler de lui à Nice ?

B : Oui, et pas seulement à Nice puisque le groupe a pris son envol quand on s’est installés à Paris… Dans le groupe, il y avait un Belge, un Monégasque, un Italien et moi. On était tous des déracinés à Saint-Jean-Cap-Ferrat. A la fin de la première, on est tous partis pour Paris. On a loué un local rue Garibaldi, à Saint-Ouen. On vivait tous ensemble, c’était un peu la zone, et on répétait au sous-sol quand l’un de nous n’y dormait pas ! On a commencé à jouer à Paris dans les salles et clubs de l’époque : Campagne Première, le Golf Drouot, le Gibus et plus tard le Rose Bonbon… On travaillait partout et avec tout le monde, et on a   même fait une tournée avec un producteur véreux devant des supermarchés de banlieue pour promouvoir une marque de saucisson ! Un jour,  on ouvrait pour le groupe Factory, dans la salle des fêtes de Montargis, et là, on a rencontré Sacha Reins, journaliste à Best qui était aussi éditeur. Il a craqué sur nous et nous a proposé d’enregistrer un disque. On avait beaucoup de groupies autour de nous et ça a dû lui plaire (rires). Il m’a fait signer un contrat d’édition chez EMI (éditions Champs-Elysées) et nous a proposé de rentrer aux studios  Davout pour enregistrer un 45 t pour Sonopresse (maison de disques affiliée au groupe Pathé Marconi). En studio, il a changé d’avis et proposé de faire plutôt un album avec, aux manettes, Thierry Vincent, l’ingénieur du son d’Higelin pour Alertez les bébés. On n’avait pas assez de titres, alors on a décidé de faire une reprise de You Can’t Always Get What You Want des Stones, en version Mistral power pop punk. L’album s’appelle Sexy Beau (pochette de Jean-Baptiste Mondino).

Mistral a beaucoup tourné ?

B : Oui, dès que le disque est sorti, on est partis dans une tournée marathon avec Scorpions, qui était dans la même écurie EMI. Puis on a joué avec beaucoup de monde : U2, INXS, Undertones, Talking Heads… et l’écurie française Pathé Marconi de l’époque : nos potes de Starshooter, Téléphone, Higelin… Et une consécration à l’Olympia, « Bleu-Blanc-Rock », en tête d’affiche avec  la crème rock de l’époque… Le label s’est cassé la gueule alors qu’on avait enregistré un deuxième album. Notre contrat a été repris par Phonogram, qui n’a pas racheté les masters… On était dégoûtés, mais on a fait pour eux un 45t : Unisex/Stop l’amour. Au fur et à mesure des tournées, ça s’est effiloché entre les membres du groupe. Il y avait trop de problèmes en interne, et surtout trop de drogue. Cela créait des tensions entre nous. Je trouvais qu’on ne travaillait pas assez. Il y avait un manque de résultat, un manque de reconnaissance. Plus ça allait, plus je commençais à trouver ça pathétique ! J’ai quitté le groupe. Je suis parti en leur cédant les droits sur les chansons, pour qu’ils trouvent un autre guitariste, mais finalement, ils n’ont pas continué.

Et ensuite ?

B : Je suis parti pour Londres avec ma chérie anglaise, également manageuse de Mistral. Là-bas, j’ai travaillé avec d’autres gens, monté un nouveau groupe… Puis Jean-Pierre, le chanteur de Mistral, m’a rejoint et il a proposé que l’on retravaille ensemble. Bon, on essayait de se calmer sur plein de choses, dont la drogue, et on a monté Ménage à 3. Cela a duré deux ans et c’est un très bon souvenir.

Tu expliques ?

B : On a beaucoup joué, beaucoup tourné… On a fait deux 45 t en Angleterre. Pour l’un d’eux, Danger d’émotion, nous avons fait l’erreur de prendre le même producteur que Duran Duran : le son et le style étaient stéréotypés, cela dénaturait l’identité sonore de Ménage à 3. Dommage ! Bon, on a fait de très chouettes trucs, comme le One Hundred Club à Londres… On s’est un moment installés à Amsterdam pour enregistrer, et ce n’était pas la meilleure idée de la terre pour nous (rires).  A la base, le groupe, c’était deux mecs et une machine, mais de fil en aiguille, on a embauché une rythmique et une chanteuse, Florence Berthault, qui avait travaillé pour Magma, France Gall, etc.

