Deep purple : la chronique d'Emma Peel

Par Emma Peel

Tiens, y’avait longtemps ! … Je pensais ma vocation de croque-mort du cinéma enterrée. Mais la disparition prématurée du Prince de la pop m’oblige à reprendre du service. Non pas que sa carrière d’acteur ou de réalisateur fût très florissante, mais je suis toujours preneuse d’occasions de me replonger dans ma lointaine adolescence et mes chères – et kitchissimes – 80’s. Alors merci à Monsieur Rogers Nelson de me procurer ce plaisir… 

Deep purple : la chronique d'Emma Peel
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Les moins de 30 ne le savent pas, mais 1984 est une grande année, et pas uniquement parce qu’elle est le titre d’un célèbre roman. Elle est foisonnante culturellement (et capillairement ! Qui n’a pas cédé à l’appel de la permanente ou autre indéfrisable ?? Moi-même j’avoue y avoir succombé…), elle voit naître Canal + et son top 50 !! Et musicalement c’est un tournant : Madonna, Frankie Goes To Hollywood, Bronski beat, Duran Duran, les Smiths, les Cure, les Red hot et j’en passe… Mais SURTOUT : Wham, Culture club, Fox the fox et… Peter et Sloane !!! Dont le tube « Besoin de rien, envie de toi » fut tout de même n°1 des ventes pendant plusieurs mois ! Ah, ça vous laisse rêveurs n’est-ce pas ?? Je vous sens tout nostalgiques d’un coup. Ben oui, je vous comprends… Ce fût un grand moment de rock n’roll il faut dire…!

Quant au cinéma, on doit à cette année quelques grands films comme – entre autres – Paris Texas de Wim Wanders, Birdy d’Alan Parker, Au-dessous du volcan de John Huston, The Cotton club de Coppola, Amadeus de Milos Forman ou Les nuits de la pleine lune de Rohmer. Mais aussi quelques grands succès du genre Ghostbusters, Gremlins, Terminator, Indiana Jones, Footlose, Les ripoux, The karaté kid ou… Police academy. Et oui, une grande année je vous dis !!

Mais – pour en venir à notre mouton – si on mélange musique et cinéma ça a quand même donné l’avènement d’un prince de la scène. La sortie de Purple rain dans les salles et dans les charts a marqué une génération d’ados et post ados, qui ont découvert et observé, mi-étonnés mi-fascinés, ce nabot pas jojo à la base il faut bien le dire, devenir un sex-symbol en un film et un album. Fort quand même. Et rassurant aussi, pour tous les maigrichons rase moquettes frisotés au duvet disgracieux. Mais c’est quoi son secret à ce gugusse dont le crédo semble être « oublie que t’as aucune chance, vas-y fonce » ???! Ses chemises à jabots, son déhanché féminin, l’exhibition de son torse légèrement velu, sa langue râpeuse ?? Ou bien son audace, son manque de complexe, le fait qu’il y croit dur comme fer, et son immense talent, tout simplement ?… D’ailleurs ça marche : les filles craquent.

Bon alors soyons honnête, le film est juste un prétexte pour propulser le Kid de Minneapolis au sommet. Si on retire les moments où il fait son show sur scène, c’est à dire les ¾ du film, il ne reste pas grand-chose. L’histoire en elle-même, vaguement biographique n’a pas grand intérêt : un jeune musicien se produit dans un club mais ne rencontre pas le succès escompté, ce qui lui vaut de se faire houspiller par le tenancier du lieu qui lui, en revanche,  enflamme les foules. Dur dur pour le kid… Surtout qu’il a des problèmes familiaux le gamin ! Son père, musicien raté, picole et tabasse sa femme pour finalement se tirer une balle dans la tête (mais rassurez-vous il se loupe, le couillon) après avoir dit à son fils « ne te marie jamais »… comment voulez-vous après ça que le fils en question puisse se comporter correctement avec la belle pépée qui a eu le malheur de succomber à son charme ??! Heureusement elle ne se laisse pas faire, et l’envoie bouler, le laissant seul avec sa guitare et sa moto. Re-dur dur pour le kid !! Il est tout tourneboulé, le pauvre, il pleure, il tape dans les meubles et fait les cent pas de long en large, hyper vénère. Et pour couronner le tout, ses musiciennes menacent de le planter car il refuse d’écouter la chanson qu’elles ont écrite. Ah la la, y’a rien qui va… Mais HEUREUSEMENT (ben oui quand même, tout n’est pas si noir…) il finit par se prendre en main, par écouter la composition des gonzesses, (qui n’est pas si mal après tout) et par la chanter sur scène. Et là, bam ! Le choc. Il entonne Purple rain, qu’il a dédicacé à son père dans le coma à l’hosto. La salle est sans voix, et se laisse envahir peu à peu par ce slow déchirant sur lequel on a tous emballé (enfin… ou rêvé d’emballer !...) Une légende est née.

