Double Françoise : rencontre avec un duo Pop / Bossa

Par Franco Onweb

La musique est souvent belle quand elle est simple ! Souvent une voix et une guitare, ou un piano, suffisent à créer un morceau de musique. Cette simplicité est la marque du duo Double Françoise formé par Lisa et Maxence. Ici pas de grosses guitares, de synthétiseurs, de samples ou de batterie mais au contraire une orchestration légère qui offre un véritable écrin aux chansons de ce duo trop méconnu. Attention, ici on parle de vraies « pop songs » qui naviguent avec bonheur sur les rivages de la « Bossa Nova », cette musique brésilienne trop souvent ignorée dans nos contrées.

Alors que le duo enregistre un premier album, attendu pour le printemps, et qu’il jouera le 29 Novembre prochain à Bagnolet avec l’ami Popincourt, j’ai discuté avec les deux membres d’un groupe que vous allez adorer aimer !

 

Double Françoise : rencontre avec un duo Pop / Bossa
Stéphane Drouot

Lisa : Nous sommes le duo Double Françoise.

Maxence : J’ai joué dans pas mal de groupes avant. Et puis on a monté un premier duo avec Lisa mais c’était différent de ce que nous faisons maintenant.

Vous faites donc de la musique ensemble depuis longtemps ?

L : Oui, au début c’était en amateurs. Ce premier groupe s’appelait Tom’s Club, en 2001. On s’est découvert ensemble cette passion : la bossa originale des années 60 avec des gens comme Joao Gilberto, Jobim, Baden Powell… On jouait ce répertoire.

(Lisa - Photo Double Françoise) 

Double Françoise existe donc depuis quand ?

L : Le nom est né avec le groupe en 2014.

Pourquoi ce nom et cette musique : on a l’impression que ce serait comme si Françoise Hardy faisait de la bossa nova ?

L : Elle en a fait un petit peu sur un de ses albums, « La Question ». Notre nom vient bien en partie d’une référence à Françoise Hardy. Nous voulions un nom qui sonne français. C’est l’époque où nous étions en train de signer avec un label belge, qui est toujours aujourd’hui notre label, « Freaskville ».  Comme il rayonne à l’échelle européenne, c’était intéressant d’être identifiés comme français. L’idée de Double Françoise vient aussi du fait que, en studio, on double souvent les voix en superposant ma voix en plusieurs prises. Je me double moi-même, donc Double Françoise !

M : C’est venu aussi de l’album d’un groupe vocal oublié des années 60, les Jumping Jacques. Il y avait un morceau qui s’appelait « Double Françoise », justement à cause de ce procédé de « re recording ». Ça nous a fait marrer.

Quelles sont vos influences ?

L : La bossa nova, la pop anglo-saxonne et française des années 60 et 70, et la chanson française, enfin surtout de mon côté pour cette dernière, Gainsbourg en particulier, mais pas seulement.

M : Oui, Gainsbourg pour moi aussi, mais aussi Pierre Barouh, avec qui on a eu l’honneur de partager la scène il y a quelques années. Et je tiens à rajouter les Beach Boys, que j’aime vraiment beaucoup. Une autre grande influence pour moi : c’est François de Roubaix. On peut ajouter dans la même veine Vladimir Cosma ou Ennio Morricone.

Il y a un groupe qui revient beaucoup quand on parle de vous, c’est Stereolab.

L : On nous en parle régulièrement, en effet, et ce qui est amusant c’est que nous avons découvert ce groupe à cette occasion. On connaissait très peu. Je suppose qu’on doit avoir les mêmes influences qu’eux, en fait.

On pourrait penser que votre musique, c’est un peu du « easy listening » ?

L : Je ne sais pas trop ce que cela veut dire, mais comme on aime les belles mélodies et les choses un peu jolies, c’est peut-être ça l’« easy listening ».

M : On aime les mélodies, les arrangements, les harmonies. Peut-être aussi l’influence de la « library music » que j’écoute pas mal.

(Maxence - Photo Double Françoise) 

Vous avez aussi un côté très intimiste ?

M : On essaye de faire attention à ne pas se perdre dans l’outil studio en rajoutant pleins de choses. Moi-même, j’aurais tendance à utiliser un peu trop le studio et ses possibilités. On essaye d’aller à l’essentiel en gardant le plus souvent la guitare classique et la voix de Lisa. Cela donne ce côté intimiste.

L : On est juste tous les deux en studio, puisque on enregistre à la maison. On fait tout à la main (rires). Maxence est ingénieur du son de formation, multi-instrumentiste et réalisateur. Sur l’album que nous préparons, il y a quelques guests sur 3 ou 4 morceaux , d’où un peu plus de luxuriance mais toujours avec un son chaleureux et « organique ».

Vous aimez la pop française ?

