Loolie and the Surfing Rogers : rencontre avec un groupe impeccable !

Par Franco Onweb

Imaginez un groupe qui porterait des costumes digne d’un dancing des années 50, qui jouerait une musique « surf rock » épatante, qui searit emmené par un saxophoniste déchainé et qui aurait une chanteuse avec un charisme … incroyable ! Ce groupe existe et il s’appelle « Loolie and the Surfing Rogers ». Ils ont sorti un album superbe l’année dernière : « Tell me what you want ». Un groupe tellement épatant que vous allez les aimer !
 
 
Pour mieux les découvrir, j’ai discuté avec Loolie et Mathias, les deux meneurs du groupe. Attention, préparez-vous, plongez dans l’univers de « Loolie and the Surfing Rogers 
Loolie and the Surfing Rogers : rencontre avec un groupe impeccable !
Benoit Fatou

Mat : Je suis Mat le rouge le saxophoniste de « Loolie and the Surfing Rogers »

Loolie : Je suis Loolie la chanteuse du groupe.

(Loolie et Mat - Photo Benoit Fatou) 

Pourquoi Mat le Rouge ?

M : En raisons de mes idées politiques (rires) mais aussi parce que j’ai une façon de jouer un peu comme un pirate (rires).

Ça commencé comment le groupe ?

M : C’est une longue histoire ! On avait un ami Romain Golivet, un excellent guitariste, qui jouait dans les « Fiftie Fifties » avec Rockin’Malek et Fabrice Lombardo qui a monté les « Jim Murple Memorial »… Il souhaitait monter un groupe dans une ambiance surf, club années 50’s, avec des influences comme Wanda Jackson ou Brenda Lee « Blue Velvet ». On a monté ce projet de reprises RocknRoll’Surf. Il nous a quitté très peu de temps après le début du groupe. On s’est arrêté un bon moment et puis Antoine qui était le bassiste a décidé de prendre la guitare Fender Bronco rouge de Romain. Le rouge est devenue la couleur du groupe.

L : Nous interprétions des reprises Country et Rock’n Roll de Brenda Lee ,Wanda Jackson du rythm’n blues alliant tout ça à la Surf music de Dick Dale et des Trashmeen.  Rapidement on a écrit quelques compositions comme « Arabian Night » ou«  Tell me Why ». On a signé sur un label très Mods de Montreuil : « Q Sound Recording » en 2014. Ensuite on a rejoint le label« Bullit Records » dans lequel on a sorti notre deuxième EP 45 t en 2016 puis notre album en mars 2018.

 M: La sortie de notre album c’est vraiment là que nous avons pu commencer réellement à exister !

J’ai vu qu’il y a une histoire de concert à Berlin qui a été très important pour vous ?

M : C’est là où le groupe s’est reformé. Un type nous avait vu avant, pendant la période avec Romain, et il voulait nous faire jouer à l’anniversaire de sa femme à Berlin. Il nous a tout payé : le voyage, l’hôtel et un bon cachet. On ne pouvait pas passer à côté d’un plan pareil. On a répété plus de 60 reprises et on y est allé ! (rires)

L : Il y a eu un deuxième truc super important pour nous. En 2014 Jalil Lespert qui réalisait, son film « les Vents Contraires » avec Audrey Tautou et Benoit Magimel, nous a proposé de faire partie de la BO avec le titre « Arabian Night ». La scène du film où l’on entend le titre est assez drôle : c’est une bagarre entre deux frères avec la chanson en fond sonore (rires).

Vous avez une image très 50, 60’s c’est voulu ?

L : Totalement ! Nous sommes passionnés par cette période, c’était énorme musicalement et tout ça avec beaucoup de classe.

Vous n’avez pas été sensibles aux autres mouvements musicaux plus récents ?

M : Si, bien sûr, j’ai commencé par écouter du punk. On a écouté et on écoute toujours d’autres choses mais c’est vraiment une période qui nous plait.

L :Moi j’adore les « Dead 60’s », « the Kills » et j’écoute beaucoup de Hip hop.

Vous n’avez pas peur de véhiculer une image d’orchestre un peu rétro pour dancing ?

M : On assume cette image sans aucun problème. Mais on ne peut pas tomber dans le côté un peu « rétro » : on est trop Garage pour ça ! On n’est pas dans le total look, je te rassure !

Loolie, c’est pas lourd d’être chanteuse dans un groupe qui met en avant les Pin-ups dans un milieu où le public n’est pas connu pour être très « fin » ?

