Blessed Virgins deuxième partie, une histoire racontée par Mathieu Lescuyer !

Par Franco Onweb

Deuxième partie de l’interview des Blessed Virgins. Suite au départ de Vincent Schmitt, c’est Mathieu Lescuyer qui officie dorénavant au sein des Vierges de Pontoise.

C’est un groupe à vif, un peu désabusé et amer que Mathieu rejoint, le départ de Vincent Schmitt ayant laissé des traces. Pourtant, sous l’impulsion de Fréderic Lebovici et d’Eric Viali le groupe reprend la route et retrouve son public. Ils parcourront la France, iront au Japon et sortiront un album live d’anthologie avant d’arrêter définitivement !

C’est à la suite de Vincent Schmitt que Mathieu nous a raconté cette histoire… où il est question d’une étrange série de rêves qu’il a fait, et de ce désir brûlant de tailler de nouveau la route avec ses vieux potes. 

Blessed Virgins deuxième partie, une histoire racontée par Mathieu Lescuyer !
DR

En juin 1983 Vincent Schmitt a quitté Blessed Virgins, comment intègres-tu le groupe ?

Je n’ai pas été au courant en temps réel que Vincent avait quitté le groupe. Fredo et Éric ont organisé des auditions qui n’ont pas été convaincantes, et puis on m’a appelé pour me demander ce que je faisais et si je voulais essayer de jouer avec eux. À l’époque, je jouais dans un trio qui s’appelait « Angora ».

 

(Mathieu Lescuyer aujourd'hui - Droit réservé) 

Tu les connaissais ?

Bien sûr : on était au lycée ensemble ! J’ai passé une audition à la MJC de Herblay ! On a attaqué sur « Not Fade Away » parce qu’Éric voulait savoir comment j’allais le jouer. Je n’avais pas du tout les morceaux en tête : j’adorais le groupe, mais je n’avais jamais travaillé la question. Après l’audition, ils m’ont dit : « C’est bien ! » et voilà c’est parti direct.

Ils t’ont expliqué pourquoi Vincent était parti ?

 Non, juste qu’il était parti faire du théâtre !

Comment cela se passe ? Le groupe n’a plus de maison de disques 

 Le contrat avait été rompu suite au départ de Vincent : il n’y avait plus de tournées, plus rien… Après avoir remonté l’histoire, on a fait des petites dates, quelques concerts, des maquettes… On est allé chez CBS où nous avons croisé plein de monde : Goldman, Trust, Henri Padovani (ex-Police, à l’époque dirigeant Européens pour le label IRS distribué par CBS Ndlr), mais Alain Levy (patron de CBS qui avait signé le groupe Ndlr) était parti. On n’est ressorti de là avec rien ! C’est après que l’on a croisé le label Comotion qui nous a proposé un contrat !

(Blessed Virgins deuxième époque : Frederic Lebovici, Eric Viali et Mathieu Lescuyer, dos de la pochette de l'album Live "Jour de Fête" - Droit Réservé) 

C’était un label qui marchait bien !

Oui, il y avait à l’époque les Portes Manteaux, Guesh Patti, Alain Bashung… Mais avant, on a recommencé à tourner beaucoup et je pense que ça les a sécurisé pour la signature !

Ce qui a vraiment relancé le groupe c’est le film « Moi vouloir toi » de Patrick Dewolf avec Gérard Lanvin ?

Oui, on nous voit jouer trois fois en live. On a été filmé aux studios Luna Rossa, en répétitions, à l’Élysée Montmartre et au Cithéa. On a participé à la bande originale du film avec le morceau « Je les regarde encore », un bon titre et dans le film tu nous vois jouer « Une corde pour les lâches » et « Au fond des rues ». C’était un film avec Corinne la bassiste de Téléphone et Jennifer, la femme de Lanvin.

Qui a produit le titre : c’est Corinne ?

Ah non, c’est nous-mêmes !

(Tournage du film "Moi vouloir toi" - Droit réservé) 

C’est par Corinne que vous avez eu le plan ?

Oui, ils la connaissaient depuis la première période du groupe.

