Interview des Daltons part 2 : Les nouveaux costumes des Daltons

Par Franco Onweb

Résumé de l’épisode précédent : après une carrière courte mais oh combien passionnante, les Daltons s’arrétent après un 45 t, des concerts épatants, une renommé importante et des regrets dans le public au moment pile ou leurs camarades de promotions (Wampas, Soucoupes Violentes et autres Mano Négra) explosent.

27 après leur séparation et pleins d’aventures les Daltons sous l’impulsion de Patrick Williams et de Serdar Gunduz se reforment. Deuxième partie d’un entretien passionnant avec Patrick Williams où il sera question des retrouvailles avec Baldo le sauveur des Daltons, de Tom Verlaine, d’une bulle rose, d’enfants qui rient des facéties de leur papa, d’un batteur jeune qui plait aux filles et d’une manière générale d’un groupe qui refuse, avec brio et talent, de céder à la nostalgie. 

Interview des Daltons part 2 : Les nouveaux costumes des Daltons
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Tu as fait quoi en musique, après la séparation ?

Avec Serdar, on a fait un groupe quand on était trentenaires : les Happy Melodies. Un groupe pop avec plein de guitares tordues, décalées, qui marquaient notre découverte admirative des Pixies et des Smiths. Puis j’ai arrêté à nouveau (une manie chez moi) pour me consacrer au journalisme déconnant et mal payé (« Tecknikart » ). Une aventure très rock’n’roll dans son genre. Serdar, lui, a fait Fabrika, un beau projet mêlant guitare et machines. Mais on est toujours resté très amis.

 

(Epoque Happy mélodies, avec Patrick Williams à gauche, le bassiste Denis Vermelen, Serdar Gunduz et  Didier Wampas à Bourges 93 )

Pourtant, en 2012, vous faites votre retour sur scène. Qu’est-ce qui vous motive ?

En 2010, ma compagne et moi avons eu notre deuxième enfant. Pendant quelques mois, j’ai vécu dans une bulle rose. Délicieux. Mais, au bout d’un certain temps, j’ai eu besoin de sortir, revoir les amis. Faire un groupe était un moyen constructif de boire de la bière. Un autre déclic a été de voir les Belleville Cats, un fabuleux groupe de rythm’n’blues qui joue principalement dans le nord-est Parisien et à Montreuil. Des types qui ont la cinquantaine et qui ont la classe de vieux bluesmen. En les voyant, je me suis dit «  Tu sais jouer de la guitare, tu sais (à peu près) chanter, alors pourquoi ne pas le faire ? » Ce groupe m’a décomplexé. Avec les Happy Melodies, on s’était un peu perdus dans le fantasme d’un certain rock indé et arty, défendu par les « Inrockuptibles », à essayer de faire des choses très belles esthétiquement, pointues et originales. Mais on n’y arrivait pas toujours ! Le dernier point important a été les retrouvailles avec Baldo, l’ancien batteur des Rouquins, un type pour qui j’ai beaucoup de respect. Il a accepté de jouer de la batterie avec les Daltons, nous a mis en contact avec tout son réseau, car il n’avait jamais quitté le milieu indé, surtout garage et sixties, comme musicien, graphiste et DJ. Il nous a rappelé cette évidence : que l’on pouvait faire du rock assez simplement, pour les amis, en oubliant nos egos, en ayant une démarche collective, en jouant dans les cafés et les quartiers que tu aimes, bref d’arrêter de se prendre la tête pour revenir à l’essentiel. Tu n’as pas besoin d’être les Smiths ou Metronomy pour faire de la musique. On s’est beaucoup épuisé à essayer de faire ça.

 

Il n’y a pas de nostalgie là-dedans ?

Personnellement, je n’ai pas l’impression de courir après ma jeunesse perdue. C’est simple. Il y a un moment où tu te dis : soit je reste chez moi à regarder la télévision, soit je fais de la musique. J’ai toujours aimé ça, toujours joué de la guitare, toujours écrit des morceaux. Et puis donner des concerts, cela me permet de voir des gens, de faire le lien entre tout le monde… Un truc dont tu peux être fier. Refaire du rock m’a paru bien !

 

Qu’as-tu ressenti à votre premier concert ?

C’était comme lors de la première répétition : j’avais peur du ridicule, que ce soit pathétique. Mais dès que tu as branché ta guitare, que tu montes sur scène, tu es dans le truc… J’avais l’impression d’avoir retrouvé ma place. Ensuite, on a fait un disque, un 6 titres, « Jeunesse Perdue ». Et en donnant des concerts, on a rencontré de plus en plus de gens du passé, notamment Benoit Fatou, que l’on connaissait depuis Enghien. Un mec plein de talent, qui s’est chargé de toute l’imagerie : clips et photos. Il nous a énormément aidés, lui et sa compagne, Manuela.

 

Quels sont les membres actuels des Daltons ?

