Laurence Romance : rencontre autour de Charles Manson

Par Franco Onweb

Originaire du plat pays qui est le sien (le Pas-de-Calais), Laurence a d’abord été la chanteuse de Radio Romance, le groupe new wave qui lui a valu son pseudonyme, avant de collaborer pendant près d’un demi-siècle au service culture de Libération. Entre autres, car on ne compte plus les publications, françaises comme étrangères (Guardian, Times, etc.) qui ont accueilli sa plume pertinente et volontiers acérée. La polyvalente journaliste s’est également souvent illustrée sur les ondes et à la télé, notamment comme présentatrice de l’émission culte « Rock Express » sur M6. Traductrice pointilleuse des manuscrits du fameux Journal de Kurt Cobain, elle vient hardiment de rejoindre en 2019 le côté obscur de la force en menant à bien son projet de faire publier la version Française de l’unique autobiographie de Charles Manson.

Laurence Romance :  rencontre autour de Charles Manson
DR

Avant de traduire ce livre que savais-tu de Charles Manson ?

Alors d’abord : Hello Buzz on Web et merci de vous intéresser à ma traduction de Charles Manson par lui-même, le document le plus proche d’une autobiographie qu’on aura jamais du gars puisqu’il est mort il y a bientôt deux ans et ne risque plus d’écrire, ni de se « confesser » à qui que ce soit. Pour répondre à ta question, disons que j’étais déjà familière du « cas Manson », j’avais lu des livres sur lui, je connaissais comme tout le monde l’histoire de sa « Famille » et des meurtres Tate-LaBianca, bref, j’avais un peu creusé — mais là je me suis complètement ensevelie (Rires).

(Charles Manson lors de son procès - Droits réservés) 

C’est toi qui es à l’origine de la sortie de ce livre en France ?

Oui, j’en ai fait une affaire personnelle et j’ai remué ciel et terre pour trouver un éditeur. Ça n’a pas été aussi facile que je le croyais au départ. Pourtant il existe plein de bouquins en français sur Manson et moi je déboulais avec le seul livre de Manson — enfin, presque, ce sont ses confessions à un pote ex-taulard qui les a mises en forme. Bref, j’étais sûre que ce serait du gâteau, je m’étais lourdement trompée. Faut croire que le mec est encore drôlement subversif, même cinquante ans après.

Il date de quand ce livre ?

Dans sa version originale, intitulée Manson In His Own Words : The Shocking Confessions Of « The Most Dangerous Man Alive », il a été publié en 1986 aux États-Unis chez Grove Press, une maison d’édition assez pointue. Je l’ai trouvé aux USA il y a longtemps, au cours d’un voyage de presse. Je l’ai dévoré et j’ai vu que c’était un très bon bouquin, qui méritait amplement le concert d’éloges imprimés à son sujet en quatrième de couverture : « impossible à lâcher », « fascinant », « hypnotique », etc. Après quoi je l’ai un peu oublié : je l’avais prêté à Bobby Gillespie de Primal Scream qui a mis des années à me le rendre… Puis Charlie a cassé sa pipe en novembre 2017, j’ai suivi le truc sur le net et j’ai vu que ma version en v.o. figurait dans le « Top 5 » des livres à lire absolument sur Manson sur le site du New York Times, je crois. Et là, stupéfaction : en quelques clics supplémentaires, j’ai découvert qu’il n’avait jamais été traduit en français.

Pourquoi ?

(Rires) Bonne question ! J’avoue que je l’ignore complètement, d’autant que — je me répète, mais c’est important — il existait déjà quantité d’ouvrages liés à Charles Manson disponibles en français et ce, dans tous les genres, de l’enquête au roman en passant par les essais, et j’en oublie.

 

(Laurence Romance - Photo regis Durand de Girard) 

Peut-être parce qu’il représente le mal absolu ?

Possible, mais ce sont les américains qui ont bâti ce mythe. Sur cinquante ans : contrairement à ce qu’on imagine, Manson n’est pas devenu légendaire du jour au lendemain. Après sa condamnation en 1971 il était même plutôt considéré comme un pestiféré, lui qui connaissait plein de gens dans le showbizz, plus personne ne voulait être associé à lui… Sauf Neil Young, qui a dit qu’il le trouvait sympa et bourré de talent. En 1974, Young publiera d’ailleurs sur son album On The Beach une chanson intitulée « Revolution Blues » écrite du point de vue de Manson. Ce qui donne au niveau des paroles des trucs comme : « Paraît qu’il y a plein de stars à Laurel Canyon, je les déteste pire que des lépreux et je vais tous les tuer dans leurs bagnoles ». Autant dire que lorsqu’il l’a jouée pour la première fois à ses potos de Crosby, Stills et Nash, ils n’ont pas trouvé ça drôle et le lui ont fait savoir. Mais pour revenir à la construction du mythe Manson, avant « Revolution Blues » un premier film sur lui avait fait un bide, et la « reconnaissance » n’est venue que plus tard, comme d’habitude  grâce à la télé : les animateurs stars des chaînes américaines ont défilé pour l’interviewer et faire grimper leur audimat, lui-même était évidemment ravi de faire son numéro devant les caméras, c’était le « bon client » par excellence, comme on dit dans notre jargon de journalistes.

