Maxime Delpierre interview part 2 : une vie en six cordes !

Par Franco Onweb

Deuxième partie de notre rencontre avec Maxime Delpierre. Dans cette partie il nous détaillera ses différents groupes de hier et d’aujourd’hui, ses réussites, ses échecs, ses projets et ses ambitions mais aussi ses conseils d’écoute à l’usage des jeunes générations !

Une succession de projets et de moments passionnants, on le savait depuis la semaine dernière, maintenant on est sur : cet homme est un vrai esthète ! 

Maxime Delpierre interview part 2 : une vie en six cordes !
Thomas Langouet

On attaque sur tes groupes : le premier sur lequel je voudrais venir c’est Limousine ! Un groupe très particulier : ce n’est pas de la pop, c’est pas du jazz, c’est pas du rock et c’est super intimiste ! C’est un grand groupe ignoré !

Pour nous c’est le truc le plus fou que l’on ait fait ! C’est un truc de dingue à vivre lorsque l'on joue en concert.

(Limousine au grand complet au premier plan Maxime Delpierre – crédit photo JC Polien)

Limousine, est un groupe de poche assez inclassable ?

Pourtant Limousine n’a jamais été pensé comme un truc inclassable ! On a juste essayé de faire ce que l’on voulait : pas de la pop, pas de jazz, pas de rock, pas de solos …ou tout ça à la fois dans le même instant quand l'idée fonctionne.

Ça a été pensé comme ça ?

Non, on n’a jamais prévu d’être inclassable ! C’est juste comme ça et on ne veut pas le changer. Ce n’est pas un sideproject, c’est un vrai groupe avec des gens qui n’ont pas besoin de faire de la musique ensemble pour se voir ! D’ailleurs on se voit presque tous les dimanches. Surtout que maintenant il y a des gamins : on se voit au square ! Enfin moi je n’ai pas d’enfants, je m’occupe des leurs, je suis parrain (rires !).

En même temps c’est un groupe très lent : on est vraiment exigeant avec ce que nous faisons et on a tous des projets à côté, donc chaque album prend un certain temps à se mettre en place

Mais il y aura un quatrième album de Limousine ?

Oui, c’est sûr ! Il est déjà écrit !

Le précédent a été enregistré en Thaïlande ?

On a été les premiers à faire ça, enfin à ce que je sache… Pour t’expliquer, chaque album de Limousine a un dispositif particulier que l’on provoque. Le premier album a été conçu pour être de la musique de salon parce qu’on nous reprochait de jouer vite et fort ! Donc on s’est dit on va éliminer l’improvisation et on va faire en sorte que les gens ne puissent pas sortir de la salle quand on joue. Un peu comme au théâtre quand les spectateurs ne peuvent pas partir !

 

(Visuel de l'album de Limousine en Thaîlande - crédit photo  Agnès Dherbeys)

Vous avez toujours été quatre ?

Au début on était trois : David Aknin, Laurent Bardaine et moi. On jouait des balades instrumentales avec l’idée d’être backing band de rêves pour accompagner des artistes. On s’est retrouvé à travailler l’écriture sans voix, ce qui au final ne laisse pas tant de place pour un chanteur


Limousine n’a-t-il pas un côté « branché Parisien » :

Peut-être...on a été très bien aidé par Agnès B pour le "Siam Roads" mais pour te donner une idée le seul truc un peu « média » que l’on a fait c’était pour un défilé Channel à New York : ils ont fait tourner le morceau « la Gaviotta » en boucle, je crois. Il y a une donc peut-être naturellement une certaine élégance (rires) ! 

Mais est-ce que ce côté hype ou Parisien ne vous bloque pas pour certains événements comme des festivals en province ?

Je n’espère pas. La hype est censée t’amener des trucs puisque c'est aussi un milieu de fan de musique et souvent à la fois pointue et sexy. J’espère que tu as tort, sinon ce serait terrible (rire) et on n’est franchement pas des gros hipsters au contraire, je pense que l’on est plutôt des sauvages, des timides qui le cachent avec le rock´n roll. C’est un groupe où il y a trois Bretons, heureusement qu’il y a David Aknin (le batteur qui vient de Nîmes) sinon on aurait plus qu'à rejouer les airs de bagad dans la forêt de Brocéliande (rire), ce qui est assez tentant comme idée, par ailleurs.