Vincent Schmitt : En fait, on la connaissait depuis que l’on avait été au Rose Bonbon (Club parisien mythique des années 80 Ndlr), où on avait des cartes VIP, on faisait des fêtes incroyables là-bas avec elle et quelques autres ! Par exemple on était là lors du premier concert d’Indochine et avec Patrice Fabien, on avait mis des tables au fond les unes sur les autres. On avait appelé ça « le Bunker » et on payait des coups à tous ceux qui venaient dedans ! On trouvait leur musique insupportable ! (rires)

C’était un endroit important pour vous ?

 V : Oui, on y allait avec Corinne, Vincent Palmer, Dauga… Il y avait plein de gens qui se retrouvaient sur scène.

Ça se passe comment dans le groupe à ce moment-là ?

Fredo annonce qu’il veut écrire ses textes, il adorait ce qu’avait fait Vincent, mais il voulait chanter maintenant ses propres textes. Éric lui, il s’en fichait un peu : il restait dans son rôle de guitariste. Par exemple j’avais écrit une chanson et je lui ai montré et il m’a répondu « c’est bien, mais je ne chante plus que ce que j’écris ».

Le groupe devait repartir à zéro ?

Pas vraiment, on a toujours joué, mais moi je n’étais pas totalement convaincu par les textes de Fredo. Très vite on a maquetté à Cergy le Haut, dans la salle pour les jeunes. C’est devenu notre QG. C’était bien, on avait un local ! On a maquetté « Une corde pour les lâches », « Not Fade away » et « Chanson de la plus haute tour ». Il y avait déjà deux titres que Fredo n’avait pas écrits (rires) ! Ah oui, on a aussi maquetté un vieux titre de Vincent « Du béton sans prière », un putain de bon texte que tout le monde adorait : moi, Eric, Fredo, les roads !

Les Roads ?

 Ouais, on n’avait pas un rond, mais on avait chacun un road. Il y avait aussi deux ingénieurs du son, retours et façades, un chauffeur et un responsable de la sécurité ! Je tiens d’ailleurs à remercier nos roads : Dominique Crespel (Road batterie), Laurent Lecarves (Road basse) et Alexandre Lebovici (Road guitare) mais aussi notre ingénieur du son Florent Bergerot. 

(Florent Bergerot, l'ingénieur du son du groupe en pleine action - Droit réservé) 

Vous arriviez à faire vivre tout ce monde ?

Non, moi en trois ans je n’en ai jamais vécu ! Tout l’argent était mis en commun et réinvesti dans le groupe ! Tout le monde était bénévole ! Pour te donner un ordre d’idée, quand je suis rentré dans le groupe Fredo m’a demandé ce que je voulais comme caisse claire. Moi je rêvais d’une Ludwig magnifique, eh bien il a vendu sa DS, qu’il adorait, pour me payer la caisse claire.

Vous viviez de quoi ?

 On se démerdait : je donnais quelques cours, je bossais à droite à gauche… C’était la démerde !

 Et puis arrive le live ?

Oui, enregistré à Saint-Ouen-l’Aumône à la fin de la grosse tournée !

C’était étonnant de sortir un Live ?

Non pour nous c’était normal : on était bon sur scène, c’est là où nous nous exprimons vraiment. Ce live a bien marché ? 6 000 je crois, c’était pas terrible comme chiffre de ventes, mais ça reste un bon souvenir ! Vincent était venu à l’enregistrement, il y avait tous nos copains !

Vous avez pourtant beaucoup, mais alors beaucoup tourné ?

La France, on la faite de long en large

V S : Entre nous deux, je crois que nous avons joué à peu près partout !

 Vous aviez la réputation d’être un grand groupe de scène ?

On répétait beaucoup et il y avait toujours une grosse énergie !

(Blessed Virgins en concert, de gauche à droite Frederic Lebovici, Mathieu Lescuyer et Eric Viali - Droit Réservé) 

Fréderic Lebovici, sur les images, tient sa basse presque sous le menton ?

Ben oui, il jouait au médiator et c’était sa seule façon de jouer. En plus, quand il descendait dans le public, ce qu’il faisait à chaque concert, ça évitait que gens se la prenne dans la figure.

Toi, tu avais un jeu de batterie avec plein de cymbales, presque une danse ?

 J’avais copié Christian Vander (Batteur de Magma Ndlr) : j’adorais ça !

 V : Il faut dire que Mathieu est un excellent batteur avec une grosse influence Stewart Copeland ! Il est splendide à voir jouer !

