Républik, une rencontre « Exotica »

Par Franco Onweb

Réservez votre 31 mars : ce sera le jour de la sortie du nouvel album de Republik « Exotica ». Un disque splendide pleins de mélodies, d’ambiances et de titres qui nous rappellent que Frank Darcel est un grand !

Suite à l’entretien qu’il nous a accordé la semaine dernière Frank Darcel a pris le temps de nous raconter Republik, son groupe ! Une formation qui depuis ses débuts en 2008 a énormément évolué autant au niveau de sa formation que de sa production.

Republik est un groupe majeur pour la musique d’ici, la preuve juste en dessous ! 

Républik, une rencontre « Exotica »
Jo Pinto Maïa

 

Comment est né Républik ?

Quand j’ai travaillé sur Rok, les deux tomes de la saga du rock en Bretagne, cela a pris plus ou moins cinq ans et beaucoup de place dans ma vie, même si c’était un ouvrage éminemment collectif. C’était un boulot d’amoureux de la musiqueet j’y ai passé un temps fou, ce que je ne regrette absolument pas. Mais à l’époque j’avais besoin de faire quelque chose à côté. J’avais envie de recomposer sans pour autant faire ça « professionnellement », juste comme un échappatoire à ce boulot de rédacteur, mais aussi d’éditeur, iconographe et correcteur sur Rok. À l’époque, Xavier Geromini, aka Textino, était dans la même optique que moi et on s’est rapproché, parce qu’on avait déjà beaucoup bossé ensemble sur diverses productions, mais on n’avait jamais vraiment joué ensemble.

C’était en quelle année ?

En 2009, on a commencé alors à chercher d’autres musiciens.

Mais il y avait une vraie volonté de fonder un groupe ?

C’était le but, mais on prenait notre temps... On passait se baladait beaucoup sur MySpace car on cherchait un chanteur Anglo-Saxon au départ, et puis on a vu une vidéo de Sébastien Thoreux de Rennes, dans son projet solo. Ce n’était pas mal, on s’est dit : allez go ! Il est venu avec deux potes à lui pour la basse et la batterie et puis on a fait quelques concerts...  Mais cela n’était pas très excitant.

(Sébastien Thoreux en concert avec Républik en concert au Truskel à Paris - Droit réservé) 

Vous avez fait faire un six titres que tu as réalisés ?

Oui, avec Sébastien au chant. C’est sorti sur le label Monte Carlo Records de Marc Toesca (ancien présentateur du Top 50 Ndlr).

(Pochette du premier 6 titres de Républik, IThough war was over - Droit Réservé) 

Tu définirais de quelle façon ce premier disque ?

Je ne sais pas trop. Je ne l’ai pas écouté depuis longtemps en fait… Il chantait bien Sébastien, mais on ne peut pas dire que c’était très original ce qu’on faisait… En réalité cela n’avait pas grand intérêt (rires), mais cela nous occupait...

 On aurait pu penser que suite à ça, Républik allez disparaitre et un an après on apprend que le groupe repart avec Frank Darcel au chant. Qu’est-ce qui s’est passé ?

J’ai eu plus de temps enfin, et même si les débuts de Republik étaient poussifs, je m’étais mis en tête que je ne pouvais exister musicalement que dans un groupe. J’avais de nouveau envie de créer des choses avec d’autres musiciens, j’ai donc commencé un nouveau casting, tout en conservant bien sûr mes liens d’amitié avec Xavier Géronimi, qui a d’ailleurs joué sur deux titres dans la suite de l’aventure.

Tu aurais pu appeler ça Frank Darcel ?

Oui, mais à l’époque, je voulais vraiment être partie prenante d’un groupe et j’ai cherché un chanteur après le départ de Sébastien. J’ai auditionné, j’ai répété avec des gens et un jour, on me conseille quelqu’un à Brest qui est chanteur et bassiste. Je contacte donc Eric Duchamp et on va faire des essais à la Carène à Brest. Il est sympa, il chante bien et on répète deux ou trois fois, tranquillement. Et puis un jour, il me dit : « pourquoi tu ne chantes pas plutôt ? Ce sont tes titres. Je veux bien jouer avec toi pas de problème, mais tu devrais chanter ». À partir de là, beaucoup de gens autour de moi m’ont poussé à le faire, et j’y suis allé !

Mais tu as admis aujourd’hui que tu étais chanteur ?

J’espère, oui (rires) ! Mais bon, cela a pris du temps parce que j’étais habitué à êtes sideman. Mais aujourd’hui, j’éprouve un vrai plaisir à chanter, et je suis très bien entouré…

On y arrive ! Il va y avoir la deuxième formation de Républik ? Tu recommences sous quelles influences, parce que ça change totalement ?