Vu de l’extérieur on a vraiment l’impression d’un groupe inclassable, arty …

Limousine a joué à la cité de la musique, beaucoup à l'étranger mais aussi sur la place du marché de Saint Jean de Mont. Plein de fois en Vendée, en Bretagne, ou dans le bar à la sortie de la plage de la Tranche sur Mer un quinze Août à l’heure de l’apéro… Une salle pleine avec un public accroché à chaque note : un moment splendide, un très bon souvenir…

Il est pour quand le quatrième album ?

Il est déjà écrit ! On espère l’enregistrer au plus tard cet été pour une sortie cet hiver !

On continue avec Viva and the Diva ! Un groupe dont tout le monde a salué la qualité des membres !

Stand by un peu trop long … C’est mon grand regret en tant que musicien … J’aime bien en parler parce que j’ai l’impression que ça existe encore.

C’était vraiment un groupe arty là ! J'avais réuni ces trois fantastiques personnes ; Sir Alice, Mark kerr, Arnaud Roulin pour une carte blanche de Sonic Youth au festival Jazz à la Villette.

(Viva and The Diva de gauche à droite et de haut en bas : Maxime Delpierre, Arnaud Roulin, Mark Ker et Sir Alice – crédit photo Viva and The Diva)

Un groupe important pour toi ?

Sonic Youth a été un groupe très important, qui m’a donné envie de refaire des groupes de rock ! Un groupe qui était capable d’improviser pendant dix minutes en plein milieu d’un morceau à « Rock en Seine » devant cinq mille personnes. Un groupe qui joue des croches égales sans prétention, soit deux notes mais qui sont au service d’un son commun ! Un groupe énorme avec beaucoup de générosité : Ils ont aidé Nirvana et pas mal d'autres des débuts 90s à éclore.

Pour en revenir à Viva and The Diva, Je cherchais une voix pour me lancer. A l’époque je jouais avec le collectif Slang. On improvisait tout le temps. Les morceaux étaient vraiment variables et c'était une aventure assez dingue… Et un jour on a invité Sir Alice à venir chanter. Elle sortait de l’IRCAM et était déjà sous contrat avec Tigersushi. J’ai été la voir en concert au Glaz’art et puis elle m’a invité à jouer sur son disque et je lui ai dit que j’avais une carte blanche à la Villette pour deux soirs et je voulais faire une sorte de performance inspirée par le Krautrock, Can, Neu …


Tu as fait cette carte blanche ?

Oui comme je le disais tout à l'heure, j’ai récupéré tout le monde et on a fait les deux concerts. Cela a été tellement fort que quelque mois plus tard on est allé en studio pour enregistrer les morceaux que l’on avait fait sur scène. Ils sont sortis sur un EP numérique, mais il reste des inédits que je sortirai un jour. C’est l’époque où je commençais à produire et forcément je me suis pris les pieds dans le tapis. En tout cas on a beaucoup joué.

Mais c’était dur comme projet … C’était une sorte d’alchimie entre nous qui nous rendait dingues ! Il y a des groupes comme ça où tu sais que, s’ils passent trois jours ensemble, tout peut mais alors tout peut arriver 


A l’époque tu continuais à jouer avec d’autres comme Joakim ou Limousine ?


Oui je continuais, en même temps c’était un peu compliqué, forcément. C'est pas toujours simple de rester un honnête sideman tout en bossant sur ton propre projet, surtout quand le leader que tu accompagnes est patron d'un label sur lequel ont signé la plupart de tes potes et puis quand je cherchais une signature j’en trouvais pas, après j’ai refusé des signatures, je ne sais aujourd'hui pas vraiment pourquoi (rire!)…. Et puis ça s’est arrêté et je suis parti en tourné avec Rachid Taha : j’étais crevé et ruiné ! J’ai mis toutes mes économies dans ce projet, tout ce que j’ai gagné en tournée. Mais le groupe ne rapportait pas assez, il n’y avait pas de quoi enchainer rapidement… Et puis c’était compliqué de travailler pour ce groupe, trop de relation personnelle, un vrai gouffre…

Au bout d’un moment j’ai lâché l’affaire d'une façon qui me semblait plus tournée vers un espoir d'avenir pour le groupe. On est donc parti en studio enregistrer un album et le mois suivant je suis parti en tournée avec Rachid pendant presque trois ans.

