Scopitone ou le numérique dans tout ses états !

Par Franco Onweb

Véritable capitale du numérique en France, Nantes organise depuis 17 ans le plus important festival numérique en France : le festival Scopitone. Pendant quatre jours la ville va se mettre à l’heure du numérique et offrir un panorama complet de ce que cette nouvelle technique peut apporter : art, musique et démonstration de logiciel.

J’ai discuté avec Rémi Bascour, l’un des activistes d’un festival qui prépare, peut-être, la culture de demain !

Scopitone ou le numérique dans tout ses états !
DR

Le festival Scopitone qui fête sa dix-septième édition, est un festival qui mêle la musique électronique et les arts numériques. Cela englobe tout ce qui touche l’art et les nouvelles technologies. Il a été créé et se déroule à Nantes.

Pourquoi ce nom Scopitone ?

Parce que c’est la première machine qui pouvait diffuser de la musique et de l’image ensemble. En fait c’est l’ancêtre du clip.

C’est un festival numérique c’est donc avec une  programmation musicale qui est totalement électronique ?

Oui, même si au début du festival en 2002 la programmation s’étalait de la pop à l’électronique. Cela  dépendait vraiment du paysage musical du moment mais concrètement il y a toujours eu une volonté de faire de la musique électronique.

C’est un donc choix délibéré de votre part ?

Oui, quand le festival a commencé à exister il n’y avait pas beaucoup d’événements électro à Nantes. C’était plus des rassemblements comme des Raves, de la techno Hard Core ou de la House. Il n’y avait pas de festival électro sur plusieurs jours. Donc oui, c’est un choix.

Vous avez une très belle  programmation musicale avec des « pointures » internationales comme Miss Kittin and the Hacker, Nina Kravitz ou Luke Slatter …

Cette année  le jeudi il y a une  une programmation dans les bars et dans la ville et il y aura deux nuits électro le vendredi et le samedi. Mais même si le festival a grandis  on reste sur des jauges plus petites que « Astroplis » à Brest ou « Les nuits sonores » à Lyon. On reste sur des jauges de 3 000 à 4 000.

On pourrait vous comparer aux « Transmusicales » de Rennes avec cette volonté de montrer des artistes confirmés avec d’autres qui sont en développement ?

C’est vraiment une volonté de notre part de mélanger les deux. Si tu veux vendre des billets il faut bien quelques têtes d’affiches mais il y a aussi cette proposition de faire découvrir des artistes. On est pas loin des Trans, c’est vrai mais eux ont pratiquement que des découvertes ce qui n’est pas notre cas. Nous avons 50 % de découvertes avec des artistes où nous pensons que cela va fonctionner.

Vous avez aussi un festival « off » ?

Oui, le « off » ça fait deux ans que nous le montons avec des associations. Nantes a en maintenant  beaucoup qui organisent des événements. Il y énormément de petits lieux qui se sont ouverts et c’était normal de se rapprocher d’eux.

Vous vous présentez comme un festival d’arts numériques : c’est une volonté de montrer que tous les arts peuvent se mélanger ?

C’est une volonté de l’équipe de mêler la création visuelle à la création musicale. On a vraiment voulu  travailler sur les arts visuels quand nous avons vu le mélange de la musique et des visuels dans les concerts. Peu à peu l’art visuel c’est séparé de la musique et a trouvé sa propre autonomie mais de notre point de vu il faut mélanger toutes les formes de l’art numérique. En France c’est tout nouveau mais à l’étranger, que ce soit en Asie, au Canada ou aux USA ça existe contrairement à la ici ou cela reste encore un peu méconnu.

Vous êtes les seuls à faire ce type de festival en France ?

Non il y a un autre festival mais plus petit à Rennes qui s’appelle « Maintenant », il y en a un à Aix Provence, un à Saint Germain en Laye, un au 104 à Paris qui a lieu au mois de Mars .. Mais cela reste des petites choses alors que à l’étranger il y a maintenant beaucoup de grosses manifestations numériques. Notre volonté est vraiment de faire découvrir cette culture à un public très large. C’est pour cela, et je tiens à le préciser, que seules les soirées électro sont payantes, tout le reste du festival, notamment les performances et les expositions seront gratuites.

On a l’impression que toute la ville va se mettre au numérique ?

Oui, tout à fait ! Par exemple dans la cour du château des Ducs de Bretagne, il y aura un dôme organisé et réalisé par la Société des Arts Technologiques de Montréal (SAT), parce que à l’étranger comme je l’ai dit l’art numérique fonctionne énormément. Plusieurs artistes Français et Québécois vont montrer leur travail : 200 personnes seront couchés et pourront admirer des performances. C’est une grosse proposition ou les spectateurs seront en immersion.

Il y aussi une performance pour les enfants le dimanche après-midi ?

Il s’agit d’une projection ! L’art numérique peut faire peur et nous on cherche à faire une entrée pour les familles pour les aider à comprendre cette nouvelle forme d’art.

 C’est une volonté de votre part ?

Oui complétement et tout nos partenaires nous suivent. C’est aussi pour montrer que Nantes est aussi une ville à la pointe du numérique !