J’ai aussi vu que tu avais été programmateur au Pub Saint-Laurent à Nice ?

B : Oui, un soir je traînais à Saint-Laurent-du-Var et au bout du port, je suis tombé sur un lieu incroyable, une grande salle vide avec un spectacle de magiciens amateurs totalement ringards. Je suis allé voir le patron et lui ai proposé de « booker » Ménage à 3 pendant trois soirs, en lui promettant que ça allait cartonner. Et c’est parti comme ça ! Cela a ouvert une brèche pour que ce tout ce qu’il y avait de meilleur en rock à Nice s’y produise.  Du coup, le club Blue Sea, sur le port de Nice, m’a confié sa programmation. Ça marchait fort !

Tu as fait des albums solo dans les années 2000 ?

B : Oui, des beaux albums mais qui sont restés confidentiels ! Je n’avais plus envie de monter des groupes. Mon premier album s’appelait Comme, et le deuxième Quoi ?. On peut les trouver sur Soundcloud. J’ai beaucoup tourné avec ces deux albums et me suis mis au service d’autres formations. Et puis un soir de 2015, au spectacle d’un ami chanteur lyrique, Fabrice Di Falco, j’ai rencontré  Adrien, mon alter ego dans NouX !. A l’époque, j’allais voir des groupes tous les soirs. J’avais de nouveau envie de faire un album, c’était vital pour moi de trouver une direction. Adrien jouait du violoncelle, et je me suis dit « Du violoncelle ! Trop bien ! ». C’est mon deuxième instrument de prédilection, après la guitare.

Peux-tu te présenter Adrien ?

Adrien (Frasse-Sombet Ndlr) : J’habitais à côté de Toulon et j’ai commencé la musique très jeune, à l’âge de 4 ans, alors que personne dans ma famille n’est musicien. Je suis tombé amoureux du violoncelle. J’ai intégré un premier conservatoire à 12 ans chez moi, dans le Sud, puis je suis monté à Paris avec mes parents pour passer le concours du conservatoire national (CNSM). J’ai été pris ! J’avais 15 ans.

(Adrien Frasse-Sombet / Photo Youri Lenquette) 

Ce n’était que du classique ?

A : Oui, que du classique, cela me passionnait ! Je n’avais pas l’idée d’écouter du rock, du rap, de la techno ou de la pop… Mon univers, c’était le classique ! J’ai eu le premier prix du conservatoire en violoncelle, et un prix de musique de chambre à l’âge de 18 ans. A 20 ans, j’ai commencé les concerts et j’ai rencontré le couturier Pierre Cardin, qui m’a permis de faire mes premières grandes scènes. Cela a été assez déterminant pour la suite de ma carrière. Grâce à lui, j’ai pu jouer au Festival de Séoul , à l’Espace Pierre Cardin… Cela m’a permis d’avoir des articles dans le magazine Classica et de participer à des concours, notamment en Corée. J’ai commencé à faire des voyages un peu partout, notamment en Chine. Cela m’a ouvert à d’autres styles musicaux et m’a donné l’envie de collaborer avec des artistes de divers horizons. C’est dans cet état d’esprit que j’ai rencontré Benjamin. Il avait déjà écrit les titres, on a répété assez vite, et on a enregistré l’album.

Tu n’as pas été inquiet quand tu as vu son CV, toutes ses collaborations, dont celle avec Prince, et le côté « sex and drugs and rock n’ roll » ? C’est un peu ton antithèse…

A : Oui, on peut voir ça comme ça. Benjamin dit souvent que nous sommes l’alliance de la Carpe et du Lapin (rires).

C’est qui le lapin ?

A : C’est interchangeable (rires) ! Nous sommes juste des gens d’univers différents !

Mais c’était quelqu’un qui avait un passé plus… agité que toi.

A : Je crois que c’était à un moment de sa vie où il avait envie de s’assagir… Mais on partageait quelque chose d’assez sombre à cette époque.  On s’est beaucoup apporté l’un à l’autre… On est sur un projet commun avec nos passés respectifs. Cela nous unit !