Je n’ai jamais eu envie de faire du rock’n’roll de manière classique. Dans ce nouveau Republik, je compose encore comme dans Marquis de Sade avec beaucoup d’accords ouverts, des suites un peu dissonantes parfois. Le challenge étant d’arriver à poser là-dessus de vraies mélodies de voix, un peu plus pop. Au fond, pour la composition des deux albums de Republik je suis revenu à mes amours New Yorkaise des années 70, des groupes qui fonctionnaient un peu de cette manière. Avec des manières de composer aventureuses parfois, mais l’envie d’avoir un propos fédérateur malgré tout.

(Républik deuxième formation de gauche à droite Eva Montfort, Federico Garcia, Frank Darcel et Stéhane Kerihuel - Photo Jo Pinto Maïa ) 

Dès l’album « Eléments », c’est un vrai groupe qui apparait avec Eva Monfort à la basse, Stéphane Kerihuel à la guitare et Franck Richard à la batterie. Vous allez faire les Transmusicales et là, on a effectivement l’impression que tu es revenu dans tes influences de Marquis de Sade ?

Oui, sur le morceau où apparait James Chance par exemple, « Ich bin schmutzig », c’est un riff de guitare qui aurait pu être dans un album de Marquis de Sade. C’est là que tu t’aperçois que quand tu te laisses aller, tu reviens naturellement à tes premiers réflexes, même si tu joues depuis quarante ans... C’est le syndrome Rosebud (rires)...

Pour faire cet album, vous allez faire un crowdfunding, ce qui est étonnant quand on voit ton passé ?

Ça fait partie du jeu. Les disques sortent sur un label pour lequel je travaille, LADTK, et on a besoin de cet argent pour amorcer les projets, par ailleurs ce système aide à la promotion parce que cela crée des liens pérennes avec les donateurs. De toutes les manières, vu l’angle musical de ces deux albums de Republik, il n’y avait aucune chance pour que l’on soit signé en major. Et puis on est allé vers une société de consommateurs plus que de citoyens, et ça se retrouve dans tous les espaces, y compris la musique ! Il faut donc trouver des manières intelligentes de consommer, quand c’est possible, et de nouvelles manières de financer, le crowdfunding en fait partie...

Avec ce premier album, il y a deux choses fascinantes : le son, qui est ultra moderne et les invités. Parce que là il y a beaucoup de monde : James Chance, Tina Weymouth, Chris Frantz des Talking Heads, Wendy James de Transvision Wamps, Yann Tiersen…

J’avais déjà travaillé avec James dont j’avais produit l’album « Incorrigible ! », sorti en 2012. Quand je lui ai demandé s’il voulait bien jouer sur l’album, il a écouté et il a dit oui tout de suite. Il a fait ça à New York et ensuite il m’a renvoyé la session. En fait, tu as oublié un nom dans ta liste c’est Ivan Julian le guitariste de Richard Hell qui a enregistré deux fois avec nous (sur un premier quatre titres sortis en 2013, et l’album Elements Ndlr). J’ai rencontré Ivan pendant les séances de James à NY en 2011, et on est resté copain. C’est un guitariste extraordinaire.

 

Il y la section rythmique Talking Heads quand même sur le disque (rires) ?

Oui, en fait Tina est bretonne par sa mère, elle est même une descendante d’Anatole Le Braz, ce dont elle est très fière. Nous avons fait connaissance lors de la rédaction de Rok 2, puisque l’auteur de leur portrait, Gilles Le Guen, a réussi à les localier dans le Trégor. Tina et Chris passent une partie de leurs vacances là. Un jour, ils sont venus au studio lors de l’enregistrement d’Elements et on a dîné ensemble. Ensuite ils ont demandé à écouter ce qu’on faisait.  J’avais le trac... 

On leur fait écouter et ils disent qu’ils aiment vraiment, alors je leur demande s’ils ne voudraient pas jouer dessus. Ils me répondent : « pourquoi pas ? » Quelque temps après je leur envoie un morceau, « Winter Of Love » et Chris me répond dans un mail : « On adore le titre, laisse juste passer Thanksgiving et on t’envoie la session ». Tina m’a écrit après qu’elle avait des idées de chœurs et le jour où ils ont chanté, il y avait Wendy James chez eux qui a participé aux chœurs dans la foulée, et voilà... Ça s’est fait comme ça ! C’est fou de voir comment les choses peuvent être simples avec certains musiciens anglo-saxons.