Il y a Serdar, le guitariste, et moi, qui sommes les survivants de la formule originelle. Et à la basse, on trouve JB Kiwiboy, qui joue aussi avec les TV Guests - son groupe principal -, un très bon duo de pop West Coast qui a fait deux albums. JB est un éminent connaisseur de la chose rock’n’rollienne. Et enfin Constant, qui joue de la batterie. Nous l’avons rencontré par le biais de Benoît. Constant est plus jeune que nous, il n’a que 27 ans, mais on s’entend très bien, la greffe a pris sans aucuns problèmes. Il prouve que la valeur n’attend pas le nombre des années. Il a aussi une capacité à séduire les filles qui nous laisse un peu pantois, mais, bon, on n’est pas trop jaloux.

 

(Les Daltons 2015, de gauche à droite : Serdar Gunduz, Constant Pop, Patrick Williams et JB Kiwiboy)

En 2013, est sorti l’excellent livre de Thierry Pelletier, « les Rois du Rock » (ed. Libertalia), qui vous vous cite souvent.

Thierry, dit « Cochran », fait partie de nos plus vieux amis. Je recommande vivement son livre, qui décrit la folie du milieu underground des années 80, de façon simple, extrêmement drôle et émouvante. Et c’est très bien écrit. De la vraie littérature, pas simplement un témoignage. On était fiers de participer à la compilation qui accompagnait le livre et au concert pour la sortie.

 

Pour en revenir à votre musique actuelle, le son du groupe a beaucoup évolué.

Cela tient au fait qu’on chante en français maintenant. J’ai toujours eu un rêve : arriver à faire des paroles en français, simples et minimalistes, qui ne sonnent pas comme du « rock français », au sens de tous les clichés qui accompagnent ce terme : paroles romantiques, gouailleuses, gainsbarriennes, trop « littéraires », etc. Je voudrais dire des choses simples, qui parlent aux gens, sans tomber dans les stéréotypes. Comme tout le monde sait, ce n’est pas facile. Chacun dans leur genre, Daniel Darc, Nino Ferrer, les Olivensteins ou Dashiell Hedayat y sont arrivés. Mais je noircis beaucoup de pages pour aboutir à quelques phrases qui tiennent debout et qui ne paraissent pas trop absurdes. C’est parfois tellement difficile que je me demande pourquoi je m’obstine !...

 

Les guitares semblent beaucoup plus tendues. D’une manière générale, le tout est plus noir. C’est ce qui rend votre reformation intéressante : vous ne répétez pas le passé.

On ne voulait pas se contenter de rejouer les morceaux d’autrefois. Ce qui nous motivait avec Serdar, c’est de composer des chansons qui reflètent nos influences depuis trente ans, qui soient en phase avec nos goûts, notre évolution, nos sentiments actuels. On a été marqués par les groupes de la fin des années 70 et des années 80, tout le pré-punk new-yorkais, un peu arty et décalé, et le début de la new wave. Des groupes comme les Modern Lovers, Television, les Feelies, les B’52s. Mais aussi Gang of Four ou les Buzzcocks en Angleterre. Puis il y a eu Sonic Youth, les Pixies… Mais derrière tout cela, au-dessus de tout cela, il y a le Velvet Underground, le groupe de rock le plus important du monde, même si ce n’est pas très original de dire ça…

 

(Daltons en concert en 2015, Patrick à terre, au fond Constant)

Le public a-t-il tout de suite répondu présent à vos concerts ?

L’avantage, quand tu as appartenu à une scène comme les Barrocks, c’est que les gens se souviennent de toi. Dès notre premier concert, aux Combustibles, les amis sont revenus. Entre temps, eux aussi avaient écouté d’autres choses. Et ils ont eu l’air d’avoir apprécié notre démarche et notre évolution. Ca nous a fait plaisir. Puis peu à peu de nouvelles personnes, qu’on ne connaissait pas, ont commencé à venir aux concerts. Les choses ont pris de l’ampleur.

 

Votre nouveau son d’ailleurs me fait beaucoup penser à Television…

Merci. C’est une référence de taille. Tom Verlaine (leader de Télévision Ndlr) est quelqu’un qu’on pas mal écouté et qu’on aime beaucoup. C’est étrange que tu dises ça : l’autre jour, en répétition, on a fait un nouveau morceau et on se disait justement qu’il ressemblait à du Télévision… On aime les guitares un peu décalées, qui partent d’une base rock’n’roll, mais qui sont tordues, étranges. L’école velvétienne. On joue de façon tendue, mais on n’est pas du genre à se jeter dans le public ou à grimper sur les amplis.

