Shaggy Dogs : Rencontre avec le groupe part 2

Par Franco Onweb

Deuxième partie de l’interview que m’ont accordés Red et Toma deux membres des Shaggy Dogs. Une partie où le groupe nous explique comment ils ont ouvert leur son, travaillaient avec des grands producteurs et ils décrivent les différents étapes de l’enregistrement de leur septième album « All inclusive » qui sortira le 20 avril prochain.

Un disque d’une énergie et d’une honnêteté précieuse à notre époque. Un disque auquel vous pouvez toujours participer avec le « Crowfunding » en suivant ce lien (https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/all-inclusive-nouvel-album-des-shaggy-dogs).

Shaggy Dogs : Rencontre avec le groupe part 2
DR

En plus des textes il va y avoir une ouverture dans votre son avec l’arrivée d’un clavier et de cuivres sur « Who let the Shaggy Dogs » ?

R : En fait on avait le souci d’arranger mieux les titres. On a fait appel à Al Scott, un grand producteur.

Vous avez toujours eu des grands producteurs ?

R : On a compris très vite qu’il nous fallait une oreille extérieure pour mieux tirer le meilleur du groupe. C’est mieux d’avoir quelqu’un qui décide pour toi. Avec Toma sur l’album avec Pat Collier on avait dû prendre des décisions et franchement c’est chiant ! En plus, on risque de ne pas être d’accord entre nous : on était quatre et il y avait souvent quatre avis !

T : C’est bien d’avoir quelqu’un qui décide pour toi !

R : En plus au 2011 c’est la crise du disque. Les producteurs que l’on aimait deviennent accessibles. Al Scott, ça le faisait rire en plus qu’on soit Français. C’est le premier ingé son des Jam. Il a produit plein de groupes …

T : Il est multi instrumentiste en plus.

Vous enregistrez en France ?

R : A chaque fois c’est enregistré en France mais souvent mixé à l’étranger, en Angleterre. En tout cas on s’est super bien entendu avec lui : on rigolait beaucoup !

T : Comme d’habitude, on a tout enregistré en cinq jours, c’est rapide mais on n’a pas besoins de plus. On répète beaucoup avant.

Bon il arrive quand le pianiste ?

R : On enregistrait un album à la campagne en 2013 et il s’est mis à neiger ce qui bloquait les routes. Un pianiste, pote à nous devait venir mais il n’a pas pu bouger : les routes étaient impraticables ! Al Scott nous annonce : « pas d’inquiétude, j’ai le gars qu’il vous faut : : Steve Broughton ». C’était un vieux de la vieille qui connaissait cette musique par cœur : il a réussi depuis Londres, en partant de nos bandes à placer son piano. Ca collait parfaitement ! On était super contents de son travail et en plus on ne l’a jamais rencontré : on ne s’est parlé que par internet !

C’est là que vous prenez un pianiste ?

R : Non (rires), on a fait un autre album en 2015, mais Al Scott a eu un empêchement familial et deux semaines avant l’enregistrement il ne peut plus venir. On ne pouvait pas reporter l’enregistrement : chez nous tout est anticipé en amont ! On sait comment et quand sortira le disque, qui fera la promo, les tournées ….

D’ailleurs c’est vous qui faites tout ça ?

R : Oui tout le monde dans le groupe bosse dessus. Après ça dépend du temps que tu peux y mettre. C’est beaucoup Toma et moi mais tous participent ….

T : C’est de l’huile de coude et en fonction de tes compétences.

Donc Al Scott ne peut pas venir ?

R : Oui, il nous envoie un mail en nous proposant un pote à lui. On dit oui et il nous renvoie trois jours après un mail en nous disant : « mon pote est ok, c’est le type qui vient de faire Roger Daltrey (chanteur des Who Ndlr), son album avec Wilco Johnson (Guitariste de Feelgood Ndlr) et les Strypes ». On n’y croyait pas !

C’est cool !

T : Ouais, il a supervisé l’enregistrement et c’était parfait.

R : Il ramène les bandes à Londres, il les file à Al Scott qui reprend le même pianiste : Steve Braughton. On voulait des cuivres. Al Scott branche une sax Bariton. Nous on a trouvé le résultat épatant et on a voulu défendre le disque sur scène avec au moins un pianiste. On a rencontré Ben grâce à des potes en commun et on a fait quelques concerts avec lui pour préparer le New Morning en janvier 2016. On lui a proposé de rester après mais en lui expliquant que de faire partie du groupe nécessitait des contraintes… comme pas gagner d’argent (rires) ! Et il est resté.

T : En fait tout ce que le groupe gagne est réinvesti dans le groupe ! On est de vrais artisans.

On attaque le nouvel album ?