L : Ca s’est vrai (rires) mais non en fait (rires) ! J’adore les Pin-ups et tout cet univers que l’on met en avant.

(Loolie - Droit réservé) 

Vous jouez aussi sur du matériel d’époque, avec par exemple, des amplis à lampes, ce genre de choses?

M : Oui, les amplis sont d’époque, la guitare et la basse sont d’époque et mes saxophones sont des années 50 aussi. (rires)

Autre particularité vos influences sont essentiellement américaines ?

L : Oui, d’ailleurs quand on faisait des reprises c’étaient essentiellement des reprises de groupes américains. On est d’ailleurs à ce titre assez proches des Mods qui écoutaient du Rhytm’n blues, du Rocksteady et beaucoup de Soul !

M : Il faut dire que pour les gens de la scène 50’s on était pas assez 50,s et pour les Mods pas assez 60,s. On s’est dit que on allait faire des trucs comme on voulait et c’était comme ça ! Comme le sax en avant c’est vraiment un truc des années cinquante ou soixante, on a pu vraiment créer notre son avec notre identité pure !

Donc vous n’écoutez pas d’anglais ?

M : Bien sûr que si : mes groupes préférés se sont les Clash et les Stones. Je pense que on est un peu dans la tradition des Stones qui ont repris des Bluesmen américains. , Pour moi on est dans la lignée de leur saxophoniste, Bobby Keys. D’ailleurs notre morceau « Do you understand » a été conçu comme si les Rolling Stones reprenaient de la Soul.

Tout le monde souligne un paradoxe chez toi, Mat : tu as un très bon niveau technique mais tu n’as pas du tout une façon académique de jouer : tu maltraites l’instrument ! Tu n’es pas du tout dans l’optique du sax qui soutient un morceau ?

M : Je suis un « Sax Hero » (rires), il y a les « Guitars Hero » et bien moi je suis un « Sax hero » ! (rires) Comme je te l’ai dit je viens du rock, j’ai commencé par écouter des groupes punks comme les Clash. Un jour, mon père qui travaillait aux Puces, est revenu avec un Saxophone. Si il était revenu avec une épinette Vosgienne , je jouerais de l’épinette Vosgienne (rires)… J’ai tout de suite mis en en place une façon de jouer, de mon instrument, en rapport avec ce que j’écoutais.

(Photo Benoit Fatou) 

Mais cela doit être crevant sur scène ta manière de jouer : l’instrument est lourd et toi on ne peut pas dire que tu te ménages ?

L : C’est très physique : il a les yeux rouges et les veines qui sortent ! Le public croit qu’il va s’écrouler !  

Quand on regarde la pochette de votre album, on remarque que vous posez tous les deux comme si le groupe se résumait à un duo : vous êtes un groupe ou un duo ?

M : On assume totalement ce côté duo ! On est les meneurs du groupe tous les deux que ce soit sur la scène ou pour le développement du projet. Antoine, notre guitariste, est super bon. C’est vraiment un virtuose mais il ne se met pas devant : j’ai pris sa place sur scène ! On est un couple à la ville comme sur la scène mais on est un groupe de cinq : une vraie tribu.

Vous allez rester sur le style 50, 60 ?

L : Non, cela peut évoluer …

M : Oui d’ailleurs cela se sent sur notre album où un morceau comme « Beat me down » est presque du Garage. Mais on a aussi « Take a good look at me » qui est du rocksteady, une musique qui est apparue en 1967 …

L : Notre image est 50’s mais notre musique est beaucoup plus large ! On évolue comme chaque chose avec ce qu’on aime , ce qu’on défend, ce qui nous incarne

 Votre grand point fort c’est la scène ! Vous avez beaucoup joué ?

M: Oui on a fait beaucoup de concerts et on adore monter sur scène !

C’est quoi vos concerts les plus marquants ?

L : Le plus marquant était à l’Olympia aux cotés de Hervé dit « Sher Khan » du groupe « Ici Paris » pour lequel j’ai interprétée un titre ma première fois devant des milliers de personnes. Ensuite pour moi toutes les scènes sont marquantes…Il y a aussi « The Green Escape » en juillet 2018, en première partie de Status Quo.

De Status Quo ?

L : Oui le programmateur nous avait vu sur la scène de l’American Tour il y a deux ans et il voulait nous avoir absolument (rires), je sais ça peut étonner mais franchement c’était un concert important pour nous. Mais ce qui m’est le plus cher c’est de jouer dans mon bastion, à Montreuil là òu j’ai grandie …

Aujourd’hui vous pourriez remplir une salle à Paris comme la «Boule Noire » ?