 

En France tu ne peux pas faire ça.

Aux USA les autorités carcérales ont fini par interdire les interviews filmées de Charles Manson dans les années 80 je crois, mais c’était trop tard, le mec était devenu une star. Suffit de jeter un œil sur YouTube pour comprendre pourquoi : il danse, il fait des grimaces, un vrai clown. Il a atteint son but, finalement, être célèbre, sauf que ce n’est pas comme il le souhaitait grâce à sa musique.

Parlant de ça, tu ne penses pas que tu étais la personne la plus qualifiée pour faire ce boulot puisque à la base tu écris sur la musique ?

Si, bien sûr, pas de fausse modestie ! (Rires) Bon, sérieux, je ne suis pas la seule qui aurait pu rendre justice à ce bouquin passionnant et rempli de références, notamment musicales, mais une des plus qualifiées, très certainement.  La presse a d’ailleurs souligné mon « excellente traduction », ce qui m’a évidemment fait très plaisir.

La préface de Simon Liberati est en opposition par rapport au livre. On a l’impression que c’est un disciple de Manson et qu’il est fasciné par la violence des faits alors que quand on lit ton livre on s’aperçoit que Manson est un vrai loser, loin de l’image que veut nous faire croire la préface.

(Rires) Oui, c’est un loser, c’est le bon terme et il l’emploie à plusieurs reprises dans le livre pour se décrire. Il le revendique donc carrément, et il y a une raison à cela : à l’époque de ses entretiens avec Nuel Emmons, le pote ex-taulard à qui il a raconté sa vie pendant environ cinq ans, Manson avait entre 50 et 55 ans et croyait encore possible d’obtenir une libération conditionnelle en se présentant sous son meilleur jour. C’est pourquoi le premier tiers du livre, intitulé « L’éducation d’un hors-la-loi », détaille si précisément son enfance effectivement peu enviable — c’est un euphémisme. Pareillement, la deuxième partie, intitulée « Un cercle unique », démarre par cet aveu incroyable : Manson explique qu’au moment de sa remise en liberté en 1967, deux ans avant les meurtres, il ne voulait en fait pas sortir de prison parce que, disait-il, ayant vécu enfermé depuis ses douze ans, il n’avait « nulle part où aller. » Comme chacun sait, il est sorti quand même et bientôt s’est formée la « Famille », une communauté comme il en devait en exister des dizaines sur la côte Ouest des États-Unis à l’époque… Ce n’est que dans la troisième et dernière partie du livre, « Sans conscience », qu’il admet clairement que les choses ont salement dérapé et qu’il n’y est pas pour rien.

Tu penses que les propos de Manson dans ce livre sont les plus proches de la réalité, de ce qu’il pensait ?

Difficile à estimer, mais je dirais que Charles Manson par lui-même est probablement véridique à 70%, et que les 30% restants sont du bullshit. Quoi qu’il en soit, ce livre restera ce qui s’approche le plus d’une autobiographie du personnage — Emmons a retranscrit à la première personne, c’est donc Manson qui « parle » — et c’est pourquoi il fallait absolument qu’il existe en français.

(Droits réservés) 

Oui mais Nuel Emmons a beau préciser dans sa préface que c’est les propos de Manson et pas les siens, c’est quand même lui qui a écrit le livre. Et quand on suit le résumé de l’histoire on a un type qui a une enfance proche de Zola, qui devient un animateur de colonies de vacances et qui suite à un quiproquo devient un « serial killer ». Il passe pour un gros « loser ».