R : Yes ! Tout d’abord on a beaucoup tourné avant de l’enregistrer. Il sort le 20 avril et sur notre propre label.

T : On a enregistré dans un studio-ferme dans la Sarthe : la Boite à Meuh et sous la houlette de Fred Mateu, un super ingénieur du son. C’était la deuxième fois qu’on y allait.

Vous avez eu de nouvelles influences pour ce groupe ?

T : Peut-être, parce que quand j’écoute le disque j’ai l’impression que on a pris un virage vers quelque chose de plus rythmé au sens Cajun ou Dub…. On a changé des choses dans notre manière de jouer.

R : Il a été produit par Gary Bromham, bon je te le dis c’est le mec qui a réalisé les plus gros hits de George Michael …

….Techniquement il doit être très bon (éclat de rires général) !

R : Bon ce n’est pas notre musique c’est sûr !

T : Il a fait U2 aussi, Kula Shaker, Sheryl Crow…

R : Et les deux derniers Nine Below Zero (Groupe de rock anglais Ndlr) qui franchement ont un son trop classe. C’est la différence entre les français et les anglais : le mec est bon, il écoute tout et il a une culture musicale énorme. En France tu dois rester dans la case que l’on t’a assignée, pas chez les anglais qui écoutent tout et sont naturellement ouvert en matière musicale. Pour moi c’était un moyen d’ouvrir notre musique et lui quand il a reçu notre musique il ne s’est pas posé la question de savoir ce que l’on jouait : il a écouté et ça lui a plu.

(Shaggy Dogs à la boite à Meuh – Photo Fred Mateu)

Quand on écoute le disque on ressent d’ailleurs une ouverture musicale ?

R : C’est clair !

Par exemple sur ‘El Dia de Los Muertos’ on dirait du Willy Deville : c’est ‘Spanish Harlem’

R : Je prends le compliment (rires).

Il y aussi ce titre « No Mo Do Yakamo » ?

R : C’est une reprise de Feelgood. On n’a pas de fait de reprises depuis 10 ans et franchement on adore le titre.

Il y a aussi un hommage à « Link Wray » (grand guitariste légendaire de surf music Ndlr) ?

R : Oui, on l’adore ! Je sais ce que tu vas me dire : Link Wray faisait des instrumentaux et là je chante dessus. C’est simple c’est une chanson avec un texte uniquement à sa gloire.

Pour moi c’est là que vous avez ouvert.

T : Sur chaque album on rend hommage à un grand musicien que on aime. Là c’est Link Wray, l’album d’avant c’était Lee Dorsey et l’album encore avant Andre Williams… Et pour l’anecdote au début on faisait des références au Pink Floyd et même à Motörhead.

Pour moi vous êtes l’anti Pink Floyd !

T : Oui mais on aime bien, c’est sûr que ce n’est pas notre musique : on fait des morceaux plus courts qu’eux (rires), mais c’est la musique de notre adolescence …

Vous êtes presque proche de la scène Mod ou Ska ?

T : Bien sûr on peut jouer sur des festivals Ska ou Mod sans aucun problème. On fait des festivals de Rockabilly aussi.

R : Des trucs ouverts, pas avec les Rednecks hein ! On a aussi joué au festival Béthune Rétro et ça l’a fait. En fait on n’est jamais aussi bons que quand on joue dans des trucs improbables.

Vous avez ouvert musicalement mais sans jamais tomber dans la facilité, mais vous avez un son plutôt moderne, votre public il vous attend sur un truc plus « roots » ?

R : C’est ce qu’on voulait. On a déjà enregistré en analogique avec le micro au milieu et là on voulait vraiment un son très propre. On verra ce que dira notre public mais c’était important pour nous cette ouverture, vraiment …. Mais bon ça reste une niche dans la niche notre musique ! Mais ce son, c’est vraiment conscient de notre part.

T : On a joué avec plein de gens sur plein de festivals et franchement ça nous a influencé. Tu remarques ce que font les autres et ça t’inspire.

A quand des cuivres ?

T : C’est l’Arlésienne les cuivres (rires) ! Moi j’ai joué pendant des années avec une section de cuivres et franchement ça le fait. J’espère que l’on y arrivera un jour.

J’ai l’impression que vous avez envie de groover mais que vous vous retenez pour passer à la radio : ça vous démange mais vous vous retenez, non ?  

R : Ouais peut-être, mais on n’est pas tous sur la même longueur d’onde dans le groupe ….

T : Ce que j’ai aimé dans cet album c’est la préparation piano guitare, la place que prend chaque instrument et la manière dont ils se répondent. Pour nous c’était un vrai nouveau travail : avant on superposait les éléments, maintenant on les croise. Les instruments se parlent entre eux et avec des cuivres ça aurait été encore plus flagrant. Maintenant si on rajoute des cuivres il faudra modifier les parties de guitares et de piano.

