Jean Felzine : entretien avec un Mustang

Par Franco Onweb

Vous connaissez le vieux débat entre le modernisme et la tradition ? Cette question assez stérile est trop souvent soulevée en musique. Jean Felzine, le chanteur guitariste et auteur compositeur du groupe Mustang, ne se l’est jamais posée et il a bien raison ! Depuis toujours il a su se servir de sa culture pour composer une musique épatante qui mêle à la fois les codes de ce bon vieux Rock’n Roll à ceux de la modernité. Attention, ici on parle de chansons et seulement de chansons, on parle d’un des auteurs compositeurs les plus doués de sa génération et qui a fait du groupe Mustang une des plus belles perles de la musique d’ici

Je voulais en savoir plus, alors j’ai rencontré Jean Felzine à la terrasse d’un café Parisien Il était accompagné de Jo Wedin, la jeune femme qui partage sa vie et avec qui il a monté un duo sensas dont on reparlera très vite ! Pendant une heure il s’est raconté : un entretien rare avec le chanteur d’un groupe malheureusement trop méconnu. 

Jean Felzine : entretien avec un Mustang
DR

Je suis né en Picardie. J’ai grandi à Clermont Ferrand. Je suis chanteur-guitariste avec le groupe Mustang notamment, auteur compositeur et je joue un peu de claviers.

Clermont Ferrand c’était bien ?

C’est une chouette ville pour grandir, il y a 50 000 à 60 000 étudiants. C’est une ville jeune et qui bouge pas mal.

Comment la musique rentre dans ta vie ?

J’ai découvert la musique en chantant avec ma sœur dans la voiture de mes parents les tubes qui passaient à la radio. Mon père s’était fait voler son autoradio et il n’a jamais voulu le remplacer. Comme mes parents étaient profs on partait longtemps en vacances avec de longs trajets en voiture pour aller notamment en Espagne. On chantait beaucoup dans cette voiture, c’est mon premier souvenir de chant.

Et après ?

J’ai pris des cours de piano mais rapidement cela m’a ennuyé. J’aimais bien, mais je n’arrivais pas à lire les partitions. Après j’ai commencé à jouer de la guitare au lycée.

Tu avais quel âge ?

14 – 15 ans

C’est là que tu as rencontré les autres membres de Mustang ?

Oui, on se connaissait mais on n’a monté un groupe et commencer à jouer ensemble que à la fin du lycée. Je ne me destinais pas à être guitariste, juste chanteur. Donc on a joué à quatre ou même à cinq jusqu’à que l’on décide d’être un trio et là j’ai développé un jeu de guitare qui me permettait de jouer seul.

(Le groupe Mustang de gauche à droite Johan Gentile, basse, Jean Felzine et Remi Faure Batterie - Droit réservé) 

C’est quoi ton premier émoi musical ?

Le tout premier c’est Nirvana, même si Cobain était mort depuis une dizaine d’années, on était en 2003 – 2004, et puis on a remonté la chaine de la musique des influences du groupe.

Explique ?

On a commencé à écouter les Ramones, les Pixies, les Stooges, le Velvet Underground …. Et puis assez vite on est arrivés aux années cinquante. Le premier que j’ai découvert c’est Jerry Lee Lewis et puis rapidement après Buddy Holly qui est un maître pour moi.

Johnny Cash, Roy Orbinson ?

Roy Orbinson évidemment qui est une grande influence, toujours maintenant. Johnny Cash, je l’ai vraiment découvert avec le film « Walk the Line », j’ai ensuite été l’écouter. A l’époque j’étais persuadé que j’étais le seul à écouter ça, alors qu’en fait il y avait pleins de jeunes comme moi qui les écoutaient. C’est quand même des artistes qui ont vendu des millions de disques. C’était l’époque où les Cds se bradaient pour quelques euros et j’ai pu comme ça en acheter plein. J’ai pensé que ça pouvait être mon truc, je voulais sortir du rock bruyant.

C’est-à-dire ?