On va parler de votre album : il me fait beaucoup penser à Bowie période berlinoise, avec un côté un peu décadent mais très écrit.

B : Oui, je ne suis pas un fan absolu de Bowie, mais effectivement, sa période berlinoise, notamment avec Iggy Pop, m’a beaucoup inspiré. Je suis content que tu l’aies remarqué ! Bowie est quelqu’un de très libre et ça, ça m’a donné de la force.

On peut aussi parler de Klaus Nomi, mais c’est un peu facile !

B : Cela vient de la présence sur l’album de Fabrice (Di Falco Ndlr), qui chante sur deux titres. Ce qui les rapproche, et que j’ai aimé chez eux, c’est leur interprétation du fameux Cold Song de Purcell, et aussi leur ambiguïté respective (sourire affectueux, Ndlr).

Mais dans votre musique, il y a du blues, comme le fait Nick Cave dans sa période berlinoise ?

B : C’est effectivement tout ce côté noir de Berlin. A l’époque, c’était une ville très libre où on pouvait tout se permettre. Chez NouX !, on n’a pas de codes, ou plutôt si, les codes que nous avons initiés. Mais cela n’a pas toujours été bien compris : les fans de Mistral et Ménage à 3, par exemple, ont pris ce disque pour une trahison, ils n’ont pas saisi la démarche.

Pourquoi ? Parce que tu as mis du classique et que tu as fait un album de blues/musique classique ?

B : Oui, probablement ! C’est quelque chose de novateur et les gens ont besoin de s’accrocher à leurs souvenirs d’adolescence.

Autre personnalité sur votre disque, Nono, le guitariste de Trust ?

B : Je suis quelqu’un de très fidèle en amitié. Norbert et moi nous sommes connus sur les scènes, lui avec Trust, moi avec Mistral. Il fait partie de ces musiciens qui sont très libres. Il joue sur trois titres de l’album. Sur l’un d’eux, il fait un gros chorus typé hard, mais de sa signature, superbe d’ailleurs. J’ai produit l’album, je savais ce que je voulais, il est très intuitif et il a travaillé exactement dans ma direction.

Adrien a participé à la production ?

A : J’ai placé mes parties de violoncelle sur les titres. En fait, Benjamin arrive avec le morceau et ensuite, je place ma partie. On fonctionne toujours comme ça.

B : Attention, on travaille vraiment ensemble. On a la chance d’avoir la possibilité d’utiliser un studio comme on veut. Comme ça, on a pu faire beaucoup tourner les titres. Je voulais que ce soit le disque d’un duo, pas un album solo.  Et avoir un musicien comme Adrien avec soi, c’est incroyable… J’avais des figures imposées à jouer au violoncelle pour l’album, et comme il a l’oreille absolue, je n’ai pas eu besoin d’écrire les partitions pour ses parties. Je les chantais ou les jouais à la guitare, il les reproduisait immédiatement. Il est vraiment très fort !

Justement, Adrien, tu connaissais cet univers rock and roll ?

A : Le rock non, mais j’avais déjà collaboré avec des musiciens « musique du monde », des musiciens de jazz… J’ai travaillé sur le côté pop avec Dominique Magloire, avec qui j’ai fait un spectacle sur la voix ainsi qu’un album.

B : D’ailleurs, sur cet album, il y a une superbe reprise de Still Loving You (de Scorpions) au violoncelle…

A : Moi, j’ai juste voulu faire de la musique.

(Photo Youri Lenquette) 

Ça a été long à faire, cet album ?

A : Oui, il y a eu un processus de production qui a duré plus de deux ans. On a enregistré et après, il y a eu un énorme travail de post-production. Il suffit juste d’écouter le disque pour le comprendre…

B : C’est l’album que j’ai fait dont je suis le plus fier, notamment en ce qui concerne la production. J’ai passé énormément de temps avec mon ingé son, Pierrick Noël. Des heures ! Je faisais revenir Adrien pour doubler des parties de violoncelle ! J’ai aussi invité le saxophiste de jazz Raphaël Imbert (Victoire du jazz) sur trois titres… Et il fallait arriver à tout faire tenir. Pour m’y retrouver, je tenais un cahier de bord en notes et en mots. De l’orfèvrerie !

Cela se passe comment sur scène ?

