Charles Eynaud de Fay : de Alpes à Lofish

Par Franco Onweb

Attention, la relève arrive. Voici Charles Eynaud de Fay ! Originaire de Nice, Charles a grandi dans la musique auprès de son père, Gilles, batteur des Zemblas et de Dino Farfisa. Il joue dans Alpes, un groupe qui saura trouver sa place sur la scène niçoise avant d’émigrer à Paris. Rapidement, il ressent le besoin de participer à une aventure collective : il monte le collectif Lofish avec ses proches. Un regroupement de passionnés qui réunissent leurs compétences.

Basé à Montreuil, ce collectif a depuis son apparition organisé des concerts, des événements, et proposent toutes les semaines de nouvelles vidéos avec des groupes et artistes, tous plus épatants les uns que les autres. L’avenir leur appartient et avant que tous ces groupes envahissent nos ondes, j’ai voulu rencontrer cet activiste d’avenir pour sa première interview en tant que fondateur du collectif Lofish.

 

Charles Eynaud de Fay : de Alpes à Lofish
DR

Je suis Charles Eynaud de Faÿ, musicien dans Alpes et Moise Turizer , fondateur du collectif « Lofish Records » et programmateur des « Capsules ».

 

(Charles Eynaud de Fay sur scène avec Alpes - Droit réservé) 

Ça a commencé comment Alpes ?

Quatre jeunes lycéens qui se sont rencontrés et qui avaient un rêve en tête : monter un groupe de rock et tourner. Nous nous croisions tous dans les quelques bars de Nice et aux concerts des parents.

Ça se passe comment au début d’Alpes ?

Après quelques mois de répets, nous avons joué au Volume avec les Dino Farfiza, un groupe dans lequel mon père est encore batteur. À l’époque, pour tourner et faire son trou il fallait se présenter à des tremplins : on les a tous faits et nous en avons gagné une bonne partie. Ça nous a permis de nous faire un peu d’argent et de monter jouer sur Paris pour faire des dates. À nos frais. Ces tremplins nous ont permis de faire de belles rencontres, comme Romuald Sintes, ancien manager d’Alpes que nous avons rencontré au Class’EuRock, et Lionnel Buzac avec qui nous avons travaillé les arrangements de notre album « Between Moon and Sun ».

Vous avez beaucoup tourné ?

Oui, au-delà des tremplins qui nous ont permis de jouer sur des festivals, auprès de groupes que nous admirions, nous avons fait un bon paquet de dates dans le cadre des tournées de notre Ep et de notre album, en France, en Belgique et en Allemagne. Nous avons eu aussi la chance de jouer à deux reprises à l’Olympia, un rêve de gosse. Et une pensée pour Ben de PyrPord qui a bossé sur le projet et nous a permis de jouer un peu partout en France.

 

Il y a eu des disques ?

Un premier EP, « Dream Ocean » que l’on aime particulièrement, sorti chez Deaf Rock Records. Nous avons d’ailleurs fait trois clips avec Romuald Sintes, notre manager à l’époque, et Fabrice, un ami qui s’est prêté avec talent au jeu d’acteur. Il y a deux ans nous avons aussi sorti notre premier album « Between Moon and sun » toujours chez Deaf Rock.

Et vous êtes donc tous monté sur Paris. Pourquoi ?

On avait sorti notre premier Ep, travaillons sur notre album, des partenaires qui croyaient en nous, notre intermittence (donc un an de salaire !) et plein de potes qui nous attendaient. C’était le moment de bouger, à nous la liberté.

Il a marché l’album ?

Avec le recul je ne peux pas dire s’il a marché ou non… Je dirais maintenant que oui, alors qu’à l’époque j’avais la certitude que non.

À Paris tu as monté Lofish Records : c’est quoi ?

Lofish est clairement la continuité de tout ce que j’ai pu vivre avec Alpes. C’est à la fois la récompense de tout ce travail et le moyen de faire autrement. Je ne remettrais jamais en question toutes ces années avec Alpes, je peux même dire aujourd’hui que j’ai réalisé des rêves d’ados : sortir un Ep et un album, signer avec des structures qui ont crues en nous, faire plein de dates, jouer à l’Olympia, faire des coplateaux avec des groupes que l’on admire comme Metronomy et Arctic Monkeys, et faire tout ça avec mes trois putains de potes. Mais nous étions jeunes et un peu démunis face à ça, nous avons tout délégué et nous nous sommes aussi plaints de ne plus avoir le contrôle. Tout ce parcours a été formateur et j’ai senti qu’il était nécessaire de créer notre structure, celle qui nous ressemble. Celle qui permettrait de travailler nos projets comme on l’entend. Lofish Records n’est pas en soi un label à proprement parlé, mais un collectif d’artistes centralisés sur le développement de groupes de musiques alternatives. Il regroupe aussi des vidéastes, des techniciens sons, des monteurs vidéos, des communicants, etc. Nous avons tous une multitude de compétences que nous partageons et qui nous permet de développer des projets et de nous nourrir les uns les autres. Pour l’aspect plus personnel, Lofish Records a été l’élément déclencheur pour tous les membres d’Alpes en vue d’engager d’autres projets sans avoir la sensation de se tromper. Quand on démarre un groupe de rock à dix-huit ans, on s’en fait des promesses. Créer une entité plus grande qu’Alpes a permis de nous exprimer tous personnellement, nous étions toujours liés par le collectif. Je pense que c’est l’une des raisons majeures de mon initiative.