(De gauche à droite Chris Frantz, Frank Darcel et Tina Weymouth - Droit réservé) 

Sur la tournée, tu as ajouté un clavier qui fait aussi des chœurs, c’était une volonté de ta part ?

Oui, j’ai toujours trouvé que dans tous les groupes auxquels j’ai participé, cela manquait de chœurs. Un jour, je faisais partie d’un jury pour le conservatoire de Rennes en musiques actuelles et à un moment des étudiants ont joué un titre qui ressemblait à du James Chance. J’étais étonné et je suis allé voir un des intervenants, Robin, qui de plus jouait des claviers, des percus et chantait, exactement ce que je cherchais. Il m’a expliqué qu’il adorait le rock New Yorkais de la fin des années 70 et le Krautrock allemand. Je l’ai tout de suite embauché !

Et Stéphane Kerihuel ?

Je l’ai rencontré par MySpace il y a très longtemps. Mais en fait, on était du même coin, le Mené... On s’entend très bien tous les trois avec Robin, tant sur le plan personnel que musical. Stéphane a une approche de la guitare qui colle parfaitement avec Republik, il n’aime pas les choses vraiment conventionnelles...

(Stéphane Kerihuel et Robin Poligné en concert - Droit Réservé) 

L’album Elements est sorti uniquement en France ?

On a réussi à sortir le premier album aussi en Allemagne grâce au titre chanté en allemand, avec James Chance au sax. Cela a apporté quelques bonnes chroniques là-bas, mais on n’a pas encore pu y aller jouer, dommage.

D’une manière générale, vous avez beaucoup tourné avec ce premier album : Transmusicales de Rennes, première partie d’Étienne Daho, Interceltique de Lorient… beaucoup de dates !

On a fait pas mal de concerts et on a eu beaucoup de presse, mais ça ne suffit pas pour accéder à certains festivals. Maintenant que nous avons un tourneur, et ce deuxième album, cela devrait être plus facile.

On parle de ce nouvel album « Exotica » ? Il y a eu du changement de personnel dans le groupe.

Oui, Eva et Federico, le batteur qui a fait l’intérim entre les deux albums, sont partis. En fait Franck, le batteur sur « Elements » a eu une proposition pour partir en tournée mondiale pendant un an et demi avec Yelle. Tu te doutes bien que l’ai encouragé à le faire. Donc on a pris Federico pour les concerts qui ont suivi, et cela se passait très bien. Mais quand j’ai eu fini les maquettes d’Exotica, j’ai pensé qu’il fallait une section rythmique différente, et de nombreuses personnes sont venues jouer les basses et les batteries sur le disque. Cela a permis d’expérimenter pas mal de choses. Et maintenant on a une section rythmique pour la suite (Nicolas Hild à la batterie et Niko Boyer à la basse) qui colle parfaitement avec le projet.

(Pochette de l'album Exotica - Droit réservé) 

Tu as écouté quoi pour composer ce disque ?

J’écoute de la musique principalement dans ma voiture et comme je suis très souvent en voiture j’en écoute beaucoup (rires). Je pioche dans le coffre à jouets du 20ème siècle et j’écoute bien sûr des trucs de maintenant. Dernièrement j’ai beaucoup tendu l’oreille vers « The National » parce que j’aime bien comment s’est produit. J’ai réécouté pas mal de PJ Harvey aussi : elle réussit à combiner plein de choses que j’aime bien, et la production est toujours super intéressante. J’écoute encore Lou Reed régulièrement, cela fait partie des basiques... Mais aussi plein de choses qui n’ont rien à voir avec Republik, Jimmy Hendrix, les Byrds... Et de l’electro sur l’autoroute...

Quand on écoute le disque, ce qui frappe c’est qu’il y a des atmosphères très travaillées. C’est dû à l’arrivée de Robin qui amène des sons vraiment originaux ?

Oui, il y a une maturation qui fait que nos recherches sonores aboutissent plus naturellement, mais Robin c’est aussi le lien avec des choses actuelles. Il nous permet d’être mieux au fait des productions du moment.

Pour ce disque vous êtes donc trois ?

Si on veut, mais il y a beaucoup de monde à la rythmique...