Mais le numérique aujourd’hui subit beaucoup de critiques, surtout en musique, vous répondez quoi ? Que êtes un festival « high tech » ?

Non, (rires), pas « high tech » parce que une partie des musiciens viennent avec des instruments « classiques ». C’est une juste manière différente de composer et de faire de la musique. Ce n’est pas parce que on a des machines, des platines ou des claviers que la sensibilité musicale est différente…

Votre programmation musicale est très éclectique

Oui, il y a de a House, de la tech, de l’électro …. Ce sont nos coups de cœurs, nos découvertes mais aussi ce que le public demande parce que nous sommes aussi là pour lui faire plaisir. Cette années si on mélange pas mal de genre c’est parce que dans une soirée qui a lieu de 21 h jusqu’à tard dans la nuit , il faut pouvoir s’adapter à toutes les heures de la nuit. : tu ne peux pas mettre directement de la techno « dure » à partir de 21 h,.

Il y a un bon retour du public Nantais ?

Il répond très bien chaque année !  Mais Nantes est une ville où il y a beaucoup de choses en matière électronique : il y a beaucoup de festivals et de soirées électro … Le public Nantais aime l’électro et le fait savoir.

Vous organisez des choses toute l’année ou c’est juste une fois par an ?

Le festival est un peu la réunion de tout ce que nous proposons dans l’année. Il y a des performances numériques dans l’année, des expositions, comme « Electron libre » qui a lieu tout les trois mois. On organise aussi des soirées électro mais plus en version club. Il y a beaucoup d’associations à Nantes qui organise des soirées électro et on évite de se faire concurrence.

Quels sont tes cœurs du festival ?

En musique « Kiddy Smile », Max Cooper qui sort son album début septembre et ce sera sa première date française avec un live incroyable. J’attends aussi Miss Kittin and The Hacker pour leur grand retour en France. En exposition j’attend le dôme dans le château des Ducs de Bretagne mais aussi une exposition avec une artiste japonaise qui s’amuse à fabriquer des maisons pour des Bernard l’Hermitte en 3D que elle va chercher elle-même dans l’océan et franchement quand l’art numérique rencontre les animaux c’est passionnant.

Est-ce que l’avenir du festival ce n’est pas de regrouper tout les arts en une seule performance ?

Ca peut être une direction, comme on pourra aller vers les arts immersifs parce que le public adore ça et en demande beaucoup. Mais cela dépend aussi beaucoup de la création artistique : il y a encore peu d’artistes numériques dans le monde, à peine 200, et on est un peu tributaire de leurs travaux.

Tu penses que les arts numériques sont moins considérés que les arts classiques ?

Non bien sûr même si il y a beaucoup de critiques sur les arts numériques que ce soit dans le milieu artistique ou dans le public. Il y a beaucoup de monde qui ne le comprennent pas . Il y a des débats : est-ce que c’est de l’art ou pas? Est-ce une pratique ? Est-ce une déformation de l’art contemporains ? C’est un débat assez grand mais il y a un vrai travail de médiation à faire, c’est certains.

Mais vous avez un vrai rôle à jouer dans ce débat en organisant cet événement ou / et en sortant de Nantes ?

On aimerait beaucoup sortir de Nantes et on travaille déjà avec des festivals comme « Maintenant » à Rennes ou avec des festivals avec des co-production parce que l’art numérique demande des machines, du travail et pas mal d’argent … On travaille déjà avec des écoles hors de Nantes parce que il y a tout un travail de médiation qui est fait avec des collèges et des lycées. Mais de là à aller programmer ailleurs pourquoi pas ? Mais on a déjà des activités à l’année et on est très occupés. Même si on  va un peu à l’étranger mais il ne faut pas oublier que nous sommes une association financée par des fonds publics et donc notre action doit rester dans notre région et un peu au niveau national avec les écoles mais on est déjà en lien avec beaucoup de festivals en France.

Et à Paris ?

On travaille avec la Gaité Lyrique qui est un vrai acteur dans l’art numérique parce que ils ont des locaux pour des résidences. Il y a le 104 aussi. On va construire peu à peu des choses avec d’autres villes.

Votre festival n’est il pas à la pointe de ce peut être l’art aujourd’hui d’une manière générale ? Parce que on vit aujourd’hui avec le numérique et contrairement à certains qui disent que vous êtes en avance n’êtes vous pas au contraire dans votre époque ?

Oui, c’est une volonté d’être à la pointe de notre époque (rires) !

Que dirais tu à des gens qui voudraient aller à votre festival ?

Venez passer une journée à Nantes pour faire ce parcours totalement innovant avec le soir des soirées électro de 21 h à cinq heure du matin. En plus vous pourrez vous promener dans Nantes qui est une ville splendide !

Vous faites découvrir la culture numérique d’une manière ludique ?

Oui tout à fait c’est pour ça que l’on a fait plusieurs propositions avec des performances faites pour les familles, des choses plus sombres et plus dures mais aussi pleins de musiques de clubs dans des lieux différents.

Quels sont vos projets pour l’année prochaine ?

On va évoluer, notamment sur les lieux de musique. Chaque  année on rediscute de ce que sera la suite !

 

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