Fuzzy Vox : Rencontre avec Hugo Fabbri

Par Franco Onweb

Depuis quelques années le trio Fuzzy Vox parcourt les routes de France en jouant son rock sixties élégant, pleins de fuzz et de mélodies. Hugo Fabbri est le chanteur-guitariste du groupe. Depuis 2011, il est le front-man d’un trio qui dégage une énergie communicative, qui leur a permis de se bâtir un public dans toute la France au fil des nombreuses tournées que le groupe a effectué dans l’hexagone.

Alors que Fuzzy Vox est en studio pour préparer son troisième album j’ai rencontré Hugo pour évoquer avec lui ce trio magique mais aussi son projet solo Vigor Hugo que l’on présentera bientôt. Bienvenu dans l’univers d’un groupe qui est déjà grand !

Fuzzy Vox : Rencontre avec Hugo Fabbri
DR

Je suis le chanteur de Fuzzy Vox et j’ai aussi un projet solo sous le nom de Vigor Hugo! depuis quelques temps.

 

(Hugo Fabbri en concert - Droit réservé) 

Comment la musique est rentrée dans ta vie ?

A la base cela ne m’intéressait pas : j’écoutais de la variété française avec mes parents quand j’étais gamin en vacances mais cela n’allait pas plus loin. Ma mère est proviseur adjoint et on a déménagé un peu partout dans le Val de Marne. J’étais un vrai geek : il n’y avait que les jeux vidéo qui m’intéressaient. Au moment où « la Game Cube » est sortie je la voulais absolument. Mes parents ont accepté de l’acheter en échange de prendre des cours de piano. J’ai dit oui et j’ai commencé comme ça !

Tu venais d’une famille où la musique était importante 

Beaucoup de gens, dans la famille de ma mère, faisaient de la musique et donc pour eux c’était important. Au début j’aimais bien mais sans plus et un jour mon prof de piano m’a fait un boogie et ça a été le déclic. J’ai commencé à en faire tout le temps. Je me suis mis, un peu par hasard, à écouter Téléphone et les Beatles, du coup je me suis mis à la guitare à 13 ans. Mes parents me faisaient beaucoup écouter de ma musique. Ma mère aimait la variété Française et le rock un peu « gentil » comme les Beatles alors que mon père c’était des trucs de rock progressif que je déteste maintenant comme Yes ou Genesis (rires) ! Mais bon grâce à ça j’ai eu une vraie culture de guitare et dés que  j’ai eu ma première guitare, j’ai vraiment passé tout mon temps libre à faire que ça !

Tu n’as pas été tenté par le Hip Hop ?

Je viens de la banlieue bourgeoise, à Saint Maur il n’y a pas vraiment de scène Hip Hop (rires). En fait il y a peu de temps que je me suis mis à en écouter.

Justement c’est quoi tes influences ?

Mon premier choc c’est Téléphone : j’ai tout acheté et même aujourd’hui je suis fan des riffs de guitare de Bertignac. Franchement je n’ai pas honte d’aimer toujours ça ! C’est un groupe qui a parlé à beaucoup de gens : c’était un groupe qui était décomplexé par rapport à leurs paroles.

Comment on arrive à Fuzzy Vox ?

Au lycée j’ai eu des groupes, le genre un peu détente qui jouent une fois par an. A Saint Maur il y avait un bar, « la bonne ambiance », qui existe toujours, où il y avait des « Jams » tous les jeudis. Un jour je suis passé devant avec ma guitare, ils m’ont proposé d’y aller et ça a été le coup de foudre ! Pendant trois, quatre ans j’y suis allé tous les jeudis ! C’était mon rendez-vous . J’y allais avec un pote de lycée qui était batteur. On a rencontré Grégoire (Dessons Ndlr) qui était là avec sa basse. On a décidé de monter un groupe avec lui. Il avait dix ans de plus que nous et tout de suite il a été ultra motivé : il nous a discipliné. Il est toujours le bassiste de Fuzzy Vox. C’est vraiment lui qui nous poussé à travailler, à faire un truc pro…

Tout de suite vous avez un côté super pro, déterminé et vous vous mettez à jouer du rock très marqué par les sixties et seventies ?