Et là il y a encore beaucoup d’invités : Dominic Sonic, Xavier Geromini, Marcel Aubé (bassiste historique d’Etienne Daho Ndlr) …

Il y a aussi Pierre Marolleau à la batterie. Il a apporté beaucoup de choses sur ce disque. Eva joue aussi la basse sur un ou deux titres, et puis avec Marcel à la basse, que je pratique depuis trente ans ! on a retrouvé de belles sensations. Quel musicien ! Le troisième bassiste sur le disque, Niko Boyer, est maintenant entré dans le groupe.  Il était le guitariste avec Bertrand Cantat dans Détroit, mais c’est aussi un excellent bassiste. Par ailleurs, c’est son père, l’ingénieur du son Jean-Pierre Boyer, qui a enregistré « Dantzig Twist » de Marquis de Sade...

Donc Républik, c’est vous trois et la rythmique ?

Oui, mais à terme, le groupe sera composé de nous cinq.

La nouvelle formule n’a pas eu le temps de faire beaucoup de concerts ?

Non, dernièrement, avec l’enregistrement, c’était compliqué. Mais on a joué une fois en décembre au bar « le Marquis de Sade » à Rennes, ça ne s’invente pas... Niko a enregistré sur Exotica, mais n’avait pas encore vraiment répété avec nous pour la scène. Juste une petite heure, lui et le batteur et moi. Quand Stéphane et Robin sont arrivés à la balance, ils ont fait sa connaissance (rires) parce qu’ils ne s’étaient pas croisés pendant l’enregistrement. Et ça l’a vraiment bien fait, avec quelques phases d’improvisation, ce qui est une piste à suivre ! Les prochains concerts, avec toutes les répétitions programmées en mars et avril, cela devrait vraiment bien sonner.

Revenons-en au disque, comment est arrivé Dominic Sonic sur ce duo ?

Domininc, qui est un vieil ami, m’avait envoyé un message pour me dire qu’il viendrait bien faire une guitare sur le disque. J’ai dit bien sûr, mais il faudra que tu chantes aussi ! Et cela donne ce duo que j’aime beaucoup, « I wanna be your car ». On a une idée de clip dessus qui pourrait être assez porteuse. On le tournera bientôt. Et il y aussi Eric Le Lann, le trompettiste, qui joue sur le morceau qui clôture l’album, « Fin d’après-midi à Exotica ». Eric, avec qui j’ai essayé de jouer dans le groupe de jazz du lycée de Loudéac dès 1969, avant d’abandonner en 1970 (rires)... a déjà joué sur pas mal de mes expériences musicales : Rue de Siam, La Notte d’Etienne Daho et les deux albums d’Octobre. Exotica est à la fois un tremplin vers demain pour nous, mais c’est aussi une manière de boucler quelque chose...

 

(Eric Le Lann, Jacques Ehrhrart et Frank Darcel  - Photo Jo Pinto Maïa) 

L’album est magnifique, il y a vraiment de super ambiances. Tout d’abord, tu écris très bien en Français… pourquoi il y a des textes en anglais ?

Je me sens plus à l’aise maintenant avec le français. Même si je travaille sérieusement mes textes anglais, on dit les choses différemment dans sa langue natale, parce qu’on se sent un peu à poil au début. Mais je m’habitue à la température...

Est-ce que tu ne continuerais pas en quelque sorte le travail de Marquis de Sade avec ce disque ?

Je ne sais pas, mais quand l’album a été fini j’ai eu l’impression que nous avions abouti quelque chose de cohérent et d’excitant à la fois avec Stéphane et Robin. Avec « Rue de Siam », « La Notte » d’Etienne et deux de mes productions portugaises qui m’ont marqué, je me dis qu’Exotica fait partie des choses les plus abouties auxquelles j’ai participé.  

Tu l’as coréalisé ?

D’une certaine manière, mais comme j’étais très occupé en tant que musicien et auteur, sans parler de la production exécutive pour le label, je me suis beaucoup reposé sur le travail et les conseils des ingénieurs du son, Sébastien Lorho et Jacques Ehrhrart ; je considère donc que c’est leur réalisation.

(Enregistrement de Exotica Sebastien Lorho et Stéphane Kerihuel, Photo Jo Pinto Maïa) 

Il y a une grosse tournée Française en mai avec une date au Petit Bain avec a Boy Called Vidal, le 25 mai.  

Oui, on essaye de monter aussi des dates sur octobre/novembre, mais sur les mois à venir, on a déjà de bonnes choses.

Quelles sont tes influences pour les textes ?

