Pat Kebra : Une histoire de couleurs à Paris part 1

Par Franco Onweb

J’ai rencontré Pat Kebra ! Cela s’est passé une froide après-midi du mois de février. Quand il s’est assis en face de moi j’ai revu alors la photo qui était au verso de ce maxi 45 t que j’avais acheté un mois de novembre, pendant les vacances de la Toussaint : la chanson du maxi c’était « Couleurs sur Paris » et le groupe « Oberkampf ». Dans mon lycée, Oberkampf c’était énorme : le groupe que tout le monde écoutait et Pat Kebra en était le guitariste.

Sept ans ! Oberkampf durant sept années durant lesquelles Pat Kebra pilotera le groupe avec une droiture et une honnêteté rare ! 35 ans après la séparation du groupe , Oberkampf fait toujours parler de lui et « Couleurs sur Paris » est aujourd’hui exposé à la Philharmonie dans le cadre de l’exposition Etienne Daho car, comme le dit Pat Kebra, la chanson ne fût jamais un hit mais reste un hymne. L’hymne du punk parisien, l’hymne de tout ceux qui refusaient le contexte artistique et musical plus que médiocre de l’époque !

Ce furent plus de trois heures de discussions avec un homme qui a eu pleins de vies différentes. Un homme qui a su se réinventer et qui mène aujourd’hui une carrière solo épatante tout en étant un attaché de presse réputé. Plusieurs vies, plusieurs carrières que nous avons évoqué et dont voici la première partie.

Pat Kebra : Une histoire de couleurs à Paris part 1
Pierre Terrasson

J’ai découvert la musique en 1976, juste avant le punk : un copain m’a fait écouter les New York Dolls et les Stooges. Ça m’a vraiment impacté au niveau du son de la guitare. J’avais 16 ans et on a décidé d’acheter des guitares et de commencer à jouer, et puis le punk est arrivé. J’ai commencé à écouter et jouer tout de suite après les Sex Pistols et franchement, c’était très excitant. Un jour un copain vient me voir et me dit : « il y a un concert ce soir, tu viens ? » C’était les Clash au Bataclan et franchement c’était incroyable. Ils arrivaient sur « London’s Burning ». J’ai pris une décharge ce soir-là et à partir de là on a commencé à voir tous les concerts punks à Paris : Les Damned, les Heartbreakers, les Cramps, Siouxie and the Banshees, les Slits , Les Ramones…

(Pat Kebra sur Scène avec Oberkampf - Droit réservé) 

Et les groupes Français ?

On les voyait au Gibus. On était une petite bande d’une cinquantaine de personnes, dont Hervé Scott Flament qui jouait dans gare du Stade puis dans  Ici Paris, qui étions tout le temps là-bas. On prenait du Fringanor et de la bière, on pogotait comme des fous. Le Fringanor décuplait l’envie de parler et donc tout le monde se parlait. On se racontait nos problèmes, parce qu’on était tous des enfants à problème. Il y avait au Gibus un super Dj, qui était Jerry Smetana et qui nous faisait découvrir de la super musique. Au bout de deux ans, on est allé au Golf-Drouot puis au Rose Bonbon…

Tu montes alors le groupe ?

Je monte le groupe qui s’appelait Oberkampf Contingent en rapport à la station de métro qui était à la sortie du Bataclan . Contingent, c’est en hommage au Bromley Contingent, qui était le noyau de base des premiers fans des Sex Pistols. On copiait beaucoup les Anglais, il y avait une telle nouveauté chez eux !

Vous étiez très révoltés ?

On était super révoltés tu veux dire et on était très jeune.

C’était quoi pour toi ? De l’urgence ?

De l’urgence bien sûr, mais surtout une révolte contre les parents. Tous les jeunes qui trainaient au Gibus étaient en rupture par rapport à leur famille. Ce n’était pas un problème de classe sociale, c’était plus un malaise par rapport à la société, par rapport à nos familles… Contrairement à ce qui a pu être écrit il n’y avait rien de politique là-dedans. C’était une révolte contre un peu tout, on ne voulait appartenir à aucune structure, on voulait tout  foutre en l’air!

Une forme de nihilisme ?

