Jean Eric Perrin : les Meutes Blanches

Par Franco Onweb

Journaliste, biographe, organisateur d’événement …. Il manquait à Jean Eric Perrin une nouvelle corde à son arc ou un nouveau statut : écrivain – romancier ! Avec  ce premier roman « Les meutes blanches » c’est chose faite. Un premier roman étonnant ou le Frenchy But Chic nous emmène dans une enquête passionnante aux USA sur les traces des assassins d’un rappeur. Une investigation qui nous emmène dans une Amérique profonde que Jean Eric Perrin, qui l’a parcourue, nous décrit avec une précision impressionnante. Ajoutez à ça une description des mouvements américains suprématistes et vous obtenez un roman passionnant.

Au moment où Jean Eric s’apprête à lancer un crowfunding pour "les Meutes blanches", (https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/les-meutes-blanches--2) j’ai eu la chance de pouvoir lire le livre mais aussi de le rencontrer pour avoir des précisions et des explications sur un premier roman qui fera date.   

Jean Eric Perrin : les Meutes Blanches
Numa Roda Gil

En préparant cette interview je me suis aperçu qu’il s’agissait de ton premier roman ?

En effet c’est mon premier « vrai » roman, au bout de 46 ou 47 livres, même si j’insiste sur le fait que mon livre sur Fabienne Shine (Sexe, drogues and Rock’n Roll en 2014 Ndlr) est aussi un roman, de cette nouvelle espèce qu’on nomme la « non fiction ».

On pouvait s’attendre de ta part à un roman français qui se déroule à Paris à la fin des années 70, début des années 80, et à la place on se retrouve avec une histoire qui se passe aux USA, qui débute avec le meurtre d’un rappeur, et finit dans les milieux suprématistes blancs ?

(Rires), c’est vrai qu’on connait mon travail avec la « Frenchy But Chic », mais je suis allé très souvent aux USA et je suis passionné par ce pays. Je voulais écrire mon grand roman américain et j’avais cette histoire que j’ai développée au cours de son écriture. J’ai aussi été rédacteur en chef de RER (un magazine de Rap Ndlr) et je suis un grand fan de rap. Quand aux suprématistes blancs, c’est quelque chose qui me fascine tellement je suis à l’opposé de tout ça. On est toujours fasciné par son contraire : je connais mes ennemis.

(Jean Eric Perrin - Droit réservé) 

Tu t’es renseigné sur ces mouvements ?

Bien sûr : je suis journaliste à la base. Tout les lieux que je décris, j’y suis allé, sauf un. Je me suis beaucoup documenté sur ces groupes. J’ai acheté des bouquins et avec internet tu peux trouver beaucoup de choses. Par exemple, à un moment, il y a dans le livre le discours glaçant d’un leader suprématiste, et bien j’ai repris en grande partie le discours réel d’un leader. Tout ce que j’évoque existe vraiment.

Quand as-tu commencé à écrire le livre ?

Je l’ai commencé il y a environ 10 ans : c’était le scénario d’une BD qui n’a jamais existée. A la base j’avais juste le meurtre du rappeur qui débouchait sur des extrémistes américains.

Ton écriture a changé avec ce livre : ce n’est pas un livre de journaliste mais plutôt de scénariste avec beaucoup de détails : tu t’es beaucoup relu ?

Non, même si j’ai commencé ce livre il y a bien longtemps. Contrairement à mes autres livres, je n’avais pas de date limite. Il est arrivé que je passe deux ou trois ans y toucher, parce que je travaillais sur des livres de commande… Parfois je rouvrais mon ordi, et je rajoutais un bout de chapitre. Je n’avais pas de plans ou de scénario précis : les idées me venaient comme ça. Parfois j’avais un petit moment et je revenais dessus…

Tu m’as dit que ce livre était un peu « l’œuvre de ta vie » !

Il est important, parce que pour la première fois j’étais au service de moi-même. « Les Meutes Blanches » n’est pas une commande, c’est une volonté de ma part de le faire comme ça, je voulais écrire dans une optique littéraire, ce que le cadre des essais ou des biographies n’autorise pas forcément, et puis je voulais raconter cette histoire là.

