Derrière « Dune »

Par Sanjuro Tsubaki

Adolescent, l’un de mes livres favoris était « Dune », contrairement à mes copains qui préféraient le « Seigneur des Anneaux ». J'arrivais plus facilement à me plonger dans ce monde que dans celui de Tolkien.

Derrière « Dune »
DR

Lorsque la sortie du film « Dune » a enfin été annoncée, une expédition au cinéma a été immédiatement planifiée avec les copains. Notre excitation était au maximum : on avait dans le même film l’adaptation d’un roman culte et un réalisateur novateur et surréaliste qui comptait déjà pas mal de supporters. Il y avait pas mal de rumeurs : les médias avait bien fait leur travail.   

Du début de cette après-midi, je me rappelle surtout l'attente devant le Kinopanorama (célébre cinéma avec un grand écran du 15 éme arrondissement de Paris Ndlr) dans le vent froid de l'hiver qui dévalait l'avenue de la Motte-Piquet.

Une fois installé dans la salle, nous nous sommes laissés emporter par les images d'immensités désertiques et le flot de l'histoire. En sortant, le film a favorisé beaucoup de discussions entre les ados que nous étions. Mon avis était mitigé : les petits ajouts à l'histoire ne m'avaient pas convaincu et la musique, même bonne, manquait de ce souffle épique nécessaire à l’ampleur de cette épopée. Ce film n’est donc pas devenu culte comme son roman, et s’est avéré au global assez décevant.

Je n'ai plus entendu parler d’une autre production cinématographique sur « Dune », même s’il a y a eu des tentatives en feuilleton pour la télévision, jusqu’au printemps dernier avec la sortie du documentaire qui en a été fait autour : le « Dune » d’Alejandro Jodorowsky. Ce documentaire a été réalisé il y a trois ans mais n'est sorti en salle en France que récemment suite à des problèmes de droits.

 

Le documentaire raconte l'histoire des 2 années avant l'arrêt définitif du projet pour manque d'argent :  le budget ayant explosé lors de la préparation. Jodorowsky présente sa vision du projet et la façon, très singulière et finalement cohérente avec sa personnalité, de rassembler cette équipe hors du commun.

Ce projet a vu naître des visuels novateurs pour l'époque par une équipe dont les protagonistes allaient se révéler avec ce projet : Moebius, Giger, Chris Foss et O’Bannon. … Le casting prévu était très prometteur : Dali, Orson Wells, Mick Jagger, pour les plus connus, ainsi que le propre fils de Jodorowsky qui pour l’occasion a du s’entrainer quotidiennement par un maître d'arts martiaux. Et pour la musique il voulait faire appel à Pink Floyd et au groupe Magma.

Le storyboard, entièrement dessiné par Moebius sur les indications de Jodorowsky, décrivant plan par plan le film (souvent très novateur) a circulé dans tous les grands studios d'Hollywood lors des rencontres pour essayer de boucler le budget. 

Malgré la grande qualité du travail fourni, le budget n’a cessé d’enfler au cours des 2 ans de conception, et n’a jamais pu être bouclé, ce qui a déclenché l’abandon du projet imaginé par Jodowsky and co.

(Alejandro Jodorowsky - Droit réservé) 

Même sans avoir abouti sous la forme voulue par Jodorowsky, ce projet changera beaucoup de chose avec toutes les nouveautés visuelles, conceptuelles, cinématographique qui devaient révolutionner le genre et que l'on retrouve encore aujourd'hui avec les superproductions qui s’en inspirèrent ensuite comme « Star Wars », pour les plans de tournage, ou « Alien » avec un script d’O’Bannon et les visuels de Giger et Moebius et même « Tron » ou « le 5ème Éléments » avec la touche de Moebius.  Une influence que l’on retrouve aussi dans le monde de la BD, avec entre autres « l'Inca » et la caste des « Méta-Barons », où Jodorowsky se reconvertit après cet échec.  Mais surtout ce fût un tournant de carrière pour les protagonistes de cette aventure.

Pour en comprendre et apprécier l'influence, précipitez vous voir le documentaire qui montre les premières esquisses et dessins des décors pour apprécier réellement l'impact qu'il a eu ensuite.

 

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