 

Autre point important, il me semble que vous cherchez surtout à vous faire plaisir : concerts dans des bars, pas de recherche de premières parties, pas de volonté de médiatisation à outrance…

A la base, c’est vraiment un hobby : on a des boulots, des femmes, des enfants. Nous disposons de très peu de temps. En même temps, on essaye de le faire du mieux qu’on peut. Nous avons dépassé le stade de la bande de potes qui se réunissent pour faire des reprises : on répète régulièrement, on écrit tout le temps des nouvelles chansons, on démarche pour faire des concerts, on a un éditeur… Dans la mesure de nos capacités, il y a une certaine ambition. Ambition surtout artistique : réussir à faire un truc de rock en français qui sonne à peu près correctement et qui ait du sens. Je me sens nettement mieux aujourd’hui qu’à 20 ans : j’apprécie beaucoup plus ce que l’on fait en tant que groupe et pas seulement au niveau musical. Je prends plaisir à démarcher pour des concerts, à organiser des soirées, à rencontrer des gens. Je savoure. Et je me rends mieux compte de la démarche des autres groupes. Tant qu’on peut le faire, allons-y !

 

Vous donnez beaucoup de concerts depuis la reformation ?

Une fois par mois environ, principalement dans des cafés et des petites salles, et avec, à notre grand plaisir, toujours du monde. Notre démarche est d’essayer de jouer un maximum, de créer une bonne ambiance… On voudrait éviter de faire comme certains groupes, souvent doués, qui sont victimes du syndrome « home studio » : ils travaillent beaucoup la musique, passent des mois à enregistrer des chansons, sortent finalement un très bon disque… pour s’apercevoir qu’il ne se passe rien. Ils n’ont pas de public, pas de réseaux, pas de label. Je crois qu’il faut d’abord chercher à s’insérer dans une scène, à produire de la musique vivante. Pour cela, la scène garage est vraiment forte : il existe tout un circuit, en France et à l’étranger, un public, des salles, des soirées. C’est une scène entièrement indépendante, « do it yourself », qui ne compte pas sur une chronique dans un magazine ou sur un hypothétique label pour exister. 

 

(Les Daltons en concert 2013)

Mais il y aura un album ?

Oui, nous sommes en train de le finir. On a enregistré avec Olivier Furter, du studio Basement, où l’on répète, et qui est notre éditeur, par le biais de sa structure French Fries Publishing. Mon frère (Franck Williams, chanteur du génial Ghost Dance Ndlr), est train de remixer les chansons.  Et puis on continue notre « Never Ending Tour » du parc régional du nord-est parisien et de la façade ouest de Montreuil. On laboure avec frénésie les mêmes terres !

 

Qu’est-ce que tes enfants pensent de ta musique ?

Ils sont encore petits, mais le simple fait que leur père ait mis le mot « merde » dans une chanson les met dans un état proche de l’apoplexie (« Costume de merde » Ndlr). Comme pas mal de monde, j’essaye de les protéger un peu de la culture jeune actuelle, cheap et trash : pas trop de télé, d’écrans, d’ipad… Je n’essaye pas de les pousser à écouter du rock’n’roll parce que ça me paraît improductif.  Je me suis construit ma culture contre celle de mon père et je crains qu’à trop leur faire écouter le Velvet ou les Stooges, on les pousse directement dans les bras de Maître Gims et de Sexion d’Assaut !

 

Vous avez une image assez soignée : vous êtes toujours en costards sur scène et vos visuels sont léchés. C’est un choix délibéré ?

C’était déjà comme ça au début des Daltons. Je trouve cela important de ne pas arriver sur scène en jean et t-shirt. J’ai toujours dit que la moitié du concert était gagnée si tu présentes bien, si tu as fait un effort pour la mise en scène… J’apprécie les groupes qui font attention à ça. En plus, à cinquante ans tu as intérêt à soigner ta mise, sinon ça déborde de partout. Autant à 20 ans, tu peux être mignon tout plein en jean et t-shirt, autant à 50, ça ne le fait plus trop. Vouloir s’habiller en jeune quand on vieillit, c’est une terrible faute de goût. Le modèle, c’est les vieux bluesmen ou Leonard Cohen : à 70 ans, ils ont la classe avec leurs costards.

 

(Pochette du 6 titres, "Jeunesse perdue")

Le mot de la fin ?

J’en aurai deux. Le premier est un vieux proverbe allemand : « Ce que jeunesse désire, vieillesse l’a en abondance ». Le deuxième, une phrase de Claude Nougaro, que j’adore : «  La vie ça vous déguise en jeune, puis ça vous déguise en vieux  ». Alors, venez voir les Daltons avec leurs nouveaux déguisements ! 

Remerciement au relais de Belleville pour nous avoir accueillis entre deux cours de Tango 

A Patrick Williams pour avoir pris du temps pour nous raconter l'histoire des Daltons,

A Serdar pour ses photos, ses précisions et ses conseils

A Nick Buxton pour le contact 

A Florence et Christophe pour avoir été les premiers lecteurs de cette interview 

Jo Wedin & Jean Felzine - Je t'aurai

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