Nihilisme, ça me parle sauf qu’il y avait dans le mouvement punk, beaucoup de créativité à l’image de John Lyndon qui a écrit de super textes… Il y avait de la créativité partout : les textes des titres, les vêtements… Et moi qui ne voulais appartenir à aucune organisation, cela m’allait parfaitement ! C’était une volonté de s’émanciper et de créer quelques chose de nouveau.

Mais n’était-ce pas la même révolte que les situationnistes, les hippies ? La révolte des jeunes contre les vieux ?

Si, bien sûr ! mais dans un contexte complètement différent ! D’ailleurs sans les hippies il n’y aurait pas eu de punk : c’était une réaction des punks contre les hippies. On voulait être leur inverse.

Mais les hippies étaient politisés et pas vous ?

Bien sûr, mais on n’avait pas une grande réflexion sur tout ça. Ce qu’on voulait nous c’était de raser tout ce qu’il y avait eu avant nous, et violemment. C’est pour ça que lorsqu’on a repris la Marseillaise avec Oberkampf, « nous entrerons dans la carrière quand nos ainés n’y seront plus » prend ici une vraie place et ça avait du sens.

Donc, Oberkampf ?

C’est le premier chanteur, Jérôme Thaillade, qui trouve le nom. On jouait des titres comme « Agressivité », « récupération », « Pas de drogue » » Maximum » « rien à foutre »… On fait quelques concerts avec lui, dont le premier à Courbevoie, et tous les punks du Gibus sont venus. Mes copains de lycée se sont enfuis quand ils les ont vus. Joe (Hell, chanteur d’Oberkampf Ndlr) était dans la salle. Bref, au bout de six mois Jérôme, le chanteur, part et on a eu du mal à en trouver un autre.

(Oberkampf, première époque deuxiéme à gauche Pat Kebra, à sa droite Joe Hell - Photo Christian Babin)

C’était compliqué Paris à l’époque ?

Quand tu étais Punk oui. On se faisait courser par les Rockys qui voulaient nous massacrer parce qu’ils avaient entendu dire que les deux tribus se battaient entre elles. En fait on leur avait piqué leurs fringues : les Creepers, les Teddys… Mais surtout ce que je veux dire, c’est qu’on refusait la drogue, on prenait du speed pour vivre à fond le moment présent, mais on ne touchait pas aux drogues qui pour nous étaient assimilées aux Hippies. C’est après avec Sid Vicious et Johnny Thunders que les drogues dures sont arrivées, par la coke… Il y a eu des gens dans le groupe qui en ont souffert.

Donc Joe Hell arrive dans le groupe.  

Oui, je le rencontre au Gibus. À l’époque on ne demandait pas à quelqu’un si il savait jouer de la guitare ou chanter, c’était plutôt « tu veux chanter ? Viens faire un essai ». On essayait et si ça collait on le gardait. Forcément avec ce système, on jouait pas très bien, on faisait ce qu’on pouvait, mais on avait une putain d’énergie. Bref, un mec du Gibus me branche sur Joe. Je le branche et dès le lendemain il a fait un essai : ça été une merveille ! C’est lui qui a amené les Doc Martens à Paris, il a été le premier à avoir un mohican, le crâne rasé… C’était un mec très novateur, très en avance sur son temps avec une vraie culture musicale.

Et ensuite ?

En 1979, on écrit des titres dont « Couleurs sur Paris », dont j’ai fait la musique et Joe le texte. Il a d’ailleurs amené une vraie poésie dans le groupe, il savait écrire des textes incroyables comme « Linda ».

Très beau texte !

Oui, en fait tous les morceaux d’Oberkampf ont un grand frère anglais par exemple « Couleurs sur Paris », c’est « London’s burning » des Clash. Linda c’est PIL !

On peut s’arrêter deux minutes sur « Couleur sur Paris » ? Dès qu’on parle d’Oberkampf on parle de ce titre qui est devenu un classique, l’hymne punk parisien. Il y a eu des coffrets du rock français avec et maintenant, le titre est en écoute à la Philharmonie dans le cadre de l’exposition Daho ? Bref c’est un classique, un vrai… Ça fait quoi de savoir que cette chanson qui est partie des caves de Paris finit à la Philharmonie ? Ce n’est pas un poids pour toi cette chanson ?