Pour ce qui est des textes en français, je dois reconnaître que Patrick Vidal justement m’a beaucoup influencé (ex Marie et les garçons, Octobre et Senso Ndlr). Certains poètes, comme le Rimbaud des Illuminations ou Fernando Pessoa (le gardeur de troupeaux en particulier) sont des influences plus ou moins conscientes. Ils ont une écriture très rock je trouve. Allusive, elliptique, mystérieuse et évidente à la fois. Bien sûr, il y a Bowie et Lou Reed a qui j’ai rendu modestement hommage dans la chanson « Berlin » sur le dernier album, mais j’aime aussi beaucoup l’approche textuelle de David Byrne des Talking Heads.

(Frank Darcel et Xavier Geromini (Textino) enregistrement de Berlin pour l'album "Exotica" - Photo Jo Pinto Maïa) 

J’ai l’impression que plus tu avances, plus tu trouves ton identité, plus cela devient presque intimiste ?

Les mots sonnent plus justes sans doute, mais surtout je prends vraiment plaisir à les interpréter. On ne peut éventuellement faire bien que ce que l’on aime faire...

Quels sont tes projets ?

J’ai vraiment hâte de monter sur scène ! On va d’ailleurs aller au Togo fin avril faire une date et j’attends ça avec impatience. Cela nous permettra de vérifier si l’exotisme est toujours là où on le croyait. Pour en revenir à la conception d’« Exotica », cela évoque cette idée que l’exotisme ne réside plus forcément dans la notion d’éloignement géographique, parce qu’on voyage beaucoup plus vite et beaucoup plus souvent qu’à l’époque de Rimbaud par exemple. Et qu’on reçoit toutes ces images en temps réel de toute la planète par la télé ou le net. Le sentiment de dépaysement, voire d’exil, est beaucoup plus difficile à éprouver maintenant lors d’un simple voyage d’un point à un autre.

 

(Républik en concert à l'Ubu à Rennes en novembre 2015 - Photo Gilles Le Guen)

Je pense que le véritable exotisme résidera surtout dans la manière dont on va vivre, plutôt que « où ». Et Exotica fait référence à ces cités utopiques, qui ont toujours existé dans l’imagination de nombreux auteurs, mais qu’il faut parfois construire. Là on pourrait inventer de nouveaux modes de socialisation, pour mieux développer solidarité et échanges. Ou mieux rester dans son coin si on a envie... L’avenir est sans doute aux petites communautés, ayant édicté leurs propres règles et leur propre système d’échanges internes. Ce qui n’empêchera pas bien sûr les échanges avec le monde entier, mais il faut créer de nouveaux repères autour de nous, rapprocher les centres de décision, imaginer des cadres que l’on peut mieux comprendre et donc mieux accepter. Construire local, tout en ayant une oreille sur la sono mondiale...

Est-ce que ce disque ne marque pas le retour de Frank Darcel à Rennes ?

Le fait que quatre des musiciens sur cinq habitent Rennes correspond probablement à une sorte de recentrage sur la ville. Et le son du disque est peut-être plus rennais, mais ce n’est pas vraiment à moi de le dire... Je n’ai pas assez de recul... Ce sera cependant Daniel Paboeuf (ex Marquis de Sade et Sax Pustuls Ndlr) qui fera notre première partie à l’Ubu à Rennes le 4 Mai. C’est sûrement un signe ! Mais une grande partie de la création de ce disque s’est faite dans un studio à Saint-Jean du Doigt, un endroit vraiment magnifique sur la côte. Et j’avais enregistré les demos au printemps à quelques kilomètres, à Lanmeur, berceau de la famille Kerouac... C’est plus dans ce coin là que je me verrais bien installer Exotica un jour...

(En ce jour on ressent, premier extrait de l'album "Exotica" - Réalisation Jo Pinto Maïa)

Quand tu regardes ce parcours, ton parcours, tu dirais quoi ?

Je dirais que c’est un peu chaloupé, voire chaotique parfois, mais avec une ligne directrice… Enfin j’espère (rires) ! J’ai pris beaucoup de plaisir jusqu’ici en tous les cas, j’ai commis des erreurs mais je crois avoir su me remettre en cause quand il le fallait. Et je continue de me sentir adolescent, ce qui est sûrement bon signe...

La dernière question : quel disque donnerais-tu à des enfants pour les éduquer musicalement ?

Mes filles se sont éduquées elles-mêmes musicalement, même si les influences familiales ont certainement joué, et elles ont curieusement toutes les trois eu un passage Stranglers...  Ce n’est pas une mauvaise école les Stranglers... De bons titres, un look ad hoc, et une bonne dose de second degré. So british ! Pardon, Briton (rires)... 

Une méthode novatrice et originale pour permettre aux enfants de se développer en s'amusant !

Articles plus anciens

Stranger, le nouvel album d'Os Noctambulos