Oui, quand j’avais 16 ans j’allais à la médiathèque de Saint Maur parce que je n’avais pas d’argent pour acheter des disques. Le mec qui m’a accueillis c’était le batteur des Norvins (groupe de garage de la scène parisienne Ndlr) qui m’a pris sous son aile et qui m’a fait découvrir pleins de trucs : Gun Club, Big Stars, Stooges … Tout ces groupes sont devenus mes favoris. J’ai vraiment eu de la chance de tomber sur lui.  On est toujours très potes et il continue toujours à me faire découvrir des groupes !

(Fuzzy Vox, de gauche à droite Jeremy Norris, Hugo Fabbri et Grégoire Dessons - Photo Yann Buisson)

Mais vous saviez où vous alliez dès le début ?

La première rencontre ça a été Grégoire, il avait déjà trente ans et lui il savait vraiment ce qu’il voulait. On a fait un premier concert en 2010 « aux Disquaires » et un pote d’enfance, Rodrigue, est venu il adoré ce concert et il s’est proposé de nous manager. Il a été une énorme plus-value : il était ultra motivé. Tout de suite il a compris le problème de Paris : trop de groupes et pas assez de salles. Le seul espoir pour nous d’exister c’était de partir en province.

Ça vous a aidé cette démarche?

Enormément ! i il venait d’un circuit punk où pour exister tu dois jouer, donc tout de suite pour jouer, et exister, il nous a envoyé en province. La première fois c’était à Dunkerque : on avait un van pourri, on a dormi en plein froid sur un bateau … c’était vraiment n’importe quoi (rires) ! Mais on avait la niaque ! On a fait quelques petits concerts qui nous ont rapporté quelques sous : on a tout mis dans un camion qui était un énorme van incassable et on est parti sur la route. On a compris qu’il y avait un vrai public partout : il fallait juste se bouger le cul. C’est ça qui fait un groupe : les weekends en camion sur la route !

Tu penses que c’est comme ça que vous êtes devenus un groupe ?

Bien sûr, mais en dehors de ça on était fier de faire ça. On postait nos photos sur Facebook dans tous les endroits où on jouait (rires). Au final ça a payé : on a joué un peu partout  dans le nord, dans le sud-ouest ou en Bretagne. Comme ça on a lancé des graines qui nous permettent aujourd’hui de jouer un peu partout.

Tu veux dire que Fuzzy Vox a joué partout en France ?

Oui, et surtout Bretagne et Sud-Ouest!!

Vous avez fait une première partie de Johnny Hallyday ?

Oui, un grand moment : c’était à Sedan dans les Ardennes en 2016 ! On venait de sortir notre deuxième album « NO LANDING PLAN », totalement autoproduit, et notre tourneur de l’époque Jean Luc Jousse nous a trouvé le plan.C’était une des premières tournées avec notre batteur actuel Jeremy Norris. 

(Fuzzy Vox en première partie de Johnny Hallyday au stade de Sedan en 2016 - Droit réservé) 

C’est sur cette tournée que vous avez trouvé votre son ?

Oui, il vient directement de la scène ! On a jamais cherché à passer des heures en studio : on a joué sur scène !

Vous avez fait combien de disques avec Fuzzy Vox ?

Trois Ep et deux albums, mais surtout on a fait beaucoup de concerts, surtout en 2016 qui a été notre grosse année : un passage à « Rock en Seine » et deux apparitions à la télé, dont le « Grand Journal », grâce à notre attaché de presse de l’époque. Un de nos secrets est que on a toujours essayé de s’entourer de gens compétents et de faire de la route : on adore être dans le camion ! 

J’ai lu que dans vote camion vous avez beaucoup de choses ?

Une « Xbox », une « Game cube » la télé et notre ancien batteur a même  bricolé une couchette.

Vous faites des reprises ?