Non, rien de ce que j’ai fait n’est un poids pour moi. A l’époque c’est une chanson qui est différente de notre répertoire, mais c’est un hymne, ça n’a jamais été un tube ! Ca fait une très grosse différence, un tube c’est le jackpot, tu fais de l’argent avec et nous on a crevé de faim ! Au contraire, je suis très fier qu’une nos chansons ait pu passer les années comme ça, et je crois que ce n’était pas destiné à finir comme ça. Quand on s’est séparé en 1985, on était persuadé que personne ne se souviendrait de nous, ni du mot punk. Donc quand ta chanson passe les années et devient l’emblème du punk français, je suis très fier.

Il y a qui dans le groupe en 1980 ?

Joe Hell, moi, Olivier le bassiste de Warum Joe qui nous dépannait et un batteur que j’avais rencontré par petites annonces dans Best : Dominique. On trainait à EAB, là où Trust répétait et rapidement Olivier nous trouve vraiment ringards parce que le punk était mort en Angleterre depuis 1978. Tous les groupes avaient évolué et nous on était toujours là. Bref il s’en va et on trouve Jean-Yves au Gibus. On commence à répéter à Sartrouville dans un local pourri et un jour, en faisant du stop, je rencontre un mec qui venait d’hériter. Avec Joe on avait parlé de sortir un disque en autoproduction, comme ça commençait à se faire en Angleterre. je lui parle de mon projet avec toute la verve et la fougue que j’avais à l’époque. C’était Christophe Bourragué qui a appelé ensuite chez mes parents pour essayer de me contacter. C’était un mec dont la famille était assez bourgeoise, il venait de Toulon et je pense qu’il s’ennuyait un peu !

Et donc ?

Il cherche après moi, je le rappelle et se propose de nous payer notre premier 45 t ! On va dans un studio au fin fond de la banlieue avec un ingénieur du son qui n’avait jamais touché une table de sa vie et on pense réaliser le truc ultime, le tube !

Il y a combien de titres ?

5 titres dont « Couleurs sur Paris », Maximum ,tout ce fric ,une reprise de poupée de cire et un morceau Dub.

(Photo pour le 1er Maxi du groupe en haut à gauche Joe Hell, au dessous de lui Pat Kebra- Photo Ph Guersan) 

C’est du vrai Do It Yourself, vous avez tout fait vous-même, c’est la première autoproduction française. C’est là que la légende d’Oberkampf a commencé !

Oui, mais ça ne marche pas ! Mais alors pas du tout ! Christophe a essayé de le faire distribuer, mais on n’a trouvé personne. On en a mis chez New Rose (disquaire Parisien mythique NDLR), mais on en vend peu. Aujourd’hui c’est un super collector. En fait, ce disque ne servait à rien. Christophe a eu l’idée de nous emmener au Midem à Cannes pour trouver une maison de disques. Il a réussi à nous faire monter sur scène sous le chapiteau et là, il trouve un accord avec Alexis Quinlin le manager de Taxi Girl, qui l’a bien roulé dans la farine.

Alexis Quinlin qui avait une réputation sulfureuse !

C’était un mythomane, mais Christophe était un peu crédule et donc ils ont eu l’idée de nous faire réenregistrer « Couleurs sur Paris ». Ce n’était pas le titre que nous on aurait gardé, mais bon, on l’a fait et c’est sorti sur Manekin, le fameux label de Taxi Girl, distribué par Virgin !

Comment se passe l’enregistrement ?

On a un bassiste anglais, David Mitchell, parce que Jean Yves est à l’armée. On fait ça au studio Aquarium avec un Ingé son anglais (Andy Scott Ndlr) au son. J’étais trop content, « un anglais, super ! » et là il me dit : « tu veux pas enlever ta saturation, on la remettra après ! ». J’ai cru que j’allais péter un plomb direct ! Il y avait Mirwais qui m’a regardé d’un air inquiet.

C’est lui qui a produit ? Parce que sinon ça veut dire que vous avez un disque qui a été produit par Mirwais trente ans avant Madonna (rires) ?

Ouais, quand j’ai appris ça, ça m’a fait rire. Je ne savais pas tout ça (rires). Bref, il a demandé qu’on me laisse mon son et comme je ne savais pas bien jouer cela ne m’a pas donné confiance… Bref on fait ce qu’on peut et quand le disque sort on regarde la pochette, bon le recto avec la statue où il manquait les graphitis initialement prévus  mais alors la photo derrière ,à mon goût horrible ! Un truc de minet prise par Mondino !

