Gattaca : rencontre avec le groupe pour la sortie de son premier album !

Par Franco Onweb

Venu de Toulouse voici un véritable OVNI : Gattaca ! Une musique urgente avec des guitares acides, une basse tendue et une batterie incisive. Une musique qui rappelle les grandes heures du Gun Club et de Television. Une musique qui s’est construite au fil des années pour un résultat emballant.

Un groupe aussi original ne pouvait que m’intriguer. J’ai discuté avec Bog Mallow le chanteur guitariste d’un groupe qui ne peut que vous épater.

 

Gattaca : rencontre avec le groupe pour la sortie de son premier album !
DR

Je suis Bog Mallow, chanteur du groupe Gattaca. Dans le groupe il y a aussi Nico à la basse, David à la guitare et Leo à la batterie.

(Gattaca de gauche à droite Nico, Leo, Bog Mallow et David - Photo Eléonore Rochas) 

Ça commence comment le groupe ?

Il y a 7 ans maintenant, sur une base de chansons folk que je composais seul dans ma cuisine et que je présentais sur scène avec un autre guitariste. Nico, avec qui j’étais ami, m’ a proposé de les muscler et on a monté un groupe électrique autours de mes titres. On a trouvé Léo, un jeune et super batteur, notamment de jazz : on est devenu son projet « rock ». Il nous a amené pleins de trucs au niveau du rythme, des beats… Le deuxième guitariste est arrivé ensuite : c’est un vieux pote qui est très fan de Captain Beefheart et de Fugazi. Il a nous a aussi amené pleins de trucs.

Quelles étaient vos influences à la base ? J’ai trouvé que dans votre disque il y avait un peu de jazz dans l’approche, un peu comme Television, le groupe de Tom Verlaine

J’adore ce groupe, merci beaucoup de nous comparer à eux. J’assume complètement cette trame jazz. J’ai deux grosses influences : Television et le Gun Club mais j’ai aussi un penchant pour Johnny Thunders que je respecte beaucoup.

Il y a aussi une urgence dans votre musique ?

Tant mieux, ça veut dire qu‘à notre âge canonique on a encore l’urgence du rock (rires) ! Ça fait trente ans qu’on joue et l’envie est toujours là.

Vos influences sont essentiellement américaines ?

Ah oui !  Mais quand David Bowie est mort je lui ai rendu hommage et il est un peu anglais non ? Avec Nico on est aussi très fan de Robyn Hitchcock qui est aussi anglais. On aime la pop anglaise quand elle est un peu crade ou humoristique.

Vous avez une rythmique très sèche, très en arrière mais très présente,  qui ressemble beaucoup au son de la scène du CGBG (club mythique New Yorkais de la fin des années 70  Ndlr) ?

J’adore cette scène, avec ce son de guitare un peu blues mais aussi très tendu. C’est vraiment mon école.

Et Nick Cave aussi non ?

On adore ! J’ai un autre projet avec le batteur Léo, qui s’appelle Skin and Wire, où nous avons essayé de faire du Nick Cave. Avec Gattaca il y avait un côté de rencontre sans vraiment de références à la base. Ce que l’on voulait c’était vraiment faire un projet de guitares.

Pourquoi ce nom Gattaca ?

Ca sonnait pas mal même si ce n’est pas très original. Si tu tapes sur Google, on tombe sur le film (Bienvenue à Gattaca Ndlr) et en plus il y a un groupe de hardcore qui s’appelle pareil : on nous confond parfois sur internet. Ce n’était pas très malin je l’avoue mais il y a l’idée de l’urgence que l’on peut affronter avec toutes les mutations et la merde à venir : ce qui ramène au film !  

Qu’est ce qui s’est passé depuis 2011 ?

On a joué régulièrement un petit peu. Mais l’album a été enregistré en 2014 par Lucas Trouble au Kaiser Studio et on voulait le sortir avec une belle pochette mais on avait plus d’argent pour ça. On a continué à jouer et à répéter. En 2017 on fait un très bon concert pour l’exposition qui a eu lieu du fanzine Nineteen (fanzine Toulousain mythique Ndlr). Il y avait beaucoup de monde à ce concert : tout la faune toulousaine était là, on a rencontré Eléonore, notre manageuse qui nous a secoués : elle nous a trouvé des concerts, elle s’est occupée de la sortie du disque… Elle nous a réveillés parce que nous étions un peu endormis !

Justement votre disque a été enregistré en 2014 par Lucas Trouble au Kaiser Studio  qui est décédé depuis, c’est long quand même : 4 ans ?

Bon je suis censé être le leader du groupe mais je manque de leadership (rires). On est arrivés là-bas pour faire une démo 4 titres mais Lucas nous a proposé de faire tout l’album et de le sortir sur son label Nova Express. On était ravis mais peu après il nous a quittés et là tout s’est arrêté. On ne savait pas trop quoi en faire de ce disque et c’est vrai que sans Eléonore cet album serait resté dans les tiroirs. C’est elle qui a contacté Pop Sisters (leur label Ndlr) et d’avoir le soutien de Joel (chanteur entre autres des Indian Ghost et fondateur du label Pop Sisters Ndlr) a été super important pour nous.

