2 :12 AM, le retour du duo gagnant !

Par Franco Onweb

Ils sont nombreux dans les années 2000, les groupes qui ont du s’arrêter, faute de médias, faute de relais, faute de succès, faute de tout … Le duo 2 :12 AM est de ceux-là !

Formé à Paris au début des années 2000, le groupe méritait beaucoup mieux que quelques pages ou quelques posts sur les réseaux sociaux. Mais malgré des concerts époustouflant et un album somptueux le groupe ne décollera pas et sa « pop-folk » resterait connue que de quelques heureux initiés ! Ainsi va la vie !

Mais la vie réserve souvent des surprises et cela en fût une quand à la fin du mois de novembre, à l’occasion d’un show case pour le label Milano Records le duo fit une apparition surprise. Alec et Marie ont ressorti leurs instruments du placard, rallumé leurs amplis, réveillé leur producteur – manageur et ont décidé de refaire un tour de piste. Un retour surprise qui ne pouvait que m’emballer. On s’est donc donné rendez-vous avec les deux compères un soir d’hiver pour évoquer, le passé, le présent et le futur ! Une chose est sûre : le 2 :12 AM est de retour ! 2019 sera une bonne année !

2 :12 AM, le retour du duo gagnant !
DR

Présentations

Alec : Je suis Alec, chanteur et compositeur du groupe 2 :12 AM.

Marie : Je suis Marie, chanteuse et bassiste du groupe.

 

(2 : 12 AM - Photo S Gallois) 

Que faisiez-vous avant?

A : Je faisais de la musique en studio avec Rik, un ami hollandais, très bon batteur. On s’amusait, on improvisait, c’était rock alternatif 90’s et rythmes disco par moments, c’était très cool et sans prétention. On a commencé à se structurer un peu en faisant quelques compos ou en jouant des reprises de Beck, des Stooges ou de Sebadoh. Un soir nous avons fait une sorte de happening en jouant en vitrine d’une galerie d’art sous le nom des «Reasonable Rebels». Marie était là et je crois qu’elle a apprécié l’expérience.

M : C’était en 2004 et effectivement le groupe et le projet me plaisaient énormément

A : On se connaissait un peu avant et en discutant avec elle, j’ai compris à quel point jouer de la musique et faire partie d’un groupe l’attirait. L’idée a fait son chemin, Marie s’est mise à la basse et nous sommes devenus un trio.

M : En fait je ne savais pas du tout jouer d’un instrument. Je venais juste de rentrer dans ce milieu et c’est Grégoire (Garrigues producteur et manager du duo Ndlr) qui m’a initiée à cet univers qui me fascinait depuis toujours.

Quelles étaient vos influences à cette époque ?

A : Je suis né en 1977, j’ai donc été adolescent dans les années 90 : j’écoutais du Grunge. J’adorais Pearl Jam, je les écoute toujours d’ailleurs. Mais je ne sais pas si c’est une véritable influence pour 2 :12 AM. À l’écoute de notre album on retrouve plutôt Crosby, Still, Nash & Young, le son « west coast » des années 70.

(Réalisation Lotfi Hammadi)

Justement, comment vous êtes arrivés à ce son ?

A : Au début, on tâtonnait en trio électrique avec les Reasonable Rebels. On a commencé à se voir, à jouer ensemble, à apprendre à se connaitre.

M : Grégoire m’a proposée de m’apprendre les rudiments de la basse pour jouer avec eux. J’ai dit ok et trois mois plus tard je me retrouvais sur la scène du « Baron » le club ultra branché du moment (rires). C’était l’horreur pour moi, je savais à peine jouer. Aujourd’hui lorsque je repense à ce concert, je ne peux m’empêcher de penser au film THE COMMITMENTS, le bassiste complètement malade avant le concert, cette scène est à mourir de rire, et bien j’étais dans le même état!

A : La aussi, c’était pour un vernissage et nous avons joué notre reprise low tempo de «I wanna be your dog». Les réactions étaient vraiment cools ! Mais notre son n’était pas encore celui de 2:12 AM. 

À quel moment devenez vous 2 :12 AM ?

A : En se perdant un peu de vue avec notre batteur, on a essayé de jouer plus acoustique Marie et moi. On a arrangé nos morceaux avec ce nouveau son, notamment «Dark Navy (24)» (1er single) qui, d’une compo grunge est devenue une ballade folk. On a ensuite changé de nom pour 2 :12 AM, parce que c’était un nouveau groupe qui venait de naître.