Elle était magnifique cette photo !

On faisait poseur, c’était horrible ! Cela faisait mec à la mode, j’avais horreur de cette photo avec toute la gloire de Mondino. C’était Christophe qui avait payé en plus.

Hein ?

Oui, Alexis lui a fait tout payer : la photo, le studio, tout… Il l’a vu venir le Alexis ! En plus il avait tout payé en espèces. J’ai gueulé auprès d’Alexis qui me disait : « fais pas chier, ça va sortir ! ». On était quand même signé chez Virgin avec ce disque et j’allais voir les attachés de presse tout en cuir, très rock’n’roll, je puais la transpiration parce que chez moi à l’époque je n’avais pas de douche et crois-moi, la côte de Belleville à grimper à cette époque en plein soleil ça aidait pas. Bref, je commençais à avoir Virgin en horreur et je suis allé voir Zelnick le patron de Virgin pour lui dire que rien n’allait : le disque, la pochette, la promo et que je voulais partir ! J’ai demandé à ce qu’on enlève le disque de la fabrication, que l’on me paye ce que l’on me devait et qu’on arrêtait là. Alexis était là quand j’ai demandé ça. Mais ils m’ont payé, le single a été broyé et on est parti. On était vraiment des purs et durs !

À l’époque vous faites des concerts ?

On faisait quelques concerts en banlieue, on a fait la nuit du rock français à l’Olympia …On avait un nouveau batteur depuis peu, Moko, qui a joué sur le single de Virgin.

Vous n’en viviez pas ?

On était dans la dèche totale : Je pesais 55 kg, j’habitais dans une chambre de bonne que je payais comme je pouvais, je piquais dans les supermarchés pour manger. Quand je voyais une porte ouverte avec un petit fumet, comme la cantine des PTT, j’essayais de m’incruster et comme il y avait des mecs sympas parfois ça marchait. Je faisais des petits boulots de temps en temps dans des usines… Je crevais de faim, mais le groupe était tellement important pour moi et représentait tellement de choses que franchement ça passait.

C’était toi le manager ?

Oui, j’ai essayé deux managers : ça n’allait pas ! Ils n’étaient pas mauvais, mais j’avais une telle idée de ce que je voulais, un vrai travail méthodique et de fond que personne à part moi ne pouvait le faire, donc je l’ai fait moi-même !

La promotion aussi ?

Oui, j’ai eu un petit bureau à partir de 1983 à la JPA avenue de Laumière que me louait la mère d’une copine : 12 mètre carré avec téléphone, répondeur et boîte aux lettres. C’était « Oberkampf record ». À partir de 1981 on a eu une association AME (Association Multiples Expression). On avait cette structure pour récupérer la TVA qui était de 33 % à cette époque. On a réussi à avoir une association affiliée à la TVA. Très rapidement j’ai compris que ce n’était pas viable sur du long terme si on s’engueulait ou autre… Donc j’ai monté une entreprise en 1984 « Oberkampf Records » avec un numéro d’Urssaf à la chambre de commerce de Paris. Pour ton information, c’est la même boite qui me sert aujourd’hui pour mes promotions.

C’est pas très punk ?

Justement le soir quand j’allais en répétition, j’avais mon attaché-case d’un côté et la guitare de l’autre. On me disait que c’était bizarre de voir arriver un punk avec un attaché-case, pour moi ce n’était pas bizarre je voulais juste que mon groupe soit super connu et je mettais les moyens. Je n’étais pas là pour rigoler : on avait de l’ambition. Et puis je trouve ça très Punk le Do it Yourself !

Vous étiez super organisés ?

Si tu vois mes fichiers que j’ai toujours chez moi, où tout est répertorié par régions, départements, tu vas comprendre ! J’avais une carte de France ou j’avais mis des pointes là où nous avions ou allions jouer. C’était presque… militaire !

 

(Oberkampf en 1984 de gauche à Droite Pat Kebra, Jean Yves David, Ballat et Joe Hell - Photo Pierre Terrasson) 

C’était toi qui cherchais les concerts ?

Oui, mais aussi je m’occupais des radios, de la presse, du disque… Je n’étais pas aussi efficace que certains managers parce que je m’occupais aussi de la musique. Comme je ne supportais pas de me faire arnaquer, le fait de tout faire moi-même m’a toujours mis à l’abri de ce genre de choses.

