Martin C ou la passion des « Sub-cultures » !

Par Franco Onweb

Il y a une question qui intéresse tout le monde : comment concilier ses passions et son travail ? Martin C lui a trouvé la solution à cette question : ce passionné de sociologie et de « Sub Culture », a ouvert une boutique épatante où se retrouve les amoureux des « beaux vêtements » ! Mais Martin C n’est pas qu'un vendeur de vêtements, c’est aussi un observateur perspicace des différents modes et un « passeur » avisé ! Tant de caractéristiques méritaient des explications, les voilà !  

Martin C ou la passion des « Sub-cultures » !
DR

Je suis Martin C à la fois un être humain de 45 ans et propriétaire de la boutique du même nom !

(Martin C - Droit réservé) 

Comment en es-tu arrivé à ouvrir cette boutique ?

Etudiant en Sociologie et Sciences politiques à la Sorbonne  j’ai passé 10 ans à faire des études et commencé une thèse « sur les rapports politiques entre les supporteurs du PSG et la politique du club » que j’ai du abandonner pour commencer à travailler . En effet au bout de 10 ans je voulais vraiment bosser : j’en pouvais plus de  n’être que dans l’univers théorique des livres il me fallait de l’action, du concret  ….J’ai commencé par travailler dans les milieux du sport : je collaborais à l’époque avec le labo de sociologie de  l’INSEP (Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance, Ndlr) sur des études concernant la boxe professionnelle et les ultras dans les clubs de football Francais . Par la suite j’ai continué dans le consulting privé en sociologie du sport.

Et donc ?

Je gagnais bien ma vie, mais quand je me levais le matin il me manquait l’étincelle ! Moi je fonctionne beaucoup à l’étincelle : j’en ai vraiment besoin pour avancer. J’ai donc décidé à 34 ans de changer de vie professionnelle. Je voulais revenir à mes premières envies : soit travailler avec les animaux, soit exercer mon regard de sociologue sur les mouvements de « sub-cultures » (sous-cultures Ndlr) à l’Anglaise que j’avais connu quand j’étais adolescent. Pour gagner ma vie avec ça il n’y avait pas beaucoup de solutions, soit je devenais consultant en « socio-style », soit je décidais  de créer un projet personnel axé sur l’ouverture d’une sorte de « boutique labo » proposant à la vente une offre d’objets et vêtements sélectionnés dans les « sub-cultures » que j’affectionnais . C’est ce projet que j’ai retenu et j’ai donc décidé d’ouvrir un lieu central mêlant point de vente  et point de rencontre autour de l’univers des « sub-cultures » .

Tu as donc commencé la boutique avec une volonté sociologique ?  

Oui tout à fait, j’ai commencé par mener des enquêtes consos pour les marques que je vendais. Mon premier client à été la marque de blousons « Baracuta » : j’avais une grosse partie de leur collection et en échange je leur remettais les avis des consommateurs par rapport aux prix, au style … Pour cela je discutais beaucoup avec mes clients et je prenais pas mal de notes. Je remontais ensuite tout à la marque qui en tenait compte. A l’époque personne en France ne connaissait « Baracuta » ! J’étais le seul à vendre le fameux G9 à Paris.

C’était quand ?

En 2007 quand j’ai ouvert la boutique !

Tu as tout de suite voulu vendre des vêtements ?

Au départ j’avais une vraie volonté d’offrir un large panel d’objets culturels : des vêtements des  livres, des disques, des objets de décoration, des meubles... Car une « sub-culture » est un mode de vie, qui ne se limite pas aux fringues ! Mais il est vrai que ce qui est le plus facile à stocker et à proposer, ce sont les vêtements, alors c’est logiquement par là que j’ai démarré.

Tu as eu du mal à ouvrir ?

"Martin C" c’est un business familial : j’ai été aidé dès le début du projet  par ma famille, notamment par mes parents ! Tout seul je n’aurai pas pu ! On est allé ensemble voir les banques, les marques ...On les a convaincu parce que pour ouvrir une boutique comme ça il faut des moyens pour le loyer, le stock des collections… Bref j’ai ouvert cette boutique-labo avec quelques marques : Baracuta , Fred Perry, Ben Sherman, Penguin , Luke 1977 et Dna Groove pour les chemises Mods !

Tu as déménagé ta boutique il y a deux ans passant de la rue Greneta à la rue de Turenne ?

Oui, c’est plus grand ici et on est en pleine zone touristique du Marais ! La Rue Greneta dans le quartier Montorgueil n’était pas passante,  les gens ne venaient que par internet ou le bouche à oreille. Au moins je savais que quand un client rentrait il était déjà sensible à l’environnement! Ici c’est plus passant, cela brasse plein de monde …. C’est plus mainstream ! Des gens peuvent découvrir la boutique, tomber dessus par hasard. J’ai des clients de tous horizons, qui peuvent être intéressés par ce que je propose sans forcément connaître les « sub cultures » associées.