(Rires) Oui, oui, on est loin de « l’homme le plus dangereux du monde »… C’est intéressant ce que tu précises sur Nuel Emmons, car effectivement il y a au minimum deux niveaux de lecture : d’un côté les « confessions » plus ou moins sincères comme on l’a vu de Charles Manson, de l’autre la nécessaire mise en forme du « confesseur », qui s’est retrouvé confronté à une foultitude de problèmes qu’il lui a fallu résoudre pour mener son œuvre à bien. Déjà les difficultés techniques : impossible de retranscrire mot à mot les propos d’un gars qui apparemment parlait à toute blinde et de manière pas toujours très compréhensible (voir YouTube), d’autant qu’Emmons ne pouvait pas toujours tout enregistrer ; ensuite et peut-être surtout, il faut imaginer que ça a dû être de se coltiner les sautes d’humeur de Manson et ses revirements, un jour d’accord pour raconter son histoire et du coup très bavard, la fois d’après mutique ou s’engueulant avec Emmons parce que, finalement, il ne veut plus… La plaie que ça a dû être, et cinq ans d’affilée en plus … (Rires) Manson a fini par désavouer et Emmons et sa bio, on ne sait pas trop pourquoi mais il y a deux hypothèses : soit parce qu’il raconte dans le livre — et c’est un scoop — être allé en personne sur les lieux des meurtres de Cielo Drive après le retour des tueurs, soit parce qu’il en a voulu à Emmons d’avoir conservé le récit de son viol alors qu’il était enfant dans la version finale. Va savoir !

(Charles Manson avec les Beach Boys, Marilyn Manson et Axl Rose - Droits réservés)

Mais où est la vérité ?

(Rires) Mais qu’est-ce que j’en sais, moi, j’y étais pas ! Bon, sérieux, comme je l’ai déjà dit, je pense que c’est aux deux tiers crédible. Et ça n’engage que moi, mais je crois qu’il a été sincère pendant quelques mois après sa sortie de prison en 1967 dans son désir de s’intégrer dans le mouvement communautaire en vogue à l’époque, de voyager — dans tous les sens du terme — en compagnie de gens rencontrés sur la route et ainsi de suite.

Tu crois à ça ?

Oui, pourquoi pas ? Un type qu’on a trimballé à droite à gauche pendant toute son enfance et qui s’est retrouvé enfermé quasiment en permanence de 12 à 33 ans, c’est juste logique qu’il cherche la famille et la liberté qu’il n’a pas connues. Mais bien sûr, comme c’était un petit délinquant à la base, doublé d’un piètre maquereau — toujours la loose, haha — son « mauvais fonds » a ressurgi assez rapidement et il a compris le parti qu’il pouvait tirer de ces jeunes fugueurs qu’il prenait en stop dans son van et qui s’accrochaient à lui comme s’il était leur sauveur. C’est précisément le rôle qu’il a décidé d’endosser. Il n’était pas instruit mais loin d’être con, et il avait eu tout le temps en prison pour s’intéresser de près à l’hypnose, à la scientologie, même à des bouquins à la con comme Comment se faire des amis par Dale Carnegie. Si on ajoute à ce cocktail une bonne dose de sexe et de drogues — facile dans l’Amérique hippie de la fin des 60s  — tous les ingrédients sont réunis pour l’avènement d’un « leader charismatique ».  

On voit beaucoup de drogues...

Oui, en particulier du LSD, et selon la légende, Manson prenait toujours des doses plus légères que celles qu’il filait aux autres pour garder le contrôle. Il ne dit pas le contraire dans Manson par lui-même.

Et beaucoup de sexe...

Effectivement, il en fait des tonnes sur le sujet dans le bouquin. Et je crois qu’il s’est réellement appliqué comme il l’explique à être le meilleur amant possible pour les filles qu’il « recrutait », afin qu’elles soient complètement accros à lui. Parce que, sans verser dans l’attaque physique, il faut reconnaître à Charlie Manson une certaine abnégation dans le domaine (rires) car elles étaient loin de ressembler toutes à des top models…

Mais toi maintenant après avoir travaillé sur lui tu penses quoi, toi ?

Déjà, très bon sujet, surtout pour moi. J’avais envie de passer du côté obscur de la force (rires) plus de quinze ans après ma traduction du Journal de Kurt Cobain. Il se trouve que je suis considérée comme — pouf-pouf, attention clichés en rafale ! — la « spécialiste française de Nirvana » parce que j’ai été l’une des premières, sinon la première journaliste à évoquer le groupe dans des médias non spécialisés ( Libération, M6…) et que j’ai réalisé l’une des dernières, sinon la dernière interview filmée de Cobain quelques mois avant son suicide… C’est cool, rien à redire, mais du coup je trouvais intéressant de me colleter à l’inverse de l’icône « christique » qu’est Cobain, donc Charlie Manson était idéal : tout aussi fascinant et charismatique que l’autre selon moi —et je suis loin d’être la seule à penser cela, si l’on se réfère au nombre hallucinant de films, livres, séries, etc. à son sujet — mais en négatif.

