The Wave Chargers : la plus belle vague de la surf-music

Par Franco Onweb

Au début des années 60, des adolescents dans le sud de la Californie passaient leurs journées d’été à surfer et le soir à danser sur de la musique instrumentale très à la mode à l’époque. Ils ajoutèrent de la « reverb » sur leurs guitares et jouèrent d’une façon très particulière avec un rythme particulièrement entrainant : la surf music était née !

Depuis les années soixante, dans le monde entier, des groupes et des artistes continuent de perpétuer ce genre musical. The Waves Chargers, sont parmi les plus dignes représentants de cette musique. Depuis quatre ans ces parisiens enflamment les clubs et les salles avec ce rythme musical si emballant. Pour discuter de cette musique et du groupe, j’ai parlé avec Francis le leader, fondateur et guitariste de ces "chargeurs de vagues".

The Wave Chargers : la plus belle vague de la surf-music
Samy the Kay

Francis (guitariste du groupe) : Le groupe a commencé il y a 4 ans. Je jouais avec Claude, le batteur des Wave Chargers, dans les Kitschenette’s. Je voulais faire un groupe de surf music depuis assez longtemps. On a eu un break de six mois avec les Kitschenette’s et j’ai motivé Claude, qui était assez chaud. Pour les autres membres j’ai lancé une bouteille à la mer auprès d’un petit réseau trié sur le volet et on a rencontré Anne, notre première guitariste, qui nous a quittée il y a un an. Notre bassiste Samy, je l’ai rencontré à un concert des Spadassins à l’Espace B.

(The Wave Chargers en concert à Paris en 2019 - Photo Gérald Chabaud) 

Il y a qui maintenant le groupe ?

Anne est donc partie et pour la petite histoire, elle m’a remplacé dans les Kitschenette’s. J’ai quitté les Kitsch il y a deux ans (je crois). Ils ont galéré ensuite pendant un an avec des guitaristes de remplacement avant de la recruter. Chez nous elle a été remplacée par Louise. A la basse il y a toujours Samy et toujours Claude à la batterie.

Alors posons la question : c’est quoi la Surf Music ?

Tout d’abord, je dois dire que j’ai toujours adoré cette musique. Ça m’éclate totalement. C’est une musique qui a une vraie énergie. C’est un genre instrumental avec les guitares en son clair bien en avant qui vient de Californie du sud et dont les grands héros sont Dick Dale ou les Bel Airs… C’est de la musique faite par des surfeurs. Les musiciens surfaient dans la journée et le soir ils faisaient danser les foules avec ce genre particulier : des trémolos picking et plein de reverb dans la guitare… Cela a donné ce son incroyable : c’est ce qui fait la différence avec les groupes instrumentaux à l’époque.

Il y a des interprétations qui disent que la Surf Music, c’est tout aussi en fonction du rythme qui rappelle la vague : tu es d’accord avec ça ?

C’est une interprétation qui a été donné comme ça mais je pense surtout que les groupes jouaient à l’énergie mais ça peut rappeler aussi ça. En fait la plupart des rythmiques de Dick Dale par exemple viennent de son amour pour Gene Krupa. Il voulait reproduire sur une guitare les roulements de Krupa à la batterie.

Il y a eu des groupes Français ?

Oui. Ces 10 / 20 dernières années rien que les Cavaliers ou les Wangs sur Paris, les Arondes à Montpellier, les Agamemnonz (encore en activité) à Rouen, et plein d’autres encore... Les Taïkonauts, les Kogars… la liste pourrait être longue.

Mais c’est une culture qui existe depuis longtemps ?

On est dans une tradition qui perdure dans la musique mais les surfeurs d’aujourd’hui n’écoutent plus vraiment cette musique. Pourtant c’est la seule musique à ma connaissance, qui est liée à un sport, il y a peut-être aussi les musiques de la culture skate mais elles existaient avant d’être récupérées par les skateurs. La surf music est vraiment arrivée quand la mode du surf est apparue en Californie, disons que ça a un peu vrillé quand les surfeurs ont viré hippies (rires).