Oui mais par exemple sur un titre, «Watch Out », vous ouvrez en proposant toutes les ouvertures possibles de cette musique : le rythm’n blues ! Vous ne cherchez pas la facilité quand même avec ce genre de chansons !

R : (après un temps) On a une chance, c’est qu’on n’est pas tributaires de notre musique : on ne mange pas grâce à elle. Si l’idée nous plait, on la met en place. Ce disque, c’est nous et on le revendique ! Personne ne nous a dit ce qu’on devait faire.

T : On n’est pas dans la facilité peut être mais on fait ce qui nous plait.

R : La seule chose c’est que on veut continuer à tourner et à jouer.

(Shaggy Dogs sur scène en 2017 Jacker et Red – Photo Vincent Villemaire) 

Ca va se passer comment sur scène ?

T : On ne va pas chercher à reproduire ce qu’on fait sur le disque sur scène, c’est l’inverse : on joue sur le disque ce qu’on fait sur scène. On joue à fond sur l’émotion et le partage.

Pour moi vous voulez faire danser les gens mais vous n’assumez peut-être pas. 

T : Je suis d’accord parce que quand on a fait le disque, on voulait ce côté « jumpy » et les prises que l’on a gardées, c’est celle-là.  On voudrait bien faire bouger le cul des gens.

Ca vous dérange de faire danser les gens ?

R : Absolument pas : on adore ça ! On est la caution Blues du Rock.

Plutôt la caution Rock du Blues non ?

R : Peut-être dans ce sens-là oui (rires)

T : Mais pour nous, c’est un handicap, parce que pour tous on était un groupe de blues et on avait du mal à sortir de ce circuit.

R : On a pleins de défaut, mais s’il y a bien un truc que l’on sait faire, c’est bouger les gens. Ça commence mollement mais nos concerts finissent en fête : c’est notre but, notre contrat … Maintenant on a plus vingt ans, on n’est pas des poseurs. J’assume l’idée de faire danser les gens.

T : C’est d’ailleurs pour ça que l’on joue peu à Paris, trop de gens lookés accoudés au bar qui te regardent de haut… Je préfère aller en banlieue, en province ou à l’étranger : les choses sont plus simples et moins prétentieuses.

Mais pourquoi vous ne passez pas en radio ?

R : On chante en anglais d’abord et ensuite écoute ce qui passe en radio et tu comprendras.

T : Oui mais ce qui est incroyable c’est que dés qu’on fait un concert, généralement on vend plein de disques à la fin, d’où l’importance de notre honnêteté sur scène.

Le disque va sortir en vinyle ?

R : Oui

T : D’où le crowfunding !

J’ai vu ça ! Pourquoi vous en faites un ?

T : Quand tu fais disque, tu as des frais et bien nous il nous manque un peu de sous. On veut faire des T shirts, des vinyles… proposer au public un vrai beau produit et pour ça on a besoin d’argent en plus. C’est aussi une forme de promotion, un moyen de faire parler du groupe ….

R : Pour le public c’est un investissement à risque zéro : tu es sûr d’avoir le disque et en plus tu auras des articles qui ne seront pas dans le commerce.

Quels sont vos projets ?

R : Tourner et s’ouvrir des territoires. On part bientôt en Espagne où le disque sort. Ca fait longtemps que je regarde vers l’Allemagne mais c’est compliqué : il faut partir un mois là-bas et nous on ne peut pas avec nos boulots et nos familles. C’est plus simple d’aller en Hollande ou en Belgique.

Vous avez fait beaucoup de sacrifices personnellement ?

R : Franchement s’il y avait des sacrifices, on aurait arrêté depuis longtemps : on adore être sur la route.

(Shaggy Dogs sur scène au festival Le Buis en 2015- Photo Alain Hiot)

C’est quoi vos plus grosses dates ?

T : 5 000 personnes dans un festival dans le Gers.

R : On a fait des gros trucs dans le nord et en Belgique avec Jon Spencer ou Jimmy Vaughan et surtout un stade de foot en Norvège, un truc improbable.

Vous ressemblez beaucoup d’ailleurs au Fabulous Thunderbird (groupe de Jimmy Vaughan Ndlr) ?

R : Je prends aussi (rires).

T : En fait, on a le même état d’esprit.

R : Mais on n’a rien d’américain, on est plus anglais.

Quels disques vous donneriez à des enfants pour qu’ils découvrent la musique ?

T : Je prendrai un truc en français.

R : Je sais : l’intégrale de Nino Ferrer.

T : J’allais le dire !

R : C’est parfait pour un enfant : du rythm’n blues avec des textes en français.

 

 

 

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