Cette liberté était nouvelle pour toi : c’est pour ça que tu as mis 10 ans ?

Non, si j’ai mis 10 ans c’est parce que je voulais vraiment laisser maturer ce truc et que j’écrivais d’autres livres. Quand je suis parti, je ne savais pas vraiment où je voulais aller…

Pourquoi le sortir maintenant ?

Parce que j’ai enfin eu le temps et l’énergie de le finir, mais pour en revenir à ta question pour savoir si je me relis, et bien je suis un adepte du premier jet. La première scène, par exemple, est telle que je l’ai écrite il y a 10 ans. Je suis ne suis revenu que sur un truc : Michel Embareck (écrivain Français Ndlr) qui est un vieux pote et à qui j’ai passé le bouquin m’a fait corriger une description du Glock (arme à feu Ndlr) sur laquelle je n’avais pas été assez précis. Mais j’ai toujours écrit d’un trait : je relis juste pour les redites.

Il est publié ou et quand ce livre ?

Il est publié chez Serious Publishing en février.

Tu peux nous parler de cet éditeur ?

Bien sûr, à la base je n’avais pas mes entrées pour aller chez les éditeurs de romans classiques. Il y a vraiment un monde entre les éditeurs de romans et ceux d’essais ou de biographies avec lesquels je travaille d’habitude : je n’ai pas « la carte ». Ce qui transparait dans mon livre c’est la « Pop culture » et l’intérêt que j’ai pour elle. Elle n’est pas très présente dans la littérature actuelle où on préfère souvent raconter ses histoires d’amour dans le sixième arrondissement, on reste souvent dans l’entre soi… J’ai quand même proposé mon roman à quelques éditeurs, j’ai eu de bons retours, mais personne ne voulait le faire. Je l’ai passé à Filo de Serious Publishing, qui fait de très beaux livres sur la Pop culture, et qui m’a dit oui tout de suite. J’en suis ravi ! On travaille ensemble dans le même sens. Par exemple la couverture des « Meutes Blanches » sera faite par Numa Roda-Gil, qui est un expert de la pop culture.

Mais c’est un éditeur totalement indépendant ?

Oui, c’est pour ça que je fais un Crowdfunding : pour payer la promotion. Ce n’est pas pour éditer le livre, mais vraiment pour le faire exister médiatiquement. Les livres de Filo sont supers beaux, mais ils sont surtout distribués dans des réseaux spécialisés. C’est le premier roman qui sera édité chez lui. On tente une première expérience !  

On gagnera quoi en participant au Crowdfunding ?

Le livre, bien sûr, mais il faut aussi d’autre choses si on met plus. Je ne sais pas encore : un diner avec moi par exemple (rires), je cuisine pas trop mal.

Ton livre est un peu un hommage à  l’Amérique profonde ?

Oui, je l’aime autant que je la déteste, cette Amérique. Par exemple il y a une scène dans un gun show, et moi je déteste les armes, mais tu as toujours une fascination pour ton contraire.  En fait j’ai vraiment une relation amour / haine avec les USA.

Tu appartiens à une génération qui a été fascinée par l’Amérique des années 70, celle de la contre culture ?

Oui, bien sûr et même quand j’étais dans le rock Français à fond, j’étais fasciné par la contre culture américaine, et après cela m’a poursuivi avec le rap. Mais attention, j’aime l’Amérique de Cassavetes, moins celle de Donald Trump. 

Justement en lisant les aventures de ton héros on arrive à l’extrême droite Américaine qui est très loin de ton univers habituel ?

J’espère bien ! Je ne cherche pas à raconter des trucs que je vis, mais au contraire à amener mes lecteurs dans un univers qu’ils ne connaissent pas. D’ailleurs j’ai envoyé le livre à Laurent Chalumeau que je connais un peu et qui a beaucoup écrit sur les USA, où il a vécu longtemps. Il m’a répondu que c’était parfait, et que les lieux et que les personnages étaient bons. Ça m’a fait plaisir, parce que je voulais écrire sur ces sujets en restant crédible.