Pourtant c’est aussi la seule musique qui est liée à l’eau : c’est une musique aquatique ?

Oui, c’est vrai, je n’y avais jamais pensé mais c’est vrai. Mais nous on est arrivé par la musique et pas par le surf, personnellement je ne surfe pas, juste je roule en longboard (rires). Il faut bien se rappeler qu’il y a eu un revival sur la surf music après « Pulp Fiction ». Bien sûr il y avait “Misirlou” de Dick Dale en ouverture du film dont tout le monde se souvient, mais il y avait aussi des titres des Lively Ones, des Tornadoes, des Centurions ou des Revels qui ont marqué pas mal de gens moi y compris. Des gens ont pris des guitares après le film, j’en ai connu.

Vous avez beaucoup joué depuis quatre ans ?

Oui, quand on s’est formé on a répété et on a fait un premier concert au de bout de deux ou trois mois. Depuis on a joué un peu partout en France mais aussi en Belgique, en Allemagne, en Italie, en Angleterre … On s’est pas mal promené !

Le fait que ce soit une musique instrumentale vous a aidé à jouer à l’étranger ?

Il y a un petit réseau sur la surf music mais on navigue aussi entre la scène sixties et la scène Garage. On est aussi aimé des punks et même de la scène Rockabilly.

Mais on peut imaginer que vous jouiez sur une plage devant des vagues ?

On l’a déjà fait, c’était un de nos premiers concerts il y a quatre ans, un festival à Ramatuelle / St Tropez, le festival Tiki Pop Fever. Le décors était splendide. On a joué aussi face à la mer au Surfer Joe Festival en Italie à Livourne, mais c’était un peu plus bétonné.

Vous avez joué avec qui ?

En noms un peu connus ? Les Flamin’ Groovies en juin, Jim Jones & The Righteous Mind, les Fleshtones, les Limboos, les 5.6.7.8’s… Et à cette liste je rajoute nos copains des Howlin’ Jaws. Dans pas longtemps ils seront aussi connus que les autres.

Il vient d’où votre nom ?

La traduction exacte c’est « chargeurs de vagues ». On a cherché un soir avec Claude et par association d’idées on a trouvé ça : ça permet de réunir la culture de la bagnole (la Dodge Charger de “Boulevard de la mort” ou de “Vanishing Point”) et la culture surf. C’est aussi un terme qui existe pour de vrai chez les surfeurs qui s’attaquent à de très grosses vagues, mais on s’en est rendu compte après coup (rires).

Vous avez fait des disques ?

Oui, deux 45t 4 titres enregistrés par Thierry Los (leader des Végomatic Ndlr). Le premier on l’a enregistré sur bande avec un micro stéréo. On l’a fait dans une école primaire du XIIIe arrondissement où vivait la mère d’un pote en une après-midi, directement sur bande avec un Revox. Thierry voulait vraiment essayer d’enregistrer un groupe de surf comme ça depuis un moment, dans une pièce avec suffisamment de résonance naturelle et juste un micro. On a juste déplacé les amplis dans la pièce pour faire les niveaux et la panoramique (rires).

(Photo Pablo Medrano)

Et le deuxième ?

Dans un garage à Courbevoie qui ne répare que de vieilles Mercedes de sport. On l’a fait dans les mêmes conditions que le premier. Nos 45t il faut vraiment les voir comme des cartes de visite : ce que tu as sur ta platine, tu l’auras sur scène.

Ce sont des compositions originales ?

Les deux titres des faces A oui et les faces B ce sont des reprises. On a repris « Bambino » connu par sa version par Dalida mais à notre sauce, en fait l’original c’est un vieux morceau Napolitain sur lequel on a basé notre version. Ca et OSS 117 (rires). On a repris Johnny and the Hurricanes, les Cavaliers, Rich Clayton and the Rumbles… Tu peux retrouver ça aussi sur notre Bandcamp.

Mais la surf est une culture mondiale ?

Aujourd’hui, oui.