B : On est à quatre avec un bassiste et un batteur.

A : Il faut d’abord un bon ingénieur du son. A quelques semaines du concert, je me dis que nous allons simplement faire de la musique tous ensemble, mais moi, avec mes partitions. Il y a la trame des morceaux, bien sûr, avec des plages de liberté. Et aussi les dialogues guitare/violoncelle/mots…

Il faut de sacrés pointures pour arriver à faire ça ?

B : Oui, d’ailleurs quand j’ai envoyé les bandes à Rudy (Serairi, le bassiste Ndlr), je lui ai envoyé les masters basse/batterie en plus de l’album car c’est moi qui joue la basse sur l’album. Il y a apporté sa touche personnelle et les joue à la perfection. J’ai fait pareil avec le batteur Patrick Marsepoil, un musicien de rock et de jazz, qui s’est très bien approprié les parties de batterie. C’est un concert très écrit, comme un film ; entre les morceaux, il y a des pastilles d’une ou deux minutes, un peu dans un esprit tech  sous influence Robert Wyatt (sourire).

A : Moi j’aurai un statut particulier (rires)

B : Je veux que tout soit carré, là où Adrien aimerait parfois rester en mode « planning »… mais finalement, on trouve toujours le bon compromis.

N’est-ce pas là la grande différence entre vous : pour Benjamin, la musique n’a jamais été aussi écrite et pour Adrien aussi peu écrite ?

(Eclat de rire général) B : Oui, c’est un peu ça !

A : Attention, j’ai fait des choses qui étaient encore moins écrites !

B : Il est dans une quête de liberté, mais c’est aussi le seul musicien avec qui je joue qui a le droit d’avoir des partitions sur scène. Ah ah !

A : C’est beaucoup pour l’effet visuel (rires). Dans un groupe comme celui-là, c’est drôle de voir apparaître quelqu’un avec un pupitre et une partition. Cela a un côté… décalé !

B : Ce sera un vrai spectacle qui commence très sombre et qui va de plus en plus vers la lumière. Encore une fois, c’est très construit.

A : C’est pour ça que nous ne sommes pas un groupe de rock ! Pour moi, c’est de la musique alternative…

B : Alternatif dans le sens expérimental. On a du mal se cataloguer !

A : Déjà, en se définissant, on se limite !

Vous faites donc juste de la musique ?

A : C’est ça ! Ce n’est pas du rock en tout cas.

B : J’aime ton idée de blues classique, François. Par exemple, je suis un grand admirateur de Jimmy Page, et pas uniquement quand il joue avec Led Zeppelin : le Jimmy qui fait de la musique expérimentale ou celtique, le « CIA » comme il dit (celtic, indian, asian)… Le concert sera comme un film avec un début et une fin.

Le 6 décembre, ce sera votre premier concert ?

A : On a juste fait des show cases et happenings pour l’instant.

B : Ce sera notre premier concert en grosse formation, le NouX ! Band ! On sera filmés ce soir-là.

Qu’est-ce qui vous manque, parce que votre disque pourrait être un disque qui fasse école, puisque votre musique, c’est la liberté et absolument pas de contraintes ni de codes ?

B : C’est une idée (rires).

A : On est dans une époque de brassage, donc cela va dans ce sens-là !

B : Moi, j’ai plus peur des histoires d’étiquette qu’Adrien ! On est difficilement classable, par exemple en magasin : on fait du rock indé, du classique, de la pop, de l’alternatif/expérimental ? Où nous ranger ? On souffre un peu de ce problème d’étiquettes.

Quels retours avez-vous eu sur l’album ?

B : Il y  a des gens qui adorent l’album et d’autres qui le détestent sans vraiment le comprendre. En fait, le disque déclenche des réactions soit d’amour, soit de haine, et je me dis que c’est bon signe (rires). Maintenant, on n’a pas encore vraiment de radios qui nous jouent ou nous suivent puisque la promotion n’a pas encore commencé.

Vos projets, c’est quoi ?

A : Jouer le disque et tourner le plus possible !

B : Pour ça, il nous faudrait un bon agent, un tourneur/producteur, mais le but est vraiment là : jouer partout où nous le pouvons !

En concert le 6 Décembre à "la dame de Canton" 75013 Paris 

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