 

 

(Alpes en 2017, Charles Eynaud de Fay, deuxiéme à partir de la gauche - Droit réservé) 

Quel type de structure ?

Une association avec plein de copains.

À part les musiciens, qui travaillent dans Lofish Records ?

Thelma, Lisa, Steph, Alexis et moi-même travaillons sur le développement de la structure. Nous nous retrouvons régulièrement autour d’une bonne raclette et une bouteille de vin pour débattre sur l’avenir de ce beau projet.

Quels artistes peut-on actuellement retrouver au sein de Lofish Records ?

Alpes, Pabloe, Africa Twin, Contre Soirée, Chichirama, Japons, Dexter Mojo, Geoffrey Boulier, Moïse Turizer, The Rabblers, Shaky Things, Raum.

Cela a permis quoi ?

Comme je l’ai dit avant, de permettre à chacun de faire ses projets avec liberté et avec un accompagnement. Mais aussi réaliser que seul c’est moins drôle alors qu’en communauté c’est plus fort ! L’initiative vient de mon parcours avec Alpes, mais aussi des gens qui m’entourent. Il y avait Alpes, mais aussi de nouvelles rencontres sur Paris comme Olivier de Contre Soirée, ou les gars de Japons. Mais j’ai aussi suivi de près les parcours des potes de Nice qui ont fait leur petit bout de chemin… Et bien évidemment il y avait des groupes de dingue comme Africa Twin, Dexter Mojo, Shaky Things avec qui nous avons fait ces fameux tremplins. Ils étaient d’ailleurs dans d’autres projets. À l’époque, nous étions tous en compétitions. J’ai alors senti que nous aspirions à autre chose, comme avancer tous ensemble.

C’est un label, finalement ?

Lofish Records va pour l’année 2019 produire des groupes, mais sans oublier que c’est grâce aux artistes. L’argent vient en partie des évènements que nous avons faits tous ensemble. La structure permet de centraliser les bénéfices des prestations de tous les projets, que nous réinvestissons dans la production de vinyles par exemple. Après, nous n’avons aucune exclusivité, chaque groupe est lié à Lofish Records à sa manière, par exemple les Shaky Things sont très autonomes. Ils travaillent avec Ave The Sound sur la sortie de leur Ep, et s’autoproduisent. Nous bossons aussi sur le projet Moïse Turizer avec le label Doggo Agostino. Le but n’est certainement pas d’emprisonner les groupes, mais au contraire de connecter et de travailler chaque projet en fonction de ses besoins, notamment avec d’autres structures.

Qu’est-ce qu’il faut pour entrer dans le collectif ?

Nous sommes déjà un bon paquet… mais si on se croise, qu’on s’amuse autour d’une bonne bière, qu’on rêve ensemble et que votre musique nous fait bander, il y a moyen de faire quelque chose !

Il y a une limite musicale ?

Je marche à l’intuition. Après, oui, Lofish Records a une veine plutôt rock (garage/psych/Punk, etc.)

C’est quoi la finalité ?

Je ne sais pas trop quelle est la finalité… Grandir tous ensemble et se nourrir des uns et des autres ! Bien évidemment que j’imagine Lofish Records dans le paysage musical de demain et avec un vaste public, mais en même temps je n’ai pas envie de me faire pervertir par tout ça. Faire tout ce que l’on fait avec nos petits moyens et cette équipe qui ne cesse de grandir de jour en jour est en soit la finalité, et les gens s’y attachent, un public se construit autour, c’est certain. Je fais confiance à cela.

Mais la plupart des membres de ce collectif sont niçois : pour quelle raison ?

Ce sont des gens que je connais depuis dix ans et que j’avais envie de porter humainement et musicalement. On est proche à la base, c’est la seule vraie raison !

 

(Africa Twin - Droit réservé) 

C’est l’exemple de vos parents qui ont monté leurs labels et leurs structures à Nice ?