(Martin C la boutique - Droit réservé) 

Les nouvelles personnes qui passent la porte sont moins typées ?

Oui et c’est tant mieux ! Ce qui me plait, c’est que dans ma boutique tout se mélange : du mainstream, au plus typé …. et les gens se parlent ! Comme je suis autodidacte total  dans le milieu de la vente, j’ai ma patte de vendeur et ça aussi c’est plaisant !

Tu travailles seul dans la boutique ?

Au quotidien oui, je m’occupe de toute la partie gestion boutique, sélection et commandes des marques... Mes parents eux m’aident pour tout ce qui concerne la comptabilité et l’administratif et ma sœur pour le graphisme du site web (www.martin-c.fr) .

Il parait que Martin C, le C c’est pour Casual ?

C’est vrai que au départ je voulais orienter le magasin Mod et Casual parce que c’était les deux  « sub-cultures » que j’avais en tête et qui me parlaient le plus en termes de style et d’attitude. La « sub culture Casual »(culture des supporters de football anglais qui s’habille élégamment pour aller au stade Ndlr) je l’ai pratiquée mais je ne voulais pas me transformer en un lieu strictement lié au foot, surtout qu’en France il n’y a pas trop cette idée d’élégance liée à ce sport. La culture Mod, je la connaissais bien et je la respecte beaucoup , j’ai plein d’amis Mods et j’adore l’élégance et l’esthétique de cette « sub-culture », c’est donc tout naturellement que je l’ai sélectionnée pour bâtir mon offre, même si personnellement je n’ai jamais été Mod !

Qu’est ce qui te plait dans ces deux « sub-cultures » ?

C’est l’esprit de bande ! Le fait que tu rentres dans un clan et que le vêtement devienne un code de langage !  

C’est vrai que ce mélange des deux cultures parle à pleins de gens ?

Ce qui parle aux gens c’est que je ne sois pas enfermé dans un monde ou un autre et que je mette en avant des icônes comme Steve Mc Queen, qui est connu de (presque) tout le monde.

Comment peut-on arriver à se définir dans toutes ces cultures ?

Le premier et le plus important critère d’adhésion  c’est la musique ! Ensuite suivant ce que tu vas écouter il y a différentes manières de s’habiller.

(Droit réservé) 

Tu n’as jamais eu le look Mod ?

Perso non ! J’étais ailleurs, dans un univers plus … viril !

Mais toi quand as-tu incorporé la culture Mods et Casual ?

Adolescent j’allais souvent au stade : le Parc des princes, le stade Bauer, j’aimais le foot et par mon parcours musical j’aimais aller en Angleterre. C’est la que j’ai croisé ces cultures assez vite par le biais de rencontres qui m’ont emmenées à des soirées où j’ai vu des gens qui s’habillaient bien et qui sortaient de l’ordinaire  !

Donc c’est l’esthétique qui t’a plu au début ?

Bien sur , le style et, surtout, l’attitude des lads avec leurs scooters, leurs costards, leurs polos Fred Perry  …Quand tu es ado c’est le look et la musique d’une subculture qui vont te taper dans l'oeil en premier, t’impressionner et finir par te fasciner  .

Pourtant ton magasin a l’image Mod ?

Oui bien sûr mais il y aussi le côté football "casual" que je tiens à conserver. Heureusement pour le business la clientèle est encore plus large et elle ne s’arrête pas à ces deux « sub-cultures ».

Mais c’est quoi être Mod ?

En voilà une bonne question ! Moi dans ma définition perso je suis bien ancré dans ce qu’était au début le Modernisme : avoir l’esprit de l’élégance et de la modernité avec des labels actuels ! Le problème de certains Mods est qu’ils sont toujours en 1965 et avec leurs costards d’époque ils faut qu’ils fassent attention : ils peuvent peuvent vite ressembler à des petits vieux aujourd’hui …! Etre Mod c’est avoir une exigence d’élégance actuelle. Un vrai Mod doit s’habiller moderne avec de nouvelles marques  mais toujours avec la même exigence du détail et du style  ! Un Mod n’est pas obligé d’être en costard trois boutons mais il se doit être élégant avec le souci du détail.

(Chez Martin C - Droit réservé) 

Le Casual c’est une culture très anglaise. Le supporter de foot chez nous n’a pas bonne presse contrairement à l’Angleterre où c’est une vraie culture ?

Attention je fais une distinction entre le Casual, le supporter de foot et le hooligan en sweat capuche … Le vrai Casual s’habille pour aller au stade, et en dehors, avec des vêtements de qualité et de marque ! Ce sont toujours des sous-cultures mais elles sont liées par le même esprit : ils se doivent toujours d’avoir des marques stylées, fonctionnelles, peu diffusées et d’être à la pointe de la Mode !