(Manifestation de supprématistes blancs en 2018 - Droit réservé) 

Tu n’aurais pas pu le situer en France, ton livre, avec des mouvements d’extrême droite comme les Identitaires ?

Je voulais vraiment faire un roman américain, pour le décor et l’intérêt que j’ai pour ce pays… En plus les mouvements d’extrême droite américains sont beaucoup plus puissants et plus violents que les nôtres. Je voulais montrer le danger réel de ces gus ! Tu remarqueras notamment que l’histoire est non datée, mais on peut lire en filigrane qu’il s’agit de l’Amérique des années 2000, celle qui va voter pour Donald Trump d’ici peu, et qui est aujourd’hui l’image des USA.

Comment as-tu trouvé l’existence de cette communauté de suprématistes blancs en Amérique du Sud ?

C’est quelque chose qui existe réellement, il y a eu quelques livres dessus dont celui de Frédéric Ploquin. Je voulais faire un roman qui soit au plus proche de la réalité. En fait pour être honnête ma grosse fascination c’est le phénomène sectaire.

Ah bon ?

Oui, c’est quelque chose qui me fascine : comment peut-on avoir une telle emprise mentale sur les gens ? Aux USA, les sectes sont depuis longtemps de vraies entreprises… C’est incroyable ce que des gens peuvent arriver à faire. On n’arrive pas à imaginer ce qui se passe là-bas. On peut fonder des églises, lever des fonds…  Encore une fois, c’est un vrai business.

Mais tu décris une Amérique blanche et raciste, qui est celle qui va faire élire Donald Trump. Tu ne crois pas que tu fais parfois un amalgame ?

Le chef du Klu Klux Klan a officiellement pris position pour Donald Trump, et le propre père du président était lui même membre du triple K. Cette Amérique réactionnaire existe, on le sait, et elle a voté Donald Trump, mais on est sur un modèle Américain qui est très différent du nôtre. Mon roman a peut-être un côté fan de rock, et de pop culture, mais il a également une portée politique.

(Une des rares photos de David Duke, ancien leader du Klu Klux Klan et soutient officiel de Donald Trump - Droit réservé) 

Tu penses que cette vision du monde progresse ?

Oui malheureusement ! Si tu suis un peu l’actualité et les réseaux sociaux, tu vois quand même beaucoup de gens qui tiennent ouvertement des propos racistes, homophobes, et qui parlent du grand complot mondial… C’est inquiétant, non ?

Mais certains gourous comme Manson fascinent toujours certaines personnes ?

Oui parce que il y a une violence incroyable chez ces gens-là qui fascine encore.

Ces américains que tu décris qui sont prêts à suivre ces gourous et l’extrême droite, tu en fais un portrait proche de la réalité ?

Certes, mais attention, ici on parle de gens qui n’ont pas et n’auront jamais de passeport ! Ils ne sortiront jamais de leur état, ils ne boufferont que de la « junk food » et sont complétements phagocytés par les églises. C’est eux qui ont fait élire Trump ! Les évangélistes jouent un rôle capital dans ce pays maintenant !

Les évangélistes ?

Bien sûr ! On sait l’importance qu’ils ont eu dans l’élection de Trump aux USA (et plus récemment celle de Bolsonaro au Brésil). C’est un pays où sur les billets de banque il y a écrit « on a confiance en dieu », le président prête serment sur la bible, on te demande ta religion quand tu rentres aux USA… La religion est omniprésente !

Ton livre est construit presque comme un scénario avec beaucoup de détails. Cela emmène une technique d’écriture plus compliquée ?

En fait c’est ma technique ! Je me considère vraiment comme un voyeur ! Quand j’étais journaliste je visualisais beaucoup les choses et je racontais l’environnement autant que l’action. Dans mon livre tu as des scènes qui me sont arrivées quand j’étais journaliste à RER et qu’on partait en reportage.

Ton style est très ramassé avec beaucoup de détails, au contraire de l’écriture française qui est souvent très lente. J’en veux pour preuve les scènes d’amour qui sont très … précises !