M : Avec notre public ? Je ne pense pas !

L : On a rassemblé malgré tout 500 personnes à notre Release Party donc J’espère bien

Pourtant vous avez aujourd’hui une énorme réputation, mais on a l’impression que vous ne voulez pas sortir de votre zone de confort : le Nord-est de Paris et Montreuil ?

M : Tout d’abord on a joué ailleurs que dans cette zone géographique mais c’est vrai que l’on joue beaucoup et facilement dans ces lieux. En fait c’est compliqué pour nous : on n’a pas de tourneur, ni de manager. Avec Loolie on fait tout à deux !

L : Ce sont souvent des gens qui nous ont vu en festival ou sur scène qui nous contactent sur Facebook.

Mais qu’est-ce qui vous manque pour passer un palier?

L : Un tourneur, un manageur, de bonnes rencontres …

M : Notre producteur, Seb Le Bison, nous manage un peu mais il n’a pas beaucoup le temps …

Vous êtes signés sur le label « Bullit Records » ?

M : C’est le label de Seb Le Bison avec notamment « les Daltons »,«Rikkha », « Western Machine » ou « Cooking With Elvis ». C’est un bon label, Seb se bat pour le faire exister.

On parle de votre album « Tell me what you want » ?

M : On l’a enregistré avec la connexion habituelle Montreuil et Belleville (rires) ! C’est Seb Le Bison qui l’a réalisé. On ne voulait pas faire un disque à « l’ancienne » comme le font certains groupes de Rockabilly : tout le monde dans la même pièce, les micros d’époque et tout le truc qui va avec. On a un style déjà assez typé sans en rajouter trop.

(Pochette de l'album "Tell me what you want" - Photo Benoit Fatou) 

Qui a écrit les morceaux ?

M : Antoine le guitariste, Loolie et moi.

L : Il y a aussi Jason Edwards et Sher Kan qui nous on écrit des textes.

Vous parlez de quoi dans vos textes ?

 L : De choses naïves : d’amour, de séparation… Il y a un texte plus engagé qui parle de la violence conjugale « Beat me down ».

M : Il y a une reprise « Shumba » qui vient des Tammys un groupe vocal des années 60. On a fait vraiment notre version du morceau avec un texte en Français que Loolie a écrit.

Il y a donc des textes en Français ?

L : Oui, deux, il a donc « Shumba » et un texte écrit par mon ami Hervé qui a écrit« Suspendue ». Il nous a demandé ce qui nous intéressait et on lui a répondu la suspension.

M : On a des démarches similaires avec Hervé : dans la vie nous sommes très engagés mais pas dans nos textes.

Vous me faites penser un peu à Tom Waits avec ce côté costard, Sax et piano ?

 M : Ah bon ? Nous on préfère se définir comme un groupe « Tarantinesque ».

Vous avez déjà joué à l’étranger ? M : Allemagne, Belgique …

L : On sait par exemple que nous passons à la radio en Espagne, on aimerait bien y aller !

Quels ont été les retours sur l’album ?

M : Plutôt bon !

L : Rolling Stones et Rock and Folk l’ont chroniqué et ça fait plaisir.

Et les passages en radios ?

L : Pendant deux mois on a été classé quatrième dans la Férarock (classement rock des radios indépendantes Ndlr) ce qui nous a fait du bien.

Quels sont vos projets ?

M : Le 22 mars au Chinois en première partie de Fantazio , le 23 Mars au Festival Bars Bars et le 19 mai en 1ere partie des Wampas sur la place de la mairie de Montreuil.

L : On sort bientôt un clip et on travaille aussi sur un Ep deux titres …

Le mot de la fin ?

L : Je voudrais dire que j’ai été contacté trois fois par « the Voice » pour aller faire leur truc à la con et c’est un phénomène que je trouve épouvantable. J’ai refusé trois fois ! Je trouve que ce genre de chose très déprimantes pour la musique et la culture en générale.

(Photo Berni Zedunge)

Quels disques vous donneriez à un enfant pour l’amener vers la musique ?

M : Je dirais les Beatles

L : Oui, c’est bien les Beatles ! Ou les Stones : ils ont tout

Lequel disque alors des Beatles ou des Stones ?

M : le blanc, des Beatles, parce que il y en a deux ! (rires)

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