Tu mettais un point d’honneur à payer les gens ?

Au centime près ! Pour moi l’autoproduction c’était un truc de rebelle et j’ai toujours détesté les gens qui dénonçaient un système pour refaire le même truc après. Si tu veux créer un nouveau truc, tu ne peux pas reproduire les saloperies de ces gens-là. Je n’étais pas jaloux des majors : j’étais contre leur système pourri.

Tu as d’ailleurs déclaré que tu ne croyais pas que les gens aimaient Oberkampf.

Pour recevoir de l’amour, il faut d’abord en donner et nous, on n’avait pas d’amour à donner : on était dans la haine. On n’aimait pas notre son, nos enregistrements… On voulait un album comme les Sex Pistols et on avait un son très faible, on n’aimait pas nos disques au début. Comment veux-tu penser que l’on nous aime alors que nous on ne s’aimait pas, par contre on ne s’est jamais compromis.

Après le maxi chez Virgin, il y aura un autre maxi qui va sortir en autoproduction ?

On a voulu crier notre haine tout de suite. On est reparti dans l’autoproduction pure et dure et j’ai trouvé le moyen d’enregistrer parce qu’on répétait à WW et qu’ils avaient un studio. Je leur ai proposé un deal où on enregistrait à moindre coût et eux avaient droit à une part sur notre disque. J’ai alors fait le premier contrat, ce qui était mal vu. Les gens pensaient qu’on n’avait pas confiance, mais cela protégeait tout le monde. Si on vendait un million, on savait qui avait quoi. D’ailleurs ce n’était pas vraiment des contrats, plutôt des protocoles d’accord. Mais ils existaient et c’était bien comme ça ! C’est sur ce disque que l’on enregistre « la Marseillaise » et « Linda ». C’est distribué par New Rose et je dois dire que Toutes  les pochettes ont été faites  par Joe qui vraiment a bien bossé.

Vous passez à a télé à l’époque ?

Un tout petit peu : Manœuvre nous fait passer dans « les Enfants du rock » et il y aura un petit passage de nous au « Rose Bonbon » sur TF1.

Et ensuite ?

On enregistre ces singles et on décide de faire enfin un album. Moi je ne veux pas faire ça sur un 8 pistes, je veux un 24, je veux du grand, du lourd, un mur de son… on trouve le studio Garage de Bernard Natier, je fais un budget prévisionnel de 100 000 francs que j’amène à Patrick Woindrich de WW qui était coproducteur de l’album.

Vous aviez un budget prévisionnel : c’est pas très punk !

Eh oui, mais en plus j’amenais ce budget aux banquiers en face de chez moi qui me faisaient confiance et me prêtaient de l’argent. J’ai retrouvé il y a peu de temps le livre de comptes d’Oberkampf et j’ai été dans le rouge pendant sept ans. Nos banquiers sont venus à notre dernier concert à l’Eldorado. Je pense que je les faisais rêver : j’étais un jeune très sérieux qui faisait des ventes, des projets, mais qui était atypique. Les gens me prenaient au sérieux parce que j’étais moi-même très sérieux. Je tenais mes engagements !

Les autres membres du groupe étaient dans le même état d’esprit que toi ?

Eh non, et c’était là le problème. C’est ce qui a fait que j’ai arrêté  le groupe : tu ne peux pas mettre en place une telle organisation et une telle énergie avec des gens qui s’en foutent ! Je m’exploitais moi-même. Joe n’est venu qu’une seule fois au bureau. Par contre au niveau critique ça y allait ! Ça résonnait chez moi et je trouvais des solutions.

En plus tu écrivais les morceaux, tu produisais…

C’était mon enfant. Joe était mis en avant et moi j’étais derrière. Je n’aimais pas vraiment me mettre en avant.

Il y a eu une interview dans un journal gratuit, « Vinyle », où vous aviez critiqué Alexis et lui a fait une réponse dans le même journal assez violente.

Oui il a dit qu’on était mauvais, à part Joe, que l’on ressemblait à un groupe de paumés et bien moi je pensais qu’il avait raison. Je ne me sentais pas artiste. J’étais dans la révolte. J’adorais mon chanteur et cela me semblait assez juste. À un moment, il dit que l’on devait retourner à l’usine et franchement ça m’a touché mais  je pensais qu’il avait raison. La preuve, c’est que j’ai arrêté pendant 20 ans.