Il y en a en France ?

Un peu! C’est une niche mais qui tend à se développer et influence de plus en plus d’autres groupes et types de supporteurs de football . 

Pourtant on a l’impression que ça démarre : on voit de plus en plus de références dans les magazines pour hommes.

Effectivement là-dessus ça progresse ! Les Casuals sont peut-être des supporters de foot qui vont dans les stades et qui aiment se battre mais ils ont un vrai sens du style ! Ce sont leurs obsessions stylistiques qui ont permit par exemple le succés des sneakers addidas et des marques de  Sportswear Chics comme Stone Island ,CP Company , …

Tu t’es senti à l’aise avec ces cultures : tu n’as pas l’impression d’être né du mauvais côté de la Manche ?

On aurait sûrement plus de clients (rires) ! Mais non, je suis à l’aise avec tout ça on est un peu comme des évangélistes qui diffusent la bonne parole, on amène une originalité dans le paysage français .

(Portrait de Martin C dans les années 90 - Droit réservé) 

Mais qu’est ce qui te fait lever le matin ?

Quand tu es patron d’une boutique, tu lèves le matin pour aller gagner ta vie et assurer la pérennité de ton business . Après pour rester dynamique je vois la vente comme un jeu ou une partie de pêche : tu prépares ta sélection, qui est ton offre de vêtements et d'accessoires en boutique, pour la saison comme tu prépares une bonne partie de pêche : tu prépares tes amorces, tes apats et le choix des bonnes  cannes à pêche !  

Mais tu cherches à transmettre des choses ? 

Les valeurs artistiques, esthétiques et culturelles qui sont liées aux subcultures Mod et Casual  que j’ai sélectionné !

On revient à ton parcours : tu as fait de la musique ?

J’ai joué dans un groupe qui s’appelait « Ben Barka » et qui après mon départ est devenu par la suite : Tommy Hools. On a fait juste un concert à l’époque, en 1991, en première partie d’un groupe de reprise de ska et rocksteady : «  La Marabunta » ! J’ai toujours été fan de musique mais anglo-saxonne !

Tu es aussi DJ ?

Je me définis plus comme un « selector » ! Je suis moderne : je viens avec mon ordinateur chargé de disques que j’ai sélectionné en amont . Pour moi  la guéguerre Vinyle ou support numérique  dans les soirées est un débat d’arrière-garde ! Si tu es un bon : tu feras danser les gens et tu transmettras de l’énergie lors des soirées ! C’est ca que l'on attend de toi ! Si tu es un mauvais, tu ne les feras jamais danser et ils s’emmerderont aux soirées ! Peu-importe que tu leur passes des vinyles ou des MP3 !

(Martin C aux platines - Droit réservé) 

A chaque fois que tu fais le DJ, cela fait de la promotion pour ta boutique ?

Oui, c’est un très bon vecteur de communication !

Tu as organisé des soirées en tant que DJ ?

Je l’ai fait mais je me suis en pause pour raisons personnelles. Aujourd’hui J’ai décidé de relancer les soirées "Martin C". Pour ça je cherche un beau lieu  avec  du caractère : une belle déco, un lieu confortable … Quelque chose qui favorise l’échange ! Je serai intransigeant sur le cadre car j’estime que pour les quadras que nous sommes c’est très important pour réussir une bonne soirée ! 

C’est donc important les soirées !

Oui très important ! L'alliage musique et soirées sont des composantes fondamentales du concept «  Martin C ». Par exemple en 2014 j’ai fait la première partie de « Kasabian » au Bataclan et là quand tu te retrouves avec ton nom sur la façade et que ça reste indexé sur Google, il n’y a pas vraiment mieux  en terme de communication pour ton shop  !

(Martin devant le Bataclan - Droit réservé) 

Tu n’essaies pas d’organiser des événements plus « intellectuels » par rapport à cette culture ?

C’était prévu à la base mais la faute au manque de temps … je suis aussi peut être un peu fainéant (rires). Mais ça se fera … tout comme j’aimerais bien diffuser aussi des livres et Dvds !

Ne crois-tu pas que les vêtements que tu proposes ne soient pas trop adaptés pour les Français ?

Non, parce que tous les jours des gens rentrent par curiosité dans le shop car l’univers les attire et ils découvrent quelque chose qu’ils ne connaissaient pas ! Ca, c’est intéressant !

Mais toi tu te définirais comment aujourd’hui ?

Certainement pas comme un commerçant ! Plutôt un entrepreneur dans le commerce. Je n’essaie pas de vendre des vêtements pour vendre des vêtements ! Je vends du Lifestyle !