Pourquoi continue-t-il à fasciner autant d’après toi ?

Excellente question : pourquoi c’est lui la star, alors qu’il fait piètre figure comparé aux abominables serial killers qu’on nous montre sur Netflix et qu’il n’a d’ailleurs probablement tué personne, ou pas seul ? Ou, au rayon « sectes », pourquoi dépasse-t-il en « popularité » des types comme David Koresh ou Jim Jones qui ont fait beaucoup plus de dégâts ? 900 adeptes suicidés en Guyane pour le dernier cité, ce n’est pas comparable à l’affaire Tate-LaBianca… Or, Manson occupe dans la culture populaire une place unique, le sujet est inépuisable et protéiforme, de la politique à l’ésotérisme et j’en oublie un paquet. Donc, force est d’admettre que le gars devait être sacrément charismatique. Et aussi, son histoire se situe à une période charnière : à défaut de tuer des gens, il a très certainement tué une culture, le mouvement hippie.  

" Clip tourné au 10050, Cielo Drive, la maison du meurtre de Sharon Tate et de ses amis transformée en studio d’enregistrement par Trent Reznor de Nine Inch Nails. Marilyn Manson l’accompagne à la guitare"

Justement est ce qu’il n’est pas connu parce qu’il annonce la fin de « l’été de l’amour » ?

On ne peut pas le dire comme ça : « l’été de l’amour », c’était en 1967 aux USA, donc c’était fini deux ans avant les meurtres de la Famille Manson. Mais cette horrible affaire a définitivement porté un sacré coup au courant « peace and love », c’est indéniable. D’ailleurs, nombreux étaient ceux dans la contre-culture qui pensaient que toute l’histoire était un coup monté de la CIA et de Richard Nixon pour décrédibiliser le mouvement et faire plonger les hippies. L’emblématique magazine Rolling Stone avait même prévu de titrer « Manson est innocent » pour sa cover-story… Jusqu’à ce que les deux journalistes envoyés en reportage auprès de la « Famille » ne prennent peur et se barrent à toute vitesse, persuadés d’être les prochains sur la liste des victimes. À l’arrivée, la couve a été le sous-titre du livre que j’ai traduit : « The story of the most dangerous man alive ». 

On va revenir sur l'introduction : comment Simon Liberati, qui est loin de cet univers, a-t'il- pu écrire cette préface où il rend presque hommage à Manson qui était, à la lecture du livre, un crétin ?

Pas d’accord, c’était loin d’être un crétin : il n’était peut-être pas très instruit mais il était intelligent, et malin, et rusé. Et Simon Liberati n’est pas si loin de cet univers, il en est même assez proche puisqu’il est l’auteur de California Girls, son livre sur l’affaire publié en 2016.

(Les "Manson girls" durant leur procès - Droit" réservé") 

Comment s’est-il retrouvé à écrire la préface de Manson par lui-même ?

Eh bien je n’y suis pas pour rien, d’une certaine façon. On parlait plus tôt de mes difficultés à dénicher un « home sweet home » pour ce livre, ce qui veut dire tout d’abord une série de refus francs et massifs des maisons d’édition, comme si je leur amenais Mein Kampf ou je sais pas quoi… (Rires) J’ai pourtant fini par en dégoter une première, mais elle s’est rétractée à la dernière minute, ce qui m’a fait perdre trois mois très précieux, puisque le livre devait absolument sortir en 2019 pour coller à l’actualité, le 50ème anniversaire des meurtres, la deuxième saison de la série Mindhunter, le film Once Upon A Time In Hollywood de Tarantino…  J’ai donc dû réagir très vite et, je passe les détails, mais c’est Simon Libérati qui m’a trouvé le deal chez Séguier. Où j’ai illico proposé qu’il s’occupe de la préface, avant de me mettre au boulot proprement dit, parce que le temps pressait, pressait… À l’arrivée, j’ai découvert la préface imprimée — on m’a mise devant le fait accompli —  et j’avoue n’avoir rien compris : chez Séguier, ils n’avaient pas arrêté de répéter qu’il ne fallait surtout pas passer pour des fans, qu’il y aurait un avant-propos pour que ce soit bien clair, etc. là on était en plein dedans, bref.

Donc elle dérange cette préface ?