En fait il y a toujours eu des groupes instrumentaux qui faisaient une musique qui pouvaient s’approcher de la surf music. Dans les années 60 tu avais des groupes de guitares instrumentales: les Shadows au Royaume Uni, les Spotnicks en Suède, les Fantômes en France, Takeshi Terauchi au Japon, même les Ventures aux USA qui n’avaient pas particulièrement un son surf au début. Mais si on parle de surf music au sens strict du terme, ça reste un truc de Californiens à l’origine (donc début des années 60) avec un style de jeu particulier, avant que ça ne déferle sur le reste du globe et que finalement chacun mixe ça avec sa propre culture.

Mais globalement tout le monde aime la surf : pourquoi ce n’est pas plus connue ?

Merci d’en parler : je pense qu’il y a un gros travail d’éducation ! Nous quand on cherche des dates, on trouve des mecs qui pensent que c’est un peu … planplan ou répétitif et dès qu’ils nous voient jouer ils disent tout de suite que ça envoie. On met un point d’honneur à ne pas jouer comme un groupe de surf “à la papa” (rires). En fait c’est une musique qui a un gros problème de connaissance et de reconnaissance (rires).

Il suffit juste de regarder vos vidéos pourtant ?

Oui mais les gens pensent que la surf c’est “Misirlou” de Dick Dale et que tout tourne autour. Ou alors que c’est les Beach Boys. Après c’est vrai qu’il y a des groupes de surf où à la fin tu ne distingues même plus les morceaux, tout se ressemble… On essaye d’éviter ça en ouvrant sur d’autres ambiances.

Mais c’est une culture sous-estimée qui a peu de réseaux à Paris et pourtant tous les gens qui vous ont écouté que je connais vous aiment : c’est pas frustrant ?

D’abord merci mais oui tu as raison, on est entre plusieurs scènes : la scène garage, fifties, sixties, punk et même mods… On plait à tous mais c’est vrai qu’on n’est pas dans une scène précise et parfois c’est problématique. Les gens ne savent pas forcément ce qu’est la surf … Les gens l’identifient mal et ils peuvent l’assimiler à plusieurs scènes. En fait c’est une musique que tu peux mettre partout (rires).

Autre point important : vous avez une classe sur scène avec vos polos et vos guitares ?

On essaye d’avoir une unité vestimentaire comme les groupes de l’époque. On soigne vraiment nos visuels. C’est Samy, notre bassiste, qui fait ça. On essaye de s’inscrire dans une tradition pour que quand on voit nos photos et nos pochettes tu puisses deviner notre univers assez rapidement.

Vous ne vivez pas de la musique ?

Non, aucuns d’entre nous : on travaille tous à côté. Ou on essaye de travailler (rires) !

Vous allez jouer cet été ?

Non, les autres sont pris et on s’y est mal pris.Il est trop tard pour caler les dates estivales. On n’a pas de manager, de tourneur pour s’occuper de nous : on fait tout nous même ! D’ailleurs si quelqu’un veut se dévouer ce serait avec plaisir (rires).

(The Wave Chargers en concert au Bus Palladium en février 2019 - Photo Vbenbackstage)

Quand on lit vos titres vous restez vraiment dans une culture surf sud-américaine ?

Pas que, mais oui il y a quelques clins d’œil à la musique des westerns spaghettis qui fonctionne très bien avec la surf et des ambiances à la mexicaine. Amérique centrale du coup... et jamais trop loin de la Californie (rires).

Tu as quelque chose à rajouter ?

J’ai mal à crâne parce que j’ai trop bu hier soir (rires) et j’ai un peu de mal aujourd’hui (rires).

Quelle musique tu donnerais à des enfants pour les amener à la musique ?

Comme cela a très bien marché avec mes neveux: de la soul du sud des USA, des trucs comme Otis Redding ou tout ce qui vient de chez Stax. Tu retrouves tout dans cette musique ! L’énergie du rock’n’roll, l’écriture qui peut parler aux fans de singer songwriters, les rythmiques que tu retrouves dans le hip-hop… ça couvre tout.

Pas de la surf ?

Non, c’est trop particulier alors qu’avec la Soul un enfant retrouvera des éléments qu’il reconnaîtra dans d’autres musiques.

 

 

 

 

 

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