Donc tu proposes une offre culturelle qui passe par les vêtements ?

Pour l’instant oui, demain cela peut être par les livres mais toujours sur ce type de culture !

Pourquoi les vêtements ?

Parce que c’était ce qui me plaisait le plus et l’offre à Paris à part « London Style » (premier magasin de sub-culture anglaise à Paris Ndlr) était faible.

Quel est l’importance d’internet dans un magasin comme le tien ?

C’est compliqué à estimer. Bien sur je trouve les ventes pures en ligne sont assez faibles. Mais  un site internet c’est comme un iceberg : tu ne fais pas des milliers de ventes mais quand tu parles aux clients qui viennent visiter le shop, d’Ile De France ou même de Province, tu te rends compte  qu’ils t’ont découvert à 90 % par internet ! Le problème d’un site web c’est le timing dans la compétition avec d’autres concurrents éventuels  : quand tu n’ as pas les moyens de te payer des campagnes Google adwords a gogo tu mets forcément plus de temps à te faire connaître du public et à vendre .

(Droit réservé) 

Heureusement il y a les réseaux sociaux ?

Oui, mais la il faut que je limite ma tendance à poster des photos pas toujours promotionnelles (rires) : des apéros, des rencontres … car le shop c’est un vrai lieux de vie !

Tu es dans des réseaux genre Mods de France ,

Oui mais ils ne sont pas très actifs sur la partie textile  ! En même temps la scène Mod a toujours été peu nombreuse en France : on se connaît tous, pas besoin de faire trop de pub .

Quand tu t’intéresses aux sous cultures on se demande : pourquoi en France on n’a pas eu de sous culture comme en Angleterre et que à chaque fois c’est de l’adaptation ?

Si il y en a en France des subcultures  ; le Hip-Hop, le Rap , les skateurs , les gothiques …mais ce n’est pas ma tasse de thé !Tout ce qui touche les jeunes de banlieue s’est beaucoup développé avec des codes dédiés :  de la musique dédiée et des marques dédiées mais moi cela ne me parle pas .. je ne me vois pas les diffuser !

 On a pas en France cette fierté populaire comme les Anglais ?

Non on n’a pas ce fantasme du « working class » mais on l’a singé, et c’est là que je reviens à l’idée que nous avons en France une culture pour le prolétariat qui est le Rap avec son style vestimentaire dédié  ! Perso Je trouve qu’ en France la majorité n’est pas très exigeante avec les codes esthétiques … Franchement : le survet , la sneaker , la casquette et le sweat … j’ai beaucoup de mal …!

Mais cela va avec notre société ?

Oui les Anglais ont eu les Jamaïcains qui ont introduit le Ska … nous on n’a pas eu ce type de culture !

Pourtant en France, nous aussi nous avons eu nos rebellions culturelles dans les années 60?

Oui, mais cela a été une dérive avec l’idée que la rébellion était d’avoir les cheveux longs, d’être mal rasé et de ne pas mettre de cravate ! A chaque fois que tu parles d’élégance en France tu passes pour un réac ou un résistant.

Autre question : tu n’as beaucoup de choix pour les femmes dans ton magasin ?

Je maîtrise bien les codes masculin, moins les féminins … Les femmes achètent beaucoup par instinct : elles sont impulsives mais il leur faut beaucoup de choix. C’est donc un vrai casse-tête au niveau du stock ! C’est bien mais trop  compliqué à gérer !

(Droit réservé) 

Est-ce que ces sous cultures seraient elles essentiellement masculines ? 

Niveau style : les looks féminins n’ont rien à envier à ceux des hommes. Si tu regardes les codes féminins de ces cultures c’est super marqué et peut être très chouette  Moi perso j’aime beaucoup le look des filles : Skinhead , Mod et Casual. Coupe de cheveux courte « chelsea », chemise carreaux Brutus ou polo Fred perry , mini jupe et mocassins loafers aux pieds pour la skinhead girl, Robe et Parka pour  la « Modette »,  veste Goggle jacket CP Company , sweat Stone island et  Addidas aux pieds pour la girlie « Casual . Après si tu regardes le nombre : ces mouvements restent essentiellement masculins c’est une certitude !

Quels sont tes projets ?

Continuer la boutique, garder la flamme , trouver des nouvelles  marques et continuer à me développer. Reprendre vite les soirées si possible tous les deux ou trois mois et en faire un rendez-vous régulier incontournable de qualité ! A terme si je trouve des investisseurs : franchiser le concept «  Martin C «  en province !

Interview réalisée en collaboration avec Florence Soustre-Gasser 

Martin C

2 rue de Turenne

75004 Paris

Tel : 01 53 40 86 37 

 

www.martin-c.fr

https://www.facebook.com/MARTINCPARIS

 

 

 

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