Un moment important où tu as rencontré plein de monde ?

Oui : Guillaume Rossel, le batteur de VKNG (prononcez Viking Ndlr) mon gros projet actuel, Mick Jones, le guitariste des Clash, mes managers actuels … Rachid c’est juste un truc de fou, il a des fans partout : Robert Plant (chanteur de Led Zepplin Ndlr), Brian Eno par exemple, l’adorent…

Tu as joué donc avec Rachid Taha, Rodolphe Burger et puis tu as produit Jeanne Added ?

Avec Viva and The Diva, j’avais commencé la production et j’ai rencontré quelques artistes qui voulaient que je bosse pour eux. On m’a proposé des productions d’artistes, dont Jeanne. Elle commençait juste et elle ne savait pas trop ce qu’elle voulait faire mais par contre elle avait déjà cette force d'engagement dans ce qu'elle fait et une vraie exigence sur le climat et l'aspect minimal de sa musique. On a enregistré un album mais il n’y a qu’un EP qui est sorti, (comme pour Viva and The Diva). C’est une vraie chanteuse, une grosse bosseuse, c’est chouette que ça marche pour elle ! Et au passage, ça fait du bien au paysage musical Français qui en chie un peu quand-même, question mainstream, nan ?

(Jeanne Added pendant l'enregistrement de son Ep. à l'Atelier du plateau - crédit photo Maxime Delpierre)

Et puis il y a Paris le projet de Nicolas Ker où tu es musicien ?

Oui je suis musicien dessus mais je compose aussi un peu …En fait on compose tous un peu ! C’est identifié comme le groupe de Nicolas Ker qui a les idées, la direction générale mais celui qui organise tout : les enregistrements, les répétitions, les séances, les arrangements, la prod du premier album, c’est Arnaud Roulin. C’est un groupe assez confidentiel, En fait on est présenté comme le groupe du chanteur de Poni Hoax. Pourquoi pas? Mais c'est dommage que le public passe à côté, c'est un vrai bon groupe de rock.

On parle de VKNG ? Pour t’expliquer j’ai entendu le groupe pour la première fois un matin à la radio et j’ai tout de suite accroché ! Ce n’est pas de la pop, c’est pas du rock, c’est pas du jazz, c’est totalement original. En plus Thomas de Pourquery a une voix fabuleuse

Merci beaucoup ! En fait je connais Tom depuis longtemps, il voulait faire quelque chose, pop, un peu chanson, un peu tout … En fait on ne savait pas du tout ce qu'on allait faire. Il m'a proposé d'aller s’isoler pour faire des morceaux. On a donc pris sa voiture avec des instruments (guitare, clavier, batterie, micros) plus du matos genre "home studio" et on est parti dans la maison de sa mère à Quiberon en plein mois de février. Les deux fois ont eu lieues à un an d’intervalle, soit il y quatre et trois ans ((2012 et 2013 Ndlr). 

Pendant notre premier séjour, on a fait une première série de cinq démos. On s’est vraiment éclaté à les faire. Je suis ensuite parti rejoindre le groupe Paris en tournée et j’ai commencé à les faire écouter autour de nous. On a eu des super réactions et c’était étonnant parce que nous on avait fait ça vraiment juste pour se faire plaisir, sans se mettre aucune pression mais on a senti que quelque chose de vraiment excitant se passait avec ces premiers titres.

Thomas de Pourquery tu le connais depuis longtemps ?

On s’est rencontré très jeune. On se croisait dans les clubs de jazz où on trainait tous les soirs pour essayer de jouer. C’est un mec cool, solaire, hyper généreux. Depuis toujours il se débrouille super bien : c’est le premier d’entre nous qui a eu du boulot, un mode vie assez solide. Le premier intermittent d'la bande de freakos (rire). Il a un incroyable sens de l'échange. Un mec cool quoi !