Vous allez enregistrer enfin votre premier « PLC » pour « Pleins les couilles ». Un très bel album !

C’était raté pour moi à cause du son. On en vend 10 000, ce qui n’était pas énorme pour l’époque. On était un groupe trop parisien ! les groupes de province étaient un peu jaloux parce que c’était à Paris que tout se passait. Mais attention quand on allait en province, on n’avait aucun problème. C’est après l’album que l’on a commencé à tourner et là je me suis aperçu de notre différence : on arrivait avec un camion avec dedans notre son (2 000 Watts), nos lights, l’ingénieur du son, un tour manager et un road. Après les concerts j’allais dormir alors que les autres partaient faire la fête : je les aurais tués ! Ils étaient crevés le lendemain. On a viré Moko le batteur et on a pris Ballat à la place.

Il y aura un dernier album qui est magnifique : « Cris sans thèmes » !

On avait réussi à se renouveler. Avec « « PLC » nous avions réussi à enfin déposer nos vieux morceaux qui avaient déjà 4/5 ans. Contrairement aux Anglais qui enregistraient un album par an, nous on avait mis plusieurs années et on trainait ce répertoire comme un boulet. Du coup on ne se renouvelait pas ! C’est pour ça que l’album s’appelle « Pleins les couilles », on était épuisé par ces titres… Il faut dire et le redire : personne ne voulait de nous !!

Qu’est-ce qui se passe avec ce dernier album ?

On s’arrête après la sortie et un dernier concert à l’Eldorado.

Pourquoi ?

Ça commençait à marcher, mais j’étais épuisé. Je faisais tout le travail extra musical et ça ne suffisait pas à nous propulser ! J’avais mis toutes mes forces ! Un jour il y a eu un problème en répétition et je me suis tiré. Je suis allé sur la terrasse du studio Parisien et là j’ai réfléchi : soit on continuait comme ça et je me retrouvais une espèce de vieux rocker ridicule soit ça marchait et ce n’était pas le destin d’Oberkampf avec tout ce que ça implique de notoriété etc... Dans tous les cas il me fallait arrêter. Le lendemain je suis allé voir Joe et je lui ai annoncé la nouvelle ! Il était d’accord avec moi. Le groupe était devenu un fardeau. Il en avait marre aussi.

Vous arrêtez ?

Oui, on était entièrement d’accord là-dessus Joe et moi. Les autres n’ont pas vraiment compris que c’est aussi par rapport à eux que j’arrêtais. J’ai proposé à Joe qu’il continue sans moi, mais il a refusé. Je pense que les autres membres du groupe ont raté le côté implication et véritable projet de vie  et moi j’ai loupé le côté fun ! J’ai toujours su que le côté autoproduction était limité et que l’on aurait du mal à sortir de ce réseau. On n’était pas armé pour affronter le show-business !

« Cris sans thème » reste un album magnifique !

Le titre déjà « Cris sans thème » qui vient de la photo d’un chrysanthème que Maxwell (photographe de la scène rock de l’époque NDLR) avait prise sur une tombe et qu’il avait agrandie. Tous les titres parlaient de mort ! Nous étions désespérés et très sombres par notre parcours maudit. Nous avions besoin de lumière ! Un peu comme le dernier titre « Amor » le suggère d’ailleurs …

Vous n’avez pas eu d’ennuis avec votre version de la Marseillaise ?

Non, je voulais la faire après avoir vu Hendrix  jouer à Woodstock l’hymne américain. J’ai commencé à chercher les accords chez moi, fenêtres ouvertes en plein été et toutes les autres fenêtres de la cour, sauf une, ce sont fermées (rires). Partout on a été joué, on n’a eu aucun problème : indifférence générale sauf de la part de notre « petit » public..

Il y aura un live après la séparation en 1985 ?

Oui à l’Eldorado et comme d’habitude on n’a pas eu les moyens. On l’a fait sur un Revox où il fallait changer les bandes régulièrement et donc les morceaux sont coupés. Michel Olivier a fait ce qu’il a pu pour que cela tienne la route. 500 personnes ont payé leur entrée, le concert a été déficitaire pour Nicolas du Studio Parisien qui avait fait tout dans les règles avec affichage sécu etc…Ça te donne l’étendue de notre notoriété en 1985.

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