La production de Lucas Trouble a des côtés très « garage band » alors que vous n’êtes pas qu‘un « garage band » ?

Oui, mais j’aime beaucoup le garage. Il faut dire que c’est un peu notre problème : il y a un peu de garage, un peu de psyché, un peu de pleins de choses dans notre musique mais on n’est pas inscrits dans une scène particulière. Chez nous, à Toulouse, on est copains avec les groupes garages : on allait au concert de ces groupes mais ils ne nous faisaient pas spécialement jouer parce que nous n’étions pas directement inscrits dans leur scène. On était toujours entre deux ou trois styles et on ne venait pas spécialement nous chercher : on a notre public, nos fans, nos copains mais on était un peu dans notre coin. J’espère qu’avec l’album on va toucher un plus grand public. Mais j’ai adoré travailler avec Lucas : c’était un très grand artiste qui s’est beaucoup impliqué avec nous. J’aime beaucoup ses productions. A la base c’était un ami de Nico notre bassiste qui a grandi en Bourgogne. C’est lui qui nous a amenés là-bas.

(Gattaca en concert - Droit réservé) 

Tu dois être content que l’album sorte ?

J’en suis ravi : c’est un beau bébé que j’assume complètement. Ce disque marque la fin d’une époque : on va jouer ces morceaux mais on commence à composer pour la suite pour un nouveau répertoire avec ce son, notre son. Mais franchement j’en suis hyper fier et heureux.

Vous allez tourner avec le disque ?

Eléonore nous a trouvé des dates à Montpellier, Périgueux, la Bretagne et Paris normalement…. On fait bien le job pour une fois. J’ai sorti des albums dans ma carrière underground et jamais cela s’était aussi bien passé pour la promotion. On espère que la sauce va prendre.

Mais il est distribué le disque ?

Sur les plateformes numériques oui mais pas en physique.

On parle un peu de Toulouse : il y a une vraie scène ?

Oui, mais on ne sort pas beaucoup de la ville : les musiciens qui ont réussis ont dû quitter la ville, en la gardant comme une base arrière. Il y a un petit réseau de bars qui nous font jouer. On fait beaucoup de choses par nous-mêmes. Par exemple je me suis occupé d’un squat pendant 10 ans, le Clandé, et j’ai fait passer plein de groupes, c’était intéressant mais globalement pour devenir plus professionnel c’est plus compliqué. En général les gens vont à Madrid, Barcelone ou Paris pour trouver un label.

(Gattaca en concert - Droit réservé) 

Mais vous êtes sur un label de Toulouse : Pop Sisters ?

Bien sûr et tant mieux. Joel fait tout ce qu’il peut sur son temps libre pour le label mais s‘il doit « exploser » il devra probablement avoir un «Parisien » pour l’aider. Je vois beaucoup de supers groupes dans les bars qui n’arrivent pas à franchir ce cap. On est bien dans notre underground mais ça ne va souvent pas beaucoup plus loin.

Justement vous êtes contents d’être sur Pop Sisters ?

Oh oui (rires) ! J’adore ce qu’ils font et Joel est vraiment sympa.

On peut espérer des plateaux communs des groupes de Pop Sisters ?

Nous on serait à fond pour !

Vous savez vers où vous allez musicalement ?

Cela ne va pas vraiment changer et comme maintenant on se connait vraiment bien, chacun va pouvoir amener sa pierre à l’édifice. On aime bien le studio et si on a plus de temps on grossira le son et on ira vers une musique plus expérimentale.

A l’écoute de votre album il y a un premier morceau avec une rythmique très à la « Fugazi » et ensuite il y a des morceaux splendides ave du sax ou des claviers qui amènent beaucoup de choses à votre musique?

(rires) C’est le même instrument : le Korg MS10. Il fait le sax et les claviers. Pour la scène j’alterne avec la guitare et le clavier. Ça amène un nouveau son jazz ou garage à notre musique. De toute façon on adore ce genre de sons : les vieux synthés, les Revox. On n’ira pas dans les loops ou l’électro parce que franchement c'est pas notre truc …

Il pourrait y avoir donc un cinquième membre ? (rires)

(Rires) Peut être !

On parle de tes textes ? Ils sont en anglais parce que toute la musique que tu écoutes est en anglais ! Je fais la réponse avant que tu me la donnes !

Oui bien sûr ! (rires) C’est surtout moi qui écris, je mélange les chansons d’amour un peu cul du style j’aime comment que tu me tortures et des propos sur la fin du monde un peu trash.

Tu as un côté donc revendicatif ?

Oui mais au deuxième degré avec de l’humour (rires), pour moi écrire des chansons c’est refaire « Be Bop A Lula » mais version 2018. Je veux rester dans la tradition du rock’n’roll : les filles en socquettes blanches mais avec la rage de notre époque et toute cette pression.

Tu penses que la rage du rock originel est toujours là ?

Bien sûr mais en gardant ce deuxième degré très important !

Enfin la question finale : quel disque tu donnerais à des enfants pour les emmener à la musique ?

L’album blanc des Beatles et Dragibus le groupe parisien qui faisait des chansons pour enfant.

Gattaca – Album « ADN Machine Drama » - Pop Sister Records

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