J’ai lu que votre nom venait du fait que vous aviez décidé de fonder le groupe à 2:12 du matin ?

A : C’est à peu près l’heure où l’on s’est rencontré avec Marie. 212 est un chiffre très important pour moi, je me le suis même fait tatouer après un très bon concert que nous avions fait.

Vous avez beaucoup joué tout de suite ?

A : Pendant longtemps on a joué au moins une fois par mois dans les lieux habituels de Paris : la Mécanique Ondulatoire, le Plastic Bar, le Baron, le Tigre, le Pop In, dans les évènements Kioskorama, La Loge, l’OPA, la Boule Noire en première partie de Jonathan Richman … entre autres.

(2:12 AM en concert aux Ballades Sonores en 2010 - Droit réservé) 

Vous avez aussi enregistré ?

A : Un single puis un album avec les 12 titres qui tournaient bien sur scène. A chaque fois nous avons enregistré à Paris, avec l’excellent Iann Assuied à la batterie.

De quand date l’album ?

A : Il est sorti en 2013, un peu dans la confidentialité.

N’avez vous pas essayé de démarcher ?

M : Si bien sûr, Grégoire Garrigues, en tant que manager du groupe s’est donné du mal, il a fait la tournée des radios en laissant notre CD à l’accueil de chaque station. Nous avons fait un travail de promotion nous mêmes, via les réseaux sociaux, le bouche à oreille etc. avec une envergure forcément limitée sans label ni attaché de presse dédié. Je crois que ce sont des dates de concerts qui nous ont manquées pour promouvoir la sortie de cet album, quel meilleur endroit existe-t-il pour faire partager notre musique ? Une salle de concert ! Se faire entendre, se faire connaître, mais hélas à ce moment là nous n’avons rien décroché que nous n’ayons déjà fait, Alec tu es d’accord avec moi ? C’est bien comme ça que ça s’est passé ?

A : Effectivement, c’est compliqué la promotion, il y a tellement d’artistes, de groupes, c’est loin d’être évident d’élargir son public, ce n’est pas uniquement une question de talent.

Toutes les personnes à qui j’ai fait écouter votre disque ont beaucoup aimé : vous avez un énorme potentiel! On a l’impression que vous avez lâché l’affaire après le disque ?

A : Merci pour le compliment ! Mais quand le disque est sorti nous étions déjà au bout d’un premier cycle.

M : Oui il y a un peu de ça. Selon moi c’est d’avantage une question de timing, un concours de circonstances moins favorables.

A : Quand tu sors un disque il faut une vraie structure pour t’accompagner dans ton développement et ta promotion, nous ne l’avions pas. Il aurait fallu un attaché de presse mais nous n’avions pas ce budget. Si tu prends l’exemple de nos amis de « Lily Wood and the Prick », on se voyait souvent à cette époque, ils avaient le talent évidemment, mais aussi un label reconnu pour les soutenir au bon moment. Et le succès a été au rendez vous. Étant plus âgé, nous avons également fait des choix de «carrières» peut être plus raisonnables.

À l’époque il y avait « Cocoon » qui cartonnait, et aussi  les « Bewitched Hands » qui marchaient bien et vous vous arrêtez ?

A : Cela demandait beaucoup d’énergie et de temps de défendre notre disque, et j’en avais moins. Nous avons fait la promotion auprès des radios sans beaucoup de retour. Je savais que nous avions un bel album, fidèle à ce que nous étions, c’était déjà une immense satisfaction. Je n’ai aucune rancœur, la preuve on est là à se raconter nos souvenirs ! On a fait de supers concerts, on a sorti un beau disque.

M : Oui c’est vrai on a vécu des soirées d’enfer comme une soirée improvisée juste après un concert donné au Plastic, des gens qui étaient de passage (au Plastic) nous ont entendu et sont venus à la fin du concert nous proposer de venir jouer chez eux pour une fête privée qu’ils donnaient le même soir, on a enquillé 2 concerts de suite, on était chauds bouillants on en aurait bien fait un 3ème !

(2:12 AM en concert au Plastic en 2009 - Droit réservé) 

Mais il n’y a pas eu un sentiment de frustration quand vous avez vu que le disque ne décollait pas plus que ça ?

M : Si bien sûr, c’était un peu du gâchis pour moi que de laisser notre travail au placard, moi, je l’ai vécu comme ça en tous cas, je trouvais absurde, triste et dommage de voir ces disques stockés dans une cave.

Vous aviez conscience quand vous vous séparez de ce gâchis ?