Ah enfin (rires), il faut le dire, il y a du cul dans mon bouquin (rires), dites le fort : il y a du cul ! (rires)

Tu as beaucoup lu des auteurs comme Fitzgerald ? Parce que ton style se rapproche beaucoup des écrivains américains, et même parfois on a l’impression que c’est du Gonzo proche de Hunter Thomson ?

Oui, c’est vrai que j’en ai lu pas mal et ma culture de choix c’est la contre culture américaine des sixties. J’adore ça ! Le côté gonzo, c’est peut-être parce que je décris des lieux et des scènes que j’ai vécues et intégrées au roman.

(Hunter Thomson en 1976 - Droit réservé) 

Tu as du lire beaucoup de romans policiers ?

J’aime bien les romans noirs, mais je lis surtout de la littérature américaine.

On parle un peu de ton héros qui a un métier assez spécial : c’est un « Ghost Writer ? »

Oui, en français on a (trop) longtemps appelé ça un « nègre ». Il y a film de Polanski qui s’appelle justement « The Ghost Writer », qui montre un peu ça.

Mais tu t’es t’identifié à lui non ?

Non, parce que contrairement à lui je n’ai jamais écrit des paroles de rap, même si j’aurais bien aimé écrire des tubes… (rires).

C’est quoi la bande son de ton livre ?

Il n’y en a pas vraiment ! J’aime vraiment l’idée que chacun se fasse sa propre bande son. Le héros aime la musique : c’est sa passion, donc parfois on retrouve quelques chansons citées pour décorer le récit, mais globalement la musique n’est pas si présente.

La musique dans ce livre est une sorte de fil conducteur, mais elle n’est pas prépondérante ?

C’est un roman, donc c’est un travail de romancier que j’ai fait, pas un livre de rock critique, ni de biographe. Je voulais faire de la littérature, sortir de mon monde habituel… Ca ne m’intéresse pas que l’on parle de ce livre comme étant un livre de rock critique, mais les étiquettes, en France, sont solides.

Dans tes remerciements tu cites quand même beaucoup de musiciens, un peu comme une épitaphe.

Je remercie ces musiciens qui m’ont accompagné, mais aussi quantité de mes héros du quotidien.

(Tupac Shakur quelques minutes avant son assassinat - Droit réservé) 

D’ailleurs sur ses goûts musicaux, ton personnage aime pleins de choses comme toi : Phil Spector, le rap, le blues …

C’est vrai qu’il me ressemble assez sur ce point. J’aime vraiment beaucoup de choses : le blues, le rap, le rock, la country, la chanson…  Un spectre musical super large, en fait à part le métal j’aime tout.

Tu attends quoi de ce livre ?

Qu’il existe, et qu’il existe bien ! Mon rêve absolu serait ensuite une existence cinématographique, mais bon il ne faut pas trop rêver… J’aimerais qu’il trouve son public. Cela dit, si tu as le téléphone de Tarantino, tu peux lui suggérer pour son prochain script !

(Les Meutes Blanches - Couverture Numa Roda-Gil) 

Tu es donc devenu un romancier ?

J’espère (rires), mais depuis ce livre j’ai écrit une biographie de France Gall, un livre sur les motos et le rock, et je travaille sur un livre sur le rap pour les enfants. Je vis de l’écriture, et donc je ne peux pas attendre que mon roman sorte et se vende pour pouvoir vivre.

Tu as un autre projet de roman ?

Oui, là encore j’ai commencé, mais on m’a commandé le France Gall, et je l’ai mis au frais pour l’instant. Je peux juste dire qu’il se passe en Angleterre dans les années 60. 

A la fin de ton livre c’est un cri d’amour ou un cri de haine pour l’Amérique ?

C’est un cri d’amour pour l’Amérique, mais dans une époque de haine. On vit un moment où les gens montrent leur haine sans problème, notamment sur les réseaux sociaux, mais aussi dans la vraie vie. Ce qui se passe aujourd’hui est dangereux, et mon roman est un peu une sorte d’avertissement sur ce qui risque de se passer. A moins que cela ne se passe déjà…

 

Crowdfunding « Les Meutes Blanches » : https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/les-meutes-blanches--2

 

 Les Meutes blanches de Jean Eric Perrin 

Serious Publishing 

 

 

 

 

 

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