C’était quel titre que tu préférais ?

Le titre que j’ai vraiment adoré jouer c’est « Je les regarde encore », je pouvais faire des trucs dessus, mais surtout ça ouvrait sur plein de choses ! Il y avait cet harmonica joué par Marco qui était invité permanent dans le groupe !

VS : Quand il s’est mis à jouer avec nous, on ne m’a pas demandé mon avis (rires), mais c’était un super harmoniciste !

 C’était aussi le seul d’entre nous qui travaillait : il avait un revenu et il a beaucoup investi dans le groupe (rires.)

Et puis, il y a eu ce concert à Tokyo ? Un très grand souvenir !

En 1986, on a participé à « Rock Envol ». C’était un truc initié par Jack Lang et sponsorisé par Yamaha, une sorte de concours. On a envoyé des maquettes et puis on a été sélectionné. On a gravi tous les échelons : on est arrivé à la finale parisienne au Rex où nous avons joué trois morceaux et puis ça a été la finale nationale à l’Olympia. J’ai eu le premier prix en tant que batteur, et j’ai gagné une batterie Yamaha splendide et quant au groupe, il a décroché le droit de disputer la finale internationale à Tokyo !

C’est énorme ?

On est arrivé tout frais payé au Japon et on a joué dans une salle qui ressemblait au Palais des Congrès ! C’est un grand souvenir. Il y avait dix groupes, pour la plupart d’Asie : Japon, Corée, Thaïlande… On a joué et franchement, on a tout fracassé ! Mais il y avait un timing : on a dépassé de 49 secondes et on a été disqualifié pour ça ! Mais on quand même eu le premier prix du public ! On est allé dans la fosse, on a jeté des tracts. En fait, les tracs, c’était pour la finale à l’Olympia, avant de partir pour le Japon. C’était d’enfer ! Pour moi c’est l’un de mes meilleurs souvenirs, surtout la découverte de ce pays !

On avait l’impression que vous étiez une bande de potes ?

Mais on était une bande de potes ! Tu ne peux pas rester dans un groupe pareil si c’est pas tes potes ! On se voyait souvent avec Fredo en dehors du groupe ! Avec Éric aussi je m’entendais bien très bien, mais il restait plus dans son coin à travailler la gratte.

C’était Fredo le leader à l’époque ?

De mon temps oui pour Vincent je ne peux ne pas répondre

V : Ce n’était pas pareil pour moi : Éric était le musicien, j’écrivais les textes et Fréderic c’était le chanteur. Il y avait une sorte d’équilibre qui a été rompu à mon départ.

Ensuite, Mathieu, tu vas à ton tour quitter le groupe ?

On jouait, on jouait… On devait partir au Brésil et avant on fait une date avec Ultravox au Zénith de Paris. Quand on a joué, tout le monde était content et après on devait jouer A Bercy avec Depeche Mode, mais ça ne s’est pas fait et surtout à chaque fois le Brésil était retardé : en fait il ne se passait rien à part de jouer encore et encore. On maquettait à Davout là où on répétait, c’était bien, nous avions un studio à disposition. L’argent que l’on gagnait nous payait nos Cartes Oranges ! On bossait, on bossait, On était tous à fleur de peau, on avait la tête dans le guidon ! On parlait de stratégie, on imaginait des trucs pour faire avancer les choses…

Et donc ?

 J’avais eu ma première fille et je ne ramenais pas d’argent à la maison ! On rentrait, exténué de tournée et forcément mes relations avec la mère de ma fille se sont compliquées ! Il y avait le Brésil qui ne se précisait pas et puis avec LE LABEL Comotion, c’était pas clair : en fait, on n’avait pas vraiment de contrat ! Surtout il y avait plein de nouveaux groupes qui arrivaient et qui prenaient doucement notre place ! Un jour, je suis allé au studio plus tôt que les autres pour la répétition. J’ai réfléchi un petit moment et j’ai mis un mot sur la caisse claire : « J’arrête » et je suis parti !

Tu es parti comme ça ?

Oui comme ça, j’en pouvais plus ! Après j’ai eu Patrick, le manager, au téléphone très vite et je lui ai expliqué, ensuite j’ai eu les autres, notamment mon road. Dans la foulée, ils ont monté « le Train » et je suis allé les voir pour un de leur premier concert !