C’est certain que des groupes comme les Zemblas, Les Playboys, Les  Dum Dum Boys nous ont montré l’exemple. Cela fait une bonne trentaine d’années qu’ils font vivre le rock à Nice. Nous avons tous fait nos premiers concerts en première partie de leurs groupes au Volume, la seule salle associative de Nice tenue par Yann, un gars de la bande des parents (maintenant fermée…). Depuis qu’on est gamin, on les voit se retrouver à boire des coups et danser, initier de nouveaux projets même à cinquante ans, tourner aux quatre coins de la France. Oui, j’admire ce qu’ils font musicalement, mais aussi leur énergie et leur engagement. C’est beau de voir après toutes ces années à quel point la musique les anime et les rassemble. Ils sont pour moi et je pense une bonne partie des membres de Lofish Records, un véritable exemple.

D’ailleurs c’est quoi les Capsules ?

Un nouveau projet lié de prêt à Lofish Records que nous avons initié avec Simon Chantrait et Samuel Martial. Pour la petite histoire, nous avons sollicité Samuel pour tourner un des clips de Pabloe « Sugar » dans son atelier. Une belle aventure humaine qui a fait mûrir cette idée de filmer des groupes dans leur espace. Quelques semaines plus tard, nous étions en train de tourner nos premières Capsules et depuis un peu plus d’un mois nous les diffusons sur notre chaine YouTube. Comme pour Lofish Records, nous avons une équipe de choc qui permet que ce projet existe avec Simon, Thelma, Alexis, Valentin, Alexander et Orian, et d’autres acteurs occasionnels. Le combo Lofish Records /Les Capsules est très excitant, car les deux se nourrissent. Nous travaillons d’ailleurs depuis peu sur des évènements avec le Fanzine La Crème Fraiche. La famille s’agrandit !

Ça se passe comment ?

On tourne un dimanche par mois, en après-midi, il y a deux ou trois groupes qui viennent. Et tous les jeudis on sort un live sur notre chaine YouTube.

Tu as fait une Capsule avec les Zemblas : il y a donc d’autres artistes que ceux de Lofish Records ?

Bien évidemment tous les groupes de Lofish Records ont une Capsule, mais le but est de proposer ce service à d’autres artistes que l’on affectionne, même si nous ne travaillons pas sur leur développement

Aujourd’hui, avez-vous une vraie force économique ou politique ?

Il y a dans ce que l’on fait une idéologie presque politique : une manière d’exister, de créer une force, je pense. Essayer comme on peut d’être autonome et ne pas adhérer à un système établi…  Niveau économique, notre richesse c’est surtout notre énergie et la pluralité de nos compétences. Après, sur le compte Lofish Records, il n’y a pas grand-chose !

Et le théâtre ?

Pour l’instant nous n’avons pas eu d’opportunités avec des compagnies de théâtre. Mais sur le tournage de clip, nous pouvons travailler avec des acteurs bien sûr !

Un projet qui vous fait rêver ?

Le grand projet serait de faire un festival Lofish Records avec tous les partenaires avec lesquels nous travaillons et ceux que nous rencontrerons bientôt ! On commencera probablement avec un petit festival champêtre dans la Creuse, qui sait.

Ça avance donc ?

Oui on avance, autant de personnes motivées et compétentes ne peuvent que faire de belles choses. Nous sommes beaucoup, nous avons tous entre vingt et trente ans, et je crois au parcours de chacun. Que serons-nous dans dix ans ? Que sera Lofish Records ? Comment vont évoluer les Capsules ? Je n’en sais rien, mais je sais juste que pour l’instant on se donne à fond !

 

(Moïse Turzer - Photo Simon Chantrait

Cela veut dire une plus grosse structure administrative dans le temps ?

Peut-être que oui, à terme. Pour l’instant, je voudrais faire ce festival avec des partenaires, c’est un peu un rêve et j’ai l’impression que ça concrétisera tout notre travail. Pour la suite je ne sais pas : peut-être qu’un jour on aura un lieu, un grand pôle artistique… À voir.

Vos pères, ils voient ça comment ?

Je pense qu’ils sont fiers de nous !

 Vous auriez pu faire ça à Nice ?

Je pense que oui bien évidemment même si le dynamisme n’est quand même pas le même qu’à Paris. Après, cette envie m’est venue en étant ici, cela a fait partie du processus. Nos parents font un peu figure d’exceptions, ils jouent et les gens sont là. Il est certain que le champ des possibilités est différent à Paris. Après on a pour projet de faire un rendez-vous Lofish Records à Nice, c’est certain !

 

Tu as quelque chose à dire pour finir ?

En vrai, tout ça c’est aussi une bonne excuse pour boire des bières entre potes !

 

 

Lofish records : https://www.facebook.com/lofishrecords/

Les Capsules: https://www.les-capsules.com/

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