L : Oui bien sûr. Moi par exemple, j’aime beaucoup les disques de Lio, Daho, Juliette Armanet… des chansons parfois légères en apparence, qui parlent souvent d’amour.

M : On aime beaucoup Katerine, aussi, même si on a un peu décroché depuis 2 ou 3 albums.

Double Françoise a donc vraiment commencé en 2014 ?

L : Oui, avec un titre, « La Bête », qui avait été édité par « Freaksville » pour une compilation de « La Souterraine ». Ensuite, fin 2015, il y a eu EP cinq titres, « Les French chanteuses ».

Vous avez beaucoup joué ?

L : Assez peu sous le nom de Double Françoise. On a joué à Paris dans le 11ème, au « Planète Mars », début novembre 2015, pour la sortie de l’EP. Sinon, on a surtout joué près de chez nous. On n’a pas de manager, de tourneur, alors on doit se débrouiller nous-mêmes. Il faut dire aussi que nous aimons vraiment beaucoup le studio et qu’on y passe pas mal de temps. On nous voit donc rarement en live, mais on a quand-même eu deux titres de cet EP en rotation sur Fip, à un moment donné. On était fiers.

Ça se passe comment sur scène ?

L : Ça dépend, mais souvent on est tous les deux. On a eu des musiciens sur quelques dates, dont Paris, mais c’est rare. On n’a pas les moyens financiers et logistiques d’avoir un vrai groupe, donc on se débrouille à deux, le plus souvent.

M : En même temps, ce n’est pas forcément indispensable : il y a pas mal de morceaux qu’on peut jouer guitare voix. On a quelques parties programmées, et je fais les parties harmoniques principales avec une guitare et / ou un clavier, et ça suffit.

L : Je chante, et je joue parfois une petite percussion. 

Comment ça se passe pour la composition et l’écriture : quel est le rôle de chacun ?

M : Je suis le principal compositeur, mais il peut arriver que Lisa trouve une mélodie de refrain par exemple, et que moi je trouve la suite du morceau.

L : Je suis l’auteur principal, mais il arrive aussi à Maxence de trouver des paroles.

Vous jouez bientôt à Paris ?

L : Oui, le 29 novembre à Bagnolet, à « La Belle Maison », en première partie de Popincourt, et ce sera très bien (rires). On va jouer une demie heure et on est hyper contents que Olivier (Popincourt Ndlr)  nous ait invités !

C’est quoi la suite ? 

L : Terminer l’enregistrement de l’album ! Il sortira au printemps 2020, toujours chez « Freaksville ».

M : Je joue de tous les instruments, et il y a quand même quelques invités.

L : Par exemple, sur un des morceaux il y a un violon : c’est un oncle qui joue. Sur un autre morceau, qui est un blues, il y a un copain à nous qui est guitariste de blues rock… En fait, Maxence, même si il est multi-instrumentiste, n’est pas spécialiste de tous les instruments.

M : Enfant, j’ai d’abord fait du piano classique pendant 10 ans. J’ai donc eu des bonnes bases. Je sais lire une partition, mais je travaille surtout à l’oreille. Ensuite, à l’adolescence, j’ai découvert les synthés, que j’adore, et assez rapidement, la basse, que j’adore aussi. En fait j’avais constaté qu’il manquait souvent des bassistes, alors c’était en plus un bon moyen pour intégrer des groupes. C’est comme ça que j’ai fait mes premiers groupes. Après j’ai appris la guitare, seul, surtout par la bossa.

(Photo Double Françoise) 

Et toi Lisa ?

L : Moi je suis totalement autodidacte, et je ne sais pas si on peut me qualifier de musicienne. J’ai une bonne oreille, une passion non pas pour le chant mais pour la chanson, et une bonne mémoire mélodique. Il m’arrive de plus en plus souvent d’avoir des idées musicales, des idées d’habillage pour les chansons, sans pouvoir techniquement les réaliser moi-même. C’est là que le travail avec Maxence est vraiment satisfaisant : il réalise, et ajoute, et sublime, et fait vivre, mes esquisses de chansons. J’ai aussi une vraie passion pour les mots. J’étais le genre d’enfant à collectionner les dictionnaires et à écrire des poèmes (rires). Et je n’ai pas changé, en fait ! Comme j’ai toujours aimé chanter, mais sans vraiment l’avouer, la rencontre avec Maxence m’a permis de vivre mes deux passions. C’est le travail de studio avec lui qui m’a fait progresser. On a réécouté récemment notre tout premier enregistrement, qui date de 2001 : je chante beaucoup mieux aujourd’hui, c’est objectif ! (rires)

Comme tu es fan des mots, le français t’es venu naturellement ?