N’allez pas chercher plus loin, c’est le meilleur moment du film. Autant voir un live. Car il faut reconnaître que c’est une bête de scène, ce gars. Un mix entre Jimmy Hendrix, Jerry Lee Lewis et Michael Jackson. Ce type est un fou, comme la plupart des génies. Il ne fait pas les choses à moitié, il plonge dans la démesure, se vautre dans le narcissisme, se roule dans la provocation, osant tout, ne craignant aucune espèce de ridicule, et joue avec nous et avec notre envie de sulfure, de cuir et de frous-frous (très tendance à cette époque). Et ce qui est dingue, c’est qu’il arrive à convaincre tout le monde primo qu’il n’est pas gay, deuxio que la botte à talon et le costume XVIIIe siècle peuvent être très sexy sur un homme (Euh… non Candeloro, pas sur toi…), tertio qu’il peut mettre les plus belles femmes dans son lit. Chapeau. En 86 dans Under the cherry moon il réussit même à séduire Kristin Scott Thomas !! What ?? oui, je sais, ça paraît complètement improbable ! Et pourtant… Il faut dire que c’était son 1er rôle au cinéma… et puis Prince a changé de look (et ce n’est pas dommage). Il a abandonné la veste princière, coupé ses frisouilles, troqué la chemise à jabot pour le gilet en cuir porté à même la peau… Mhmmm, là j’avoue, ça commence à devenir un peu plus excitant.

Il réalise lui-même le film. Sorte de sous Cotton club teinté de Gatsby le magnifique, tourné sur la Côte d’Azur, dans un noir et blanc épuré (encore une tendance de l’époque), et dans lequel il incarne un pianiste de club de jazz très chic fréquenté par de riches femmes d’âge moyen (oui restons polis) prêtes à payer cher pour s’encanailler avec le jeune et sexy mulâtre. Celui-ci semble prendre un malin plaisir à faire le joli cœur auprès de ces dames, jusqu’à ce qu’il tombe sur la jeune, belle et provocante Mary (la reine Kristin) qui n’a pas froid aux yeux et ne se laisse pas impressionner par ceux, ensorceleurs et maquillés de cet intrigant. Mais Christopher n’a pas dit son dernier mot, et fait ce qu’il faut pour faire flancher la belle.

Il sait y faire, y’a rien à redire… Malheureusement, pas de happy end pour le joyeux gigolo qui a trop joué avec le feu… et se fait buter par le père de sa dulcinée ! Ah ben ouais mon gars, voilà où ça mène d’être un bad boy qui cherche à entourlouper les riches ! Ce film ne restera pas franchement gravé dans les mémoires, à part pour sa B.O. qui connut un immense succès avec notamment le tube Kiss.

Pour le reste de sa filmographie, disons qu’elle mérite d’être oubliée. Il vaut mieux revenir à sa musique, puisque c’est ce qu’il a fait de mieux. Avec la scène. C’est là que Prince l’acteur trouva son plus beau rôle et donna le meilleur de lui-même. Et avec toute l’énergie qu’il dépensa, pas très étonnant qu’il ne fît pas de vieux os…

You can RIP little big man..You deserve it. Mais ton outrance nous manquera...

Les Soucoupes Violentes - Réédition CD “Dans Ta Bouche”

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