On a fait pas mal et on a fait un concours sur internet pour demander aux fans quel titre ils voulaient que nous reprenions et franchement on s’est éclaté sur des reprises de Capdevielle ou Lady Gaga. On les a postées sur internet.

Vous préparez un nouvel album ?

Oui, on est en train de l’enregistrer.

Vous restez dans la même veine ?

Non, on tente un truc assez dingue avec des claviers. Mélanger l’énergie du rock garage avec un côté plus méchanique electro des 80’s. On pense que ça se rapproche d’un truc assez britpop, et on surkiffe !!!!

La formation est la même ?

Bien sûr, on a le même batteur depuis trois ans. On a changé un peu  l’équipe autour de nous : on a un nouveau manager qui nous aide beaucoup. Il vient du Métal et franchement dans ce milieu ils sont ultra pros et super bien organisés.

Mais tu ne penses pas que vous êtes un des rares groupes de France à avoir le potentiel pour accéder au grand public ? Qu’est-ce qui vous manque ?

J’espère que on est accessible par tous mais plus grand monde écoute du rock : les gamins ils aiment le Hip Hop ou l’électro. En plus nous, on chante en Anglais et donc on a du mal à atteindre les grosses radios à cause de ça. On est un peu le cul entre deux chaises.

Mais il y a de la place pour un groupe comme vous ?

Tout d’abord on en vit depuis trois ans et on a eu accès à quelques grands médias notamment la télé mais globalement le rock n’est pas dans la culture française! C’est pour ça que nous sommes allés enregistrer aux USA : là-bas ils connaissent et maitrisent le truc. C’est aussi pour ça qu’on essaye en ce moment de monter une tournée aux USA. L’année dernière on a fait une tournée en Angleterre en première partie des Bellsrays. C’était super mais il faut savoir que lorsque tu joues aux USA ou en Angleterre tu ne gagnes pas d’argent. Les groupes Anglais c’est super compliqués pour eux : ils galèrent vraiment. Ils n’ont pas d’intermittence, ce genre de trucs … C’est pour ça qu’ils tournent en Europe : pour gagner de l’argent !

Quel est votre rapport à internet ?

On est ultra présent sur les réseaux sociaux ! C’est devenu obligatoire. Je passe ma vie à regarder les réseaux sociaux et souvent je suis dégouté en me disant que c’est du temps que je perds en regardant ce que font les autres et pas à travailler sur ma musique. Aujourd’hui c’est impossible de faire de la musique sans Facebook et autres réseaux.

Mais vous avez tellement tourné que vous auriez pu être connu sans ?

Peut-être mais cela reste un outil incroyable pour regarder les autres groupes, le matériel et prendre des contacts.

 

(Fuzzy Vox en 2019, de gauche à droite Jeremy Norris, Hugo Fabbri et Grégoire Dessons - Droit réservé) 

Tu n’as pas peur d’avoir une image de branché ?

Branché ? Je pense que je suis tout sauf branché!! Tu devrais me voir en jogging bière  avec des cernes de porc après 12h de van et me dire si j’ai l’air branché! C’est le dernier de mes soucis en plus (rires). On essaye juste de faire la musique que l’on aime, le reste on s’en fout.  Il n’y a rien de plus satisfaisant que le gens qui nous félicitent à la fin des concerts.

Pourquoi vous n’avez pas de labels ?

Franchement on a jamais cherché (rires). Je n’ai jamais vraiment compris à quoi ça servait un label. Nous par exemple quand on vend un disque ou un T shirt ça va directement dans notre poche ! On se bouge en fait ! Je ne dis pas que si demain un gros label vient nous voir pour nous proposer un contrat avec une belle exposition médiatique on ne signera pas mais pour l’instant ce n’est pas le cas. En fait comme beaucoup de groupes on n’a pas trouvé le label que il nous faut. On verra juste à la sortie du nouvel album si on arrive à accrocher un label anglais ou américain.

 Fuzzy Vox en concert le 18 octobre à Issy les Moulineaux 

Espace Icare - 31 Boulevard Gambetta 

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