L : Non. Au début, comme on jouait le répertoire classique de la bossa, je chantais en portugais. Ensuite, j’ai commencé à écrire mes paroles, et je l’ai fait en anglais. Ça m’est venu comme ça. Parce que c’est la langue de la pop, parce que je faisais des études d’anglais, et aussi probablement un peu par pudeur. Maintenant, j’assume le français. C’est ma langue, c’est celle dont je maîtrise le mieux les subtilités, et celle avec laquelle il me plaît de jouer. Et depuis quelques années j’assume complètement ce que j’écris, je prends le « risque » que l’on comprenne ce que je raconte.

Sur l’album, ce ne sera que des compositions ?

L : Il y aura peut-être une reprise, mais pour l’instant on doit finir de tout enregistrer, et la track list n’est pas encore finalisée. 

M : Il y aura un peu moins de bossa, sur ce disque, et un peu plus de pop…

L : Notre truc c’est vraiment les chansons, en fait. Avec un habillage différent pour chacune : rock, blues, funk, bossa, twist, swing… Est-ce que ce n’est pas ça, la pop ?

Mais faire de la bossa est-il naturel pour vous ?

M : Naturel ? Avec mon premier groupe, on reprenait les Cure, mais je ne fais pas vraiment partie de la génération « Indie Pop », je suis un peu trop jeune pour ça. J’ai juste écouté un peu Blur ou Supergrass. Je n’ai découvert la bossa qu’après, en 2000, et ça a été une révélation pour moi : les rythmes, les harmonies, les mélodies, tout me parlait.

L : Le son de la guitare acoustique, les voix peu travaillées, naturelles, ça me touche moi aussi. Je ne suis pas spécialement fan des styles très marqués « urbains ». On habite à la campagne, aussi, et  ça joue  peut-être (rires).

Ça joue, le fait de venir de la « campagne »  ?

M : Oui, on aime ce qui est bucolique, un peu comme « Village Green », l’album des Kinks qui est un de mes disques préférés. On a l’impression qu’ils ont enregistré ce disque dans une grange à la campagne, et que sur la photo de la pochette, ils viennent juste d’en sortir. J’aimerais bien que notre  son ressemble un peu à ça !

L : Moi, j’aime bien la musique « country » (rires). Bon, chacun a droit à son petit mauvais goût ! (rires)

(Photo Double Françoise) 

Mais c’est pas honteux !

M : Je suis d’accord ! D’ailleurs, quelqu’un comme Paul McCartney en est très imprégné.

Mais il y a des liens entre la pop et la bossa ?

M : La bossa est une forme de pop. J’avais lu un entretien de Jobim qui disait que si l’anglais avait  été la langue de la bossa, cette musique aurait envahi le monde beaucoup plus qu’elle ne l’a fait. 

Votre force, ça reste l’acoustique ?

L : Oui et non. Disons qu’on donne plus dans l’artisanal que dans l’industriel, mais ce n’est pas forcément toujours « acoustique » pour autant. A vrai dire, on fait rarement dans l’épure totale, parce que Maxence est un vrai maniaque en studio, et cela se ressent. Chaque morceaux peut prendre des semaines en production : il y a pleins de petites choses. 

M : Mes qualités d’instrumentiste jouent aussi : si je dois enregistrer une partie de batterie, par exemple, cela peut me prendre du temps (rires).

Tu n’as pas peur parfois d’aller trop loin dans la production ?

M : J’essaie de me freiner un peu, et de rester « organique », de garder une fragilité dans les prises, une imperfection ici ou là, quelque chose d’humain. Et puis on part toujours d’une chanson, bonne si possible, jamais simplement d’un beat, d’un son, d’une idée de prod.

L : On reste très attachés au format chanson : couplet/ refrain. Quelque chose d’assez classique.

Vous pourriez aller jouer au Brésil, au pays de la bossa nova ?

L : A vrai dire, notre Brésil est fantasmé. Cela dit, ce serait chouette, on pourrait peut-être rencontrer Marcos Valle, qui est un peu le McCartney brésilien et que nous aimons beaucoup !

Vous pourriez  jouer à l’étranger ?

L : Bien sûr, pourquoi pas ? Si on nous y invite, on peut jouer n’importe où. Je veux dire si on nous invite vraiment. La téléportation gratuite n’est pas encore inventée.

Que voulez-vous dire pour la fin ?

L : J’aimerais que les gens se réapproprient, ou s’approprient, le Beau. Parce que c’est un besoin de l’âme auquel on répond trop peu.

Quel disque vous donneriez à un enfant pour l’amener vers la musique ?

L : Un disque de Nino Ferrer !

M : Oui, Nino Ferrer, pour l’aspect très ludique des paroles, et l’effet dynamisant de sa musique et de sa voix soul. Les enfants adorent Mirza, on l’a testé !

 

En concert le 29 novembre avec Popincourt Full Band

A la Belle Maison – 24 rue de malmaison – 93 170 Bagnolet

 

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