Je trouvais qu’après les Stooges et les trucs les plus extrêmes du Velvet on ne pouvait pas faire tellement mieux ou aller plus loin !

C’est étonnant qu’un type de ton âge et de ta génération écoute ce genre de musique ….

Dans mon lycée peut être mais en fait partout en France il y avait des jeunes qui écoutaient ça. On n’était pas juste concentrés aux mêmes endroits. En réalité, la seule musique de notre présent ou qui continue de progresser c’est le rap. J’aime bien ça mais c’est une musique qui me déprime, c’est d’un triste ….

Et la Techno ?

Ça m’a plus quand j’ai découvert le côté cérébral de la techno comme Aphex Twins dont on a fait une reprise. C’est difficile d’être passé à côté quand tu as mon âge même si quand j’étais gosse pour moi c’était de la musique de fêtes foraines (rires)

Es-tu un fan de musique noire ?

En dehors du quatuor de Rockabilly que je t’ai cité, je n’écoute presque que de la musique noire  de la fin des années 50 et du début des années 60. J’écoute beaucoup de Ska, Rocksteady, Soul…. J’aimais beaucoup Stax maintenant je suis plus Mowtown, plus de violons, plus d’arrangements ….

Bizarrement dans tes influences tu  cites rarement des Anglais

Il y a beaucoup de groupes Anglais que j’aime : les Beatles, les Kinks, les Rolling Stones …. Mais c’est vrai que mes goûts sont beaucoup plus Américains qu’Anglais. Par exemple je suis passé totalement au travers de la pop Anglaise des années 80 et 90. C’est comme ça … (rires)

On revient à Clermont Ferrand ? Quand on pense à cette ville on pense aussitôt en musique à Jean Louis Murat

Oui c’est normal, c’est un grand artiste, « Mustango » par exemple est un grand disque.

Et puis il y a la « Coopérative de Mai » (salle de concert de Clermont Ferrand Ndlr)

C’est sûr qu’ils ont fait du très bon travail. Ils ont fait joué des groupes vraiment sensas qui ont favorisés des vocations. Par exemple toute la scène folk s’est créée après le concert de Eliott Smith, ils ont influencé la scène garage après le passage des « Hellacopters » ou des « Lords of Altamont ».  Ils nous ont permis de trouver un label.

Vous créez donc Mustang avec un côté crooner, années clinquantes, un équilibre parfait entre la guitare et les ordinateurs, entre modernité et tradition, et enfin il y a tes textes. On commence par quoi ?

Le côté crooner c’est à cause de ma voix et parce quej’aime vraiment chanter : je m’exerçais sur du Roy Orbinson ou Elvis. II y avait beaucoup de groupes garages à Clermont Ferrand, avec lesquels on partageait souvent les mêmes influences, et moi je voulais que l’on se démarque d’eux avec plus de chansons construites, des guitares claires ….  Je voulais des trucs moins répétitifs et surtout des trucs chantés.

Tu voulais faire de la chanson à texte ?

Je ne pensais pas faire des chansons à texte sur le premier disque et je n’ai toujours pas l’impression d’en faire. L’important c’était que ce soit cool à chanter avec la musique : je n’avais aucune ambition d’être considéré comme un auteur. C’est peut-être un peu venu avec le temps.

Tu ne penses pas que tu es un des derniers à écrire des chansons ?

C’est sûr que c’est un genre qui va disparaitre mais je ne pourrais pas écrire autrement !

Mais aujourd’hui tu es un auteur compositeur reconnu

Oui, c’est vrai et c’est tant mieux mais ce n’est pas pour ça que je vais m’arrêter de faire des chansons débiles parce que moi j’aime bien ça aussi (rires).

La plupart de tes textes sont à la première personne, c’est voulu ?

Pas particulièrement, il s’agit juste d’une limite technique…

Tu as conscience que tu es des derniers à savoir écrire des chansons sans tomber dans le pathos post adolescent ?