Honnêtement, elle m’a dérangée à la sortie du livre en mai dernier mais là, six mois plus tard, j’en ai vraiment plus rien à carrer. Le truc, c’est que je pensais que tout le monde allait me poser la question sur le « paradoxe de la préface » alors qu’en fait tu es le premier ! Je ne me souviens même pas avoir lu dans l’un ou l’autre des articles sur le livre — et il y en a eu un paquet, tous positifs, voire dithyrambiques, ce qui est génial —  une quelconque remarque sur cette préface, style, « c’est remarquable » ou au contraire « c’est choquant ». Donc au final peut-être les gens ne lisent-ils pas les préfaces et qu’on donne trop d’importance à celle-là à revenir encore et encore dessus ? (Rires)

Manson est revenu dans l’actualité avec le film de Tarantino, l’anniversaire des meurtres le 9 août dernier et la deuxième saison de la série Netflix Mindhunter. Est-ce que tu ne penses pas que ce livre va remettre en place le personnage de Manson ?

Je pense qu’il n’est jamais parti ! En France c’est un peu différent mais aux USA il fait partie intégrante de ce qu’on appelle la « pop culture ». Pour commencer, c’est le prisonnier qui a reçu le plus abondant courrier de fans pendant toute sa vie et aujourd’hui, bientôt deux ans après sa mort, il reste présent dans l’actualité de manière très régulière — en ce moment via de pseudos « héritiers » assez chelous qui vont bien devoir finir par filer leur ADN s’ils veulent prouver leur authenticité, à moins que ce ne soit déjà fait.

« Charles Manson amuse la galerie »

Mais là on parle de pop culture et est-ce que ce n’est pas antonymique avec Manson : la pop culture c’est un truc joyeux et culturel et là on parle d’un mec qui est à l’antipode de ça ?

La pop culture n’est pas forcément joyeuse ! Joy Division est là pour en témoigner — entre autres. Et Trent Reznor de Nine Inch Nails a enregistré son album le plus noir, The Downward Spiral, dans la maison de Cielo Drive où est morte Sharon Tate — il avait loué l’endroit pour en faire un studio d’enregistrement. Il m’a dit une fois le plus sérieusement du monde que c’était un « pur hasard » (rires), avant de m’informer qu’il venait également de produire Marilyn Manson.

Mais tout ça c’est du marketing ?

Oui et alors ? Manson lui-même n’a jamais touché un rond sur quoi que ce soit donc où est le problème moral ? Je peux t’assurer qu’il n’était pas du tout fan de Marilyn Manson, à qui il reprochait de lui avoir volé son nom, ni d’ailleurs des Guns N’Roses qui ont pas mal contribué à asseoir le mythe à la fin des années 80 quand leur chanteur Axl Rose a eu l’idée de se pointer sur scène en tee-shirt Charles Manson. Et d’enregistrer ensuite une reprise d’une chanson de Manson en « titre caché » d’un album. L’autre était fumasse, bien sûr : s’il y a quelqu’un qui a eu un « problème moral » avec l’exploitation de Charles Manson, c’est bien Charles Manson lui-même !

Mais toi qu’est-ce que tu en penses : tu ne penses pas qu’il aurait fallu le laisser dans sa prison plutôt que de faire des films, des disques et des livres ?

Ben déjà pour commencer l’un n’empêche pas l’autre hein : il est resté dans sa prison tandis qu’on faisait des films, des disques et des livres. Sinon, tu poses là une question trop vaste — la morale, la censure — pour la petite traductrice que je suis. (Rires) Il faudrait demander à ceux qui font vraiment du fric sur Manson, d’abord. Et puis, à ce compte-là, il faudrait interdire par exemple toutes les « œuvres d’art » qui évoquent Gilles de Rais, qui combattit aux côtés de Jeanne d’Arc avant de devenir notre premier serial killer répertorié… C’est de l’histoire, ces gens appartiennent à l’histoire.

Tu penses donc que ce livre est un témoignage d’une époque, presque un livre historique ?

Ce n’est pas un « livre d’histoire » comme ceux qu’on étudie à l’école parce que Manson n’est pas, ou — qui sait ? — pas encore une figure historique comme Caligula ou Néron. Mais le témoignage d’une époque, les années 60, tout à fait.

Mais est ce que Manson ne serait pas aujourd’hui bien actuel dans l’Amérique de Trump ?

Peut-être, à la base Manson était un « hillbilly », un péquenot américain bien raciste, mais perso je me garderais bien d’associer Trump et Manson : ils n’ont rien à voir, Manson était beaucoup plus malin et charismatique que Trump.

(Charles Manson en 2014, trois ans avant sa mort - Droits réservés)

Tu voudrais dire quoi pour clore cette interview ?

Achetez le livre (rires), c’est une histoire passionnante dont l’intéressé livre pour la première et dernière fois en français sa version, ce qui en fait un document rare et donc exceptionnel qui n’excuse rien mais permet de mieux comprendre comment tout a pu déraper de manière si abominable.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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