Après cette première session, on ne s’est croisé que rarement : j’avais plein de projets en même temps, lui aussi, je jouais avec plein de monde en Sideman : studio en semaine et concert le week-end … Je prenais trois avions par semaine... C'était plutôt intense…

 

(VKNG à gauche Maxime Delpierre et à droite Thomas de Pourquery - crédit photo Flavien Prioreau)

Et vous refaites des morceaux ?

Un an après, une nouvelle série de morceaux et là on a basculé dans l’idée du groupe ! On est revenu à Paris et puis on a commencé des sessions d’enregistrements lorsque lui ou moi n'étions pas en tournée. Ça s'est quand-même étalé sur deux ans.

 


Vous avez tout fait à deux ?

Principalement oui ! Sauf les prises en groupe "live" avec les musiciens, bien sûr. On a des potes invités (Olivia de The Do) sur l’album. On a commencé une série de démos et puis nous avons eu une proposition de Jérôme Pouloin du studio Pigalle pour être coproducteur de l’album. Et comme c’était un projet assez ambitieux qui nécessitait des moyens, cet arrangement nous a donné le temps de bien travailler !

Dès que l’on avait du temps libre on allait au studio Pigalle et on bossait dessus ! Tout de suite cela a intéressé quelques personnes, des maisons de disques sont passées en studio pour écouter. En même temps on a rien envoyé : pas de maquettes, pas de démos, pas de mise à plat … Il fallait vraiment venir écouter au studio !

C’est ton projet principal du moment ?

Oui complétement même si on ne joue pas beaucoup, pas assez à mon goût en tout cas.  

Et après ailleurs en Europe ?

Oui bien sûr, mais c’est long à se mettre en place ! On est un peu comme un groupe débutant et c’est un peu dur… Ça fait bizarre !

C’est les mêmes musiciens sur scène et sur l’album ?

Non Louis et Guillaume sont arrivés après. Sur le disque on a fait jouer les potes : Marc Kerr, Arnaud Roulin, Juan De Guillebon, Vincent Taegger, les ingés, Fred Soulard, Vincent Taurelle et surtout Jérôme Pouloin du studio Pigalle et puis j’ai fait beaucoup de programmations moi-même


Pour finir tu donnerais quoi comme conseil à des parents pour devenir un musicien comme toi avec une grande ouverture d’esprit et capable de jouer à peu près tout ?

Il faut écouter de tout sans hiérarchie ! Aller dans les écoles de musique pour toucher à tous les instruments et rencontrer du monde pour partager parce que la musique c’est le partage. Et puis s’il y a des disques à la maison il faut que ce soit des disques de styles différents : Jazz, classique, blues, rock et chansons.

Alors on y va : je veux savoir les disques que tu conseillerais !

 « Lady in Satin » de Billy Holliday, « le Sacre du Printemps » le premier album des Doors, Les "Mots bleus" de Christophe, "Crescent" de John Coltrane, "Trouble Man" de Marvin Gaye, "Third" de Portishead, "Ambryonic" des Flaming lips" et un bon vieux Plastikman pour toujours pouvoir danser un peu sur de la bonne Tech au cas où il y aurait quelques potes dans les parages...!

Tes projets ?

Je fais un album solo, instrumental avec des machines et de la guitare qui sortira bientôt, j’espère. Je continue à fond avec VKNG et puis il y a l’enregistrement du prochain Limousine.

Tu continues à jouer pour d’autres ?

Moins, ça me manque un peu ! Je viens de faire des guitares pour Tim Paris mais surtout des remixs ou des prods pour Alexandre Chatelart, Raphaëlle Lannadère ou d'autres encore (secret défense) ...pas mal de choses en gros, comme d'hab ( rire )

Le mot de la fin ?

Non, enfin si achetez VKNG et tenez-vous au courant pour Limousine sur notre Facebook !

 

(VKNG - le mot de la fin - crédit photo Corinne Stenneler)

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