Tu leur as parlé à ce concert ?

J’ai discuté avec Éric, Patrick, Marco et j’ai attendu que Fredo sorte des loges, mais il n’est pas sorti ! On ne s’est plus jamais parlé. Après, je n’ai eu que de vagues nouvelles…

VS : Moi je l’ai croisé dans une brocante en Normandie, on a discuté cinq minutes et puis voilà ! Vous savez « Blessed Virgins » était une aventure passionnelle et quand ça s’arrête il n’y a plus rien, un grand vide, c’est exactement comme dans un couple !

Vincent, tu as vécu comment toutes les rééditions de l’album depuis plus de vingt ans ?

 VS : On ne m’a rien demandé, mais alors rien, j’ai appris à chaque fois par hasard que le disque ressortait (rires) ! Le seul truc qui m’amuse encore, c’est quand sur un plateau ou dans une salle il y a un acteur ou un technicien qui me dit : « mais tu es le batteur de Blessed Virgins ! », ça me fait rire ! J’ai aucune rancœur…

 Moi pareil, et si on est là aujourd’hui c’est quand même que l’on a vraiment aucune rancœur et puis … j’ai eu ces rêves il y a un mois !

Ces rêves?

 Oui, j’ai rêvé il y a un mois à peu près que l’on repartait en tournée… J’avais déjà fait ce genre de rêve mais là, c’était la première fois que je nous voyais maintenant, aujourd’hui? Positivement… Suite à ça, j’ai appelé Éric et ça m’a fait super plaisir de lui reparler, ça faisait tellement longtemps que l’on n’avait pas discuté. La dernière fois, c’est quand il jouait avec Louis (Bertignac Ndlr) !

À propos, il vient d’où ce nom « Blessed Virgins » ?

V : On voulait faire à la façon des Rolling Stones, en deux mots. Frédéric a ouvert un dictionnaire français-anglais et il a tombé sur ces deux mots ! Bon, allez, la question que tout le monde a sur le bout de la langue : peut-on espérer on revoir un jour Blessed Virgins sur scène ? Suite à ce rêve, je réfléchis ! Je serais content si ça se faisait.

Tu en as parlé aux autres ?

 Tu sais, j’ai eu du mal à passer à autre chose : j’ai longtemps mis cette histoire au rencard dans un coin de ma tête et puis j’ai eu trois rêves avec la reformation. Je sais juste QUE BEAUCOUP DE MONDE seraient contents !

As-tu conscience de l’importance que vous avez eue pour des gens ?

Oui et non, oui parce que quand on arrivait à jouer dans certaines régions comme le nord c’était incroyable : on avait un énorme public là-bas, c’était la fête ! On représentait quelque chose ! Mais aussi non, parce que globalement on n’a pas eu un énorme succès !

VS : Je me souviens que parfois on débarquait dans des coins paumés et là je me retrouvais à boire des coups avec des gens qui connaissaient tous les textes et là, franchement, c’est hyper bizarre ! C’est étrange, mais en même temps tu te dis que tes textes ne sont pas si mauvais !

Bon, concrètement, qu’est ce qui va se passer ?

Ça fait quelques années que je suis en contact avec Sylvie, l’ex-femme d’Éric qui est encore très proche de lui. Elle a réagi à un post sur Facebook sur mon rêve de remonter le groupe en me disant que c’était aussi un rêve des filles d’Éric, qui vont au lycée avec des T-shirts Blessed Virgins ! Elle m’a demandé de l’appeler et on s’est parlé longtemps, il rejoue beaucoup, il vient de retrouver sa guitare après quelques années… ! Je lui en ai parlé et il réfléchit… On est en contact pour, éventuellement monter un groupe avec une bassiste très connue ! Mais je suis sûr que si Fredo se pointe on pourrait y retourner ! On m’a transmis son mail et son téléphone, je l’ai contacté et maintenant j’attends !

(Eric Viali en 2017 - Collection personnelle) 

Pour l’instant, pas d’annonce officielle de reformation de Blessed Virgins ?

Tant que Fredo ne me répond pas, non ! Mais tout est ouvert !!!

Une méthode novatrice et originale pour permettre aux enfants de se développer en s'amusant !

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