Attention j’adore écrire des chansons d’amour, je n’écris pas que des chansons sérieuses. Bon … effectivement je sais écrire des chansons et j’aime profondément ça. Prend n’importe quels titres de Paul Mac Cartney, c’est parfait ! J’adore !

Dés de le premier album de Mustang (A71 Ndlr), tes textes sont très matures pour un jeune type comme toi ?

Il y avait des textes comme « je m’emmerde » qui était assez cons pourtant !

(Pochette de l'album A71 - droit réservé) 

Oui mais si tu prends « le pantalon » c’est vraiment fort !

Je suis d’accord c’est une trouvaille, pour moi c’est la meilleure chanson de cet album.

A l’époque pour beaucoup de gens vous aviez une image presque Rockabilly ? Ne serait ce ton look avec la banane ….

C’est bizarre parce que beaucoup de gens nous l’ont dit alors que les vrais puristes Rockabilly nous détestent ! Moi j’aime bien ça mais c’est une musique qui n’a duré vraiment que deux ans et des gens sont toujours ancrés dans cette époque. En tout cas on a passé beaucoup de temps à dire haut et fort dans toutes nos interviews à nos débuts que nous n’étions pas un groupe de Rockabilly ! Je le redis, d’ailleurs on a une basse électrique, une vraie batterie ….

Tu ne ferais pas du Rockabilly moderne ?

Je ne pense pas : nous faisons des chansons avec tout ce que cela comporte derrière.

Tu aimes qui en chansons Françaises ?

J’adore William Sheller en tant que mélodiste, Michel Polnareff, Christophe et bien sûr Gainsbourg. En femme j’aime beaucoup Véronique Sanson et quelques titres de Marie Laforêt.

A vos débuts, on vous a remarqué après une participation à une compilation du Velvet Underground ?

Oui, on avait repris « Femme fatale » et « Run, run, run ». Les gens ont été assez surpris : je commençais à me coiffer avec une banane, les journalistes ne voyaient pas le rapport alors que pour moi c’était évident : le Velvet a beaucoup été influencé par la musique des années cinquante comme Bo Diddley …. Bref suite à ça on a fait un premier album autoproduit, tout seul dans notre coin…. On ne connaissait personne !

La Coopérative de Mai vous a aidé ?

On leur a fait écouter, ils ont aimé et nous ont présentés à Jan Ghazi (un directeur artistique de Universal Ndlr) qui montait son label, « A-Rag », il est venu nous voir et ça s’est fait tout de suite : on a signé et on a commencé à enregistrer le premier album.

A l’époque tu voulais en faire ton métier ?

Oui, oui, j’étais très ambitieux. Je voulais faire ça de ma vie.

Vous montez à  Paris et vous commencez à tourner

Un peu avec le premier mais c’est surtout avec le second que nous avons beaucoup tourné.

L’album c’était « A71 » ?

Oui, c’est l’autoroute entre Clermont Ferrand et Paris : on l’a beaucoup prise et en même temps c’était une sorte de déclaration d’intention ! On voulait monter à Paris.

C’est encore l’époque des Babys Rockeurs. Comment vous situez vous par rapport à ce mouvement ?

On était en queue de peloton par rapport à eux : on est arrivé à la fin ! En plus on ne pouvait pas rentrer dans leurs fringues (rires). Plus sérieusement on a fait notre premier concert en tant que Mustang en première partie des Naasts à la Coopérative de Mai. Cela ne m’a posé aucun problème : ils avaient quelques titres vraiment bien, un super batteur …. Gustave (le chanteur des Naasts Ndlr), que je connais, avait un truc. J’ai travaillé un peu avec lui : c’est devenu un super arrangeur.  Je n’avais aucun problème avec cette scène. Je suis toujours amis avec certains. Ils ont fait un bien fou à un moment !

Après sort le deuxième album « Tabou »

C’est un disque qui a été moins bien accueilli que le premier : on n’est pas beaucoup passés en radio mais comme je te l’ai dit, on a beaucoup tourné et c’est à partir de ce moment que l’on devient vraiment bon sur scène. On était trop inhibés avant…

(Pochette de l'album Tabou - Droit réservé)  

Dans Mustang, c’est toi qui écrit tout ?