M : Oui absolument et c’était sans compter sur nos amis qui étaient là aussi pour nous le rappeler. Ils demandaient à nous voir sur scène, à faire un évènement pour la sortie du disque! Je m’en souviens très bien, personne ne comprenait pourquoi nous ne faisions rien autour de ce disque et ils avaient raison.

A : Je parlerais plutôt de pause et de lassitude dans le projet plutôt que de séparation. J’ai l’habitude, dans ma vie professionnelle de pouvoir m’exprimer artistiquement, et je sais bien comme parfois il faut savoir prendre du recul et être patient. Mais je peux comprendre que Marie ait eu ce sentiment. En même temps j’ai mis beaucoup de moi dans ce disque et dans ces chansons !

M : C’est vrai ! Les textes c’est lui !

A : Ce sont de vraies histoires, celles dont j’ai été témoin ou celles que j’ai vécues.

M : Comme « His picture in a frame » (rires) !

A : (Rires) C’est une chanson sur mon frère disparu alors que mon frère n’a jamais disparu!, il est juste parti, jeune, faire ses études en Angleterre. Marie a vraiment cru que mon frère était mort!

M : (Rires) Ca m’a vraiment brisé le cœur !

(2:12 AM en concert à la Loge en 2010 - Droit réservé) 

Et voilà que le 30 novembre 2018 vous rejouez ensemble dans le cadre d’une soirée Milano Records à l’Extra Brut.

A : C’était génial ! C’était un moyen pour nous d’être ensemble et de se faire plaisir. En fait j’ai appelé Grégoire pour tout à fait autre chose et il m’a dit qu’il faisait une soirée Milano, il m’a demandé si je voulais remonter le groupe pour ce soir-là. J’ai dit oui tout de suite. Disons que c’est l’occasion qui a fait que l’on a pu rejouer ensemble.

M : Quand Grégoire me l’a dit j’étais folle de joie ! J’attendais ce moment depuis longtemps.

Ca vous a fait quel effet ce jour-là ?

A : C’était super bien ! On avait prévu de jouer trois morceaux et comme il y avait l’émotion, on en a joué cinq.

M : J’étais très heureuse,  j’ai appelé toutes mes copines, je voulais marquer le coup. J’étais très émue aussi durant le set de retrouver dans les regards cet intérêt pour notre duo.

A : Moi aussi j’étais ému !

M : Ha tu l’avoues enfin!?

A : Je me doutais que cela allait bien se passer, mais je ne m’attendais pas à un tel retour du public et franchement j’ai été très surpris ! Maintenant on doit continuer à répéter, à écrire et à composer.

(Réalisation Alec Hörlin du Houx)

Ca faisait longtemps que vous n’aviez pas joué ensemble ?

M : Presque 4 ans…

Vous avez évolué musicalement pendant quatre ans? Par exemple Marie a fait un album solo

M : Il fallait bien que je m’occupe (rires). Plus sérieusement je n’ai pas vraiment l’impression d’avoir évolué musicalement. J’ai surtout fait un travail d’écriture en français et de composition pour mon album solo alors ma basse je l’ai un peu mise de côté j’avoue.

A : C’est-à-dire ? Tu peux développer ta question ?

Tu as envie que 2 :12 AM aille vers de nouveaux horizons ?

A : Il y aura peut être des évolutions avec la production et les arrangements. Mais même si je suis très fan de la folk moderne de Bon Iver par exemple, avec plus d’électronique, le coeur de 2:12 AM c’est la guitare acoustique et nos deux voix.

(2:12 AM en répétition - Droit réservé) 

Quels sont vos projets ?

A : On repart avec un label déjà (Milano Records Ndlr) et on va essayer de sortir un 4 titres assez vite, dans les 3 mois qui viennent. 

Allez-vous refaire des concerts ?

A : Si on est prêts, bien sur!

2 :12 AM est de retour ?

A : Disons que ce beau projet est réactivé, on a vraiment plaisir à rejouer ensemble.

M : Moi je le souhaite vraiment, Alec est beaucoup plus modéré que moi, nous sommes très complémentaires.

Une dernière question : quel disque donneriez vous à un enfant ?

M : Comme ça au débotté, je dirais Pierre Vassiliu parce qu’il chante en français et que pour un enfant c’est compréhensible, pour ses textes et les sourires qu'il provoque.

A : Moi je ferais écouter un disque de Graham Nash en vinyle pour partager un moment de poésie.

 

 

 

 

 

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