Le Crossroads Festival du 12 au septembre à Roubaix !

Par Franco Onweb

Du 12 au 15 septembre prochain, se tiendra à Roubaix le festival Crossroads, Un festival de découvertes musicales absolument passionnant. Pendant quatre jours plus d’une vingtaine de groupes et artistes, tous des découvertes, se succéderont pour des « Showcases », soit des concerts de présentation de trente minutes.

Une programmation aussi haletante que passionnante  et un format de festivals aussi original demandaient quelques explications. J’ai donc décroché mon téléphone pour en discuter avec Hervé Leteneur, l’un des organisateurs d’un évènement les plus passionnants de cette rentrée !  

Le Crossroads Festival du 12 au septembre à Roubaix !
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Comment est né le festival ?

C’est une idée qui a germé au sein de notre association il y a quelques années. On s’est rendu compte que dans les plus grands festivals de showcase du monde, ils s’échangeaient des artistes d’un pays à l’autre. Comme notre mission depuis 2001 est de développer les artistes de la région et que nous proposions des artistes à ces festivals, on s’est dit que nous pouvions entrer dans la danse de ces échanges en organisant nous mêmes et sur notre propre territoire, un événement de ce type, nous pourrions avoir des facilités, notamment financières et un réseau plus large.  Il y a eu à ce moment-là plusieurs facteurs qui se sont mis en place notamment le regroupement des deux régions Nord-Pas-de -Calais et Picardie. La fusion des deux réseaux de musiques actuelles a permis de commencer à travailler sur un événement autour des artistes de cette nouvelle région. On a commencé à discuter avec tous les acteurs de la filière régionale et la nouvelle majorité politique régionale a souhaité nous soutenir dans cette démarche. On a donc bénéficié de plusieurs facteurs concordants.

Pourquoi ce nom : « Crossroads » ?

On cherchait un nom dynamique qui permettait de mettre en avant la positon de notre région en Europe. On n’est pas au centre mais pas loin : une heure de Paris, une heure de Londres et une heure de Bruxelles. On sait que c’est le nom du festival d’Éric Clapton, une référence à Robert Johnson, l’inventeur du Blues : mais pour nous, c’est davantage un clin d’œil à la découverte, aux croisements et aux diverses influences.

C’est un festival composé uniquement de découvertes provenant de France et de certains pays d’Europe, mais pourquoi n’y a t-il pas de « grosses » tête d’affiches ?

C’est une décision de notre part et de la filière dont nous dépendons de ne pas avoir de têtes d’affiches. A chacun son métier. Il y a des festivals comme « les Nuits Secrètes » dans notre région qui font ça mieux que nous. On s’est basé sur des festivals comme Rennes ou Bourges qui font un gros travail de défrichage mais aussi sur nos partenaires étrangers et les différents acteurs en région qui font le même travail que nous. On veut travailler sur l’émergence pour permettre aussi à des gens de faire leur marché et repérer les jeunes pousses comme les labels, les tourneurs ou les organisateurs d’événements …

Cela fait très festival de professionnels avec des découvertes, des tables rondes et des conférences sur les métiers de la musique ?

Tout à fait, le réseau régional Haute-Fidélité, organise des conférences pour aider à mieux comprendre et appréhender les métiers de la musique : les conseils dans la structuration, l’administratif… On va montrer que les métiers du spectacle comportent une multitude d’aptitudes et de connaissances. On a commencé il y a 3 ans avec une forte orientation professionnelle mais nous sommes passé en gratuité cette année pour permettre au public de venir sans restrictions. On souhaite avoir un subtil dosage entre public et professionnels pour que ça bouge un peu dans les concerts (rires).

Vous faites des showcases : trente minutes de concerts par groupe ou artiste. C’est vraiment une présentation assez brève ?

 Si tu veux faire venir plusieurs groupes pour de « vrais » concerts en festival c’est compliqué. Tu ne peux programmer beaucoup de groupes : c’est trop long, sauf si tu as plusieurs scènes comme à Dour. Il s’agit de concentrer l’attention des gens sur des shows très courts mais très représentatifs du travail des artistes. En plus nous avons mis au point « la double scène » avec deux scènes qui se font face : un groupe joue une demi-heure et dès que le concert s’arrête le public se retourne et un autre attaque immédiatement. Ca permet de passer du rock à la pop et d’enchaîner sur de l’electro

Ce n’est pas angoissant pour un artiste de se dire qu’il trente minutes pour convaincre ?

C’est un format éprouvé depuis des années. C’est le format courant dans les festivals de showcases et c’est suffisant pour montrer ce que l’on sait faire et ce qu’on peut donner sur scène.

Quels sont les artistes que tu attends ?

J’attends avec impatience « Thé Vanille »  qui est proposé par le guitariste de « Last Train » qui fait aussi du booking. C’est un power trio et franchement c’est très énergique. Le groupe « Structures » proposé par la Lune des Pirates à Amiens, là encore c’est un power trio dans un registre plus Cold Wave un peu « old school ». Un autre groupe proposé par le bureau export Belge : « Juicy », deux petites nanas qui sont supers dans un registre soul et bien sûr « Weekend Affair » nos petits chouchous : un groupe de la région que l’on connait bien avec un super son à la Jacno. Il y a aussi Elefant, un groupe flamand qui est étonnant.

Tous ces groupes ont déjà un album : ils sont pratiquement tous professionnels et tournent déjà pas mal ?