Non, Johan le bassiste fait quelques musiques mais il n’est pas auteur ….

Tu vis de ta musique ?

Oui, je fais un peu de guitare sur des disques des autres mais je suis le seul dans Mustang à pouvoir en vivre.

Arrive le troisième album « Ecran total » avec la chanson éponyme. Tu peux nous parler de ce titre ?

C’est bizarre, j’ai un peu de mal avec cette chanson. C’est une tentative d’essayer autre chose, à l’époque j’écoutais beaucoup Métal Urbain et j’essayais de scander des textes sans verbes. A la base c’était un instrumental de JT. J’avais la suite d’accords et puis j’ai trouvé un texte mais bon je ne le trouve pas réussi.

(Pochette de l'album Ecran Total - droit réservé) 

Sur scène vous faites comment entre les claviers et les guitares ?

On est toujours à trois sur scène et on le sera toujours. S’il y a quelqu’un d’autre ce sera un autre groupe. Aujourd’hui on est revenu à des choses simples : il y a juste un clavier à côté de moi. Il ne s’agit pas d’avoir les arrangements du disque sur scène, il faut juste retranscrire l’essentiel des chansons.

C’est quoi vos projets ?

Un EP qui sort là, à la rentrée sur le label de Jan Ghazi. Des titres que nous avons enregistrés sur bandes et il y a un titre sur la nouvelle compilation de la souterraine.

Une vos spécialités se sont les reprises : Lescop, Patrick Coutin, Bashung ….

On a toujours adoré en faire sur scène. Notre album de reprises c’est uniquement des morceaux que nous avons enregistrés au cours des années. Nous avons l’habitude d’en faire une à chaque tournée.

Vous savez vers où vous allez ?

Oui, je voulais revenir à quelque chose de très simple : guitare, basse, batterie et chant. Je voulais voir comment ce groupe pouvait tourner simplement.  

Après il y aura une tournée ?

J’espère, mais c’est difficile ! On est un peu, Mustang, dans le creux de la vague. On s’est dit que nous allions revenir par la petite porte : on a fait une série de dates dans des petits clubs Parisiens depuis le début de l’année…. On sort un EP, bref on repart doucement.

(Mustang en concert - Droit Réservé) 

Tu écris aussi pour d’autre gens : Camélia Jordana entre autres

Une seule fois : deux titres, une chanson pour l’album et une chanson bonus, en même temps je me suis beaucoup mis à écrire avec Joana (Jo Wedin sa compagne avec qui il a monté un duo Ndlr). J’ai écrit une chanson pour Carmen Maria Véga. Elle la chante sur scène en ce moment mais visiblement elle ne l’a pas encore enregistrée. On m’a branché sur pleins de trucs : Hardy, Dutronc … Mais rien n’a encore vraiment aboutis.

Mustang, donc ça progresse ?

Non, c’est difficile, je ne peux pas le cacher mais on tient et surtout on ne lâchera pas ! On n’est pas là pour la gloriole ou quoi que ce soit : on aime faire de la musique ensemble, on aime faire des concerts… Ok, on a connu de plus grosses salles mais on lâche pas le truc.

Vous avez fait beaucoup de festivals ?

Pas tant que ça, on a surtout eu la chance d’en faire des gros à l’étranger dont le « Fuji Rock » au Japon.

Les albums sont sortis aux Japon ?

Oui le premier, les autres étaient trop électro pour eux, pas assez rock.

La dernière question obligatoire : quels disques à faire écouter aux enfants pour leur faire aimer la musique ?

J’ai deux suggestions, l’une qui vient de Alf qui a mixé Mustang : Stevie Wonder « Songs of the key of life », c’est un truc parfait, notamment pour le chant et « Voodoo » de Angelo qui est lui est un truc plus moderne.

 

 

Acomptes et cautions en un clic

Articles plus anciens

My secret to produce...!?