Oui les groupes ne sont pas tout à fait des amateurs puisqu’ils ont été repérés et proposés par des professionnels. Le processus de programmation est simple : avec l’association on ne programme personne mais on choisit les programmateurs : ils viennent des SMAC (Salles des Musiques Actuelles Ndlr)  ou des festivals., mais aussi de la presse ou de la radio et sont aussi développeurs d’artistes. Ils nous ont fait le plaisir et l’honneur de consacrer bénévolement leur temps à la sélection de 30 groupes sur environ 120 candidatures proposées par le réseau régional et nos partenaires français et étrangers.

Comment tu définies un développeur d’artistes ?

C’est un manageur, un tourneur … même un label toute structure ou personne aidant un artiste à développer sa carrière.  

Le festival peut beaucoup musicalement développer la région ?

Le festival a été créé pour ça et en invitant des artistes d’autres régions ou de l’étranger, on espère qu’il y aura du retour. Par exemple on a chaque année un artiste au « Liberté » (salle principale des Transmusicales de Rennes Ndlr)  pendant les Transmusicales et nous proposons des artistes accompagnés à l’année par ce festival breton. Ce que l’on espère c’est vraiment un échange. Ca permet à tout le monde de se déplacer dans d’autres régions ou pays.

Vous êtes basé que sur Roubaix, vous auriez pu aller ailleurs ?

Nous étions installés à Lille pendant longtemps mais Roubaix est parfait pour nous : on est à trois kilomètres de la Belgique par exemple … Et il se passe déjà tellement de choses à Lille. Mais on commence à aller « hors les murs » : on travaille en ce moment sur un concert au Musée d’art contemporain de Lille avec  « Weekend Affair » et on va essayer de continuer de développer ce genre de choses sur la métropole.

Vous comptez vous développez sur un label, du management… ?

L’idée est de rester sur le festival tout en continuant à fédérer une concentration d’acteurs de la musique qui s’occupe du management, de la tournée et de la production notamment. Notre ambition à terme c’est de créer un gros pôle alliant musique actuelles et audiovisuel en région. L’idée c’est de dire qu’il n’y a pas de de développement musical sans image. On va essayer de mettre en rapport des cinéastes, des scénaristes, des auteurs avec des acteurs la musique mais aussi travailler sur le volet « synchro » qui constitue un marché prometteur pour les musiciens.

Il y a aussi une manifestation pour les familles le dimanche après-midi ?

Oui, l’année dernière on s’est rendu compte que le samedi et dimanche il y avait moins de professionnels, et qu’ils rentraient chez eux le weekend. Cela pouvait créer de la frustration chez certains groupes et artistes. Donc cette année on a tout décalé et en collaboration avec « la Cave aux Poètes » on a mis en place une animation spéciale le samedi avec des acteurs qui travaillent sur ce secteur du jeune public en mode plus familial.

Vous êtes très aidés par la région ?

Comme je te l’ai expliqué la nouvelle majorité nous soutient, ainsi que d’autres événements dans les Hauts-de-France. Maintenant c’est une démarche de plus en plus logique que les régions financent les SMAC ou certains festivals. On est là pour aider les artistes à se développer et les professionnaliser, on travaille donc aussi dans les champs social, des emplois et finalement on participe à la promotion de la région et à son rayonnement culturel.

Mais justement vous ouvrez énormément sur d’autres régions : vous ne restez pas bloqué sur les groupes ou artistes de chez vous ? 

L’idée est de brasser les publics, les artistes et les professionnels. Les rencontres sont capitales ! Par exemple un groupe de la région peut rencontrer un groupe Belge, un programmateur de Nancy, de Strasbourg ou de Bordeaux et comme ça l’information circule. Ce festival nous permet à la fois de présenter notre région mais aussi d’aider les artistes à en sortir. D’autre part, cela nous permet aussi d’identifier les professionnels de notre région : les gens peuvent ainsi mieux se connaitre. Entre Dunkerque et Creil il y a de la distance et c’est par ce type de rencontres que l’on affermit les collaborations entre réseaux.

Quels sont les projets pour 2019 ?

On voudrait créer un salon de la musique comme il en avait à Paris il y a quelques années. On pouvait essayer des claviers, des logiciels, il y avait une pléthore de professionnels de la musique… Cela permettrait, par exemple, au étudiants qui débarquent à Lille en septembre pour leurs études de pouvoir s’équiper pour lancer des groupes… Ce serait pas mal ! En 2019 on voudrait faire, dans l’optique de ce pôle multimédia dont je te parlais, une sorte de remise de prix de clips pour les groupes de la région. Sinon mon travail cette année va être de se promener dans d’autres pays européens comme le Danemark ou l’Allemagne pour amorcer d’autres échanges et de trouver d’autres partenaires.

Et hors Europe ?

On a un groupe Canadien cette année, peut-être la Chine dans les années à venir… On a un groupe de la région qui est actuellement là-bas. Ils vont nous expliquer comment ils ont fait et nous parler de leurs expériences lors d’une conférence sur l’export.  On va aussi essayer d’aller en Espagne, en Italie et dans les pays du Maghreb. Il y a un super festival à Tanger par exemple qui nous intéresse, Visa for Music.

On peut dire que les Hauts-de-France vont être de nouveaux au cœur de la scène musicale ?

On espère ! Pendant quelques temps on a manqué ici d’initiatives collectives, d’événements fédérateurs. Il faut que nous retournions voir aussi des partenaires privés. Mais cela se fait par étapes et on commence par consolider notre démarche de prospection et d’accompagnement des nouveaux talents.

 https://www.crossroadsfestival.org

 

 

 

http://www.basementprod.com

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